Le Phare de Cordouan (estuaire de la Gironde), une visite qui en vaut la peine – Photos Jean Scheffer en 2014

Les derniers gardiens de Cordouan, le phare des rois

Par  Béatrice Gurrey

Publié aujourd’hui à 03h46, mis à jour à 20h05

https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/07/09/les-derniers-gardiens-de-cordouan-le-phare-des-rois_6087634_3246.html?xtor&&M_BT=53496897516380#x3D;EPR-33281080-%5Bmust_read%5D-20210709-%5Bplus-lus_titre_2%5D

ENQUÊTE

Cordouan veille depuis quatre siècles sur l’estuaire de la Gironde. Dans ce joyau historique, qui attend pour la fin juillet la décision sur son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, Pierre Cordier et Thomas Dalisson exercent un métier qui n’existe plus, disparu avec l’automatisation des feux.

L’âme de la mer frappe à la poterne. Elle chantonne, susurre, rugit, selon les soirs. Jamais elle ne manque sa ronde nocturne autour de la muraille. Ses flots se jouent de l’antique porte de bois, se faufilent, baignent le bas de l’escalier de leur clapot, dont la voûte renvoie l’écho.

Pieds nus sur les dalles de pierre, dans le cercle parfait de la cour du phare, Pierre Cordier s’arrête un instant pour écouter. C’est l’un des sons qu’il préfère à Cordouan. Il aime aussi celui des lourds tirants de bronze qui grincent lorsque la porte s’ouvre sur l’estran, la zone découverte à marée basse. Ils ne sont plus que six gardiens, en France, qui se relaient ici en binôme.

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A sept kilomètres de toute côte, Cordouan veille depuis quatre siècles sur l’estuaire de la Gironde, le plus vaste d’Europe. Devant lui, l’horizon infini de l’Atlantique. A main droite, Royan (Charente-Maritime), à main gauche, Le Verdon-sur-Mer (Gironde), les deux ports permettant de le rallier. Derrière lui, les eaux mêlées de la Garonne et de la Dordogne, qui se jettent ensemble dans l’océan. Et tout au bout de cette longue encoche dans la façade Ouest du pays, Bordeaux.

Le Verdon sur mer, vendredi 02 Juillet 2021. SUR LA PHOTO: Les deux gardiens Thomas Dallison (à D) et Pierre Cordier (à G) , seuls sur le peyrat (chemin de pierre) après le départ des derniers visiteurs de la journée. Le phare de Cordouan est situé en mer à 7km de l’embouchure de la Gironde. En service depuis 1611, il est le dernier phrare français à accueillir toute l’année des gardiens. Surnommé le « roi des phares », il sera classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en Juillet 2021.
Le Verdon sur mer, vendredi 02 Juillet 2021. SUR LA PHOTO: Dans le bureau des gardiens, une carte marine de l’estuaire. Le phare de Cordouan est situé en mer à 7km de l’embouchure de la Gironde. En service depuis 1611, il est le dernier phrare français à accueillir toute l’année des gardiens. Surnommé le « roi des phares », il sera classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en Juillet 2021.

Une longue bougie blanche

Les générateurs électriques et les goélands se sont tus, les derniers visiteurs dorment sur la terre ferme, le phare est silence. En levant la tête on ne voit qu’une nuit sans étoiles et cette longue bougie blanche qui culmine à 68 mètres de hauteur, dominant la mer. Cordouan dans sa blancheur a fait figure de spectre. « Il me parut, sur son écueil, d’une pâleur fantastique. Sa tour semblait un fantôme qui disait : “Malheur ! malheur !”», écrit Jules Michelet dans La Mer (1875). Il faut dire qu’il est alors enduit d’une épaisse couche de peinture à l’huile – blanche. Ce soir d’octobre 1859, lors d’une tempête qui dure quatre jours, Cordouan sauve tout de même trente hommes, comme le narre ensuite l’historien.

Le 24 ou le 25 juillet, l’Unesco, l’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, rendra sa décision, instruite depuis 2016. Le plus vieux phare d’Europe, palais tout en hauteur, où le XVIIIe siècle s’est empilé avec grâce sur la Renaissance sans l’altérer, revêt-il une « valeur universelle exceptionnelle » ? Répond-il au moins à l’un des critères exigés, au nombre de dix, dont le premier est de témoigner du « génie créateur de l’humanité » ? La procédure internationale est longue, complexe, pour obtenir son inscription au patrimoine mondial. Mais sans trahir de secret, il semble que les feux soient tous allumés à tribord, c’est-à-dire d’une optimiste couleur verte.

