Covid : « L’obligation vaccinale des soignants, c’est une fausse barbe »
Date de publication : 12 juillet 2021


Nathalie Raulin relève dans Libération que « face au regain des contaminations en Ile-de-France sous l’effet du variant delta, des médecins réanimateurs appellent le gouvernement à rendre le vaccin obligatoire pour l’ensemble de la population, sans délai ».
La journaliste remarque ainsi : « Un ras-le-bol, doublé d’une impatience non dissimulée devant la pusillanimité de l’exécutif. Dans les services de réanimation d’Ile-de-France, là où les patients Covid graves oscillent entre vie et mort des semaines durant, l’obligation vaccinale des soignants relève du débat d’arrière-garde ».
Le Pr Alain Combes, chef du service de réanimation de la Pitié-Salpêtrière (Paris), déclare que « ça ne se discute plus. Pour les professionnels de santé, se vacciner est un impératif moral, éthique, civique plus encore que pour la population générale. Ça fait 6 mois qu’on essaye de convaincre. On est arrivés au bout de ce que l’on peut faire. Il faut en passer par l’obligation. […] La probabilité de transmission augmente de 60% avec le variant delta, il faut régler ça immédiatement ».
Nathalie Raulin note cependant que « pour nombre de ses collègues, cette décision-là ne résout rien alors que la menace d’une quatrième vague se précise ».
Le Pr Jean-François Timsit, chef du service réanimation médicale et maladies infectieuses de l’hôpital Bichat (Paris), déclare que « l’obligation vaccinale des soignants, c’est une fausse barbe. J’y suis favorable pour le Covid, comme je l’ai toujours été pour la grippe. Si cela peut avoir valeur d’exemple, très bien. Mais les soignants ne sont à l’origine que d’un petit tiers des infections nosocomiales. Les malades qui attrapent le Covid à l’hôpital sont la plupart du temps infectés par d’autres malades ou par leur famille… En faire une cause nationale maintenant, au risque de stigmatiser une profession en première ligne depuis des mois, en laissant croire que cela va résoudre le problème, c’est une plaisanterie ».
Nathalie Raulin explique que « les hospitaliers sentent le grain épidémique venir. Au Royaume-Uni, pays où la couverture vaccinale est plus élevée qu’en France (62,1% de la population totalement vaccinée contre 39,8% pour l’Hexagone), les contaminations et les hospitalisations progressent de 40% tous les 7 jours en semaine glissante, sous l’effet du variant delta ».
Le Pr Combes relève ainsi que « les Anglais en sont à 35.000 cas par jour, alors que c’était 5000 il y a 3 semaines. On devrait atteindre ce niveau début août. En clair, les infectés risquent de commencer à affluer dans les services de réanimation au cours de la deuxième quinzaine d’août… ».
La journaliste relève que « les signes avant-coureurs d’un inversement de la tendance épidémique sont déjà perceptibles en Ile-de-France ». Le Pr Timsit fait savoir qu’« il y a deux jours, on a pris en charge une malade de 40 ans. C’était la première après plus de 2 semaines sans entrée ».
Le Pr Stéphane Gaudry, chef du service de réanimation de l’hôpital Avicenne, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), souligne : « On a 8 lits Covid qu’on pensait pouvoir bientôt fermer, et puis non, ça repart. Après un répit en juin, on a pris en charge trois Covid sévères cette semaine, dont un homme de 37 ans et une femme de 50 ans. Aucun n’était vacciné. Ça suffit ».
Il poursuit : « Il faut rendre la vaccination obligatoire pour tout le monde, immédiatement, point barre. Je suis médecin. Je ne suis pas là pour faire plaisir aux gens. On sait aujourd’hui que le vaccin n’a pas d’effets secondaires graves et que son efficacité est énorme. Ça n’a plus aucun sens de débattre du périmètre de l’obligation ».
