L’Espagne et le Portugal ont mis en place un système de prise de contact systématique pour obtenir presque 100% de vaccinés chez les plus de 70 ans.

Covid-19 : en Espagne, presque 100 % de vaccinés chez les plus de 70 ans

Pour vacciner efficacement les plus âgés, l’Espagne et le Portugal ont mis en place un système de prise de contact systématique. Les deux pays se distinguent aussi de leurs voisins par une faible diffusion des mouvements antivax. 

Par Sandrine Morel(Madrid, correspondante)Publié le 08 juillet 2021 à 11h31  

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https://www.lemonde.fr/international/article/2021/07/08/covid-19-en-espagne-presque-100-de-vaccines-chez-les-plus-de-70-ans_6087540_3210.html#xtor=AL-32280270-%5Bmail%5D-%5Bios%5D

Une résidente d’une maison de retraite de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, se fait vacciner contre le Covid-19, le 17 janvier 2021.
Une résidente d’une maison de retraite de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, se fait vacciner contre le Covid-19, le 17 janvier 2021. DAVID CABEZON-XUNTA DE GALICIA / VIA EUTERS

Impossible d’y échapper. Au mois d’avril, sur les réseaux sociaux espagnols, des milliers de messages, postés par des internautes euphoriques, annonçaient la vaccination de leurs chers parents à grand renfort de smileys. Dans un pays durement frappé par la pandémie et où les liens familiaux sont très forts, la campagne qui s’ouvrait alors aux plus de 70 ans, suscitait une vague de joie, de soulagement et d’espoir. Trois mois plus tard, les chiffres confirment cet engouement sans réserve : 100 % des plus de 80 ans sont vaccinés, 98,6 % des plus de 70 ans ont reçu au moins une dose et 94,6 % des plus de 60 ans

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« Quand on appelait les personnes les plus âgées pour leur donner une date de rendez-vous, ils étaient émus, extrêmement reconnaissants : pour eux, c’était comme un cadeau qu’on leur faisait », se souvient Cristina Navarro, employée administrative de 50 ans à l’Hôpital 12-de-Octubre de Madrid et volontaire pour la campagne de vaccination.

Marisa Munoz, retraitée madrilène de 73 ans, confirme : « Nous avions tellement peur du virus et ne pas pouvoir embrasser nos petits-enfants a été si dur que mon mari et moi nous attendions le vaccin avec impatience. » A la mi-avril, un SMS l’a prévenue qu’elle pouvait se présenter à l’hôpital Gregorio-Maranon, à dix minutes à pied de chez elle, pour se faire vacciner. La date et l’heure étaient indiquées. Elle n’a pas hésité une seconde. « Tout le monde, parmi nos amis et notre groupe de marche, s’est fait vacciner, et je ne connais personne qui ait eu des doutes », ajoute-elle. Et pour cause : l’Espagne n’a pas connu de véritable débat sur les vaccins.

« On m’a donné un rendez-vous, je me suis décidé »

Le mouvement antivax y est essentiellement représenté par le chanteur et acteur Miguel Bosé, qui a qualifié la pandémie « d’invention des gouvernements », et par une association, Médecins pour la véritéà laquelle les médias se sont gardés de servir de haut-parleur. Même les cinq décès dus à des thromboses associées à l’injection du vaccin AstraZeneca n’ont pas ébréché la foi espagnole en la vaccination. « Il faut avoir confiance en la science, résume Laura Rubio, 69 ans, auxiliaire d’infirmerie à la retraite, qui a reçu les deux doses du vaccin du laboratoire anglo-suédois. Même s’il y a des risques d’effets secondaires, la vaccination est toujours positive si nous voulons reprendre une vie normale. »Selon le Centre de recherche sociologique, seuls 6 % des Espagnols sont opposés au fait d’être vaccinés.

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Fausto Modino, 81 ans, était l’un d’entre eux. « Je suis convaincu que ce virus a été créé pour exterminer les gens et que le vaccin n’a pas été suffisamment testé », affirme-t-il encore ce 7 juillet. Pourtant, quand il a reçu un SMS pour se rendre à l’« hôpital des pandémies » Isabel-Zendal, à Madrid, lui non plus n’a pas hésité. « Si j’avais dû en faire la demande moi-même, je ne me serais jamais fait vacciner. Mais puisqu’on m’a donné un rendez-vous, je me suis décidé, contre mes propres convictions. Ça me permettra de me déplacer plus facilement, pour aller voir ma fille qui vit en France, sans avoir à faire un test PCR à chaque fois… » Un test qui, en Espagne, coûte en moyenne près de 100 euros.

La stratégie espagnole de vaccination repose sur un principe simple : aller chercher les gens, un par un, méthodiquement, grâce aux registres de la Sécurité sociale. Le Portugal a adopté une stratégie semblable et a obtenu des résultats similaires avec 99,2 % des plus de 80 ans vaccinés et 100 % des plus de 70 ans.