La tour du « Prince Noir »

« Cordouan est plus qu’un phare. Le projet de Louis de Foix en 1584 relève de la mystique d’Alexandrie. Il veut construire un monument qui transportera la mémoire à travers les siècles », observe Vincent Guigueno, polytechnicien et ingénieur des ponts et chaussées, auteur d’une thèse d’histoire sur les phares.

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La preuve de ce rêve d’éternité ? Louis de Foix, architecte des rois, dévoré par sa passion pour Cordouan, fait composer un sonnet apocalyptique qui lie l’existence du phare à la fin du monde. Il est gravé dans la chapelle, toujours consacrée. En résumé, tant que Cordouan perdurera, l’humanité survivra. S’il s’écroule… Non, n’y pensons pas. Selon l’historien Claude Grenet-Delisle, l’auteur de ce texte fuligineux serait un poète bordelais, Pierre de Brach, intime de Ronsard et de Montaigne. Une certitude : c’est l’auteur des Essais qui signe le contrat de construction du phare en 1584, en qualité de maire de Bordeaux.

Le Verdon sur mer, vendredi 02 Juillet 2021. SUR LA PHOTO: La lanterne, grâce à la lentille de Fresnel, une ampoule de 250 Watts suffit à éclairer à 36km. Le phare de Cordouan est situé en mer à 7km de l’embouchure de la Gironde. En service depuis 1611, il est le dernier phrare français à accueillir toute l’année des gardiens. Surnommé le « roi des phares », il sera classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en Juillet 2021.

Il agit sur ordre d’Henri III, le dernier des Valois. Quand celui-ci meurt poignardé, en 1589, Henri IV, le premier des Bourbon, prend la relève pour protéger Cordouan. Comme chacun sait, le huguenot converti finira comme son prédécesseur, mais tous les rois assumeront l’héritage du phare. « C’est le début de la modernité politique française. Il faut essayer de montrer la concorde et l’universalisme alors que les guerres de religion déchirent le pays », décrypte encore Vincent Guigueno.

Il fallait aussi démontrer que l’Aquitaine avait tourné la page anglaise. Car c’est à un Anglais, Edouard de Woodstock, le « Prince Noir », que l’on doit la première tour, octogonale, d’une hauteur de 16 mètres, sur l’îlot rocheux. On s’en sert, puis on l’abat. Le prince de Galles serait-il « le ténébreux », « le prince d’Aquitaine à la Tour abolie » du poème de Gérard de Nerval, El Desdichado, en 1854 ? Encore un mystère pour Cordouan qui n’en manque pas…

Un voyage chaotique

On se doute que les visites guidées doivent survoler les siècles. D’abord parce qu’elles dépendent étroitement des marées, ensuite parce que le voyage est assez long : quarante-cinq minutes de vedette, puis embarquement sur une barge amphibie qui rejoint les bancs de sable et l’estran rocheux. De là, quinze minutes de cahots debout sur terrain accidenté, en se tenant à une barre, puis une petite marche à effectuer sans glisser sur la jetée empierrée que la mer a découverte. Cordouan se mérite, mais la vue console de ces minuscules inconforts. Et il faut voir le visage émerveillé de la plupart des visiteurs.

Le Verdon sur mer, vendredi 02 Juillet 2021. SUR LA PHOTO: Les deux gardiens Thomas Dallison (à G) et Pierre Cordier (à D) sur la barge qui les transporte vers Cordouan. Le phare de Cordouan est situé en mer à 7km de l’embouchure de la Gironde. En service depuis 1611, il est le dernier phrare français à accueillir toute l’année des gardiens. Surnommé le « roi des phares », il sera classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en Juillet 2021.

Pierre Cordier et Thomas Dalisson, 37 et 38 ans, s’acquittent de leur fonction avec leur style, leur histoire, leur propre rapport à l’autre. Leur métier est à inventer puisqu’il n’existe plus. Les gardiens de phare ont disparu avec l’automatisation des feux, et leur école avec.

