Le vaccin chinois Sinovac produit dix fois moins d’anticorps que le Pfizer
Une étude de l’université de Hongkong, publiée dans « The Lancet Microbe », compare le niveau d’anticorps obtenus après deux doses du vaccin de Sinovac et de Pfizer-BioNTech.
Par Simon Leplâtre(Shanghaï, correspondance)Publié aujourd’hui à 15h55, mis à jour à 16h52
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De plus en plus de pays doutaient de l’efficacité des vaccins chinois inactivés. Une étude menée à Hongkong sur plus d’un millier de patients montre que le vaccin Coronavac, développé par le laboratoire chinois Sinovac, entraîne la production de dix fois moins d’anticorps que le vaccin développé par BioNTech et produit par Pfizer. Ces derniers mois, plusieurs pays ayant massivement vacciné leur population avec des vaccins à virus inactivés chinois ont fait face à d’importantes vagues de l’épidémie. Ces vaccins semblent en revanche présenter une efficacité satisfaisante pour éviter les formes graves du Covid-19.
Cette comparaison entre les deux vaccins disponibles à Hongkong a été menée par des chercheurs de l’université de Hongkong sur 1 442 personnels de santé ayant reçu deux doses de ces vaccins. Publié dans la revue médicale The Lancet Microbe, le 15 juillet, l’article précise que la quantité d’anticorps ne suffit pas à évaluer le niveau d’immunité conféré par un vaccin, mais que « les différences de concentrations d’anticorps neutralisants identifiés dans notre étude pourraient se traduire par des différences substantielles dans l’efficacité du vaccin ». Les chercheurs ajoutent que les patients ayant reçu le Coronavac présentent des niveaux d’anticorps similaires aux patients qui ont contracté le Covid-19 et sont guéris.
De quoi renforcer encore les preuves de l’efficacité particulièrement élevée des vaccins à ARN messager par rapport aux technologies traditionnelles comme les virus inactivés. Ces derniers présentent toutefois des avantages : ils peuvent être conservés dans de simples réfrigérateurs, quand le vaccin de Pfizer-BioNTech nécessite une température de moins 70 degrés pour une conservation supérieure à un mois, un obstacle pour son déploiement dans de nombreux pays en développement.
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Ces derniers mois, plusieurs pays ont connu d’importantes vagues de contaminations, malgré un taux de vaccination élevé : c’est notamment le cas des Emirats arabes unis, des Seychelles, de la Mongolie, du Chili et de l’Uruguay, qui ont principalement vacciné leur population avec des injections de Sinovac et Sinopharm, les deux principaux producteurs chinois, qui ont tous deux recours à la technologie du virus inactivé. A chaque fois, la mortalité concerne plutôt les non-vaccinés mais la diffusion du virus semble plus rapide que dans les pays largement vaccinés avec une solution à l’ARN messager, comme en Israël, qui a administré le vaccin BioNTech à sa population.
Politique de tolérance zéro
Le 15 juillet, le Chili a recommandé d’administrer une troisième dose de Sinovac pour renforcer la protection face au variant Delta, après avoir mené ses propres études montrant une forte baisse de l’immunité six mois après la dernière injection. De son côté, la Thaïlande a choisi d’administrer une deuxième dose d’AstraZeneca aux personnels de santé ayant reçu une première injection de Sinovac, et « un booster », soit une troisième dose AstraZeneca ou Pfizer, à ceux qui ont reçu deux doses. Même approche en Indonésie, pays actuellement le plus touché par le variant Delta, où les salariés du secteur de la santé vont recevoir un « booster » de Moderna. Mi-juin, le Costa Rica a carrément décidé de suspendre ses importations de Sinovac, mettant en avant son manque d’efficacité.
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La Chine elle-même se pose des questions. Si les industriels et les responsables des agences de santé défendent les vaccins chinois, le pays se préparerait à administrer une dose du vaccin Pfizer en troisième dose d’ici à la fin de l’année. Développé par le laboratoire allemand BioNTech, ce vaccin doit être produit en Chine par Fosun Pharma, mais il n’a toujours pas été approuvé par les autorités sanitaires chinoises, qui ont privilégié pour l’instant les vaccins conçus dans le pays. D’après le magazine économique Caixin, qui cite des sources proches du régulateur, le vaccin serait administré aux patients ayant déjà reçu deux doses de vaccin inactivé. Fosun prévoit de lancer la production à partir de la fin août, et pourrait produire entre 100 et 200 millions de doses par mois dans son usine de Shanghaï.
La Chine a administré 1,4 milliard de doses, soit plus d’une par habitant de plus de 12 ans. Depuis la première vague de début 2020, à Wuhan et autour, la Chine est parvenue à éviter toute nouvelle explosion de l’épidémie en prenant des mesures drastiques à chaque nouveau foyer. Mais cette politique de tolérance zéro ne permet pas de voir pour l’instant une réouverture du pays, qui n’octroie quasiment aucun nouveau visa et impose aux voyageurs deux à trois semaines de quarantaine stricte. Un vaccin chinois à ARN messager est également en phase 3 de test au Mexique. Restera à convaincre sa population, après des mois de dénigrement officiel des vaccins à ARN messagers présentés comme des vaccins expérimentaux potentiellement dangereux.
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