Covid-19 : face à la reprise de l’épidémie, les pays européens en ordre dispersé
Alors que le nombre de cas de Covid-19 augmente partout et que le variant Delta devient majoritaire dans plusieurs pays, certains Etats durcissent leur politique sanitaire quand d’autres évitent toute nouvelle restriction.
Par Thomas Wieder(Berlin, correspondant), Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen), Sandrine Morel(Madrid, correspondante), Marina Rafenberg(Athènes, correspondance), Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante) et Serge Enderlin(Genève, correspondance)Publié aujourd’hui à 06h21, mis à jour à 20h01
Temps de Lecture 6 min.

Alors que le nombre de cas augmente rapidement dans la plupart des pays européens, que le variant Delta, plus contagieux, progresse à grande vitesse – il pourrait représenter 90 % des nouveaux cas de Covid-19 dans l’Union européenne d’ici à la fin août, selon une estimation du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies –, la réponse diffère d’un pays à l’autre. Certains, comme les Pays-Bas ou Malte, intensifient les restrictions – les autorités maltaises ont décidé de n’autoriser l’entrée sur leur territoire qu’aux personnes complètement vaccinées, ainsi que la fermeture des écoles de langues qui accueillent de nombreux séjours linguistiques l’été. Quand d’autres hésitent à recourir à de telles solutions, comme la Grande-Bretagne ou encore l’Espagne, qui ne veut pas compromettre sa saison touristique
.Live : L’allocution d’Emmanuel Macron à 20 heures en direct
En Allemagne, le taux d’incidence reste très bas : 6,2 nouveaux cas pour 100 000 habitants, selon les chiffres communiqués dimanche 11 juillet par l’Institut Robert-Koch. Mais la courbe des contaminations est repartie à la hausse ces derniers jours et, avec le variant Delta majoritaire depuis jeudi, les autorités sanitaires craignent une augmentation rapide.
Dans ce contexte, les responsables politiques sont de plus en plus divisés. Au sein même du gouvernement, certains, comme le ministre des affaires étrangères, Heiko Maas, plaident pour une levée des dernières restrictions quand tous ceux qui souhaitent se faire vacciner pourront l’être, soit vers la fin août, selon lui. D’autres, au contraire, sont plus vigilants, à l’instar de la ministre de la justice, Christine Lambrecht, qui prévoit une rentrée scolaire avec masques dans les salles de classe.

Alors que 52 % de la population éligible à la vaccination a reçu une première dose et 42 % les deux doses, les voix de ceux qui préconisent une vaccination obligatoire sont très minoritaires. Le gouvernement, à ce stade, veut croire que l’incitation suffira pour atteindre l’immunité collective.
En Belgique, la situation est jugée moins inquiétante que dans les pays voisins, même si, en une semaine, les contaminations ont progressé de 82 %, avec quelque 700 cas recensés et un taux de reproduction de 1,3. Le pays, où 65 % de la population a désormais reçu une première dose de vaccin et 36 % deux doses, entend cependant durcir les contrôles pour les touristes revenant de zones rouges, avec des amendes à la clé pour les compagnies aériennes qui enfreindraient les règles. Si quelques grands festivals d’été restent prévus, les autorités estiment en revanche que la vie nocturne ne reprendra pas avant septembre, au mieux.

Confrontée à une hausse fulgurante du nombre de cas dans plusieurs régions, l’Espagne, qui présente un taux d’incidence de 219 cas pour 100 000 habitants sur sept jours – le double d’il y a une semaine –, s’inquiète des messages envoyés par ses voisins. « Il n’y a aucune raison pour annuler ses vacances en Espagne. Il y a lieu d’être prudent et de se faire vacciner », a déclaré, vendredi 9 juillet, la ministre des affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue français, Jean-Yves Le Drian, en visite à Madrid, rappelant que le tourisme représente 13 % du PIB de l’Espagne. Une réplique au secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Clément Beaune, qui avait recommandé, le 8 juillet, « d’éviter le Portugal et l’Espagne » pour les vacances. « Il est hors de question de désigner tel ou tel pays mais de dire que c’est ensemble, les Européens, que nous devons vaincre la pandémie », a corrigé M. Le Drian le lendemain à Madrid.
Avec un taux de vaccination très élevé chez les personnes les plus à risques – près de 100 % des plus de 70 ans sont immunisés et 90 % des plus de 40 ans ont reçu au moins une dose de vaccin –, l’Espagne est relativement confiante quant à sa capacité à éviter de nouvelles saturations hospitalières. Néanmoins, plusieurs régions, à commencer par la Catalogne, suivie de la Galice et de Valence, ont commencé à prendre de nouvelles restrictions, fermant discothèques et bars de nuit, réinstaurant des couvre-feux dans les communes les plus touchées, ou limitant l’accès aux événements de masse aux personnes vaccinées ou présentant un test négatif.