Convocation automatique

Après la vaccination, en janvier et février, des résidents et du personnel d’Ehpad, ainsi que des soignants et des populations à risque, le tour est venu des plus de 90 ans, en mars, puis des plus de 80 ans. Et ainsi de suite. Contactés dans l’ordre de leur année de naissance par leur « centre de santé » – sorte de dispensaire où sont regroupés les médecins, infirmiers et pédiatres de la santé publique espagnole –, il leur était donné un rendez-vous pour la vaccination. Libre à eux de le refuser : la convocation, elle, était automatique.

Parallèlement, les départements de santé des régions ont développé l’envoi systématique de rendez-vous vaccinal par SMS, à valider en cliquant sur un lien, faisant apparaître un code QR à présenter le jour J. Enfin, au début du mois de juin, des systèmes « d’auto-rendez-vous » ont été développés, permettant de réserver sur Internet des créneaux de vaccination. Contrairement à la France, qui a ouvert la vaccination à tous le 31 mai, l’Espagne avance progressivement, par tranche d’âge. L’immunisation des plus de 30 ans vient ainsi à peine de commencer à Madrid, tout comme celle des plus de 20 ans en Catalogne. Et loin de faiblir, le rythme de vaccination accélère encore.

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« Nous avons battu un nouveau record et atteint un pourcentage de population ayant au moins une dose supérieur à celui des Etats-Unis, qui fut l’un des premiers à commencer la vaccination », a souligné le 3 juillet le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez. La veille, l’Espagne avait administré 765 000 doses de vaccin contre le Covid-19 en une seule journée. Alors que le pays connaît une très forte progression des nouvelles contaminations, avec un taux d’incidence qui a triplé en une semaine (170 cas pour 100 000 habitants), sa couverture vaccinale lui donne l’espoir de pouvoir limiter drastiquement la pression sur le système de santé.

Sandrine Morel(Madrid, correspondante)

*La vaccination des plus de 80 ans, talon d’Achille de la France

L’Hexagone est à la traîne dans la protection de ses aînés les plus vulnérables en raison, selon les spécialistes du grand âge, de l’organisation du système de soins. Pour convaincre les derniers indécis, la médecine de proximité semble la mieux armée. 

Par Delphine RoucauteChloé Hecketsweiler et Nathaniel HerzbergPublié le 08 juillet 2021 à 04h11 – Mis à jour le 08 juillet 2021 à 10h41  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/08/vaccination-des-plus-de-80-ans-le-talon-d-achille-de-la-france_6087439_3244.html

Vaccination d’un homme âgé à Marseille, le 6 avril 2021.
Vaccination d’un homme âgé à Marseille, le 6 avril 2021. CHRISTOPHE SIMON / AFP

Cette semaine, c’est un couple de nonagénaires qui a franchi le dernier pas. Venus d’un village voisin, ils ont fait le trajet au centre de vaccination de Bonnières-sur-Seine pour recevoir leur seconde dose de vaccin, chacun au bras d’une de leurs petites-filles. Dans cette ville des Yvelines, les plus de 80 ans sont plutôt rares dans le mini-« vaccinodrome » aménagé début juin pour accélérer la campagne vaccinale. La majorité a profité du « vaccinobus » qui a circulé entre mars et juin dans la communauté de communes ; la minorité non vaccinée dessine maintenant « un plafond de verre » difficile à dépasser.

Selon les données de Santé publique France (SPF), ce département est celui où la part des plus de 80 ans ayant reçu au moins une dose de vaccin est la plus faible : 70 %, contre 80 % au niveau national. A Bonnières-sur-Seine, tous ont déjà été contactés au moins une fois, grâce à la liste établie pour l’envoi des « colis de Noël des anciens ». Mais six mois après l’ouverture de la vaccination, certains hésitent toujours.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Covid-19 : le gouvernement cherche le bon dosage pour accroître la vaccination

« Ils ont peur du vaccin, nous disent : On n’a pas de recul, on ne sort pas de chez nous, pourquoi on ferait le vaccin ?” », explique Gaëlle Auffret, première adjointe au maire de Bonnières-sur-Seine et responsable du centre de vaccination. Selon elle, on doit maintenant « faire dans la dentelle »« Quand on leur parle, on arrive à les motiver, mais il faut aller vers eux. Des gens sont arrivés en ambulance, allongés, à la mairie [où les vaccinations avaient lieu auparavant], car leurs enfants, leurs petits-enfants les avaient convaincus », souligne-t-elle.

Dans ses modèles à long terme, l’équipe de modélisation du biologiste Samuel Alizon « fait l’hypothèse que le problème sera réglé courant septembre et que presque tous les plus âgés seront vaccinés ». Mais des difficultés vont se poser dès cet été. « Il y aura une vague de transmission du variant Delta, on le sait, puisque personne n’envisage de prendre des mesures de contrôle cet été », avance le directeur de recherche au CNRS, pour qui « chaque pourcent de personnes âgées non vaccinées va être problématique »« Nous sommes en train d’affiner les modèles, mais ça va évidemment avoir des conséquences lourdes », conclut M. Alizon.