Ils ont atterri ici par… petite annonce. Pierre l’a trouvée sur un site spécialisé dans le tourisme. Muni d’un DEA de géographie, il était devenu cartographe, sans se résoudre à rester assis toute la journée devant un ordinateur. Il retourne à la fac pour suivre une formation en langues et en histoire de l’art de « guide interprète national » : elle le mène des amphithéâtres romains aux glaciers de Patagonie, en passant par des musées, des châteaux, ou la Cité du design à Saint-Etienne. On comprend qu’il ait « adoré » ce métier.

Pour 1 600 euros par mois, le rythme de travail – 15 jours sur le phare, 15 jours à terre, une semaine sur le phare, une semaine à terre – leur convient bien

Puis il se fixe à Cordouan, aimanté par la beauté des lieux, prêt à dormir dans un duvet sous les courants d’air, avec un pauvre réchaud pour faire son frichti. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir des parquets cirés depuis cent cinquante ans – où l’on ne marche que sur patins –, une belle chambre individuelle lambrissée, une salle de bains pour deux, une grande cuisine fort bien équipée…

Tous les bâtiments d’utilité sont disposés en couronne autour de la cour et identifiés par une plaque en émail : « appartement de l’ingénieur » (transformé en musée), « salle des carburants », « salle des groupes » (électrogènes), « salle d’exposition » (pour un artiste invité), « chambres 1 et 2 », « chambres 3 et 4 ». Et enfin, au centre, devant le vestibule monumental qui donne accès au fût et aux merveilles de Cordouan, « Tour ».

Pierre aime les beaux détails et les jolis bruits, Thomas aussi. Celui des fontaines de bronze dans le vestibule, destinées à recueillir l’eau de pluie dans une grande vasque de marbre par un ingénieux système, leur indique à l’oreille depuis combien de temps il pleut et la force des intempéries. Cette eau, destinée à la douche, à la vaisselle et au ménage, s’écoule ensuite dans des bacs décanteurs, au sous-sol.

Dans cet endroit secret que personne ne voit sauf eux, même là, la pierre est sculptée en volutes, remarque Pierre. Thomas nous les montre, à la lueur d’un téléphone portable. Pour 1 600 euros par mois, le rythme de travail (quinze jours sur le phare, quinze jours à terre, une semaine sur le phare, une semaine à terre, toujours en binôme) leur convient bien. Même si Pierre va voir sa vie chamboulée, car sa compagne va bientôt accoucher.

« Comme un signe du destin »

Au XVIIIe siècle, pour la commodité des travaux, les architectes ont fait percer des ouvertures rondes au centre de chaque pièce, sur les six étages. Thomas Dalisson explique à son groupe de touristes qu’un système de poulies a ainsi permis d’évacuer les gravats et de monter les pierres, sans rien porter à dos d’homme dans des escaliers trop étroits. En architecture, cet orifice s’appelle un oculus, du mot « œil », en latin. Le gardien-guide dit au pluriel « les oculi », on l’enregistre sans y penser. Et cela revient d’un coup lorsqu’il confie qu’il a, un jour, arrêté les grands voyages. Sa mère était tombée malade. Elle était professeure de français-latin-grec.

Le Verdon-sur-Mer, vendredi 2 juillet 2021. Pierre Cordier, l’un des gardiens du phare de Cordouan, éclairé par la lanterne du phare. THÉOPHILE TROSSAT POUR « LE MONDE ». 

Pierre, qui pratique un humour doux et discret, a écrit sur le carnet de notes qu’on a laissé traîner dans la cuisine : « Thomas est beau, il parle comme un dieu, il dégage une impression de sérénité, telle une digue face à l’Océan. » 

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Le sieur Dalisson a appris l’anglais et le russe, et passé une année à l’université Patrice-Lumumba [université russe de l’amitié des peuples], à Moscou, parce qu’« ils donnaient des bourses à tout le monde ». Et aussi parce qu’il aimait les auteurs russes « un peu branques : Tchekhov, Gogol, Pouchkine ». Il bosse ensuite pour une ONG américaine en Afghanistan, devient barman au restaurant L’Atmosphère, à Kaboul, où il acquiert de solides compétences en matière de cocktails. Puis il obtient un master en commerce international entre « Langues O » et la Sorbonne. Tour du monde, études de marché dans le tourisme, petits boulots.

