Une possible extension des applications d’information nutritionnelle aux informations environnementales et sociales concernant d’autres secteurs ? (Romain Gavache site le Dénicheur)

« Les applications de consommation responsable ont gagné une véritable influence sur les choix des industriels »

TRIBUNE

Romain Gavache

Responsable France du comparateur de prix en ligne leDénicheur

Romain Gavache, responsable d’un site comparateur de prix, s’interroge dans une tribune au « Monde » sur une possible extension des applications d’information nutritionnelle aux informations environnementales et sociales concernant d’autres secteurs

Publié hier à 09h00    Temps de Lecture 3 min. 

Tribune. Les applications de consommation responsable se multiplient et rencontrent un succès croissant : selon une étude IFOP, 25 % des consommateurs utiliseraient une application nutritionnelle comme Yuka ou Open Food Facts. Si elles visaient initialement à mieux informer les consommateurs sur les qualités nutritionnelles des produits alimentaires, la logique de transparence dont elles sont porteuses pourrait bien transformer en profondeur les pratiques des industriels bien au-delà du seul secteur agroalimentaire.

En juin 2021, la start-up Yuka a été condamnée en première instance par le tribunal de commerce de Paris à la suite d’une plainte de la Fédération des entreprises françaises de charcuterie traiteur pour « pratique commerciale déloyale et trompeuse ». Ce groupe d’industriels de la charcuterie estimait que le mauvais score attribué aux produits contenant des nitrites et nitrates était injustifié. Mais cette réponse judiciaire semble être à contre-courant de la tendance générale à la responsabilisation des industriels.

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Face à cette tendance de fond, l’enseigne Intermarché a par exemple annoncé avoir reformulé 900 de ses recettes en supprimant 142 additifs. Plutôt que de s’en prendre aux messagers portant la voix des consommateurs, les acteurs de l’alimentation tendent donc progressivement à intégrer l’existence de ces outils dans leurs stratégies pour préserver leurs ventes. Mais que se passerait-il si cette logique de transparence s’étendait à l’ensemble des secteurs de production ?

Impact écologique et pratique sociale

L’extension de cette logique demanderait d’abord la définition de nouveaux critères d’évaluation potentiellement plus complexes à élaborer que les scores nutritionnels, afin de mesurer des aspects comme l’impact écologique ou encore les pratiques sociales. Certaines applications ont d’ailleurs ouvert la voie en intégrant un « éco-score » conçu en coopération avec l’Agence de la transition écologique (Ademe) et tenant compte de l’impact de certains produits écologiquement.

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L’application BuyOrNot quant à elle relaie des appels au boycottage liés à l’impact social des entreprises productrices (emploi de personnes mineures, mauvaises conditions de travail, corruption) et prévoit la création d’une rubrique proposant des produits alternatifs.

Un autre critère potentiellement déterminant pourrait être la durée de vie et le degré de réparabilité des produits : à la fois moins chers sur le long terme et plus responsables, les produits les plus durables seraient logiquement préférés par les consommateurs.

Le cas particulier de l’informatique

C’est selon ce principe que, depuis début 2021, un indice de réparabilité a été créé par l’Ademe et rendu obligatoire pour les ordinateurs portables, les smartphones, les télévisions, les lave-linge à hublot et les tondeuses à gazon électriques. Dès 2022, il sera progressivement adopté pour d’autres équipements électriques et électroniques.

Rien n’empêcherait donc que les mêmes méthodes d’évaluation s’étendent à d’autres secteurs industriels. Mais certaines problématiques propres à ces autres marchés pourraient toutefois s’imposer. Si les alternatives écologiques et socialement responsables sont particulièrement développées dans le domaine de l’agroalimentaire, ce n’est pas le cas dans de nombreux autres secteurs comme l’informatique.

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Les terres rares – ces métaux indispensables à la fabrication de nombreux composants, parmi lesquels les batteries – sont par exemple utilisées par l’immense majorité des acteurs de l’électronique et ne sont, comme leur nom l’indique, pas renouvelables. En matière de téléphonie, le FairPhone fait figure d’exception, mais n’est pas encore en mesure de concurrencer sérieusement les géants du smartphone dont le rapport performance/prix repose en partie sur des économies d’échelle.

Un alignement entre les producteurs et les distributeurs

L’absence d’alternative pourrait donc être un frein à la transformation des pratiques des industriels. Mais il est tout de même probable que l’information diffusée par des applications de ce type entraînerait une prise de conscience d’une partie des consommateurs et pourrait donc accélérer le développement d’offres nouvelles, plus adaptées aux nouvelles exigences sociales et environnementales.

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Comme le biologique dans l’alimentaire, ces offres nouvelles pourraient, du fait de leurs coûts de production plus élevés que ceux des offres traditionnelles, être plus chères et donc destinées, dans un premier temps, aux consommateurs à fort pouvoir d’achat. Les pratiques destructrices de l’environnement et socialement nuisibles ne sont en effet privilégiées par les industriels que dans l’objectif d’augmenter leurs marges et la compétitivité de leurs prix en faisant des économies.

Mais les normes de production écologiquement et socialement responsables pourraient à plus long terme devenir un nouveau standard et se démocratiser, transformant ainsi par le jeu de la concurrence et de la communication RSE l’ensemble de ces marchés. En se démocratisant, les applications de consommation responsable ont ainsi gagné une véritable influence sur les choix des industriels.

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En s’étendant à l’ensemble des produits, cette logique de transparence pourrait ouvrir la voie vers un meilleur alignement des pratiques des producteurs et des distributeurs sur les exigences de leurs clients. Face à des politiques responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) tendant trop souvent vers le « greenwashing » et réduites à de simples stratégies de communication, ces outils pourraient redonner un véritable contenu à l’idée de RSE.

Romain Gavache(Responsable France du comparateur de prix en ligne leDénicheur)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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