Covid-19 : l’Angleterre lève les dernières restrictions malgré la flambée de l’épidémie
Les infections au SARS-CoV-2 ont franchi la barre des 50 000 cas quotidiens et les hospitalisations, si elles restent à un niveau bas, sont en progression.
Par Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)Publié aujourd’hui à 01h41, mis à jour à 09h35
https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/19/covid-19-l-angleterre-leve-les-dernieres-restrictions-malgre-la-flambee-de-l-epidemie_6088678_3244.html
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Du « Freedom Day » – le « jour de la liberté » – au risque de « Covid chaos »… Le gouvernement britannique devait maintenir la levée de toutes les restrictions sanitaires légales en Angleterre à partir de lundi 19 juillet – fin du port du masque obligatoire dans les magasins et les transports, fin des jauges en intérieur. Mais, à en croire le Mail on Sunday, Boris Johnson a renoncé au discours « churchillien » qu’il préparait pour l’occasion, préférant appeler ses concitoyens à la « prudence » dimanche.
Et pour cause : la stratégie de Downing Street paraît de plus en plus risquée, alors que les infections au Covid-19 ont franchi la barre des 50 000 cas quotidiens et que l’économie est menacée de paralysie car des millions de Britanniques sont contraints de se mettre en quarantaine pour avoir été cas contacts. A commencer par Boris Johnson lui-même, tout comme Rishi Sunak, son chancelier de l’Echiquier, qui ont confirmé s’isoler, jusqu’au 26 juillet, après avoir côtoyé le ministre de la santé, Sajid Javid, testé positif samedi. Ils ont bien tenté de se soustraire à la quarantaine, mais y ont très rapidement renoncé, face à un début de polémique.
Samedi, 54 674 cas de contamination en vingt-quatre heures avaient été comptabilisés au Royaume-Uni, une hausse de 40 % en une semaine. Dimanche, 48 161 cas étaient de nouveau rapportés. Et si les vaccins Pfizer et AstraZeneca s’avèrent efficaces à plus de 90 % pour éviter les cas graves et les hospitalisations, ces dernières progressent rapidement, avec 740 patients admis à l’hôpital le 13 juillet, soit le double du début du mois. Les décès restent également limités (vingt-cinq morts enregistrées dimanche), mais ils suivent la même inquiétante progression que les hospitalisations.
Des centaines de milliers de cas contacts
Déjà, des hôpitaux sous pression – à Birmingham par exemple – ont annoncé déprogrammer des opérations. Autre conséquence, également très embarrassante, dans la semaine du 5 juillet, 530 126 Britanniques ont été contactés par l’application de traçage des cas contacts, Test & Trace, leur demandant de s’isoler.
Les médias nationaux parlent désormais d’une « pingdemic » (une épidémie de notifications envoyées par l’application) : par manque de personnels forcés de rester chez eux, le métro londonien a dû fermer deux lignes de son réseau samedi ; Steve Rowe, le PDG de Marks & Spencer, explique, lui, dans les colonnes du Sunday Times, que la chaîne de magasins allait devoir réduire ses plages horaires, faute de personnel.
Pour l’ex-premier ministre travailliste Tony Blair, ce système de traçage doit être revu immédiatement. Selon une étude publiée dimanche par le Tony Blair Institute, jusqu’à 10 millions de personnes pourraient recevoir un message leur demandant de s’isoler d’ici à la mi-août. Pour éviter le chaos et un retour par défaut du confinement, les personnes totalement vaccinées devraient être exemptées de quarantaine, estime M. Blair.
Downing Street – qui a brièvement envisagé de réduire la sensibilité de l’application Test & Trace, avant d’y renoncer –, ne projette cependant pas une levée de la quarantaine pour les vaccinés avant le 16 août.
Manque de clarté de la stratégie sanitaire
Ce n’est pas le seul aspect de sa stratégie sanitaire qui manque de clarté. La campagne vaccinale a certes été un indéniable succès, avec 68,3 % des adultes désormais doublement vaccinés au Royaume-Uni, mais elle progresse désormais très lentement et le pays est à la traîne concernant la vaccination des adolescents.
Après avoir longtemps hésité, le comité vaccinal indépendant (le JCVI) pourrait recommander de ne vacciner que les plus « vulnérables » des 12-15 ans, selon leSunday Telegraph. Contrairement au souhait des syndicats enseignants qui craignent de fortes perturbations dans les écoles à la rentrée.
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La stratégie aux frontières laisse aussi beaucoup d’experts perplexes : le 16 juillet, Downing Street a annoncé que les personnes revenant de France, même totalement vaccinées, devraient continuer à s’isoler, contrairement à celles revenant d’autres pays de la liste « orange ». La raison invoquée ? La circulation pourtant contenue du variant Beta – il circule surtout à La Réunion, et il est déjà présent au Royaume-Uni.
Même incohérence concernant les masques : le gouvernement Johnson supprime l’obligation légale de son port, mais « recommande » tout de même de le porter dans des espaces clos. Résultat : un important relâchement en amont du « Freedom Day » (au moins une personne sur deux ne portait pas de masque dans le métro londonien) et le risque d’un empilement de règles illisibles à partir du 19 juillet, certains magasins ou compagnies de transport ayant annoncé exiger le maintien du masque, d’autres pas.
Le risque de nouveaux variants
Plus de 1 200 chercheurs du monde entier ont signé une lettre, dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, critiquant la stratégie de Downing Street qui représenterait « une menace pour le reste du monde ». « Ce gouvernement s’est embarqué dans une expérimentation dangereuse et sans éthique », déplore la lettre, soulignant les risques de Covid-19 long et d’apparition de nouveaux variants.
« Il y a un fort risque qu’un nouveau variant résistant apparaisse cet été, ayant le potentiel de contaminer le reste du monde », redoutait Christina Pagel, professeure au University College London, lors d’une conférence de presse vendredi.
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Pourquoi tout rouvrir en pleine troisième vague ? Les motivations de Boris Johnson sont politiques, arguait le Financial Times mi-juillet, expliquant que le premier ministre n’avait plus de soutien suffisant, au sein du Parti conservateur, pour prolonger les restrictions sanitaires. Mais la pandémie pourrait rapidement rattraper la politique si, comme redouté par de nombreux experts, le « Freedom Day » alimente la vague et impose une pression trop forte aux hôpitaux.
« Le pays pourrait se retrouver de nouveau, et très rapidement, dans une mauvaise passe », a prévenu Chris Whitty, le conseiller médical en chef du gouvernement. « Il est presque inévitable » que la barre des 100 000 contaminations par jour soit franchie et « il est presque certain » que celle des 1 000 hospitalisations quotidiennes le sera aussi, a estimé Neil Ferguson, l’épidémiologiste de référence de l’Imperial College, sur la BBC, dimanche.
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