Covid-19: nombre de mères ont dû jongler entre vie professionnelle et vie privée pendant les confinements – 47 millions de femmes ont basculé sous le seuil de pauvreté dans les pays en développement.

Covid-19 : les femmes paient le plus lourd tribut à la crise

Dans les pays en développement, 47 millions de femmes ont basculé sous le seuil de pauvreté en 2020. Si, en Europe, le chômage partiel a limité les destructions d’emplois, nombre de mères ont dû jongler entre vie professionnelle et vie privée pendant les confinements. 

Par Marie CharrelPublié le 05 juin 2021 à 04h54 – Mis à jour le 07 juin 2021 à 15h40  

Temps de Lecture 7 min. 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/06/05/covid-19-les-femmes-paient-le-plus-lourd-tribut-a-la-crise_6082942_3234.html

Des femmes affectées financièrement par la pandémie font la queue pour recevoir un repas chaud le 24 juillet 2020 au Guatemala.
Des femmes affectées financièrement par la pandémie font la queue pour recevoir un repas chaud le 24 juillet 2020 au Guatemala. JOHAN ORDONEZ / AFP

« J’ai juste oublié de vivre », confie-t-elle, à demi-mot. Lorsqu’elle se repasse le film des derniers mois, Fatima Montagu a le sentiment de s’être comportée « comme un robot programmé pour fonctionner vingtquatre heures sur vingtquatre, jongler entre la vie professionnelle et la vie personnelle, avec la peur permanente de rater un rendez-vous en visio », raconte cette chargée d’affaires dans une grande entreprise, mère de trois enfants.

Audrey Guillet, elle, a vécu l’annonce du deuxième confinement comme « un choc émotionnel ». « A l’idée de revivre le télétravail avec deux enfants en bas âge, de tout mener de front alors que je venais de créer mon entreprise, j’ai craqué. »

Pour Julie Mourier, c’est l’attente qui est devenue insupportable. L’hôtel-restaurant de la Côte d’Azur où elle travaillait, à l’accueil, l’a mise au chômage partiel en avril 2020 et ne l’a pas encore rappelée. « Ils veulent être sûrs que l’activité reprend vraiment. » Pendant ce temps, elle angoisse dans le studio qu’elle partage avec sa sœur : « Et si une nouvelle vague arrivait à l’automne ? Et s’il valait mieux changer de métier tout de suite ? »

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Plus d’un an après le début de la pandémie de Covid-19, de nombreuses femmes comme elles, en France et ailleurs, confient leur épuisement. Les difficultés auxquelles elles font toujours face, surtout lorsqu’elles ont des enfants. Les inquiétudes qui les minent. Parce qu’elles sont surreprésentées dans les emplois précaires et les secteurs en difficulté, comme le tourisme, parce que le télétravail a bouleversé les équilibres entre vie familiale et professionnelle, elles sont plus affectées par la crise que les hommes à de nombreux égards.

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Un tableau très contrasté selon les Etats

Depuis quelques mois, les grandes organisations internationales sonnent régulièrement l’alarme sur le sujet. « Dans le monde du travail, les femmes qui ont de jeunes enfants ont été les premières victimes des confinements », souligne le Fonds monétaire international (FMI), dans une étude parue fin avril. « Le Covid19 est une crise avec un visage féminin, déclarait Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, le 15 mars. Ses répercussions ont montré à quel point l’inégalité entre les sexes reste profondément ancrée dans les systèmes politiques, sociaux et économiques. »

« Cette crise diffère beaucoup des récessions précédentes parce qu’elle touche surtout les services, où les femmes sont plus nombreuses », résume Matthias Doepke, économiste à l’université Northwestern

Au niveau mondial, les pertes d’emplois des femmes se sont élevées à 5 % en 2020, selon l’Organisation internationale du travail, contre 3,9 % pour les hommes.

« Cette crise diffère beaucoup des récessions précédentes parce qu’elle touche surtout les services, où les femmes sont plus nombreuses », résume Matthias Doepke, économiste à l’université Northwestern, à Chicago (Illinois), coauteur d’une étude sur le sujet. « En 2008, les destructions d’emplois s’étaient, à l’inverse, concentrées dans l’industrie, où les jobs sont majoritairement masculins. »

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Le tableau est néanmoins très contrasté selon les Etats, leurs systèmes sociaux, l’ampleur de la récession et des confinements qu’ils ont traversés.

Dans les pays en développement, 47 millions de femmes ont basculé sous le seuil de pauvreté en raison de la pandémie, annulant des décennies de progrès, selon le Programme de Nations unies pour le développement. Cela, parce qu’elles sont surreprésentées dans les secteurs informels, sans protection sociale. Dans les régions où les filles accèdent déjà difficilement à l’école en temps normal, l’interruption de la scolarité aura, en outre, des conséquences à long terme sur leur vie et sur leurs revenus.

