Malgré le variant Delta, le gouvernement Johnson veut lever l’essentiel des restrictions sanitaires en Angleterre
Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a confirmé, lundi 5 juillet, que les restrictions encore en vigueur seront levées le 19 juillet, et ce malgré l’augmentation du nombre de contaminations au SARS-CoV-2.
Par Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)Publié aujourd’hui à 21h07, mis à jour à 21h26
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Le variant Delta ? Même pas peur… Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a confirmé, lundi 5 juillet, qu’au 19 juillet, toutes les restrictions légales encore en vigueur en Angleterre devraient être levées (l’Ecosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles suivent leur propre stratégie sanitaire). Introduit à l’été 2020, le port du masque ne sera plus obligatoire dans les transports en commun ou les magasins. La règle d’une distanciation sociale d’au moins un mètre disparaîtra : restaurants, bars, théâtres, cinéma pourront rouvrir grandes leurs portes à leur jauge maximale.
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Les discothèques pourront accueillir à nouveau des clients, et les grands rassemblements sont réautorisés. Et tant pis si 27 334 cas positifs au coronavirus – désormais à plus de 90 % des cas de variant Delta – ont encore été enregistrés sur les dernières vingt-quatre heures dans le pays, soit une hausse de 53,2 % sur sept jours. « Nous aurons peut-être 50 000 cas quotidiens au 19 juillet, les hospitalisations vont augmenter et nous devons nous faire à l’idée qu’il y aura aussi malheureusement plus de morts », a admis M. Johnson, lors d’une conférence de presse depuis Downing Street. « Mais au 19 juillet, tous les adultes se seront vu offrir une première dose de vaccin, et les deux tiers auront eu leurs deux doses », a ajouté le premier ministre, précisant quand même que le « Freedom Day » ne sera définitivement confirmé que le 12 juillet.
« Les hospitalisations restent faibles »
« Grâce aux vaccins, le lien entre infections, hospitalisations et décès a été affaibli, sans être totalement brisé », a précisé Patrick Vallance, conseiller scientifique en chef de Downing Street, pour justifier la décision du gouvernement de « vivre avec le virus ». « Chacun va désormais pouvoir exercer son propre jugement à propos du port du masque », a ajouté le premier ministre, précisant que pour sa part « [il] le portera encore dans des intérieurs pleins de gens ». L’obligation de s’isoler en cas de test sera tout de même maintenue, ainsi que la liste rouge des destinations pour lesquelles les voyageurs, à leur retour, devront s’isoler dix jours dans des « hôtels quarantaine ».
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Le Royaume-Uni vit pourtant une troisième vague pandémique : « une personne sur 210 a le coronavirus en ce moment en Angleterre », a reconnu Patrick Vallance, précisant que « les hospitalisations augmentent mais restent faibles », avec des vaccins efficaces à au moins 90 % pour éviter les hospitalisations et les décès (même dans le cas du vaccin d’Oxford-AstraZeneca). Certes, mais qu’en est-il des risques de Covid long, des personnes toujours pas totalement vaccinées, alors que la résistance aux vaccins persiste notamment sur Londres (dans l’arrondissement du Brent, par exemple, à peine 40 % des adultes sont complètement protégés) ?
Et combien de décès quotidiens le gouvernement est-il prêt à assumer ? M. Johnson a esquivé la question, préférant expliquer que « si nous n’avançons pas maintenant, durant la trêve estivale, alors quand est-ce que nous avancerons ? Le virus reprend l’avantage quand la fraîcheur revient ». Prudent, le conseiller médical en chef du gouvernement, Chris Whitty, a ajouté que « les modélisations [dont dispose le gouvernement] suggèrent que les admissions à l’hôpital [dues à la troisième vague] vont plafonner avant les niveaux observés en janvier [lors de la deuxième vague] ». En gros, la nouvelle vague infectieuse serait absorbable par l’hôpital public britannique (le NHS) sans restrictions sanitaires.
« Nous devons rester prudents »
Ces annonces ne déclenchaient pas, lundi, l’enthousiasme : selon un sondage publié par l’institut YouGov, 71 % des Britanniques interrogés estiment que les masques devraient rester obligatoires dans les transports publics. Le choix du gouvernement « ne devrait pas être binaire, mais des restrictions raisonnables devraient être maintenues », affirme le docteur Chaand Nagpaul, président de la respectée British Medical Association. Susan Michie, directrice du Center for Behaviour Change à l’University College London et membre d’un sous-comité du SAGE, le conseil scientifique de Downing Street, a tweeté qu’« autoriser la hausse des transmissions dans les communautés revient à fabriquer à grande vitesse des usines à variants ».
Les gouvernements écossais et gallois ont quant à eux déjà fait savoir qu’ils ne montreraient plus prudents. Le port du masque devrait perdurer en Ecosse au-delà du « Freedom Day », prévu le 9 août. « Au Pays de Galles, comme toujours, nous suivrons les données scientifiques plutôt que la politique », a taclé Eluned Morgan, la ministre de la santé galloise. Les compagnies aériennes Ryanair et Easyjet ont également réagi, annonçant que le port du masque sera toujours obligatoire sur leurs vols.
Boris Johnson s’est, en tout cas, bien gardé de promettre, comme il l’avait fait durant tout le printemps, que la levée des restrictions serait « irréversible ». « Cette pandémie est très loin d’être terminée, nous devons rester prudents », a t-il admis, tandis que M. Whitty prédisait déjà un « hiver probablement délicat », « très difficile pour le NHS, à cause du Covid et des autres maladies respiratoires ».

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