A Paris, les rêves de « forêts urbaines » se heurtent à la réalité
Les uns après les autres, les projets annoncés par Anne Hidalgo avant les municipales sont revus, corrigés, parfois abandonnés.
Par Denis CosnardPublié le 07 juillet 2021 à 18h00, mis à jour hier à 18h26
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L’image faisait rêver. Au premier plan, des couples déambulant dans l’herbe entre les bouquets d’arbres, des enfants s’arrêtant à l’ombre. Une sorte de sous-bois dans lequel auraient poussé quelques candélabres. Au fond, la longue silhouette de l’Hôtel de ville, et, un peu plus loin, les tours de Notre-Dame de Paris.
En juin 2019, au début de la campagne pour sa réélection, Anne Hidalgo avait créé la surprise en annonçant la création prochaine de « forêts urbaines » sur « quatre grands sites emblématiques » parisiens. A commencer par la place de l’Hôtel de ville, avec, à l’appui, une magnifique vue d’artiste dessinée par l’Atelier parisien d’urbanisme. De son immense bureau, la maire de Paris devait très vite voir pousser les arbres, puisque la fin des travaux était envisagée « au cours de l’année 2020 ».
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Gare de Lyon, les arbres seraient plantés « dans un substrat », sans toucher aux parkings
Deux ans après cette annonce, il faut déchanter. Aucune des forêts promises n’a vu le jour, et plus aucune date n’est fixée. Sur les quatre sites prévus, deux ont été abandonnés : l’Opéra et les berges de Seine. Pour les deux autres, gare de Lyon et sur le parvis de l’Hôtel de ville, Anne Hidalgo n’a pas renoncé à faire croître quelques arbres. Mais pas selon les plans initiaux. Dans les deux cas, le projet d’origine consistait à remplacer tout le premier niveau de parkings souterrains par de la terre, pour que des arbres importants puissent y étendre leurs racines. Ce schéma est désormais caduc. Place de l’Hôtel de ville, « nous envisageons plutôt de planter des arbustes dans les fontaines situées sur la gauche et la droite du parvis », indique l’adjoint aux espaces verts, Christophe Najdovski. Gare de Lyon, les arbres seraient plantés « dans un substrat », sans toucher aux parkings.
Nulle décision n’a cependant encore été prise, et les élus d’Europe Ecologie-Les Verts s’agacent du temps consacré par l’équipe d’Anne Hidalgo à des projets de « forêts » qu’ils jugent assez irréalistes. A l’occasion du conseil municipal qui se tient jusqu’au 9 juillet, ils ont rédigé un vœu demandant un point précis sur le sujet, et davantage de concertation. « Il faut plus de nature en ville, mais nous ne voulons ni d’un gadget environnemental, ni d’un gaspillage d’argent public », plaide l’élue écologiste Chloé Sagaspe.
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Des problèmes techniques et financiers
« Le réel, c’est quand on se cogne », affirmait Jacques Lacan. Dans le cas des « forêts » parisiennes, l’équipe d’Anne Hidalgo se heurte à la dure réalité d’une capitale très minérale, déjà encombrée, et en difficulté financière. Trois contraintes qui, conjuguées, rendent ardue la création de « forêts », en dépit d’une volonté politique forte.
L’arrière de l’Opéra a été un des premiers emplacements abandonnés. Entre le métro et le RER Auber, le quartier constitue un vrai gruyère. Il est vite apparu impossible d’y planter des arbres en pleine terre, comme le prédisaient les adversaires de Mme Hidalgo durant la campagne. L’idée de débitumer l’une des deux voies sur berge, rive droite, pour y créer une forêt est tombée à l’eau au même moment. Là aussi, il n’y avait pas la profondeur suffisante pour installer un bois en pleine terre.
Devant l’Hôtel de ville comme sur le parvis nord de la gare de Lyon, c’est le principe de remplir de terre les parkings souterrains qui a posé problème. D’une part, le poids de la terre humide aurait nécessité de renforcer les structures en béton. D’autre part, il ne s’agissait pas tout à fait de pleine terre et il aurait, semble-t-il, fallu changer les arbres au bout de trente ou trente-cinq ans. Le coût de l’opération a également fait tiquer alors qu’avec le Covid-19, les marges de manœuvre budgétaires de Paris ont fondu.
Enfin, « il faut s’interroger sur les sites, argumente Chloé Sagaspe. La gare de Lyon comme l’Hôtel de ville sont des lieux de passage de manifestations, de cérémonies diverses. Au-delà de l’effet “waouh”, y implanter des forêts aurait fatalement suscité des conflits d’usage ».
Anne Hidalgo n’a pas fait une croix sur les « forêts urbaines »
Très décidée à rendre la ville plus résistante face au dérèglement du climat, Anne Hidalgo n’a pas fait une croix sur les « forêts urbaines ». Elle souhaite toujours favoriser la biodiversité et rafraîchir la capitale grâce à des lieux sans clôture, où la densité et la diversité des plantations sont plus fortes que dans un parc, en s’inspirant en particulier des préceptes du paysagiste Michel Desvigne. Mais à présent, les équipes municipales se concentrent sur d’autres sites, au-delà des quatre présentés durant la campagne électorale. Des lieux moins spectaculaires, mais plus faciles à transformer sans engager des sommes folles.
Le projet le plus avancé se situe place de Catalogne (14e arrondissement), une place bordée d’immeubles néoclassiques de l’architecte espagnol Ricardo Bofill. « Ce sera le premier à voir le jour », promet Christophe Najdovski. L’accès à la pleine terre n’y pose apparemment pas de difficulté majeure. En revanche, « il faudrait supprimer la fontaine asséchée qui occupe le centre de la place, ce qui implique de trouver un accord avec les ayants droit de l’auteur de cette œuvre », glisse un initié. Deux autres lieux sont à l’étude : la place du Colonel-Fabien, juste à côté du siège historique du Parti communiste français, dans le 19e arrondissement, et la place Madeleine-Braun, dans le 10e, près de la gare de l’Est. La rue Curial (19e), un temps évoquée, a, elle, été abandonnée.