La crise sanitaire a retardé les parcours de PMA

« C’était l’inconnu pour nous toutes » : la crise sanitaire a retardé les parcours de PMA

L’arrêt des interventions, jugées non prioritaires, au début du premier confinement en 2020, a occasionné un report des prises en charge et un allongement des délais d’attente, et de l’angoisse pour les patientes. 

Par Sandrine Morel(Madrid, correspondante) et Solène CordierPublié le 06 juin 2021 à 03h31 – Mis à jour le 06 juin 2021 à 17h43  

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https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/06/06/c-etait-l-inconnu-pour-nous-toutes-la-crise-sanitaire-a-retarde-les-parcours-de-pma_6083042_3224.html

Noémie et son fils, qu’elle a eu grâce à la PMA, dans les Hauts-de-France, le 3 juin 2021.
Noémie et son fils, qu’elle a eu grâce à la PMA, dans les Hauts-de-France, le 3 juin 2021. FLORENCE BROCHOIRE POUR « LE MONDE »

Printemps 2020. Du jour au lendemain, des dizaines de milliers de couples infertiles en parcours de procréation médicalement assistée (PMA) doivent remiser leur désir d’enfant en raison de la crise sanitaire. Considérées comme non prioritaires, les interventions médicales liées à la PMA (insémination artificielle, fécondation in vitro, accueil d’embryon…) sont stoppées net, pour une durée indéterminée. Les centres ferment. Seule exception : les opérations de préservation de la fertilité dans les situations d’urgence, comme les cancers, sont globalement maintenues.

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« Du jamais-vu » en France métropolitaine, selon la docteure Claire de Vienne, médecin référente en procréation médicalement assistée et don de gamètes à l’Agence de biomédecine (ABM), qui décrit, un an après, un « arrêt brutal » lors du premier confinement, suivi d’une reprise en dents de scie à partir de la fin mai.

L’incertitude qu’entraîne la pandémie est difficile pour les couples, habitués à compter les cycles, les jours. « Pour beaucoup, cela a été très violent d’entendre que ces activités n’étaient pas prioritaires, d’autant que la communication du gouvernement sur la PMA était inexistante, au moins dans un premier temps », se souvient Virginie Rio, cofondatrice du collectif BAMP !, une association de patients ayant recours à la PMA, de personnes infertiles et stériles.

L’activité en baisse de 25 % sur l’année 2020

Report des prises en charge, allongement des délais d’attente… Plus d’un an après le début de la crise sanitaire, le bilan global de son impact sur les activités de PMA n’est pas encore finalisé. Mais un indicateur donne la mesure du séisme : celui des ponctions d’ovocytes. En mars 2020, 4 021 ponctions ont été réalisées, contre 6 445 en mars 2019. En avril 2020, leur nombre est tombé à 15, puis 134 en mai 2020, selon les chiffres de l’Agence de biomédecine fournis au Monde. Une autre activité a été particulièrement affectée : celle du recueil des dons de gamètes, qui bénéficient aux couples ayant recours à un tiers donneur (environ 4 % des PMA en 2018). « On enregistre une chute de 60 % des dons de sperme et de 40 % des dons d’ovocytes en 2020 », indique l’ABM.

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Après la fermeture totale du printemps, les couples ont progressivement repris le chemin des centres, qui ont redémarré avec une activité réduite, selon des modalités fixées par les agences régionales de santé (ARS). « D’après les retours que l’on a, qui ne sont pas encore consolidés, il y a eu, selon les endroits, une baisse d’activité de 25 % à 30 % sur l’année, estime Nathalie Rives, présidente de la fédération française des Cecos, les centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains. L’effet sur les couples est indéniable, avec un décalage de plusieurs mois de leur prise en charge. Mais c’est très variable selon les centres. » En juin 2020, le gouvernement avait annoncé la mise en place d’une dérogation pour les femmes ayant atteint dans l’année l’âge limite de prise en charge, fixé à 43 ans. Elles avaient jusqu’au 31 décembre 2020 pour réaliser une ultime tentative.