« La situation impose des mesures rapides »

Les statistiques parlent d’elles-mêmes : les plus de 80 ans non vaccinés présentent un risque de mourir de la maladie plus de douze fois supérieur à celui des personnes âgées de 50 à 59 ans, et 180 fois supérieur à celui des 18-39 ans, selon l’étude statistique OpenSafely. Quelque 20 % de cette population restent donc particulièrement vulnérables, alors que, dans la tranche des 70-79 ans, près de 90 % des personnes ont reçu une première dose.

Dans ce contexte, « la situation impose des mesures rapides pour réduire les risques d’infections graves parmi la population âgée », alerte Claude Jeandel, président du conseil national professionnel (CNP) de gériatrie dans un communiqué paru mercredi 7 juillet.

Pour le CNP et la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), la première solution à imposer est la vaccination obligatoire des professionnels de santé, tous secteurs confondus, et des personnes en contact avec des sujets fragiles. Une deuxième urgence, ajoute Olivier Guérin, président du SFGG, est « que nous puissions compter (…) sur la mobilisation de nos collègues médecins traitants et infirmiers libéraux et sur l’intervention d’équipes mobiles, car ce sont bien les personnes âgées qui vivent à domicile – le taux de vaccination en Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] est de 90 % –, qui sont encore trop peu vaccinées ».

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Comment la France a-t-elle creusé cet écart de dix à quinze points dans la protection de ses aînés les plus vulnérables par rapport à d’autres pays similaires, comme le Portugal, l’Espagne, l’Italie ou le Royaume-Uni ?

« Je crois qu’on a une cause sociologique, peut-être plus de réfractaires, avance Olivier Guérin. Et une cause organisationnelle, à savoir une moins bonne adaptation du soin primaire aux patients âgés. Notre soin primaire est largement pris en charge par la médecine libérale. Ce n’est pas, ou pas bien adapté à des mesures de santé publique comme la vaccination. » « Le mode de prise de rendez-vous a aussi beaucoup pesé, ajoute Dora Lévy, généraliste dans une maison de santé du 20e arrondissement de Paris et responsable médicale d’un centre de vaccination. On n’a pas touché les personnes les plus éloignées du numérique, particulièrement les personnes âgées modestes. »

Difficultés à déployer les dispositifs d’« aller vers »

L’organisation des soins est particulièrement mise en cause par les spécialistes du grand âge. « C’est un problème en gériatrie qui n’est pas propre à la vaccination : dans notre système, c’est le patient qui doit contacter le médecin, pas l’inverse », abonde Aline Corvol, gériatre au CHU de Rennes. « Tous ceux qui font peu de bruit, qui n’ont pas de traitement chronique, ne contactent pas leur médecin traitant » et passent donc sous les radars, explique-t-elle.

Une structuration du soin qui expliquerait les difficultés à déployer les dispositifs d’« aller vers » mis en place par le ministère de la santé, les collectivités locales et l’Assurance-maladie. Sans compter que « certaines personnes âgées sont prêtes à mourir et n’adhèrent plus aux démarches de prévention », ajoute la gériatre. « Il y a cette idée qu’“il faut bien mourir de quelque chose” et ils préfèrent qu’on leur fiche la paix, ou alors, si on les aide, qu’on vienne leur apporter du lien social et améliorer leur quotidien », souligne Aline Corvol.

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Pour convaincre les derniers hésitants, ceux rencontrant des difficultés lors de la prise de rendez-vous en ligne, ne bénéficiant pas d’un entourage familial aidant ou avec des difficultés à se déplacer, la médecine de proximité semble la mieux armée.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a enfin admis, mercredi matin, que les médecins puissent savoir qui sont leurs patients non vaccinés« mais uniquement s’ils en font la demande » auprès de l’Assurance-maladie. Une revendication de longue date de la profession. « Jusque-là, on pouvait vérifier le statut vaccinal patient par patient grâce à leur numéro de Sécurité sociale, mais on ne pouvait pas faire ça pour tout le monde », chaque médecin traitant s’occupant d’environ 1 000 patients, dont 100 à 200 de plus de 80 ans, explique Corinne Le Sauder, présidente de la Fédération des médecins de France, qui dénonce depuis plusieurs mois les problèmes d’accès aux doses en médecine de ville.

Il s’agit donc désormais, pour Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers, de mettre en place des synergies entre les professionnels libéraux – notamment entre les médecins traitants, qui, seuls, pourront avoir accès à la liste de leurs patients non vaccinés, et les infirmiers, « qui sont les seuls professionnels à se déplacer quotidiennement à domicile ». Et le temps presse. « C’est aujourd’hui le sujet-clé, celui qui va déterminer la façon dont on va passer l’été, rappelle Olivier Guérin. Penser que les personnes en question sont tellement isolées et que ça va les protéger est illusoire. »

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Delphine Roucaute,  Chloé Hecketsweiler et  Nathaniel Herzberg

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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