Le Pr Combes déclare que « si le gouvernement recule devant l’obligation vaccinale généralisée, la seule alternative sera de rendre la vie impossible à tous ceux qui refusent le vaccin : leur interdire l’accès aux trains, aux restaurants, aux cinémas et autres, tout en rendant les tests payants, puisqu’une PCR, c’est trois fois le prix d’un vaccin. En parallèle, il faudra quand même arriver à vacciner les 20% de personnes à risques, obèses et diabétiques, qui ne le sont toujours pas, et plus largement tous les plus de 50 ans ».
Le Pr Timsit rappelle en outre que « les soignants sont épuisés et démotivés au point d’en perdre le sens de leur travail. Beaucoup démissionnent définitivement, ou demandent leur transfert vers des régions moins touchées par le Covid. Le sous-effectif est tel que les services ne tournent que grâce aux heures supplémentaires ».
De son côté, La Croix s’interroge : « Covid-19 : l’obligation vaccinale sera-t-elle étendue à l’ensemble des soignants et aidants ? ».
Le journal relève que « parmi les mesures que pourrait annoncer Emmanuel Macron [aujourd’hui], figure l’obligation vaccinale des soignants. Reste à définir précisément quelles catégories de professionnels seront concernées et quelles seront les sanctions appliquées en cas de refus ».
Le quotidien note que « l’obligation vaccinale pourrait être élargie au «secteur médico-social, social, mais aussi aux aidants et au secteur des transports, c’est-à-dire tout ce qui est secours à la personne, ambulances, Samu, taxis conventionnés et pompiers», indique Cyril Chabanier de la CFTC ».
Débat
Covid : «L’obligation vaccinale des soignants, c’est une fausse barbe»
La pandémie de Covid-19 en France
rFace au regain des contaminations en Ile-de-France sous l’effet du variant delta, des médecins réanimateurs appellent le gouvernement à rendre le vaccin obligatoire pour l’ensemble de la population, sans délai.
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par Nathalie Raulinpublié le 12 juillet 2021 à 1h53
Un ras-le-bol, doublé d’une impatience non dissimulée devant la pusillanimité de l’exécutif. Dans les services de réanimation d’Ile-de-France, là où les patients Covid graves oscillent entre vie et mort des semaines durant, l’obligation vaccinale des soignants relève du débat d’arrière-garde. «Ça ne se discute plus, martèle le professeur Alain Combes, chef du service de réanimation de la Pitié-Salpêtrière, indigné par la faible couverture vaccinale des soignants (57 % dans les Ehpad et 64 % à l’hôpital). Pour les professionnels de santé, se vacciner est un impératif moral, éthique, civique plus encore que pour la population générale. Ça fait six mois qu’on essaye de convaincre. On est arrivés au bout de ce que l’on peut faire. Il faut en passer par l’obligation.» Et vite : «La probabilité de transmission augmente de 60 % avec le variant delta, il faut régler ça immédiatement», insiste le praticien de la Pitié, convaincu que le Conseil de défense sanitaire qui se r…(Suite abonnés)
Covid-19 : l’obligation vaccinale pour tous, prochaine étape ? Abonnés
Analyse
S’il ne s’y résout pas pour l’instant, le gouvernement pourrait, en passant par une loi, rendre la vaccination contre le Covid-19 obligatoire pour tous. Avec à la clé des sanctions pénales ou des interdictions d’accéder dans certains lieux.
- Hippolyte Radisson,
- le 12/07/2021 à 09:24
- Modifié le 12/07/2021 à 10:40
Lecture en 3 min.

Est-ce l’inévitable étape ? La prochaine carte à abattre après avoir tenté, par tous les moyens, d’endiguer une pandémie de nouveau hors de contrôle ? Alors qu’Emmanuel Macron prend la parole lundi 12 juillet dans un contexte de rebond épidémique, des questions se posent sur une éventuelle obligation vaccinale pour l’ensemble des Français.
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