C’est un espace minuscule et pourtant infini. Le spectacle sans cesse renouvelé de la lumière sur la mer n’a lassé aucun des deux hommes

Retour à Bordeaux. « Deux ans après le décès de ma mère, je me suis retrouvé ici. J’y ai vu comme un signe du destin. » Dans ce monde placé sous le signe de la contrainte, des marées, des visites, des intempéries, des travaux incessants – une restauration prodigieuse sur plusieurs années –, il ne s’est jamais senti aussi libre. C’est un espace minuscule et pourtant infini. Le temps n’a pas la même consistance entre le ciel et l’eau. Le spectacle sans cesse renouvelé de la lumière sur la mer ne les a pas lassés ni l’un ni l’autre

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« Pas besoin d’une télé !, bougonne Thomas. J’ai appris tellement de choses ici ! Je n’ai pas pris une seconde pour réfléchir à ma vie. Benoît [Jenouvrier, un autre gardien] m’a initié à la sculpture, les ouvriers à la maçonnerie, à la taille de pierre. J’ai appris la vie de la mer, des marins, des architectes, des historiens. » Et celle des « pharbal »les « Phares et Balises », responsables des feux. Ce sont eux qui assurent la relève des gardiens.

Chaque soir, la lanterne lance son signal vers les ténèbres – il s’éteint brièvement deux fois, puis une fois, toutes les douze secondes, signature unique. Une ampoule de 250 watts seulement, comme une étoile naine soudain démultipliée en supernova, porte à près de 40 kilomètres (la distance entre Saintes et Royan) grâce aux ingénieuses lentilles de Fresnel, un complexe jeu de miroirs.

Le Verdon sur mer, vendredi 02 Juillet 2021. SUR LA PHOTO: Avant l’aube, la marée est redescendue. La Lampe s’éteint juste avant le lever du soleil. Le phare de Cordouan est situé en mer à 7km de l’embouchure de la Gironde. En service depuis 1611, il est le dernier phrare français à accueillir toute l’année des gardiens. Surnommé le « roi des phares », il sera classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en Juillet 2021.

Augustin Fresnel, « X-Ponts » lui aussi, cousin de Prosper Mérimée, l’a mise au point en 1822 avec un homme au nom prédestiné. Jean-Baptiste Soleil, issu d’une célèbre lignée d’opticiens, sis au 21, rue de l’Odéon, à Paris, fabrique des appareils d’optique avec talent. On essaye abord la lentille avec succès sur l’Arc de triomphe, puis on l’installe définitivement à Cordouan l’année suivante.

Fresnel, as de la diffraction et de la théorie ondulatoire de la lumière, meurt de la tuberculose quatre ans après, à 39 ans. Pierre Cordier murmure : « On n’a rien inventé de mieux depuis deux cents ans, et presque tous les phares du monde en sont encore équipés. » Fresnel n’a pas profité de sa gloire, mais les passeurs sont là pour lui garantir, à travers Cordouan, une forme d’éternité.

Béatrice GurreyLe Verdon-sur-Mer (Gironde), envoyée spéciale

*Les deux derniers gardiens de phare regagnent la terre ferme

Jean-Paul Eymond et Serge Andron ont rendu, la clef de Cordouan, le plus ancien phare du pays, après trente-cinq ans de bons et loyaux services. 

Le Monde avec AFPPublié le 29 juin 2012 à 20h14 – Mis à jour le 29 juin 2012 à 21h20  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2012/06/29/les-deux-derniers-gardiens-de-phare-regagnent-la-terre-ferme_1727287_3224.html

Jean-Paul Eymond, l'un des derniers gardiens du phare de Cordouan
Jean-Paul Eymond, l’un des derniers gardiens du phare de Cordouan AFP/PIERRE ANDRIEU

Jean-Paul Eymond et Serge Andron ont remis, vendredi 29 juin, la clef de Cordouan, le plus ancien phare du pays, après trente-cinq ans de bons et loyaux services. Avec leur départ à la retraite, la profession de gardien de phare d’Etat s’éteint.

La page a été tournée à 17 heures, lors d’une cérémonie dans ce phare édifié en pleine mer à partir de la fin du XVIe siècle, situé à 7 km des côtes de la Charente-Maritime et de la Gironde. « Gardien de phare, c’est un métier qui fait autant rêver que trembler », a souligné dans un discours Philippe Plisson, député PS de la Gironde.