Au Portugal, où le taux d’incidence a également bondi, à 181 cas pour 100 000 habitants, les Britanniques qui veulent se rendre dans le pays doivent observer une quarantaine de quatorze jours à leur arrivée. Pour le reste des Européens, aucune autre mesure de restriction n’a été prise, mis à part l’obligation d’un test négatif ou d’une vaccination à jour. En revanche, à l’intérieur du pays, de nombreuses limites ont été fixées aux activités nocturnes et un couvre-feu a été rétabli de 23 heures à 6 heures du matin.

En Grèce, la hausse soudaine du nombre de cas, avec la propagation du variant Delta, inquiète. Au 9 juillet, 2 000 nouveaux cas avaient été recensés dans le pays, contre seulement 800 quatre jours plus tôt. D’après l’épidémiologiste Vana Papaevangelou, membre du conseil scientifique national, 70 % des cas de variant Delta sont des personnes âgées de moins de 40 ans. Dans les colonies de vacances, mais aussi dans les lieux balnéaires réputés pour leurs fêtes nocturnes, les cas explosent. Pour encourager les 18-25 ans à se faire vacciner, le gouvernement a annoncé la distribution de chèques cadeaux d’une valeur de 150 euros à utiliser dans le cadre d’activités culturelles ou de vacances en Grèce. Plus de 4 millions de personnes ont reçu deux doses de vaccin, pour une population de 10,7 millions d’habitants.
Dans les discothèques et les bars, seules les places assises avec une certaine distance seront permises. L’entrée dans les lieux fermés comme les clubs ou les salles de restaurant sera limitée aux détenteurs d’une attestation de vaccination ou de résultat négatif d’un test PCR ou antigénique. Dans les stades, seuls les vaccinés ont le droit d’assister aux matchs.

Et les déplacements dans les îles sont réservés aux personnes en possession d’un certificat de vaccination ou de tests négatifs. Le gouvernement réfléchit également à effectuer des tests rapides au retour des vacanciers dans les ports du continent. En discussion également, l’obligation de vaccination pour certaines catégories professionnelles. Dès cette semaine, les soignants travaillant à l’hôpital pourraient être concernés, selon la presse grecque. Le premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, veut éviter une nouvelle période de confinement, alors que l’économie grecque, qui se relève à peine d’une décennie de crise, se trouve de nouveau en récession.
Bien que le Royaume-Uni soit devenu l’épicentre de l’épidémie liée au variant Delta, et que, depuis plusieurs jours, le nombre des contaminations ait dépassé les 30 000 cas positifs quotidiens (31 772, dimanche 11 juillet), le gouvernement Johnson a maintenu sa volonté de lever toutes les restrictions sanitaires encore en place en Grande-Bretagne au 19 juillet. Le 8 juillet, une centaine de scientifiques ont signé une tribune très sévère dans The Lancet. Cette mise en garde portera-t-elle alors que des millions de Britanniques se sont pressés dans les pubs et le stade de Wembley, sans aucune distanciation sociale, pour soutenir l’équipe anglaise finaliste de l’Euro 2020 ?

Sajid Javid, le nouveau ministre de la santé de Boris Johnson, a reconnu que « dans le courant de l’été, les cas pourraient monter à 100 000 par jour ». Dimanche, son collègue chargé de la campagne vaccinale, Nadhim Zahawi, a légèrement infléchi le discours officiel, affirmant à la BBC qu’à partir du 19 juillet, « on attend des gens qu’ils continuent à porter le masque en intérieur », sans pour autant dire que le masque restera obligatoire. Pour l’instant, avec 66 % des adultes totalement vaccinés, les hospitalisations et les décès liés au coronavirus augmentent bien moins vite que lors des deux premières vagues.
Les gouvernements du Pays de Galles et de l’Ecosse, autonomes concernant leur politique sanitaire, ont choisi de se montrer bien plus prudents et recommandent le maintien du port du masque pour le moment. Idem en Irlande du Nord. L’Irlande hésite de son côté à rouvrir ses restaurants en intérieur, alors que le nombre de contaminations a presque doublé ces sept derniers jours.
En Suisse, l’insouciance générale règne, comme dans la période qui a précédé la deuxième vague, avec l’explosion du nombre de cas qui s’ensuivit. Plus aucune limitation n’est perceptible. Le gouvernement n’y fait pas allusion et n’a émis aucun avertissement sur les destinations de vacances, les départs vers les plages du Sud semblant massifs.