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« Beaucoup passeront à côté de la reprise »

Aux Etats-Unis, le taux de participation des femmes au marché du travail, de dix points inférieur à celui des hommes, a chuté de 57,8 % à 54,6 %, entre février et avril 2020. Un an après, en avril 2021, il n’était remonté qu’à 56,1 %. « Beaucoup des mères sorties du marché du travail au pic de la crise pour s’occuper des enfants n’y sont toujours pas revenues », s’inquiète Nicole Mason, présidente de l’Institute for Women’s Policy Research, un centre de recherche américain travaillant sur les politiques publiques consacrées aux femmes. « Beaucoup passeront à côté de la reprise. »

En Europe, le chômage partiel s’est traduit par une baisse du nombre d’heures travaillées. Mais il a efficacement limité les destructions d’emplois. « Celles-ci sont malgré tout plus importantes dans les pays du Sud, très affectés par l’effondrement du tourisme, que dans les pays du Nord », observe Lina Salanauskaitė, chercheuse à l’Institut européen pour l’égalité des genres.

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En outre, un fossé net sépare les pays disposant d’un généreux système public d’accueil de la petite enfance de ceux où la garde repose surtout sur la solidarité familiale, plus longuement interrompue en raison de la distanciation physique. En Suède, le taux d’activité des femmes s’est ainsi maintenu autour de 80 %, alors qu’en Italie, il est tombé de 56,5 % à 54,7 % entre 2019 et 2020 : beaucoup d’Italiennes sont sorties de l’emploi pour prendre soin des enfants.

En France, où 10,6 % des femmes sont en CDD (contre 6,5 % des hommes), selon l’Insee, les difficultés se sont concentrées sur les plus précaires. « Pour les familles à l’euro près, la baisse de revenus liée au chômage partiel a été très douloureuse,explique Nicole Rouvet, secrétaire générale du Secours populaire dans le Puy-de-Dôme. Et 92 % des personnes que nous recevons pour l’aide alimentaire sont des femmes. Lorsque les difficultés s’accumulent, nous observons que ce sont elles qui prennent tout en charge : les courses, le budget, le quotidien. »

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« J’ai vécu ces derniers mois dans une terrible peur »

En dépit de la reprise se profilant, beaucoup de ces mères célibataires – elles représentent 84 % des familles monoparentales en France – peinent à reprendre le fil de leur vie. « J’ai eu la chance de garder mon emploi au chômage partiel, mais j’ai vécu ces derniers mois dans une terrible peur, témoigne Assia (les personnes citées dont le nom n’apparaît pas ont souhaité garder l’anonymat), 35 ans, mère célibataire. Ma famille est loin, je n’ai personne : si je suis contaminée, qui s’occupera de mes deux fils de 3 et 6 ans ? Cette angoisse s’est incrustée en moi. J’ai l’impression qu’elle ne me quittera plus jamais. »

Cette peur, Nicole Rouvet l’a observée chez de nombreuses mères seules. « Pour elles, tomber malade est le scénario catastrophe », résume-t-elle, soulignant que beaucoup sont restées cloîtrées chez elles, se concentrant sur les besoins de leurs enfants. Et oubliant les leurs. « L’école à la maison et les repas supplémentaires à gérer pendant les confinements ont mis un peu plus encore la pression sur ces femmes : pendant des mois, elles n’ont eu aucune respiration, aucune soupape », abonde Aurélie Mercier, membre du Secours catholique.

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Beaucoup de mères de jeunes enfants pour qui le travail à distance a été possible parlent elles aussi de cette absence de « soupape ». Les travaux de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Insee l’attestent : dans nombre de couples, en particulier ceux avec enfant(s), le télétravail a creusé l’inégale répartition des tâches domestiques et parentales. Car même si les hommes en ont fait plus à la maison, ils en ont malgré tout fait moins que leur conjointe. Selon l’Insee, 43 % des mères ont ainsi passé plus de six heures quotidiennes à s’occuper des enfants, entre avril et mai 2020, contre 30 % des pères. En outre, seules 29 % des femmes cadres ont disposé d’une pièce spécifique dévolue au travail, contre 47 % des hommes cadres.

« Cette période démontre que si les couples ont, en temps ordinaire, un fonctionnement plus égalitaire que par le passé, c’est moins en raison d’une prise de conscience de la nécessité de répartir également le travail domestique, que parce que les femmes occupent un emploi hors du logement », observe Emmanuelle Santelli, sociologue et directrice de recherche CNRS au Centre Max-Weber, à Lyon, qui a interrogé de nombreux couples sur le sujet, dans le cadre d’un projet de recherche.

