Covid-19 : agacement, soulagement ou inquiétude… les professionnels de santé partagés face à la nouvelle obligation vaccinale
Les soignants qui ne seront pas vaccinés au 15 septembre ne pourront plus travailler et ne seront plus payés, a précisé, lundi soir, le ministre de la santé, Olivier Véran.
Par Camille Stromboni, Delphine Roucaute et Béatrice JérômePublié le 13 juillet 2021 à 04h23 – Mis à jour le 13 juillet 2021 à 10h42
Temps de Lecture 5 min. https://www.lemonde.fr/sante/article/2021/07/13/covid-19-l-obligation-vaccinale-imposee-aux-professionnels-de-sante-ne-manque-pas-de-faire-reagir_6088083_1651302.html
Une première étape, avant d’aller plus loin. « Nous devons aller vers la vaccination de tous les Français, car c’est le seul chemin vers le retour à la vie normale », a défendu le président de la République, dessinant une « nouvelle course de vitesse »engagée contre le virus. Mais « dans un premier temps », ce sont les personnels des établissements de santé qui sont concernés par la principale mesure coercitive annoncée par Emmanuel Macron, le 12 juillet, sur le terrain de la vaccination contre le Covid-19.Résumé : Ce qu’il faut retenir de l’allocution d’Emmanuel Macron
« Pour les personnels soignants et non soignants des hôpitaux, des cliniques, des maisons de retraite, des établissements pour personnes en situation de handicap, pour tous les professionnels ou bénévoles qui travaillent au contact des personnes âgées ou fragiles y compris à domicile, la vaccination sera rendue obligatoire », a détaillé le président. L’ensemble de ces professionnels « au contact des personnes fragiles » auront deux mois pour se mettre en règle. Cette injonction concerne les médecins et les infirmières libéraux ainsi que les pompiers. « A partir du 15 septembre, des contrôles seront opérés et des sanctions seront prises », a-t-il prévenu, évoquant un projet de loi à venir avec une convocation du Parlement en session extraordinaire le 21 juillet.
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Cette obligation, plus large qu’attendu, devrait être saluée par une grande partie de la communauté médicale, qui s’était prononcée en sa faveur. Dans un texte signé à l’issue d’une rencontre avec le ministre de la santé, Olivier Véran, le 7 juillet, une quinzaine d’ordres des professions de santé, notamment médecins et infirmiers, fédérations d’établissements sanitaires et médico-sociaux, se sont exprimés pour le « vote d’une loi dans les plus brefs délais si cela s’avère nécessaire ».
« C’est une délivrance »
« Nous défendons l’obligation depuis le début de la campagne pour les soignants comme pour tous ceux qui prennent en charge des personnes dites fragiles », rappelle Frédéric Valletoux, à la tête de la Fédération hospitalière de France. Le responsable prône d’étendre cette obligation à toutes les professions en lien avec un large public comme les enseignants, les restaurateurs… « Cela permettrait que cette obligation soit mieux acceptée et d’éviter un effet stigmatisant », dit-il.A
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Dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), l’obligation vaccinale suscite un « soulagement ». « C’est une délivrance,confie Marie Prat, infirmière coordinatrice à l’Ehpad Les Cèdres, à Malataverne (Haute-Loire). C’est l’espoir d’un retour à une vie normale pour nos aînés. A partir de trois résidents contaminés, nous sommes tenus de fermer l’Ehpad aux personnes extérieures. Et un soignant contaminé est un salarié absent, alors que nous avons déjà un manque cruel de personnels. »
Marie Prat redoute toutefois « la guerre au boulot dans les prochains jours. Les soignants qui ont résisté à la vaccination risquent de se retourner d’abord contre la direction. Mais je trouve cela très bien quand même », dit-elle. Florence Braud, aide-soignante dans un Ehpad du Morbihan, estime que rendre le vaccin obligatoire va aussi permettre « qu’on arrête de montrer du doigt les soignants. Ceux qui étaient contre vont pouvoir y aller sans se dédire ».