Les contaminations restent basses, même si elles ont augmenté de 40 % d’une semaine à l’autre, et même de 80 % chez les moins de 30 ans. Mais le nombre de décès dus au Covid-19 est quasi nul. Ce qui induit, dans l’esprit de la population, l’idée que la pandémie serait quasiment terminée. Alors que seulement 35 % de la population est complètement vaccinée, la vaccination s’effondre.
Thomas Wieder(Berlin, correspondant), Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen), Sandrine Morel(Madrid, correspondante), Marina Rafenberg(Athènes, correspondance), Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante) et Serge Enderlin(Genève, correspondance)
L’allocution d’Emmanuel Macron résumée : passe sanitaire étendu, tests PCR payants, obligation vaccinale pour les soignants…
Confronté à une reprise de l’épidémie de Covid-19, le chef de l’Etat a confirmé, lundi, l’obligation vaccinale pour les soignants, ainsi que l’extension du passe sanitaire.
Le MondePublié aujourd’hui à 21h06, mis à jour à 22h02
Temps de Lecture 4 min.
« Un été de mobilisation pour la vaccination, voilà ce que nous devons viser : vacciner un maximum de personnes partout, à tout moment » : dans une allocution télévisée prononcée lundi 12 juillet à 20 heures, Emmanuel Macron a insisté sur l’importance de la vaccination pour sortir de la crise sanitaire et a confirmé l’obligation vaccinale pour les soignants et les aidants. Le président de la République a par ailleurs annoncé l’extension du passe sanitaire aux bars, restaurants et trains dès le mois d’août et la fin de la gratuité des tests PCR à l’automne.
L’objectif initial de son intervention était de définir le cap des dix derniers mois du quinquennat, en évoquant les réformes comme celle des retraites. Mais la reprise des contaminations, en hausse depuis quelques jours, ainsi que la menace d’une quatrième vague à l’automne ont poussé le chef de l’Etat à concentrer son allocution sur la situation sanitaire.
- Obligation vaccinale pour les soignants et les aidants
Emmanuel Macron a annoncé la vaccination obligatoire pour les personnels soignants et non soignants des hôpitaux, cliniques, Ehpad et maisons de retraite, ainsi que pour les professionnels et bénévoles auprès des personnes âgées, y compris à domicile. Les personnes concernées « auront jusqu’au 15 septembre pour se faire vacciner » et après cette date seront mis en œuvre « des contrôles et des sanctions », a-t-il ajouté. Les soignants non vaccinés au 15 septembre « ne pourront plus travailler et ne seront plus payés », a ensuite précisé le ministre de la santé, Olivier Véran.
Le projet de loi fixant cette obligation doit être examiné le 20 juillet en commission à l’Assemblée nationale puis dans l’hémicycle entre le 21 et le 23 juillet, pour une adoption définitive avant la fin du mois.
Concernant le reste de la population, « en fonction de l’évolution de la situation, nous devrons sans doute nous poser la question de la vaccination obligatoire pour tous les Français, a déclaré Emmanuel Macron. Mais je fais le choix de la confiance et j’appelle solennellement tous nos concitoyens non vaccinés à aller se faire vacciner dès aujourd’hui au plus vite. »
- Début août : extension du passe sanitaire aux bars, restaurants, trains, centres commerciaux…
Le passe sanitaire (test négatif ou preuve de vaccination complète) va être étendu sur tout le territoire pour les « lieux de loisir et de culture » rassemblant plus de 50 personnes dès le 21 juillet. Dès le début du mois d’août, ce passe sera également nécessaire pour entrer dans les bars, restaurants, centres commerciaux trains, avions, hôpitaux et dans les Ehpad.
Pour les restaurants, le non-respect de l’exigence du passe sanitaire conduira à des sanctions pouvant aller jusqu’à la fermeture de l’établissement, ont déclaré des sources au sein de l’exécutif au Monde.
- Accélération de la vaccination et campagnes de rappel à partir de la rentrée
Des campagnes de vaccination spécifiques seront déployées dans les établissements scolaires dès la rentrée, dans l’optique d’accélérer la vaccination des jeunes. Celle-ci est déjà ouverte à tous les enfants de 12 ans et plus depuis mi-juin.