« Une vie conjugale moins attrayante »

Beaucoup l’ont compris, avec douleur. Anna, une enseignante de 35 ans, gardera un souvenir amer des mois passés. « La vaisselle, le linge, la cuisine : avant, j’assurais l’essentiel parce que mon compagnon était très souvent en déplacement, confie-t-elle. Pendant le confinement, il a accepté de faire la vaisselle en se vantant d’être un homme moderne, oubliant qu’il me laissait tout le reste : en fait, je me berçais d’illusions sur l’égalité entre nous. »

Selon l’INED, 10 % des femmes considèrent que la relation avec leur conjoint s’est dégradée pendant le confinement. S’il est encore trop tôt pour en mesurer l’ampleur, celui-ci laissera des traces. « Ce retour temporaire à la vie au foyer, la prise de conscience du coût toujours élevé des tâches domestiques et parentales pour leur carrière et leur liberté, a rendu la vie conjugale moins attrayante pour beaucoup de femmes », estime François de Singly, sociologue spécialiste de la famille.

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Sur le marché du travail également, la pandémie laissera des séquelles. Elles seront nettement plus lourdes dans les pays où l’emploi des femmes s’est le plus dégradé. Aujourd’hui, beaucoup d’économistes, comme ceux du FMI, mettent en garde contre le risque d’une reprise inégale, à leur détriment.

« Les plans de relance européens sont axés sur l’environnement et le numérique, des métiers où les femmes sont peu présentes », ajoute Corinne Hirsch, cofondatrice du Laboratoire de l’égalité, une association engagée en faveur de l’égalité professionnelle. Selon une étude de la Fondation des femmes, seuls 7 milliards des 35 milliards d’euros du premier plan de relance français étaient fléchés vers les emplois considérés comme féminins.

S’ajoute à cela le télétravail, que nombre d’entreprises comptent prolonger au-delà de la pandémie. « Bien encadré, il peut favoriser un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale pour tout le monde », juge Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes. Avant de prévenir : « Mais il peut aussi nuire aux femmes si ce sont elles qui, majoritairement, se retrouvent à travailler depuis la maison. »

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Marie Charrel

« On a été frappées par la tristesse, la peur aussi » : les femmes en première ligne face au Covid-19

Infirmières, aides-soignantes, enseignantes ou caissières ont vécu dans l’angoisse le début de la crise sanitaire liée à la pandémie. Beaucoup ont vu leur quotidien bouleversé, au travail comme à la maison. 

Par Rémi Barroux et Cécile PrudhommePublié le 05 juin 2021 à 04h55 – Mis à jour le 05 juin 2021 à 11h47  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/06/05/on-a-ete-frappees-par-la-tristesse-la-peur-aussi-les-femmes-en-premiere-ligne-face-au-covid-19_6082943_3234.html

Aude Pambou, aide-soignante en Ehpad à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), le 16 avril 2020.
Aude Pambou, aide-soignante en Ehpad à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), le 16 avril 2020. FLORENCE BROCHOIRE

Elles ont été applaudies, célébrées à grands coups de casseroles frappées avec enthousiasme aux balcons des grands ensembles ou aux portes des maisons. Pour leur dire merci d’affronter la pandémie la plus grave qu’ait connue le pays depuis des décennies. D’abord, les personnels soignants, les infirmières et les aides-soignantes, au féminin, car il est des professions où ce genre s’impose. Ceux et celles que le président de la République Emmanuel Macron, dès son allocution du 12 mars 2020, appelait, dans un langage relevant plus de la guerre de tranchée, « la première ligne ». Ensuite, dans la deuxième ligne, les enseignants, les caissiers et caissières, les agriculteurs, les travailleurs sociaux, les éboueurs, les personnels de sécurité et de nettoyage, etc.

Les statistiques sont indiscutables : les femmes représentent 86 % des postes d’infirmiers/sages-femmes, 92 % des aides-soignants, 77 % des professions paramédicales, 82 % des caissiers/employés de libre-service, 97 % des assistantes maternelles ou encore 72 % des agents de nettoyage, selon les chiffres publiés en mai 2021 par la Dares, la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du travail.

La fermeture des crèches et des écoles a évidemment eu une incidence sur celles à qui échoient souvent les tâches familiales

Et c’est parmi ces emplois que se trouve la plus grande part des salariés contaminés par le virus SARS-CoV-2. « Les femmes travaillent plus souvent dans des professions où les conditions de travail se sont davantage dégradées, ce qui allait aussi de pair avec une dégradation de leur santé, physique et psychique : la coopération sur le lieu de travail, le soutien des collègues, les horaires décalés, la charge de travail, l’intensité émotionnelle… Alors que ces conditions de travail sont restées à peu près stables dans l’industrie, la construction ou l’agriculture, secteurs qui sont moins féminisés », analyse Mikael Beatriz, adjoint au chef du département conditions de travail et santé à la Dares.