A l’hôpital Antoine-Béclère, à Clamart (Hauts-de-Seine), à l’exception du premier confinement, où « tout s’est arrêté », l’impact « a été faible », selon le docteur Michael Grynberg, chef du service de médecine de la reproduction, qui dispose d’un bloc opératoire autonome. « On est passés au tout-téléconsultation et on a encore plus favorisé les anesthésies locales en raison de la pénurie d’anesthésistes », explique-t-il. Si « un nombre limité de personnes » ont différé leur projet, surtout au début de la crise sanitaire, la majorité, « ne voyant pas venir la fin de la crise », l’a poursuivi.

En Espagne, les Françaises en nombre

Au CHU de Montpellier, autre établissement réputé, aucun abandon non plus. « Seules quelques patientes ont décalé leur projet ou sont parties vers des centres privés qui disposent d’un bloc autonome », relève la docteure Tal Anahory, chef du service de médecine de la reproduction. Dans ce service, comme dans les nombreux centres ne disposant pas de bloc opératoire spécifique, il a fallu faire preuve de patience et s’adapter.

« Les reports de tentatives ont provoqué à la fois de l’anxiété chez les couples et des difficultés d’organisation pour nous », explique la docteure Anahory. Son équipe a composé avec les nouvelles contraintes pour « continuer tant bien que mal et atteindre 50 % de l’activité habituelle ». A l’issue du premier confinement, une nouvelle liste de patientes prioritaires a été établie, prenant en compte l’âge et l’altération de la réserve ovarienne. Et, à l’automne, une « procédure dite dégradée », privilégiant la sédation et l’anesthésie locale, a permis de recommencer progressivement les ponctions.A

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« C’était l’inconnu pour nous toutes », se rappelle Noémie, Parisienne de 40 ans suivie en Espagne, à l’origine d’une pétition pour alerter sur la situation des femmes en parcours de PMA à l’étranger, dont le projet a été percuté de plein fouet par le Covid-19. En Espagne, destination privilégiée des femmes célibataires ou en couple lesbien, exclues de la prise en charge en France, la PMA n’a pas non plus été considérée comme de la médecine prioritaire. Durant plus d’un mois, les cliniques spécialisées dans les traitements de fertilité ont donc fermé leurs portes, avant de les rouvrir, d’abord fin avril 2020 pour les Espagnols, puis, une fois levée la fermeture des frontières, fin juin, pour les patients internationaux.

« J’étais assez stressée, encore plus que d’habitude. Mais je me suis dit que c’était le moment ou jamais », confie Noémie

Noémie a fait partie en juillet de ces « pionnières », comme les nomme Virginie Rio, qui ont repris la route des PMA à l’étranger dès l’été, un document de la clinique en guise de justificatif de « motif impérieux de déplacement ». Direction Madrid, pour son cinquième essai d’implantation d’embryon depuis la fin 2018. « J’étais assez stressée, encore plus que d’habitude. Mais je me suis dit que c’était le moment ou jamais parce qu’on parlait déjà de deuxième vague », confie la jeune femme.

Dès juillet, les établissements espagnols ont « vu revenir des patients français en nombre », confirme le gynécologue André Guérin, responsable du département francophone des cliniques IVI, groupe leader en Espagne. « Beaucoup de patients se sont sentis pénalisés par la pandémie, qui a ajouté une angoisse supplémentaire à leur démarche, poursuit-il. A partir d’un certain âge, les réserves ovariennes faiblissent très vite et chaque mois compte. D’autres exprimaient un ras-le-bol, les lois françaises n’ayant pas évolué sur l’ouverture de la PMA, ce qui explique sans doute que nous ayons reçu plus de femmes célibataires ou en couple homosexuel que jamais. » 

Pour Noémie, cette tentative fut enfin couronnée de succès : grâce à elle, elle a donné naissance, en avril, à un petit garçon.

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Sandrine Morel(Madrid, correspondante) et  Solène Cordier

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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