Publié le 09/07/2021
Variant delta : le Conseil scientifique n’est pas optimiste

Paris, le vendredi 9 juillet 2021
S’appuyant sur des modélisations de l’Institut Pasteur, le Conseil Scientifique estime que le variant delta fait peser sur la France un risque important de quatrième vague et qu’il est nécessaire d’accélérer la vaccination.
Des hôpitaux saturés et des restrictions de libertés drastiques : voilà ce qui pourrait de nouveau arriver en France à cause du variant delta si l’on en croit le Conseil scientifique. Dans son dernier avis sur la situation épidémiologique, publié ce mardi, les 16 membres du conseil se penchent sur la menace constituée par le variant delta, qui représente déjà 40 % des nouvelles contaminations en France et qui sera vraisemblablement bientôt majoritaire. Et ces scientifiques sont plutôt pessimistes : du fait de sa forte contagiosité (60 % plus contagieux que le variant alpha), le variant delta constituerait une véritable menace pour notre pays.
Des projections souvent erronées
Le Conseil scientifique s’appuie notamment sur une modélisation élaborée par les équipes de l’Institut Pasteur. Cette projection se base sur un R0 égal à 4 et un taux de couverture vaccinale de 30 % chez les adolescents, 70 % chez les 18-59 ans et de 90 % chez les plus de 60 ans. Selon les épidémiologistes de Pasteur, une telle situation couplée à une absence totale de restrictions conduirait la France à connaitre rapidement un pic d’hospitalisations similaire à celui de l’automne dernier. A noter cependant que l’Institut Pasteur s’est très régulièrement trompé dans ses projections depuis le début de l’épidémie, ce que le Conseil scientifique reconnait lui-même, indiquant notamment que le recul de l’épidémie ces derniers mois avait « surpris le monde scientifique ».
Selon le Conseil scientifique, le moyen le plus efficace pour éviter que cette nouvelle vague ne provoque une nouvelle saturation des hôpitaux et le retour des restrictions est d’accélérer la vaccination. Dans son avis, le Conseil indique en effet que, selon les premières données, les vaccins contre la Covid-19 actuellement disponibles sont efficaces contre le variant delta. L’avis cite notamment des études indiquant que le vaccin Pfizer protège à 92 % contre les formes graves conduisant à une hospitalisation en cas de contamination par le variant delta.
Vaccination insuffisante chez les sujets à risque
Le Conseil scientifique considère cependant que le taux de couverture vaccinale est actuellement trop faible en France pour pouvoir faire face à la menace représentée par le variant delta. Les auteurs de l’avis s’inquiètent notamment du taux de vaccination insuffisant chez les personnes à risque. En effet, environ 20 % des plus de 60 ans et 40 % des obèses n’ont toujours pas reçu la moindre dose, ce qui représente 4 à 5 millions de personnes à risque qui n’ont aucune protection vaccinale. Notant que les sujets réticents à se faire vacciner font le plus souvent partie des populations défavorisés, le conseil prône l’adoption d’une politique vaccinale dite du « aller vers… » consistant à faciliter le plus possible l’accès à la vaccination et à intensifier la communication envers ces populations.
Sortant quelque peu de son rôle, le Conseil scientifique donne également son avis sur des questions politico-juridiques. Dans son avis, il se déclare ainsi favorable à la vaccination obligatoire des soignants, estimant que « le choix d’un métier de santé s’accompagne d’une responsabilité vis-à-vis des patients que l’on accompagne ». Mais le Conseil va encore plus loin estimant que si l’épidémie venait de nouveau à s’aggraver, la question de la mise en place de restrictions uniquement pour les non-vaccinés se poserait, ce qui ne manquerait pas de soulever des « questions sociales et éthiques » selon les auteurs de l’avis.
Nicolas Barbet