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Isabelle Privé est enseignante en CE1. Pendant le premier confinement, l’école n’accueille que les enfants des soignants. Elle s’est portée volontaire avec la directrice pour donner les cours en plus de la gestion de sa classe habituelle en distanciel. Les femmes face à la crise sanitaire du Covid 19. Premier confinement lié au coronavirus, Normandie, France, 9 avril 2020.

Dans une enquête intitulée Tracov (menée auprès de 50 000 salariés), 6 % des femmes – contre 4 % des hommes – déclarent avoir été contaminées sur leur lieu de travail.

Les statistiques, encore, confirment cette vulnérabilité des femmes face à la pandémie. Selon le ministère du travail, le recours à l’activité partielle a, en avril 2021, enregistré une forte augmentation dans le secteur du commerce : + 38 %, avec la fermeture des commerces dits « non essentiels ». Dans l’éducation, la santé et l’action sociale aussi, il a connu une hausse sensible (+ 183 % en un mois). La fermeture des crèches et des écoles a évidemment eu une incidence sur celles à qui échoient souvent les tâches familiales.

« Ça a été compliqué. Il n’y avait plus de planning fixe »

Par ailleurs, « plus le travail est intense et plus le respect des distanciations physiques diminue, précise Mikael Beatriz. Et pour les professions de santé, le secteur de l’aide sociale ou de l’aide à domicile, la proximité physique s’imposeMême si, comme l’enquête le montre, les femmes d’une manière générale se lavent plus régulièrement les mains, portent plus systématiquement le masque que les hommes ».

Elsa Rousseau et auxiliaire de vie à domicile. Elle n’a pas cessé de travailler pendant le confinement. Les femmes face à la crise sanitaire du Covid 19. Premier confinement lié au coronavirus, Normandie, France, 23 avril 2020.

Durant quinze mois, vague après vague, le quotidien de ces femmes a été largement bouleversé, au travail comme à la maison. « Dans les équipes, aides-soignantes comme infirmières pouvaient être appelées pendant leur temps de repos. Ici, de nombreuses femmes sont en situation monoparentale et ont dû s’adapter avec des fermetures d’école, parfois des demi-journées de présence de l’enfant. Ça a été compliqué. Il n’y avait plus de planning fixe », témoigne Caroline Lemoal, 53 ans, aide-soignante au centre hospitalier universitaire (CHU) L’Archet, à Nice

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Le soutien entre collègues aussi en a pâti. « Ici, dans l’un des premiers hôpitaux chargé des [patients atteints du] Covid, on a tous été frappés par la tristesse, la peur aussi. Mais les femmes ont peut-être plus souffert. La disparition des pauses, le fait de ne plus pouvoir se retrouver entre soi a été difficile. Et ce n’était pas la proposition d’un entretien avec un psychologue, alors qu’on était en plein rush, qui pouvait remplacer ces moments », souligne Sabrina Hotte, 50 ans, aide-soignante et syndicaliste CGT au centre hospitalier de Compiègne-Noyon (Oise).

Marie Delafontaire est en télétravail. Elle est responsable de la vie étudiante de l’Université Rouen-Normandie. En plus de son travail très accaparant, elle doit gérer Louise, 7 ans et William, 3ans, ses deux enfants. Les femmes face à la crise sanitaire du Covid 19. Premier confinement lié au coronavirus, Normandie, France, 30 avril 2020.

« Difficile, émotionnellement, nerveusement et physiquement »

Beaucoup ont jeté l’éponge et quitté leur emploi. D’autres racontent les pressions subies. Sylvie Bambina, 50 ans, agente de service hospitalier au CHU de Grenoble, a multiplié les remplacements depuis le début de la pandémie.

« J’ai accumulé les contrats de quelques mois. Je suis tombée malade du Covid [en septembre 2020], mais mon responsable m’a dit que je pouvais l’avoir attrapé hors de mon service et ne m’a pas renouvelé mon contrat, fin mars [2021]. Depuis, je suis sans emploi, je ne peux plus payer mon loyer. Nous, les femmes, on a pris plus de risque, et en retour on a été considérées comme des larbins », dénonce celle qui nettoyait chambres et locaux. Une de celles « sans qui on ne pourrait pas soigner dans de bonnes conditions », affirme-t-elle. Et cela ne vaut pas seulement pour le domaine de la santé.