En présence d’une cinquantaine de personnes, les deux derniers gardiens de phare de France ont remis une grosse et vieille clef à quatre employés du syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de la Gironde, désormais chargés de l’accueil des touristes pendant la haute saison et de la surveillance du site.

DE GRANDES FENÊTRES… SANS VUE SUR L’OCÉAN

Depuis trente-cinq ans, les deux hommes passaient jusqu’à quatorze jours d’affilée dans le phare de 67,5 m de hauteur, mis en service en 1611. »Je suis un peu nostalgique », reconnaît M. Andron, 61 ans, la cérémonie à peine terminée.

« Depuis un mois, je comptais les jours (…), aujourd’hui c’était le zéro, mais je n’ai pas eu le cœur de l’écrire », avoue-t-il. « Ce que j’aimais le plus c’était aller en haut, à la lanterne, observer les mouvements des bancs de sable », ajoute-t-il. « On ne quitte pas un bâtiment comme ça, sans un pincement au cœur », souffle pour sa part M. Eymond, 60 ans.

Des personnes marchent au bord de l’eau le 16 octobre 2009 près de Royan sur un îlot de sable apparu il y a plusieurs mois à l’embouchure de la Gironde, à 2,5 kilomètres du phare de Cordouan, situé à la confluence de l’Atlantique et de la Gironde. La naissance de ce grand banc intervient au moment où un projet de terminal méthanier au Verdon, du côté girondin de l’estuaire, suscite l’opposition d’associations écologistes qui veulent la préservation du plus grand estuaire d’Europe. Quelques mois à peine après son apparition, qui remonterait au printemps, des végétaux et des invertébrés ont déjà pris possession de cet immense banc de sable, mesurant de quatre hectares à marée haute à une centaine à marée basse. AFP PHOTO AFP PHOTO XAVIER LEOTY

 Après la disparition, à la fin des années 1940, de l’éclairage à la lampe à pétrole, puis l’automatisation des signaux et l’arrivée des balises de détresse, leur quotidien était ces dernières années fait de tâches de maintenance des groupes électrogènes et d’entretien du monument, assurant aussi des relevés météorologiques et de marées. Pendant leur service, les gardiens vivaient dans des chambres de 16 mètres carrés, aux grandes fenêtres sans vue sur l’océan, les zones de vie étant dans la cour.

Dans cette tour, où trois cents marches permettent d’accéder à la lanterne, ils ont traversé bien des tempêtes, y compris celle de 1999. « Quand vous voyez que tout commence à voler et que tout devient ingérable… Les paquets de mer qui commencent à frapper le phare, l’eau qui passe par les fenêtres, des bruits très lugubres… Vous priez le bon Dieu et vous attendez que cela se passe », se souvient M. Eymond.

LE PHARE SURVIVRA À LA PROFESSION

Malgré le départ des gardiens, le phare de Cordouan, le plus ancien de France, survivra à la profession. Au début des années 1980, il devait être abandonné par l’Etat et vendu, mais la mobilisation, notamment de l’association pour la sauvegarde du phare de Cordouan, a permis son maintien et sa restauration. Il reste ouvert aux visites et garde son rôle de repère pour les bateaux.

Les phares, assure le président de cette association, Jean-Marie Calbet, sont loin d’être inutiles. « Il est vrai que les bateaux peuvent se positionner avec des systèmes sophistiqués [comme le GPS], mais selon l’association internationale de signalisation maritime, l’aide visuelle est toujours nécessaire », explique-t-il. L’estuaire sera donc encore illuminé par les signaux du « roi des phares », portant à 40 km à la ronde. En cas de panne de l’éclairage, les services à terre des Phares et balises réagiront.

Les deux gardiens, eux, assurent que la mer sera toujours centrale dans leur vie. Serge Andron, issu d’une famille de marins-pêcheurs, entend bien profiter de son bateau avec ses trois petits-enfants et Jean-Paul Eymond, de sa « cabane de pêcheur »

Le Monde avec AFP

**Escapade à Cordouan, le phare des rois

Le phare de Cordouan est une imposante lanterne en pleine mer, entre Royan et Bordeaux. 

