Enlever le masque en milieu clos est-ce prudent ? Les experts sont étonnés.

Covid-19 : les scientifiques partagés sur la possibilité d’enlever le masque quand le passe sanitaire est requis

Certains épidémiologistes et spécialistes de santé publique jugent imprudente la mesure, dans un contexte de croissance exponentielle du variant Delta du SARS-CoV-2. 

Par Delphine RoucautePublié le 21 juillet 2021 à 20h00, mis à jour hier à 08h01  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/21/covid-19-les-scientifiques-partages-sur-la-possibilite-d-enlever-le-masque-quand-le-passe-sanitaire-est-requis_6089098_3244.html

Le passe sanitaire d’un spectateur est contrôlé à l’entrée d’un cinéma, à Paris, le 21 juillet 2021.
Le passe sanitaire d’un spectateur est contrôlé à l’entrée d’un cinéma, à Paris, le 21 juillet 2021. ALAIN JOCARD / AFP

Doit-on encore porter le masque en milieu clos ? Symbole le plus visible de l’épidémie de Covid-19, il n’est plus obligatoire en extérieur depuis le 17 juin – sauf dans certaines villes où les autorités locales ont décidé de l’imposer de nouveau cette semaine –, mais restait jusqu’à présent encore exigé dans les établissements accueillant du public en intérieur. Un décret publié mardi 20 juillet au Journal officiel autorise désormais à l’enlever dans les lieux où l’entrée est conditionnée au passe sanitaire, c’est-à-dire lors de rassemblements culturels ou de loisirs dépassant la jauge de 50 personnes et dans les lieux de culture, comme les cinémas, les musées et les théâtres. Une mesure qui déconcerte les spécialistes, dans un contexte de circulation exponentielle du virus. Le taux de reproduction de celui-ci atteint aujourd’hui la valeur de 1,5, équivalant à celle qui avait été relevée lors du pic de la deuxième vague, en novembre.

A l’entrée en vigueur du passe sanitaire, « vous n’aurez plus l’obligation de porter le masque » dans ces endroits-là, a précisé le ministre de la santé, Olivier Véran, mardi sur RTL, « sauf contrordre des préfets dans les départements en fonction de la situation épidémique ». Le décret précise que « l’exploitant ou l’organisateur »du rassemblement concerné pourra également imposer le masque sans accord préalable de la préfecture. C’est d’ailleurs le choix qui a été fait par plusieurs exploitants de cinéma, comme MK2, UGC, Pathé-Gaumont ou Kinépolis

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Il s’agit d’une mesure « incertaine », selon Anne-Claude Crémieux, professeure d’infectiologie à l’hôpital Saint-Louis, à Paris, car les contaminations augmentent actuellement de manière trop importante et commencent à se répercuter sur l’hôpital : les admissions quotidiennes y sont en hausse de plus de 40 % en une semaine. « Dans des lieux publics où tout le monde est vacciné, le risque de transmission est très faible, car la vaccination est une protection à double sens, comme le masque. Mais aujourd’hui, le passe sanitaire autorise des gens avec des tests de moins de quarante-huit heures à accéder à ces lieux. On sait que ce délai risque de laisser passer des gens infectés sans le savoir », argumente cette membre de l’Académie nationale de médecine. D’autant plus que les données sur le variant Delta montrent qu’il peut se transmettre en quelques minutes en milieu clos. Donc l’association du masque et du vaccin reste, selon elle, plus prudente.

Encourager la vaccination

La même inquiétude est exprimée par l’épidémiologiste Dominique Costagliola, qui a déclaré, mardi sur France Inter, qu’« il faudrait avoir ceinture et bretelles pour essayer de combattre cette épidémie, et pas enlever certaines mesures quand on en met d’autres en place ». A l’appui de cette mise en garde, deux exemples internationaux : en Israël, où 60 % de la population est complètement vaccinée, le port du masque dans les lieux publics fermés est à nouveau obligatoire depuis le 25 juin. Même chose à Los Angeles depuis le 18 juillet.

Pour Rodolphe Thiébaut, professeur de santé publique à Bordeaux, si le risque de contamination dans cette situation « n’est pas complètement nul », il faut toutefois « prendre en compte le reste », notamment le besoin de reprendre une vie normale pour les personnes vaccinées. « C’est de la gestion de risque », commente le chercheur.

« On a collectivement du mal à maintenir le port du masque, surtout en période estivale, donc la seule solution sur le long terme pour bloquer le virus reste sans aucun doute la vaccinationEt montrer que la vaccination est une bouffée d’oxygène qui permet de lever quelques contraintes est peut-être une solution efficace. »

Deux études récentes, menées en Israël et au Royaume-Uni, montrent qu’une personne vaccinée à l’ARN messager et infectée par le virus – ce qui reste possible, même si ce type de cas est minoritaire –, a au moins deux fois moins de risques de transmettre à son tour le virus qu’une personne non vaccinée.

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En conséquence, une autre mesure a été annoncée pour augmenter l’attrait de la vaccination : les personnes vaccinées et cas contacts n’auront plus besoin de s’isoler, a fait savoir le premier ministre, Jean Castex, mercredi sur TF1. « C’est scientifiquement assez solide, approuve Anne-Claude Crémieux. Outre l’incitation à se faire vacciner, cela empêche d’isoler une trop grande partie de la population en même temps », ajoute la scientifique.

Au Royaume-Uni, où on enregistre 45 000 nouveaux cas par jour en moyenne, l’envoi de 500 000 notifications appelant des cas contacts à s’isoler pendant la première semaine de juillet a failli immobiliser certains services par manque de personnel. La situation n’est pas encore comparable en France, mais la progression du variant Delta rapproche de jour en jour le pays du cas britannique.

Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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