Le Royaume uni décidé à vivre avec le virus (plus de 20 000 cas de variant Delta en 24h), misant tout sur la vaccination – De nouvelles mesures au Portugal et en Espagne concernant les touristes britanniques.

Le Royaume-Uni affronte une troisième vague de Covid-19 due au variant Delta

Malgré la plus grande transmissibilité de ce variant, les vaccins restent efficaces pour éviter les hospitalisations, et le pays maintient la levée totale des restrictions le 19 juillet. 

Par Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante

)Publié le 29 juin 2021 à 19h47 – Mis à jour le 30 juin 2021 à 11h47 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/29/le-royaume-uni-affronte-une-troisieme-vague-epidemique-due-au-variant-delta_6086260_3244.html

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Le ministre britannique de la santé, Sajid Javid, fait le point sur le Covid-19 à la Chambre des communes, à Londres, le 28 juin 2021.
Le ministre britannique de la santé, Sajid Javid, fait le point sur le Covid-19 à la Chambre des communes, à Londres, le 28 juin 2021. JESSICA TAYLOR / AFP

Bienvenue à « Delta Land » : après avoir été l’incubateur du variant « anglais » (rebaptisé Alpha), à l’automne 2020, le Royaume-Uni est désormais le pays européen enregistrant le plus grand nombre de contaminations par le variant Delta (identifié en Inde). Ce dernier est largement dominant : entre le 7 et le 21 juin, selon le dernier rapport de Public Health England (l’agence de santé anglaise), le variant Delta est apparu dans 95 % des cas séquencés du virus. Plus personne ne conteste qu’il est à l’origine d’une troisième vague épidémique : lundi 28 juin, 22 868 cas positifs avaient été enregistrés sur les dernières vingt-quatre heures sur l’ensemble du Royaume-Uni et, mardi 29 juin, à nouveau 20 479 cas, soit une hausse de 72,8 % sur les sept derniers jours.

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Pour autant, Sajid Javid, le nouveau ministre de la santé britannique, a été clair lundi : pas question de reporter à nouveau le « Freedom Day », désormais fixé au 19 juillet. A cette date, les dernières restrictions en place en Angleterre (port du masque, fermeture des boîtes de nuit, etc.) devraient enfin être levées « de manière irréversible ». Le « jour de la liberté » était initialement prévu le 21 juin mais le premier ministre, Boris Johnson, a préféré le décaler d’un mois au vu de la flambée épidémique. « Il va falloir apprendre à vivre avec le virus, nous ne pouvons pas l’éliminer », a justifié l’ex-chancelier de l’échiquier de M. Johnson.

Il est vrai que les données cliniques qui s’accumulent montrent que les vaccins ont considérablement diminué le nombre des hospitalisations et des décès liés au coronavirus, alors que presque 62 % des adultes britanniques sont désormais totalement vaccinés. Mardi, 23 morts ont été décomptés sur les dernières vingt-quatre heures, soit 118 sur une semaine. Les hospitalisations progressent, mais bien moins vite que durant la deuxième vague, avec 1 604 admissions sur les sept derniers jours, en hausse de seulement 10,7 % par rapport à la semaine précédente. Même si les experts sont convaincus de la plus grande transmissibilité du variant Delta (environ 60 % supérieure à celle du variant Alpha), ils constatent aussi que les vaccins restent très efficaces – du moins pour éviter les hospitalisations.

Les vaccins ont sauvé la vie de 27 000 personnes

Certes, les cas d’infection chez les personnes ayant eu leurs deux doses de vaccin n’ont pas disparu : Andrew Marr, journaliste vedette de la BBC, a raconté à l’antenne, dimanche 27 juin, avoir attrapé le variant Delta « probablement au G7 en Cornouailles » et avoir été sérieusement malade, malgré deux doses de Pfizer-BioNtech. « Je n’agissais pas inconsciemment mais je me sentais invulnérable. »Cinquante décès de personnes doublement vaccinées, toutes âgées de plus de 50 ans, ont également été rapportés.