« Méprisant, stigmatisant et dégradant »
Dans les rangs des soignants, les positions ne sont pas pour autant unanimes. Et le ton sévère du ministre de la santé, Olivier Véran, intervenu dans la foulée de l’intervention présidentielle, ne devrait pas aider à arrondir les angles. « A partir du 15 septembre, si vous êtes soignant et que vous n’êtes pas vacciné, vous ne pourrez plus travailler et vous ne serez plus payé », a déclaré M. Véran sur LCI, précisant que la population visée représentait 1,5 million de personnes. Les employeurs « seront habilités à effectuer des contrôles comme ça existe déjà dans le droit commun pour d’autres maladies, notamment l’hépatite B ».
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« On est tous d’accord sur l’objectif d’atteindre 90 % de la population vaccinée le plus vite possible, soutient Christophe Prudhomme, de la CGT Santé. Mais l’urgence n’est pas l’obligation vaccinale pour les soignants, il faut aller chercher tous ceux qui ne sont pas encore vaccinés en passant par la conviction et, surtout, en facilitant les conditions de vaccination. » Pour le responsable syndical, le discours en direction des soignants est avant tout « méprisant, stigmatisant et dégradant ».
« La vaccination est un impératif moral et déontologique pour nous, juge Thierry Amouroux, infirmier porte-parole du SNPI-CFE-CGC, également opposé à l’obligation. Mais la communication du gouvernement est particulièrement choquante. On jette en pâture les soignants, qui passent du statut de héros à celui de parias, on sert de bouc émissaire, alors que l’on ne dispose même pas de données fiables sur la question. »
« Donner confiance au reste de la population »
Selon les dernières données de Santé publique France, en date du 17 juin, réalisées à partir d’un échantillon d’établissements de santé, la couverture vaccinale des professionnels y exerçant s’élevait à 64 % pour la première dose. Avec un grand décalage selon les métiers : 72,2 % des médecins avaient reçu une première injection, contre 58,7 % des infirmiers et 50 % des aides-soignants. Dans les Ehpad, les chiffres réactualisés au 8 juillet étaient de 61,1 % de personnels vaccinés d’une première dose.
L’efficacité de cette mesure face à la quatrième vague ne manque pas aussi de faire réagir. « Il ne s’agit pas d’un levier déterminant en termes de couverture vaccinale », prévient l’épidémiologiste Mircea Sofonea. Si on prend l’estimation actuelle d’une couverture vaccinale totale de cette population de soignants, le levier de l’obligation vaccinale représenterait seulement environ 1 % de la population française. « Le gouvernement capitalise sur un éventuel effet de traction, juge-t-il. Il s’agirait de donner confiance au reste de la population en obligeant les soignants, les plus compétents sur la santé, à se vacciner. »
Reste à savoir comment cette obligation va être mise en œuvre. Chez les opposants comme chez les défenseurs de l’obligation vaccinale, rares sont ceux qui se disent favorables à de véritables mises à pied ou exclusions, à l’heure où l’hôpital manque cruellement de soignants. « Cela ne peut pas passer par des sanctions ou des amendes, mais par l’accompagnement, prône Guillaume Gontard, président de la Fédération nationale des associations d’aides-soignants. On ne va pas dire à un aide-soignant qui est là depuis vingt ans de partir s’il refuse de se faire vacciner… on a besoin de tout le monde. »
« Le gouvernement ne défend une politique vaccinale que sous l’angle de la culpabilisation, déplore Alexis Spire, chercheur au CNRS, qui travaille sur la vaccination à l’hôpital. Si les soignants ne vont pas fuir en masse pour ne pas se faire vacciner, un grand nombre de personnels ont déjà envie de quitter l’hôpital pour de nombreuses raisons, principalement le sous-effectif, sur lequel le gouvernement n’apporte aucune réponse… L’obligation sera peut-être une raison de plus qui s’ajoute à la liste. »
Camille Stromboni, Delphine Roucaute et Béatrice Jérôme
Ils sont convaincus ou « bien obligés », mais les voilà vaccinés. « Si tout le monde ne se vaccine pas, ça ne sert à rien »
Par Lucie Soullier , Gilles Rof , Benjamin Keltz et Philippe Gagnebet
Publié hier à 09h31, mis à jour à 05h32
RÉCIT
Comme environ 43 % de la population aujourd’hui, ces Français ont reçu leurs deux doses. A Toulouse, Marseille, Saint-Malo ou Paris, plongée dans la France des vaccinés.