Quand elle regarde dans le rétroviseur, Nadia Ayad, 53 ans, vendeuse au rayon multimédia dans le magasin Carrefour d’Ollioules (Var), à côté de Toulon, se souvient qu’elle « terminait les journées sur les nerfs lors du premier confinement » . « J’étais au bord des larmes. Mes interrogations étaient lourdes à porter. Qu’est-ce qu’on va devenir ? On est en danger. C’était difficile, émotionnellement, nerveusement et physiquement. » Sans compter les défections dans les équipes. « Au pic, on est monté à 24 % d’absentéisme dans le magasin, contre 12 % en temps normal. Certaines filles auraient pu se mettre en absence pour garde d’enfants et ne l’ont pas fait, pour ne pas mettre mal leurs collègues », ajoute Mme Ayad.

Amélie François est hôtesse de caisse dans un supermarché. Le déconfinement tout proche lui fait peur. Elle craint que tout le monde se précipite au supermarché comme au début du confinement pour faire des provisions. Les femmes face à la crise sanitaire du Covid 19. Premier confinement lié au coronavirus, Normandie, France, 2 mai 2020.

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Une situation ardue pour ces femmes de la grande distribution alimentaire – les seuls magasins ouverts pendant tous les confinements –, qui ont dû « travailler comme des soldats envoyés au front » dès la première vague et concilier tous les rôles – mère, fille, épouse… – en plus de leur travail.

Carole Amanou, 47 ans, responsable du secteur caisses et de l’accueil dans un supermarché Casino de Marseille, a dû gérer l’inquiétude de voir son compagnon, infirmier à l’hôpital, partir à son travail, mais aussi celle « de l’avenir des deux enfants aujourd’hui âgés de 21 et 12 ans », se remémore-t-elle. « En plus, il fallait faire les courses pour mes parents et ma grand-mère qui habitent à côté. Le tout avant d’aller travailler. »

Pas facile également d’affronter les clients agacés par les restrictions, de « faire la police » pour qu’ils ne rentrent pas tous en même temps, et de les faire sortir « pour que le magasin ferme bien à l’heure afin que les filles puissent rentrer chez elles avant le couvre-feu », narre Nadia Ayad. Le courroux des clients et les incivilités à l’égard d’un personnel qui est habituellement peu considéré, elles connaissent. « Je me suis fait traiter de connasse, lance Carole Amanou. Si j’avais été un homme, ils n’auraient pas osé. Je pleurais tous les soirs en rentrant chez moi. » Ce tourbillon « laisse des traces », selon Carole Desiano, secrétaire fédérale de la FGTA-FO. Aujourd’hui encore, elles sont là.

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Rémi Barroux et  Cécile Prudhomme

« Pour les mères de famille, la pandémie a révélé l’inertie des rapports sociaux de sexe »

La sociologue Emmanuelle Santelli, directrice de recherche au CNRS, a interrogé des couples avant et pendant la crise du Covid-19, dans le cadre d’un projet de recherche. 

Par Marie CharrelPublié le 05 juin 2021 à 07h00 – Mis à jour le 05 juin 2021 à 13h24  

Temps de Lecture 6 min. 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/06/05/pour-les-meres-de-famille-la-pandemie-a-revele-l-inertie-des-rapports-sociaux-de-sexe_6082956_3234.html

Pendant la crise liée au Covid19 et les confinements, beaucoup de femmes, en particulier les mères de jeunes enfants, ont eu le sentiment d’un « retour en arrière », en raison du travail domestique supplémentaire leur incombant, explique Emmanuelle Santelli. Sociologue, directrice de recherche CNRS au Centre Max-Weber, à Lyon, elle a interrogé une cinquantaine de personnes avant la pandémie à propos de leur vie de couple. Elle a questionné à nouveau une trentaine d’entre elles durant la pandémie, dans le cadre d’un projet de recherche, pour comprendre ce que cette situation inédite a provoqué sur leur vie privée.

La pandémie de Covid-19 a-t-elle affecté les femmes d’une façon particulière ?

La pandémie a affecté tout le monde et les femmes l’ont été d’une façon toute particulière, mais j’ajoute qu’il s’agit plus précisément des mères. Les jeunes femmes en couple sans enfant ont pu vivre cette période comme « une parenthèse enchantée » : le jeune couple avait du temps pour lui, il pouvait avoir l’impression que c’était « comme les vacances », s’adonner à ses passe-temps favoris. N’oublions pas les différences selon les groupes sociaux, mais, tant qu’il n’y avait pas d’enfants, les jeunes femmes ont globalement estimé que cela ne changeait pas grand-chose en termes de répartition des tâches, qu’elle soit égalitaire ou non.