Mais, selon des documents du SAGE (le conseil scientifique du gouvernement) du 9 juin, si deux doses du vaccin Oxford AstraZeneca ne sont efficaces qu’entre 55 % et 71 % pour prévenir les infections au variant Delta (contre entre 73 % et 85 % pour les vaccins Pfizer et Moderna), cette efficacité monte jusqu’à 90 % pour prévenir les hospitalisations et 96 % pour éviter les décès (environ les deux tiers des Britanniques ont été vaccinés avec l’AstraZeneca, le tiers restant avec le Pfizer-BioNTech). Les vaccins ont sauvé la vie de 27 000 personnes en Angleterre, selon une étude conjointe de Public Health England et de l’université de Cambridge, parue le 28 juin – plus de 128 000 personnes sont mortes du coronavirus dans le pays.A

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Depuis la résurgence de l’épidémie, courant mai, le gouvernement Johnson a opté pour la vaccination à marche forcée plutôt que la réinstauration de restrictions sociales. Adoptée début 2021, en pleine deuxième vague, la période de douze semaines entre l’administration de la première et de la deuxième dose a été abandonnée : elle est passée à huit semaines, voire nettement moins dans certains centres vaccinaux. A Londres, on peut se faire administrer la deuxième dose vingt et un jours après la première au Science Museum ou à l’Emirates Stadium, transformés en vaccinodromes. Le pays « est dans une très bonne situation » pour abandonner les dernières restrictions en place, jugeait, lundi, le professeur Andrew Pollard, un des concepteurs du vaccin Oxford-AstraZeneca au micro de la BBC Radio 4. Il a même jugé qu’« il n’y a pas besoin d’une troisième injection cette année car les vaccins actuels fonctionnent vraiment bien ». 

Les dangers du « vivre avec le virus »

Tandis que les supporteurs se pressent désormais par milliers au stade de Wembley (nord- ouest de Londres) pour l’Euro 2021 dans une ambiance quasi postpandémique (60 000 spectateurs y sont attendus pour les demi-finales et la finale), le gouvernement Johnson est également pressé de lever la règle obligeant les écoliers à s’isoler systématiquement quand un cas est détecté dans leur « bulle » (leur classe ou leur tranche d’âge à l’école).

Au 24 juin, 5 % des écoliers anglais étaient absents de leur établissement en raison de cette règle, selon le ministère de l’éducation. L’autorité vaccinale britannique n’a toujours pas statué sur la vaccination des moins de 18 ans, et le Royaume-Uni, qui a commencé sa campagne vaccinale avec une bonne longueur d’avance sur le reste des pays européens, accuse désormais du retard en la matière.

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Si l’ambiance est globalement à l’optimisme, certaines voix alertent sur les dangers d’une politique du « vivre avec le virus » trop imprudente, selon elles, et qui devrait davantage tenir compte des Covid longs. « De 20 % à 30 % des personnes infectées ont un risque de se retrouver avec un Covid long, dont 15 % avec des conséquences affectant sérieusement leur vie quotidienne », insiste ainsi sur Twitter Christina Pagel, spécialiste des modélisations pandémiques à l’University College London.

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Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)

Covid-19 : l’Espagne et le Portugal durcissent les conditions d’entrée des Britanniques sur leur territoire

L’ouverture de la péninsule Ibérique, destinée à relancer le secteur touristique, est remise en cause par la circulation du variant Delta. 