Une campagne de rappel à compter de début septembre est également pour les vaccinés de janvier et de février. Le président a déclaré que pour « ceux qui, vaccinés les premiers, c’est-à-dire en janvier et février, verront prochainement leur taux d’anticorps baisser, dès la rentrée, une campagne de rappel sera mise en place pour vous permettre de bénéficier d’une nouvelle injection ».La population française vaccinéePart de la population de 16 ans et plus* ayant reçu au moins une dose au 11 juillet 2021.Sur les 16 ans et +Sur la pop. totale65,48 %+ 0,26 point depuis la veille
Au total, 35 550 645 personnes ont reçu au moins une dose d’un vaccin contre le Covid-19, et 26 838 600 personnes sont complètement vaccinées en France depuis le début de la campagne de vaccination, le 27 décembre 2020.
- Fin de la gratuité des tests PCR à l’automne
Les tests PCR deviendront payants à l’automne, sauf prescription médicale, a annoncé le président de la République, « afin d’encourager la vaccination plutôt que la multiplication des tests ». La date précise de la mise en place de cette mesure n’a cependant pas été communiquée.
- Les contrôles aux frontières renforcés
Les contrôles aux frontières seront renforcés « dès cette semaine (…) pour les ressortissants en provenance des pays à risque, avec un isolement contraint pour les voyageurs non vaccinés », a fait savoir le chef de l’Etat.
- L’état d’urgence sanitaire déclaré à la Martinique et à La Réunion
Face à la recrudescence de l’épidémie à la Martinique et à La Réunion, l’état d’urgence sanitaire sera déclaré dès demain, en conseil des ministres. Un couvre-feu sera instauré.
Le chef de l’Etat a justifié cette décision, qui sera entérinée en conseil des ministres, par le « niveau de vaccination insuffisant » et par la « forte pression »hospitalière dans ces deux territoires.
- La réforme des retraites engagée « dès que les conditions sanitaires seront réunies »
Emmanuel Macron a confirmé lundi que la réforme contestée de l’assurance-chômage, dont certaines dispositions ont été suspendues par le Conseil d’Etat, serait « pleinement mise en œuvre dès le 1er octobre ».
Quant à la réforme des retraites, suspendue au début de l’épidémie, elle devrait être relancée « dès que les conditions sanitaires seront réunies » pour rendre le système « plus simple et plus juste », a déclaré le chef de l’Etat. « Parce que nous vivons plus longtemps, il nous faudra travailler plus longtemps et partir à la retraite plus tard », a poursuivi Emmanuel Macron, préconisant la suppression des régimes spéciaux pour les nouveaux entrants.
Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé un « revenu d’engagement » pour les jeunes sans emploi ou sans formation, particulièrement touchés par la crise sanitaire, suivant une « logique de devoirs et de droits ».
Vaccination : Macron manie la carotte et le bâton
12 JUILLET 2021 PAR ELLEN SALVI
Le président de la République a annoncé la vaccination obligatoire pour tous les professionnels de santé, ainsi que l’extension du passe sanitaire à l’essentiel des activités sociales. Il a aussi défendu son bilan et la volonté de relancer dès que possible des réformes pourtant très contestées.
Plusieurs annonces, mais avant toute chose : un exercice d’autosatisfaction. Lundi 12 juillet au soir, dans une allocution d’une trentaine de minutes, Emmanuel Macron s’est longuement félicité de sa gestion de la crise sanitaire et de son pendant économique et social, avant d’entrer dans le dur du sujet. Évoquant l’apparition du variant Delta et la possibilité que d’autres surgissent dans les mois à venir, le président de la République a insisté sur la vaccination, qualifiée d’« atout maître ».
« Nous devons aller vers la vaccination de tous les Français car c’est le seul chemin vers un retour à la vie normale », a-t-il indiqué, en confirmant que cette dernière serait rendue obligatoire « sans attendre » pour tous les professionnels de santé, soignants et non soignants, ainsi que pour tous ceux travaillant, bénévolement ou non, au contact des personnes âgées ou fragiles, y compris à domicile. Les concernés ont jusqu’au 15 septembre pour se faire vacciner, sans quoi ils seront soumis à des sanctions, qui n’ont pas été détaillées.
Elles l’ont été, quelques minutes plus tard, sur LCI où était interrogé le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, lequel a tout simplement expliqué que les soignants non vaccinés « ne pourront plus travailler et ne seront plus payés » à compter du 15 septembre. Au même moment, la plateforme de prise de rendez-vous Doctolib annonçait sur les réseaux sociaux une explosion des demandes et la saturation de leur site.
Allocution d’Emmanuel Macron, le 12 juillet. © Sébastien Calvet/Mediapart
Le chef de l’État a également affirmé qu’« en fonction de l’évolution de la situation, nous devrons sans doute nous poser la question de la vaccination obligatoire pour tous les Français ». « Mais je fais le choix de la confiance, a-t-il ajouté, et j’appelle solennellement tous nos concitoyens non vaccinés à aller se faire vacciner dès aujourd’hui au plus vite. » Pour ce faire, l’exécutif a surtout fait le choix de l’obligation qui ne dit pas son nom, en subordonnant la vie sociale au passe sanitaire. Ce dernier sera étendu aux lieux de loisirs et de culture, le 21 juillet.