Par Claudia Courtois Publié le 30 juin 2006 à 17h32 – Mis à jour le 30 juin 2006 à 17h32  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/voyage/article/2006/06/30/escapade-a-cordouan-le-phare-des-rois_790175_3546.html

Dans le Médoc, à l’extrémité de cette large presqu’île, trois lumières font battre chaque soir le coeur de ce « bout du monde », à 100 km au nord de Bordeaux, trois phares installés sur la commune du Verdon-sur-Mer : le phare de Grave, celui de Saint-Nicolas et, surtout, le bien nommé « Versailles de la mer », le phare de Cordouan.

Planté dans l’océan Atlantique, le plus vieux phare d’Europe se dresse, majestueux et puissant, en pierre blanche de Saintonge. Il est protégé par une enceinte de plus de 8 m de haut. L’ouvrage, classé monument historique depuis 1862, reste le dernier phare français en mer gardienné.

A 8 km des côtes girondines, presque autant de celles de Royan sur la côte charento-maritime, il faut le mériter avant de l’aborder : le bateau se prend au départ de Royan ou de la pointe de Grave côté Gironde. Une petite demi-heure plus tard, une barge plate s’arrête à marée basse sur un banc de sable ou sur le peyrat, le chemin étroit en pierres où s’accrochent moules et huîtres sauvages au milieu des algues.

Là, une poterne, la seule porte d’accès du phare, s’ouvre sur huit siècles d’histoire : un premier fanal s’était dressé sur cet îlot rocheux dès le XIVe siècle. A cette époque, l’Aquitaine vivait encore à l’heure anglaise. Le roi de France, Henri III, qui avait repris ses droits sur la Guyenne, demanda à l’ingénieur Louis de Foix la reconstruction de cette tour, en ruine mais à la position maritime stratégique. L’architecte y laissa sa fortune. Comme une promesse tacite, plusieurs rois successifs – Henri IV, Louis XIII et Louis XIV – ont poursuivi ou consolidé l’ouvrage. Le « phare des rois, roi des phares » marquait déjà les esprits. Les derniers travaux de rehaussement datent de 1790, lui offrant sa silhouette actuelle. Une grande dame élégante, de style Renaissance, de 67 m de haut.

Si à l’origine le projet était utilitaire, il s’est vite transformé en oeuvre royale, avec l’appartement du roi qui, pourtant, n’a jamais abrité de tête couronnée. Juste au-dessus, la chapelle – royale elle aussi – est la seule au monde installée dans un phare. L’oratoire a conservé intact son plafond en coupole aux couleurs bleu azur et blanc, à peine terni. Impressionnant.

De part et d’autre de l’autel, entre les guirlandes sculptées de fleurs, on retrouve les écussons des Henri III et IV. Si aucun roi n’est venu s’agenouiller devant Notre-Dame de Cordouan, le prêche n’a pas déserté les lieux : depuis 1996, le curé du Verdon a initié un pèlerinage, entre juin et juillet, où une centaine de personnes se retrouvent pour une messe au phare.

L’escalier devient de plus en plus étroit au fur et à mesure que l’on se rapproche de la lanterne, 311 marches plus haut. Au cinquième étage, un imposant escalier à vis rejoint la chambre de quart recouverte d’un parquet de chêne. Un peu plus haut, le ciel et le vent claquent contre la lanterne imposante de 3,5 mètres de diamètre. Ils étourdissent les regards devant les côtes charentaises et girondines, des lignes presque imaginaires devant la grandeur des éléments. L’homme n’est plus qu’un sujet devant ce spectacle royal.


Accès : en voiture, arrivé à Bordeaux par l’autoroute A10, prendre la RN215, direction Soulac (1 h 30 de trajet). Côté Charente-Maritime, arrivé à Royan par l’A10 (sortie Niort).

Renseignements visites : pour la Gironde, La Bohème II, tél. : 05-56-09-62-93, www.vedettelaboheme.com (28 euros par adulte). Pour Royan : La Sirène (tél. : 05-46-05-30-93), Royan Croisières (tél. : 05-46-06-42-36, 30 euros). Horaires en fonction des marées.

Pour en savoir plus : Association pour la sauvegarde du phare de Cordouan : sauve.cordouan@wanadoo.fr et Musée du phare au Verdon, tél. : 05-56-09-61-29.

Hébergement et restauration : Le Cheyzin à Talais (tél. : 05-56-09-99-05, sur Internet : www.lecheyzin.com).

Claudia Courtois

Photos lors d’une visite par un temps magnifique en 2014(Dr Jean SCHEFFER)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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