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En revanche, pour les femmes qui ont un enfant en bas âge ou plusieurs enfants, la « pression domestique » qui s’est exercée sur elles a été extrêmement forte. Pour les mères de famille, cette situation a révélé l’inertie des rapports sociaux de sexe. Une fois en situation de devoir rester à la maison, comme au moment du premier confinement ou parce que la situation de télétravail perdure, un grand nombre de femmes ont eu le sentiment d’un retour en arrière : comme les femmes des années 1950, elles devaient s’acquitter des tâches domestiques et éducatives, les perspectives professionnelles étaient reléguées au second plan…

Le confinement a-t-il également permis à certains hommes de mesurer plus concrètement ce qu’était le travail domestique et de, peut-être, favoriser un rééquilibrage ?

Des hommes se sont occupés de faire « l’école à la maison » – je pense notamment à des hommes instituteurs –, mais en dehors de ces situations plutôt marginales, cette activité a été très majoritairement prise en charge par les femmes. Et comme une grande majorité étaient aussi en emploi – soit sur leur lieu de travail, soit en télétravail –, l’organisation de la vie domestique et la charge mentale inhérente à cette dernière ont été encore plus fortes que d’habitude.

En situation normale, c’est sur les femmes que repose, le plus souvent, la pression pour parvenir à concilier vie professionnelle et vie familiale, et la période actuelle a montré qu’en période de crise sanitaire aussi.

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La situation dans laquelle les deux parents en télétravail se répartissentéquitablement la charge domestique semble avoir été minoritaire, alors même que ces derniers se retrouvaient dans un contexte où un certain nombre de tâches nécessitaient encore plus de temps et d’énergie que d’habitude : la préparation des trois repas par jour pour tous les membres de la famille, avec ce que cela implique de courses supplémentaires, les tâches habituelles, plus le fait de faire l’école à la maison et de devoir continuer de travailler, alors même que peu de personnes disposaient de bonnes conditions matérielles pour le faire – à savoir un bureau isolé, suffisamment d’espace…

Comment les confinements, et plus largement cette période, ont-ils bouleversé les couples et les équilibres dans les familles ?

Cette période de confinements successifs, en nous contraignant à passer nettement plus de temps à la maison, invite à questionner le discours public tenu à l’égard de l’égalité femmes-hommes, discours laissant à penser que le projet politique d’une égalité réelle serait en bonne voie.

Le confinement nous montre que, dès que les femmes qui ont des enfants sont à la maison, elles passent beaucoup plus de temps que leur conjoint à réaliser les nombreuses tâches domestiques et parentales. Cette période, qui est loin d’avoir donné lieu à un partage des tâches égalitaire alors même que les deux membres du couple étaient à la maison, démontre que si les couples ont, en temps ordinaire, un fonctionnement globalement plus égalitaire que par le passé, c’est parce que les femmes occupent un emploi et surtout qu’elles l’exercent en dehors de leur logement.

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Ce qui voudrait dire que nous ne sommes pas parvenus à un fonctionnement plus égalitaire parce qu’il y aurait eu une prise de conscience que le travail domestique et parental doit être pris en charge par les deux adultes occupant le foyer, mais parce que ces derniers travaillent tous deux en dehors de l’espace domestique.

Cette période va bouleverser les équilibres, au sein des couples, des familles, car beaucoup de femmes en sortiront probablement encore plus insatisfaites du fonctionnement conjugal et familial. Car, plus encore que d’habitude, elles ont manqué de temps pour elles, elles ont dédié beaucoup d’énergie et de temps à leurs enfants, à l’entretien du logement, quand leur conjoint a continué de se préoccuper de sa carrière, avait envie d’avoir du temps pour lui et l’a pris.

Le télétravail va sans doute s’installer durablement. Dans quelle mesure peut-il lui aussi bouleverser les équilibres familiaux ?

L’âge des enfants est l’élément-clé : le télétravail avec deux adolescents autonomes et celui avec deux enfants en bas âge n’est pas le même. Les conditions de logement, d’équipement sont aussi des questions essentielles et révèlent, on le sait, de très grandes disparités selon les milieux sociaux.

Tout dépend aussi des conditions du confinement. Les deux derniers, nettement moins restrictifs (moins de personnes étaient en télétravail), n’ont pas eu les mêmes effets que le premier. En revanche, il est vrai que dans les couples, les femmes sont plus souvent concernées par le télétravail que leur conjoint – en tout cas parmi les personnes que j’ai interrogées.

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Soit cette situation va à terme impliquer un rééquilibrage dans la répartition des tâches, soit elle va entraîner une fatigue extrême pour les femmes, entraînant différents effets médicaux – outre les formes de burn-out familial, on peut imaginer d’autres pathologies liées à cette situation, qui génère par ailleurs beaucoup de stress –, et possiblement plus de conflits conjugaux, voire potentiellement plus de violences.