Puis, début août, il concernera les cafés, restaurants, centres commerciaux, hôpitaux, maisons de retraite, ainsi que les voyages en avion, en train et en car longue distance. Le 29 avril pourtant, Emmanuel Macron avait assuré dans la presse quotidienne régionaleque « le passe sanitaire ne [serait] jamais un droit d’accès qui différencie les Français » :« Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis », avait-il promis, avant que le variant Delta ne surgisse en France.
Outre un renforcement du contrôle aux frontières et un « isolement contraint pour les non vaccinés », le président de la République a également annoncé que les tests PCR seront « rendus payants à l’automne, sauf prescription médicale ». Le projet de loi portant ces dispositifs serait examiné par le Parlement, en session extraordinaire, à partir du 20 juillet. L’état d’urgence sanitaire doit être prononcé dès mardi prochain pour la Martinique et La Réunion. Deux territoires d’outre-mer qui seront également soumis à couvre-feu.
Le président de la République a défendu ses choix, en dépit du coût humain qu’ils ont engendré.
Le chef de l’État a suivi l’avis rendu par le Conseil scientifique le 6 juillet. Dans un document intitulé Réagir maintenant pour éviter une deuxième vague associée au variant Delta, ce dernier appuyait la recommandation d’une autre structure, le conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, d’aller « vers une obligation vaccinale des soignants ». Il évoquait également la possibilité d’étendre cette obligation aux « aidants »et autres professionnels en contact avec des personnes fragiles. C’est désormais chose faite.
Un avis partagé par la Haute Autorité de santé (HAS), mais aussi par l’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie qui ont récemment estimé que « le principe d’une vaccination fondée sur le volontariat [révélait] aujourd’hui ses limites ». « Si la liberté individuelle doit être respectée, elle est toutefois limitée lorsqu’il y a danger pour autrui, ont-elles écrit dans un communiqué publié le 9 juillet. Face à la Covid-19, la vaccination n’est pas seulement un geste civique, c’est un impératif éthique. »
Avant de décliner ces nouvelles annonces, Emmanuel Macron est longuement revenu sur ses choix, à commencer par celui pris, en janvier, de repousser le confinement de plusieurs semaines. « Je veux vous dire ce soir que nous avons eu raison collectivement de rechercher sans cesse l’équilibre entre la protection et la liberté ; raison, au début de cette année, de protéger la vie sans pour autant refermer le pays », a-t-il martelé, en dépit du coût humain qu’a engendré cette décision : plus de 14 000 décès, selon une première estimation publiée mi-juin dans Le Monde.
Il nous faudra travailler plus longtemps et partir à la retraite plus tard.
Emmanuel Macron
Dans la deuxième partie de son allocution, le président de la République s’est ensuite penché sur les quelques réformes qu’il entend relancer avant la fin de son quinquennat. À commencer par celle de la réforme de l’assurance-chômage dont il a dit qu’elle « sera pleinement mise en œuvre dès le 1er octobre », alors même que le Conseil d’État l’a suspendue fin juin. Un tel calendrier supposerait que la plus haute juridiction administrative rende sa décision sur le fond d’ici l’automne ou que le gouvernement publie un nouveau décret à la fin de l’été.
Le chef de l’État est aussi revenu sur l’épineuse réforme des retraites. « J’ai toujours tenu un langage de vérité », a-t-il assuré, avant de renier sa promesse de campagne de ne pas repousser l’âge de départ. « Il nous faudra travailler plus longtemps et partir à la retraite plus tard », a-t-il insisté, précisant toutefois que cette réforme ne sera pas lancée « tant que l’épidémie ne sera pas sous contrôle et la reprise bien assurée ». Or, comme il l’a dit lui-même, nous allons « vivre avec le virus », tout au long de l’année 2021 et « sans doute pour plusieurs mois de l’année 2022 ».
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En attendant, Emmanuel Macron avait invité lundi soir les parlementaires de la majorité à l’Élysée, afin d’échanger sur les quelques mois qui le séparent de la présidentielle de 2022. Un sujet qu’il a évidemment pris soin de ne pas évoquer face caméra, mais sur lequel il est revenu une fois devant ses troupes. Selon des élus sur place, le président de la République leur a enjoint de reprendre les porte-à-porte dès la rentrée afin de défendre sur le terrain un bilan dont il est visiblement très fier.