Ils sont convaincus ou « bien obligés », mais les voilà vaccinés. Ils l’ont fait sans se poser de questions ou en étouffant leurs craintes le temps de l’injection. Par « civisme » ou « solidarité », pour l’immunité collective ou pour voyager, travailler, aller au stade ou au restaurant, éviter un énième test au fond du nez…
Comme quelque 55 % de Français, ils ont reçu leur première dose de vaccin – aussi, 43 % ont terminé leur vaccination, selon Santé publique France – et ont autant de raisons de l’avoir fait que de QR codes à présenter. Vendredi 16 juillet, un record de vaccination a même été atteint avec près de 880 000 injections en vingt-quatre heures.
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En vérifiant le sien devant les Champs-Elysées fermés, Jean-Paul ne cache pas son agacement. « Et je reste poli. » L’accès au défilé militaire du 14 juillet était soumis au passe sanitaire, et le retraité avait bien « tous les papiers ». Entendre, sa deuxième dose inoculée depuis plusieurs mois déjà. Mais la jauge réduite à 10 000 personnes pour accéder aux festivités, il ne s’y attendait pas. Alors il attend là, bloqué « comme un imbécile » par le barrage policier. Venu de Cannes (Alpes-Maritimes) avec sa femme « rien que pour ça », il n’entrera pas. Ne verra ni troupes ni blindés. Encore moins Emmanuel Macron aux côtés de son chef d’état-major des armées.
Alors Jean-Paul prend le temps d’expliquer ce qu’il pense de ceux qui ne se vaccinent pas. « Une trahison nationale » pour ce septuagénaire, qui fait « la guerre » à ses propres neveux refusant l’injection sans aucune « raison raisonnable » à ses yeux. « Je suis très fâché, on risque un reconfinement à cause d’eux. Il y a un effort civique et collectif à faire. »

Bien couverts sous leurs capes de pluie, parapluies et double dose de vaccins, Michaël et Valérie Zwertvaegher lèvent les yeux au passage des avions de la patrouille de France. Eux non plus n’arrivent pas à comprendre que les anti fassent tant de bruit. L’un est masqué, l’autre pas. Mais tous deux sont des « vaccinés de la première heure » et espèrent ne pas l’avoir fait pour rien. « Si tout le monde ne s’y met pas, ça ne sert à rien. »
Alors les deux Dunkerquois de passage à Paris avouent avoir été soulagés après le discours d’Emmanuel Macron annonçant l’élargissement du passe sanitaire. Ou plutôt, en voyant grimper le nombre de rendez-vous de vaccination – plus de trois millions depuis l’allocution. Ce n’est pas contre « eux », les non-vaccinés, mais la psychologue et l’enseignant voudraient juste « sortir de tout ça ». Eviter de nouvelles fermetures, un nouveau variant… « Et ne pas revivre encore et encore la même année terrible. »
Le vaccin comme seule option
La vaccination, Aurélie et Antoine ne voient tout simplement pas d’autre option. Le couple de trentenaires vient à peine de rentrer à Paris, après sept années et deux doses de vaccin à Londres. Tous deux redécouvrent, déconcertés, le « débat made in France ». Mardi matin, au lendemain du discours du président de la République, Antoine est tranquillement sorti chercher le pain. Et le voilà face à une boulangère en rogne comme jamais, avec l’assentiment de toute la file d’attente. « Franchement, je ne comprenais pas. Et puis je me suis rendu compte que j’étais le seul vacciné dans toute la boulangerie. » Imposer de telles restrictions aux non-vaccinés était-elle la bonne solution ? Les deux enfants de médecins ont du mal à se positionner. Peut-être faudrait-il mieux expliquer le sens de l’immunité collective ? Insister sur le fait que sans le vaccin, « tout ça ne s’arrêtera jamais » ? Ou peut-être est-ce juste un réflexe typiquement français, sourit presque l’ancien expatrié : « En France, vous pouvez poser n’importe quelle question, ce sera toujours moitié pour, moitié contre. »
Dans tout le pays, la montée en puissance de la vaccination a un premier effet visible : dans les rues, sur les terrasses ou dans les soirées apéros, la bise entre connaissances plus ou moins proches fait doucement sa réapparition. Et à Marseille comme ailleurs, elle s’accompagne d’un « J’ai mes deux doses » censé rassurer. L’incidence dans le département des Bouches-du-Rhône est pourtant repassée au-dessus des 50 cas pour 100 000, le 13 juillet. Et, alors que de très nombreux touristes arpentent la ville, les trois quarts des nouvelles contaminations sont dues au variant Delta.