Par Sandrine Morel(Madrid, correspondante)Publié le 29 juin 2021 à 18h49 – Mis à jour le 30 juin 2021 à 11h50

 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/29/covid-19-l-espagne-et-le-portugal-durcissent-les-conditions-d-entree-des-britanniques-sur-leur-territoire_6086253_3244.html

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Des touristes profitent d’une journée à la plage de Magaluf, à Calvia, sur l’île baléare de Majorque, le 28 juin 2021.
Des touristes profitent d’une journée à la plage de Magaluf, à Calvia, sur l’île baléare de Majorque, le 28 juin 2021. JAIME REINA / AFP

L’avancée de la circulation du variant Delta, dit « indien », dans la péninsule Ibérique inquiète les autorités portugaises et espagnoles. Jusque-là réticentes à imposer des restrictions sévères aux voyageurs britanniques, qui représentent près d’un quart des touristes internationaux dans ces deux pays, elles ont finalement annoncé coup sur coup, dimanche 27 et lundi 28 juin, de nouvelles mesures visant à durcir les contrôles.

Le 27 juin, Lisbonne a ainsi imposé, en plus du test PCR négatif de moins de soixante-douze heures obligatoire déjà en vigueur, que les touristes non vaccinés en provenance du Royaume-Uni observent quatorze jours de quarantaine. Alors que le variant Delta ne représentait que 4 % des nouveaux cas en mai, il serait à l’origine de 55 % de ceux-ci en juin, selon l’Institut national de santé publique Docteur-Ricardo-Jorge (INSA).

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Sa répartition est encore très hétérogène – de 3 % dans l’archipel des Açores à 94 % dans la région de l’Alentejo. Cependant, l’INSA s’attend à ce qu’il devienne« dominant sur tout le territoire dans les prochaines semaines ». Pour le médecin et membre du comité de suivi de la pandémie Artur Paiva, l’immunité de groupe ne serait de ce fait finalement atteinte qu’avec un taux de vaccination de près de 85 %. « Pour la deuxième fois, nous avons peut-être réagi trop lentement face à l’apparition d’un nouveau variant, en décembre [2020], l’Alpha, et maintenant le Delta », a-t-il regretté, mardi.

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Sévèrement confinés entre janvier et avril, les Portugais avaient ensuite entamé un déconfinement très progressif. Le 17 mai, le Portugal, classé « vert » – c’est-à-dire destination sûre – par le Royaume-Uni était devenu le seul pays de l’Union européenne (UE) à accueillir des touristes britanniques. Trois semaines plus tard, le 3 juin, le pays avait été reclassé en orange par Londres, ce qui a provoqué le départ précipité de centaines de visiteurs désireux d’éviter la quarantaine de dix jours à leur retour.

Avec un taux d’incidence remonté à 124 cas pour 100 000 habitants sur quatorze jours, le gouvernement du socialiste Antonio Costa a décidé de fermer la zone métropolitaine de Lisbonne, abritant 30 % de la population portugaise, durant les week-ends.

Plus de 5 000 personnes en quarantaine

En Espagne, où le taux d’incidence commence tout juste à repartir légèrement à la hausse après deux mois de baisse ininterrompue, le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, est revenu sur la décision, prise le 24 mai, de laisser les Britanniques, alors forts d’un taux d’incidence très bas, entrer sur le territoire sans tests ni vaccins. A partir du 30 juin, ils devront, comme les autres Européens, présenter un test PCR négatif de moins de soixante-douze heures ou être à jour dans leur vaccination.

« L’évolution du taux d’incidence au Royaume-Uni, très au-dessus de 150 cas pour 100 000 habitants, est négative. Par conséquent, nous devons tous prendre des précautions additionnelles », a expliqué le chef de l’exécutif socialiste, lundi. Les tour-opérateurs et les touristes ont trois jours pour s’adapter.

L’ouverture de l’Espagne aux voyageurs britanniques, destinée à réactiver le tourisme, n’avait pas provoqué jusque-là de mouvements importants, puisque le pays restait considéré à risque par le gouvernement de Boris Johnson, qui imposait à ses résidents une quarantaine à leur retour. Cependant, la décision de Londres de classer les îles Baléares en vert à partir du 30 juin, ouvrant la voie à une arrivée massive de Britanniques sur l’archipel espagnol, associée aux propos de la chancelière allemande, Angela Merkel, demandant une « approche plus coordonnée » des pays de l’UE, « en particulier pour les entrées en provenance des régions où les variants sévissent le plus », ont eu raison des réserves espagnoles.

