« Covid-19 : est-on condamné à courir après les variants ? »
La Croix Date de publication : 6 juillet 2021
C’est ce que se demande La Croix, qui observe qu’« après Alpha, Bêta et Gamma, la forte progression du variant Delta, apparu en Inde, pourrait remettre en cause une sortie de crise à court terme. Les épidémiologistes plaident pour une meilleure coordination entre les États en matière de vaccination, à ce jour le plus solide rempart contre l’émergence de nouveaux mutants ».
Jeanne Ferney et Corentin Lesueur notent ainsi que « ce variant vient rebattre les cartes d’une pandémie que l’on commençait à croire, sinon éradiquée, au moins en voie de l’être. 50 à 60% plus contagieux que la souche originelle, il s’est implanté en quelques semaines dans au moins 85 pays selon l’OMS ».
« Et s’est fait une place de choix en Europe, y compris là où la vaccination allait bon train, comme en Grande-Bretagne et en Israël. En France, il représente désormais «près d’un tiers» des contaminations selon le ministère de la Santé, soit un bond de 75% en une semaine », relèvent les journalistes.
Ils s’interrogent : « De là à balayer les espoirs d’en finir un jour ? Pas forcément, répondent les épidémiologistes. D’abord, si l’émergence de Delta n’est pas une bonne nouvelle, elle est loin d’être une surprise »
Yves Coppieters, épidémiologiste belge, souligne ainsi que « l’apparition de variants est inéluctable à tout phénomène viral et en la matière, nous avons plutôt de la chance, car le Covid mute assez peu comparativement à d’autres virus saisonniers comme la grippe ».
« Ces mutations, qui se font au niveau de la protéine Spike, ont une influence sur la contagiosité, c’est-à-dire sur la facilité de pénétration du virus dans l’organisme, mais pour le moment, elles ne semblent pas impliquer une plus grande virulence. Les prochaines mutations pourraient même nous être favorables », précise-t-il.
Yannick Simonin, virologue au CHU de Montpellier, confirme : « Si les variants vont sans doute devenir plus contagieux, ils peuvent aussi devenir moins virulents et même bénins. Cela s’est vu par le passé. L’“intérêt” d’un virus, c’est de se propager le plus possible, pas forcément de tuer ».
Jeanne Ferney et Corentin Lesueur ajoutent que « si toutefois un « scénario noir » se profilait – celui d’un virus plus résistant à la vaccination », « nous ne serons pas démunis car avec les ARN, on pourra générer de nouveaux vaccins. Pour le moment, nous avons la chance d’avoir des vaccins qui, bien qu’ayant été pensés pour lutter contre la version initiale du virus, demeurent efficaces contre ces variants », souligne Yannick Simonin.
Les journalistes poursuivent : « Comment éviter alors que l’histoire se répète indéfiniment ? La réponse des médecins est unanime et tient en deux mots : la vaccination ».
Marie-Laure Chaix, médecin biologiste à l’hôpital Saint-Louis (Paris), indique qu’« il faudrait une couverture vaccinale de 90% de la population pour empêcher drastiquement l’émergence de variants,. Tant que le virus circulera activement, on observera une sélection de mutants potentiellement plus transmissibles voire plus pathogènes ».
Anne-Claude Crémieux, professeure de maladie infectieuse, déclare pour sa part qu’« on peut espérer réduire au maximum la circulation du virus sur notre territoire par un bouclier vaccinal suffisant, mais on n’est pas capable à ce jour d’en connaître le niveau. Dans tous les cas, si on veut éviter à terme des scénarios dangereux, avec des variants contagieux et résistants, c’est au niveau mondial que cela se joue ».
Yves Coppieters souligne toutefois que l’OMS « reste peu opérationnelle sur le terrain. Si elle jouait son rôle, elle donnerait de grandes directives sur le dépistage, le traçage et l’isolement, afin d’harmoniser les politiques nationales et de coordonner la surveillance aux frontières. Au lieu de quoi chacun fait les choses à sa manière et de nombreux pays restent dans une logique de compétition ».