Le second effet sera peut-être pour la fin du mois, avec le retour en force des supporteurs au Stade-Vélodrome. Ce jeudi 15 juillet, autour de l’antre de l’Olympique de Marseille (OM), des passants cherchent encore le centre de vaccination. Avec la saison de Ligue 1 qui se rapproche, le site a été transféré au palais des sports, à quelques centaines de mètres de là. Dans deux semaines, pour voir l’équipe marseillaise jouer ici son premier match amical à domicile contre les Espagnols de Villarreal, le passe sanitaire sera obligatoire.
A l’entrée, aujourd’hui, on ne demande aux visiteurs que le port du masque. Antoine et Wafa, 30 ans, n’auraient de toute façon eu aucune difficulté à dégainer leur QR code. Tous deux sont vaccinés depuis plusieurs semaines. Ils racontent leur « chance » d’avoir des proches médecins qui les ont rassurés. « On l’a fait pour notre entourage et pour se rendre la vie un peu plus facile, car on voyage pas mal », explique Antoine, qui vit entre la Corse et Toulon.
« Pour certains, si tu es vacciné, c’est que tu es forcément Team Macron », s’agace Fabrice
Patricia et Martial, bleu et blanc de l’OM sur le dos, sortent eux aussi du stade avec le sourire. Le couple de quinquagénaires originaires de Reims (Marne) est vacciné depuis quelques semaines. « C’était un passeport pour la liberté et une manière de protéger les autres », soutient Martial. Comme d’autres supporters marseillais, ils se disent pourtant « très réfractaires à la contrainte qui est faite de se vacciner sous peine de perdre la liberté d’aller au restaurant, au cinéma ou au stade ». « C’est un passage en force », regrette Patricia. « Pour certains, si tu es vacciné, c’est que tu es forcément Team Macron », s’agace Fabrice derrière eux, tout en confiant profiter « à fond » d’une vie bien plus facile depuis qu’il est vacciné.
Plus loin vers le sud, sur la plage de la baie des Singes, Anne, 48 ans, vaccinée depuis deux mois, bronze « sans le stress du Covid ». « Après ma deuxième dose, j’ai arrêté d’avoir peur. Et je me suis dit : “ça y est, on va être libre ! ” », raconte cette professionnelle de l’audiovisuel. Totalement en phase avec ce qu’elle appelle « le discours de la responsabilité collective contre l’individualisme », elle ne comprend pas les arguments des antivaccins. « Est-ce une posture parce qu’ils sont contre Macron ? Une peur du virus tellement forte qu’ils en arrivent à avoir peur de l’injection ? », s’interroge-t-elle, avant de conclure dans un éclat de rire : « Moi, je m’en fous, je pourrai aller au restaurant. »
« Et toi, Pfizer ou Astra ? »
Une fois la colère et l’incompréhension passées, la nuance est finalement partout dans les rues, comme pour préserver le pays d’une fracture trop annoncée. La majorité des vaccinés croisés comprennent les doutes, les questionnements, les inquiétudes de ceux qui n’y vont pas. La plupart en ont d’ailleurs eux-mêmes.