Il est donc urgent que les politiques publiques se penchent sur cette situation mise en évidence par la pandémie : l’égalité entre les sexes n’est pas encore une réalité, les femmes et les hommes ne concilient pas vie professionnelle et vie familiale dans les mêmes termes. Les premières, plus souvent que les seconds, font passer leur carrière après l’entretien et le bien-être de l’espace familial. Et cela ne semble épargner aucun milieu social. Si l’on prend le domaine de la recherche, l’Agence nationale de la recherche a tiré un bilan de la campagne 2020 en montrant que le nombre de projets portés par des femmes était significativement en baisse.

Quelles traces la pandémie pourrait-elle laisser ?

Difficile à dire, car tout dépendra de sa durée. Selon que tout s’arrête d’ici la rentrée ou dans plusieurs années, les traces ne seront pas les mêmes. En revanche, en raison des inégalités que cette crise sanitaire a contribué à mettre en évidence et à renforcer, il est indéniable que les femmes qui disposeront le moins de ressources financières et relationnelles, avec un emploi plus contraignant au niveau des horaires, seront encore plus pénalisées que celles qui parviendront à s’organiser pour que les effets de la pandémie pèsent moins sur elles. La pandémie a souligné les inégalités de genre au sein de la sphère domestique, mais elle démontre aussi les profondes fractures sociales au sein de la société française.

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Marie Charrel

Covid-19 : sur le plan sanitaire, les femmes moins touchées que les hommes

Le virus du SARS-CoV-2 touche plus durement les hommes, qui représentent les deux tiers des patients hospitalisés en réanimation et près de 58 % des décès à l’hôpital. 

Par Pascale SantiPublié le 05 juin 2021 à 12h00  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/05/covid-19-sur-le-plan-sanitaire-les-femmes-moins-touchees-que-les-hommes_6082997_3244.html

Dans tous les pays, le constat est identique. Alors que femmes et hommes sont autant infectés par le Covid-19, les seconds sont plus nombreux à en mourir, même si l’âge est le facteur de risque principal de développement d’une forme sévère. « Les hommes sont plus à risque d’hospitalisation pour Covid-19 et représentent 58 % des décès à l’hôpital. Ils sont aussi majoritaires en réanimation : ils représentent environ les deux tiers des personnes hospitalisées dans ces services », souligne l’épidémiologiste Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité des infections respiratoires de Santé publique France (SPF).

INFOGRAPHIE LE MONDE

« La létalité [la probabilité de décéder en cas d’infection] est deux fois supérieure chez l’homme au-delà de 25 ans, abonde Mircea Sofonea, épidémiologiste au laboratoire Mivegec (maladies infectieuses et vecteurs), à l’université de Montpellier. Mais il convient de garder en tête que la proportion de femmes augmente en remontant la pyramide des âges. » Ce qui réduit le décalage de mortalité entre les sexes au niveau de la population.

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Comment expliquer cette différence ? « Ces chiffres reflètent essentiellement la prévalence différente des facteurs de risque en fonction du sexe, explique Daniel Lévy-Bruhl. Les hommes ont une probabilité plus importante que les femmes d’avoir une comorbidité qui influence le risque de forme sévère. » Ils sont par exemple plus nombreux à être touchés par le diabète ou les maladies chroniques cardio-respiratoires. « Au sein de la population âgée de 65 ans ou plus, le risque de souffrir d’une comorbidité aggravante ou d’obésité est plus élevé chez les hommes que chez les femmes », confirme une étude de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques sur « les inégalités sociales face à l’épidémie de Covid-19 », parue en juillet 2020.

Une meilleure protection immunitaire

Mais les différences concernant les comorbidités n’expliquent pas tout. « Il se pourrait qu’être de sexe masculin soit un facteur de risque à lui seul », précise Daniel Lévy-Bruhl. « On commence à comprendre certains mécanismes biologiques sous-jacents, même si beaucoup reste à faire, constate Jean-Charles Guéry, qui dirige l’équipe sur les différences sexuelles dans l’immunité à l’Institut toulousain des maladies infectieuses et inflammatoires. Il existe des différences liées au sexe dans l’immunité : les femmes sont plus susceptibles que les hommes de développer des maladies auto-immunes ou allergiques ; elles sont moins touchées que les hommes par les formes sévères de Covid-19. »

Une équipe du CHU de Strasbourg et de l’Institut Pasteur a montré que, six mois après l’infection, les femmes avaient une protection immunitaire plus performante que les hommes

Dans le cas du SARS-CoV-2, « des biais de sexe ont été observés dans la production de cytokines, des molécules antivirales, comme les interférons de type I, qui est plus forte chez les femmes. Parmi les patients hospitalisés, celles-ci, même âgées, développeraient des réponses immunes impliquant[des globules blancs tels que] les lymphocytes T plus robustes que les hommes, selon une étude d’une équipe de Yale publiée dans Nature en août 2020 », précise Jean-Charles Guéry. Le contrôle de la primo-infection serait plus efficace chez les femmes, empêchant davantage l’orage cytokinique – une réaction inflammatoire brutale, face à une infection virale.

