Covid-19 : le gouvernement envisage de nouvelles restrictions locales pour faire face à la « quatrième vague »
Port du masque à l’extérieur, couvre-feu, fermetures des restaurants… autant de mesures qui sont sérieusement envisagées au sommet de l’Etat, compte tenu de « l’explosion des cas ». Selon nos informations, le sujet sera sur la table du conseil de défense sanitaire de mercredi.
Publié aujourd’hui à 13h02, mis à jour à 14h49
« Nous sommes entrés dans une quatrième vague du virus. » Lundi soir, à l’issue du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a adopté un ton alarmiste pour décrire la forte reprise épidémique qui frappe la France, sous l’effet du variant Delta qui représente désormais « 80 % des contaminations ». Avec à la clé une « explosion des cas » et des hospitalisations reparties à la hausse. La vague épidémique peut « monter très vite et elle peut monter très haut », a-t-il prévenu.
Autour d’Emmanuel Macron, l’inquiétude est réelle face à une hausse du taux d’incidence, jugée « stratosphérique », lundi, par le porte-parole du gouvernement. Au point que la possibilité de devoir remettre en place des restrictions territoriales pour limiter la propagation du virus, comme cela a pu être le cas lors des précédentes vagues, est sérieusement envisagée au sommet de l’Etat. « Rien n’est exclu », indique l’entourage de M. Macron, en soulignant que « la dynamique de l’épidémie n’est pas bonne ». « Par définition tout est possible »,abonde Matignon.
Selon nos informations, le sujet sera sur la table du conseil de défense sanitaire, qui doit se tenir mercredi 21 juillet, à l’Elysée, autour du chef de l’Etat. A l’issue de cette réunion, le premier ministre, Jean Castex, s’exprimera à 13 heures, sur TF1, afin d’en présenter les principaux arbitrages.
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« Des mesures adaptées aux territoires »
Différentes options sont envisagées. Selon plusieurs sources, la possibilité de réinstaurer l’obligation du port du masque en extérieur ou la fermeture des restaurants et bars à partir de 23 heures, comme cela a été décidé vendredi dans les Pyrénées-Orientales, est envisagée dans les départements où le virus flambe. Mais pas seulement. Le retour de mesures de couvre-feu, au niveau local, fait également partie des pistes à l’étude. « C’est une possibilité, ça n’est pas exclu », a estimé le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Clément Beaune, lundi, sur BFM-TV/RMC.
En cartes : Hausse, stabilisation ou baisse, où en est l’épidémie dans votre département ?
Lors de son allocution, le 12 juillet, en plus d’annoncer l’extension du passe sanitaire et l’obligation vaccinale des soignants, Emmanuel Macron avait fixé la règle à suivre. « Dans les départements qui dépasseraient un taux d’incidence de 200 et verraient leurs hospitalisations augmenter, des mesures de freinage pourront être prises par nos préfets », avait-il averti. Ce fut le cas des Pyrénées-Orientales, où la situation s’est dégradée en quelques jours, ou encore en Haute-Corse. Après une flambée épidémique, les autorités ont annoncé le 13 juillet la fermeture des bars et restaurants à 23 heures, tout en respectant une jauge limitée à 50 % en intérieur et en extérieur.
De nouvelles restrictions vont-elles voir le jour dans les départements les plus touchés ? Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, « beaucoup poussent dans ce sens », confie un proche du chef de l’Etat. « C’est adapté en fonction de ce que les préfets estiment nécessaire », a expliqué Clément Beaune lundi. Avant de préciser : « Des mesures de restriction adaptées aux territoires en fonction de la gravité de la situation peuvent être prises. C’est nécessaire en attendant que la vaccination progresse. » Cette option est évidemment déjà étudiée par le ministre de la santé, Olivier Véran. « On est obligés de réfléchir à des mesures de freinage ou permettant un meilleur respect de la distanciation sociale », a-t-il expliqué le 18 juillet, dans LeJournal du dimanche.
L’argumentaire semble déjà bien rodé pour préparer les esprits à un nouveau tour de vis. « Au vu de la couverture vaccinale – encore incomplète – et de l’augmentation exponentielle des cas, il pourrait y avoir des répercussions sur l’hospitalier… », souligne un proche du chef de l’Etat. « Il y a deux temps, celui de la vaccination, qui est le temps du court et moyen terme et celui des mesures de freinage, qui est le temps de l’urgence là où nous constaterions une accélération brutale de la pression épidémique », indique au Monde le patron des députés La République en marche (LRM), Christophe Castaner. Avant de conclure : « C’est la vaccination de 90 % de la population qui seule permettra d’éviter toutes les mesures de freinage. »
« Hausse de l’incidence de 700 % »
Signe de l’inquiétude grandissante, le port du masque en extérieur est redevenu obligatoire depuis mardi 20 juillet dans 45 communes touristiques de Charente-Maritime, comme l’île de Ré ou La Rochelle. D’autres restrictions locales ont déjà été mises en place dans plusieurs territoires, ces dernières semaines. Un couvre-feu a été rétabli à la Martinique et à La Réunion depuis le 13 juillet, et ces départements d’outre-mer ont été placés en état d’urgence sanitaire. En métropole, avant les mesures prises dans les Pyrénées-Orientales, le département des Landes avait également prolongé les dernières restrictions du confinement.
Lors de son point presse, lundi soir, Gabriel Attal a indiqué qu’au niveau national, le taux d’incidence « poursuit son explosion », à 86 cas pour 100 000 habitants, « soit une augmentation de près de 125 % en une semaine ». Il a pointé du doigt plusieurs territoires, soumis à une flambée épidémique, en indiquant que 39 départements ont désormais un seuil d’incidence supérieur au taux d’alerte. « La dynamique est particulièrement marquée en Corse avec une hausse de l’incidence de plus de 700 %, en Occitanie avec une hausse de 170 % et en région Sud avec une augmentation de l’incidence de 130 % », a-t-il détaillé. Et « dans les Pyrénées-Orientales, le taux d’incidence est désormais de 345 pour 100 000 habitants. C’est 25 fois plus qu’au début du mois ». « Une hausse de ce type aussi forte, aussi soudaine, nous n’en avions jamais connu depuis le début de l’épidémie dans notre pays », s’est-il alarmé, en évoquant un virus qui « contamine à la vitesse de l’éclair ».
La perspective d’éventuelles nouvelles mesures de restrictions suscite déjà des résistances au sein de la majorité. Plusieurs députés LRM tentent de peser pour éviter un tel scénario, en soulignant que la mise en place du passe sanitaire ne peut pas s’accompagner d’autres privations de liberté. « On ne peut pas avoir les deux en même temps ! », s’agace un cadre du groupe macroniste à l’Assemblée. Le député LRM de l’Indre François Jolivet a d’ailleurs lancé « une mise en garde ». « Le corollaire de la vaccination et du passe sanitaire, c’est la liberté. J’y suis vigilant. Pas de nouvelles restrictions, le paquet sur la vaccination », a-t-il écrit, lundi, sur Twitter.
Pour l’heure, le gouvernement exclut de recourir à l’arme ultime du confinement ou du couvre-feu au niveau national. « Ce n’est pas une option regardée », assure un proche de M. Macron. Lundi, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a toutefois évoqué ce scénario noir, afin d’inciter les Français à se faire vacciner massivement, tout en respectant l’utilisation du passe sanitaire. « L’objectif, c’est de protéger la santé des Français », a-t-il plaidé, sur France 2. Avant de mettre en garde : « Qu’est-ce qu’on veut à la rentrée ? Le retour à la normale ou le retour au confinement ? » L’enjeu est clairement posé.
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