« On est tous inquiets, on ne va pas se mentir. Mais pourquoi moi j’encaisserais le risque et pas les autres ? », résume Amel Abdellaoui. Derrière son comptoir, la quadra entend tout et son contraire à la boucherie d’Antony. Beaucoup de « et toi, Pfizer ou Astra ? ». La ville des Hauts-de-Seine compte 57 % de primo-vaccinés. Mais, depuis lundi, les plus bavards sont ceux qui ont mal vécu le discours du président de la République. « Ah ça ! Ils ont les boules ! Y en a même qui signent des pétitions. »
Dans la file du centre de vaccination voisin, Sandrine n’est pas allée jusque-là, mais elle est tout de même « bien énervée ». La fonctionnaire quinquagénaire s’est sentie « prise de haut », « mise devant le fait accompli », alors qu’Emmanuel Macron s’était engagé à ne pas rendre la vaccination obligatoire. « Ils auraient pu prévenir qu’ils allaient restreindre de plus en plus, plutôt que de tout interdire du jour au lendemain aux “pas gentils” qui ne veulent pas se faire vacciner. » Elle avait pris son rendez-vous « avant » le fameux discours, mais se demande si on avait vraiment besoin d’en arriver là.
« Le vaccin n’est pas obligatoire. Ils peuvent ne pas le faire et rester chez eux. Ou faire un test à chaque sortie », tranche Christine sur le quai du RER B. Pourtant elle aimerait ne pas être aussi convaincue. Dès le début d’année, sa fille médecin insistait pour que toute la famille se fasse vacciner dès que possible. La retraitée de 69 ans répondait « plus tard », « j’attends de voir ». Avec tout ce qu’elle pensait des politiques, des labos, et tous ces médecins jamais d’accord à la télé… « Et puis, on a vu ce que le Covid pouvait faire. »
Mi-mars, son fils de 32 ans a développé un « Covid sévère » et a été hospitalisé. Jeune, sportif, en bonne santé. Après quelques jours passés en réa, il était sur le point de sortir. Embolie pulmonaire. Après quatre mois d’« enfer », le voilà finalement tiré d’affaire, mais avec de lourdes séquelles. Alors quand elle entend les grands discours anti-vaccin de son beau-frère, Christine lève les yeux au ciel, mais préfère se taire. « Chacun campe sur ses positions, ça ne sert à rien. » Elle tente tout de même encore un peu de convaincre ses neveux et nièces. Sans plus de résultat, jusqu’à présent. Les nouvelles restrictions l’aideront : « Cette fois c’est sûr, ils iront s’ils ne peuvent plus faire ce qu’ils aiment. Comme aller au resto, ou chez Disney… » Christine est tout aussi certaine qu’elle les entendra se scandaliser pendant un bon moment. « Ils se diront contraints, forcés et attaqués dans leurs libertés. »
Le RER approche. Christine doit filer à Bures-sur-Yvettes voir sa mère, qui refuse, elle aussi, de se faire vacciner. « On la laisse tranquille, elle a 99 ans. Et puis toutes ses auxiliaires de vie sont vaccinées, et nous aussi. Elle est protégée. »
« Il y a tellement d’autres causes plus importantes »
Adossé à sa voiture, Jean-François Massot guette l’arrivée du prochain train en gare de Saint-Malo (Ille-et- Vilaine). En attendant Louis, l’ami de sa fille, le sexagénaire détaille fièrement la situation de la famille : « Deux doses, ma femme et moi. Première dose pour les enfants. » Pour lui, la vaccination sonne comme une évidence. A l’image d’une majorité des Bretons. La Bretagne, une des régions françaises les moins touchées par la pandémie, se distingue comme celle où la population se vaccine le plus. Six habitants sur dix ont désormais reçu au moins une injection.