Une équipe du CHU de Strasbourg et de l’Institut Pasteur, qui a examiné une cohorte de 308 membres du personnel hospitalier ayant eu une forme légère de Covid-19, a, quant à elle, montré que, six mois après l’infection, les femmes avaient une protection immunitaire plus performante que les hommes, avec des anticorps neutralisants qui durent plus longtemps.

« On sait que les femmes ont, d’une façon générale, une réponse humorale et cellulaire plus robuste que les hommes, que ce soit face à d’autres maladies infectieuses ou en réponse à une vaccination. Le versant délétère de cette plus large réactivité est que les femmes sont plus souvent sujettes aux maladies auto-immunes », rappelle Samira Fafi-Kremer, directrice de l’Institut de virologie de Strasbourg, qui a dirigé ce travail publié dans le Journal of Infectious Diseases en avril 2021. A l’inverse, « les hommes présenteraient dans le sang des niveaux supérieurs de cytokines favorisant des réactions inflammatoires comme l’interleukine 8 et l’interleukine 18, corrélées à la sévérité de la maladie », ajoute Mircea Sofonea.

La piste génétique

La piste génétique est aussi explorée. Les femmes ont un chromosome X en deux exemplaires, les hommes n’en ont qu’un. Or, de nombreux gènes de l’immunité se situent sur ce chromosome sexuel. Parmi ceux-ci, il y a le TLR7, un composant de l’immunité innée, qui reconnaît l’ARN du SARS-CoV-2. L’équipe de Jean-Charles Guéry avait montré, dans un article de Science Immunology publié en 2018, que ce gène peut être exprimé en deux copies dans les cellules immunitaires des femmes, ce qui pourrait expliquer leur meilleure réponse vis-à-vis des infections virales, notamment le Covid-19.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Le Covid-19, une maladie socialement inégalitaire

Un rapport de Yannis Michalakis, directeur de recherche au CNRS et membre de l’équipe de modélisation du Mivegec, avançait à l’été 2020 l’hypothèse qu’une autre comorbidité, peu surveillée en France, le déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PDD ou favisme) – une affection liée au chromosome X –, pourrait potentiellement expliquer une partie du différentiel de morbidité entre les sexes. Il a notamment été montré in vitro qu’une déficience de cette enzyme impliquait une plus grande réplication virale. « La piste génétique reste à explorer. Des versions différentes de ce gène, plus ou moins représentées selon la zone géographique d’origine, peuvent expliquer des susceptibilités différentielles, comme dans le pourtour méditerranéen », explique Mircea Sofonea.

Autre facteur biologique important, les hormones sexuelles (œstrogènes, progestérone…) pourraient renforcer l’immunité chez la femme face au Covid-19. Mais ce sont là des hypothèses : « Les différences de sexe s’observent à tous les âges de la vie, ce qui ne penche pas pour un effet des hormones », tempère Jean-Charles Guéry.

Symptômes persistants

Plus largement, « ces facteurs [de l’âge, des comorbidités, etc.] interagissent également avec les facteurs génétiques, mais aussi avec le contexte socioculturel [la précarité, la promiscuité, les habitudes de mobilité] », décrypte Mircea Sofonea. Il existe ainsi des différences comportementales (comme le fait de fumer du tabac, par exemple) ou des professions plus touchées.

En revanche, s’agissant des cas de Covid longs, « si les hommes sont plus à risque de faire des formes graves, les femmes semblent plus à risque de souffrir de symptômes persistant dans la durée », indique l’étude menée à partir de la cohorte French Covid (4 310 patients), publiée dans le journal Clinical Microbiology and Infection, et coordonnée par la professeure Jade Ghosn, de l’hôpital Bichat.

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INFOGRAPHIE LE MONDE

« On a un faisceau d’arguments pour dire que les atteintes d’organes liées au Covid-19 [atteintes pulmonaires, cardiaques, etc.] sont les mêmes pour les hommes et les femmes, explique l’épidémiologiste Viet-Thi Tran, co-investigateur de ComPaRe, une plate-forme d’e-épidemiologie. Mais les femmes rapportent plus de symptômes, tels que l’anxiété. »

Une enquête parmi un échantillon de plus de 20 000 personnes positives au Covid-19 entre le 26 avril 2020 et mars 2021, réalisée par l’Office national des statistiques anglais, a montré que la prévalence des symptômes douze semaines après l’infection était plus élevée chez les femmes (14,7 %) que chez les hommes (12,7 %). Cependant, on ne sait pas encore si les hommes sont moins touchés par les Covid longs, parce qu’ils en sont plus décédés.

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Pascale Santi

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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