La famille Massot attend la deuxième pour partir « sereinement » en vacances dans le Sud et profiter de sorties aux restaurants, au zoo ou à la piscine. « Certaines personnes partent en révolution contre le vaccin. Il y a tellement d’autres causes plus importantes dans lesquelles mettre son énergie », soupire Jean-François. Sa femme, Jacqueline, opine. Franco-Cubaine, la professeure de salsa s’agace lorsqu’elle entend son pays d’adoption présenté comme un régime autoritaire par certains : « Savez-vous ce qu’il se passe actuellement à Cuba ? »
« On laisse beaucoup la parole à une minorité qui parle fort et crie au scandale sur les réseaux sociaux », affirme Pierre-Hugues Ginat
Voilà l’attendu Louis, avec sa bande d’amis tous engagés en service civique au sein d’une association de défense des droits des demandeurs d’asile. Le groupe propulse Nicolas porte-parole. Cheveux bleus, débit mitraillette, le jeune homme de 23 ans explique pourquoi lui et la majorité de ses copains ont accepté la vaccination : « Nous travaillons avec des gens en situation de précarité. Pour leur protection, nous préférions nous vacciner pour ne pas être responsables d’un cluster. » Dans la bande, certains attendent encore « de voir » avant de prendre rendez-vous. Nicolas refuse de les juger : « Après des mois d’une gestion bancale de la pandémie, difficile d’avoir confiance en ce gouvernement. »
Cité corsaire dans le dos, vent de face, Pierre-Hugues Ginat slalome entre les badauds sur la digue qui domine la plus grande plage de Saint-Malo. Professeur de biologie à l’IUT de Quimper (Finistère), il plaide : « La vaccination ne devrait pas être un sujet polémique. On laisse beaucoup la parole à une minorité qui parle fort et crie au scandale sur les réseaux sociaux. Nous devons écouter la communauté scientifique. »
Ce discours, Pierre-Hugues affirme ne pas avoir à le dispenser à ses étudiants tant ils sont « impatients de vivre leurs plus belles années ». Mais, selon lui, les enseignants œuvrant en lycée ou en collège sont davantage confrontés à la méfiance d’élèves souvent imprégnés par des discours parentaux hostiles au vaccin
José Le Golias fait d’ailleurs partie des sceptiques envers un produit développé « trop rapidement » et « sans recul », croit-il. Malgré tout, ce retraité de la SNCF a ses deux doses. Son sésame pour voyager. Le sujet du vaccin fait partie des inusables sujets de débats lorsqu’il marche quotidiennement sur la digue avec sa femme, Christiane, et Jacqueline, sa mère de 86 ans. « Attention, je ne suis pas contre les vaccins mais je m’interroge sur celui-ci », insiste José, qui a écouté les arguments des infirmières de son entourage. Sa fille est contre tandis qu’une de ses très bonnes amies défend l’inverse. Qui croire ? A ses côtés, sa mère, qui a « confiance en la science », peste. La définition de la liberté, selon elle, c’est justement de pouvoir se faire vacciner facilement.

A Toulouse, sur la terrasse du petit bar-restaurant L’Héliopolis, non loin du palais de justice, les discussions vont également bon train en ce lendemain de 14 juillet, entre masqués et non-masqués, vaccinés et non-vaccinés. Wafic Charif, le patron, ainsi que son serveur du matin, Talal, sont tous deux vaccinés. « Pour moi, c’est fait depuis longtemps, je ne comprends pas pourquoi tout le monde ne s’est pas fait vacciner rapidement », gronde Talal, qui sert désormais les clients sans masque.
A quelques centaines de mètres de là, le vaccinodrome installé dans un hall de l’ancien parc des expositions, ne désemplit pas. « Entre le 12 et le 13 juillet, nous avons enregistré 46 000 demandes de rendez-vous par Internet », compte Vincent Bounes, patron du Samu 31. Dans ce centre, l’objectif est de monter à 10 000 vaccins par jour, premières et secondes doses, ce qui en ferait le plus important de France. Léa, étudiante en troisième année de médecine, fait partie des 600 volontaires rémunérés à la journée qui s’activent quotidiennement depuis début mars. « On était tombés à 3 500 personnes par jour, mais là, c’est le rush ! », remarque-t-elle. Avant d’ajouter : « C’est juste dommage qu’il ait fallu manier le bâton. »
Un peu plus loin, dans le Gers, la couverture vaccinale atteint 47,6 % de la population d’après les derniers chiffres. Ce qui en fait un des départements français les plus vaccinés. Pour faire encore grimper les chiffres, le président socialiste du conseil départemental, Philippe Martin, a annoncé une loterie dans tous les centres de vaccination « pour inciter les jeunes adultes ayant entre 18 et 30 ans à recevoir leurs deux doses », jusqu’au 30 juillet. En jeu, si l’attrait du passe sanitaire ne suffisait pas : un vélo électrique, une tablette iPad, des places pour les concerts du festival Jazz in Marciac, des repas dans des restaurants gersois… La carotte, plutôt que le bâton.

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