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Alors qu’un immense cluster, lié à des voyages de fin d’études à Majorque – avec au programme un concert géant, des croisières très arrosées et des fêtes dans des hôtels et sur la plage –, a provoqué plus d’un millier de contaminations et la mise en quarantaine de plus de 5 000 personnes sur tout le territoire espagnol, M. Sanchez s’est voulu rassurant. Il a rappelé que le profil des nouveaux cas est celui de « jeunes, asymptomatiques, non vaccinés, qui n’ont pas besoin d’hospitalisation » et que les « taux d’incidence et d’occupation hospitalière sont les plus bas depuis août 2020 ».

Si la plupart des cas semblent être dus au variant britannique Alpha, plusieurs ont été associés au variant Delta, au Pays basque espagnol et dans la région de Valence. Selon les ministères régionaux de la santé, ce dernier représenterait 10 % des nouveaux cas à Madrid, 24 % aux Baléares et 32 % en Catalogne.

Sandrine Morel(Madrid, correspondante)

Publié le 30/06/2021

Une nouvelle vague sans hausse de la mortalité Outre-Manche

Londres, le mercredi 30 juin 2021

https://www.jim.fr/medecin/debats/e-docs/une_nouvelle_vague_sans_hausse_de_la_mortalite_outre_manche_188272/document_actu_pro.phtml

– Entre volonté de retrouver une vie normale et crainte suscitée par la hausse des contaminations, le Royaume-Uni ne sait plus sur quel pied danser face à l’épidémie de Covid-19.
A première vue, tout semble aller pour le mieux au Royaume-Uni. Après 15 mois de restrictions en tout genre, les Britanniques ont retrouvé presque toutes leurs libertés et les pubs, les restaurants et les lieux cultures sont de nouveaux ouverts. Le nombre de morts liés à la Covid-19 est très limité (entre 10 et 20 par jour), bien loin de l’hécatombe du mois de janvier. Ce bilan satisfaisant est sans doute lié au fait que le Royaume-Uni présente l’une des couvertures vaccinales contre la Covid-19 la plus élevé au monde, avec 65,5 % des habitants ayant reçu au moins une dose et 48 % les deux doses. Et pour couronner le tout, l’Angleterre est enfin parvenue à battre l’Allemagne dans une compétition de football ce mardi, provoquant la joie de millions de supporters.

Les contaminations en forte hausse

Malheureusement, le variant delta (ou indien) est venu assombrir le tableau ces dernières semaines. Cette nouvelle mutation du virus, 60 % plus contagieuse que le variant alpha (ou britannique) a provoqué une forte hausse des contaminations quotidiennes, qui ont été multipliés par dix en six semaines. On compte désormais 20 000 cas par jour dans le pays, soit autant qu’au début du mois de février. Si la reprise de l’épidémie n’a (pour l’instant) pas provoqué d’aggravation de la mortalité, les hospitalisations en revanche sont en légère hausse. Le NHS a déjà prévenu que si la tendance se confirmait, les hôpitaux britanniques pourraient connaitre une situation de tension au début du mois d’août. 

Le Premier Ministre Boris Johnson et son gouvernement conservateur, qui avaient presque annoncé la victoire définitive sur le virus, se retrouvent pris au dépourvu face à cette situation imprévue. Le chef du gouvernement a déjà du prendre des mesures, en reportant la fin des dernières restrictions sanitaires en Angleterre (prévu initialement pour le 21 juin) au 19 juillet prochain et en rendant la vaccination obligatoire pour le personnel des maisons de retraite.

Vers l’abandon du pass sanitaire

Pas question cependant d’opérer un changement drastique de cap et de renforcer les restrictions. Interrogé ce mardi sur la BBC, Boris Johnson a affirmé qu’il s’en tenait à son plan d’une levée des restrictions « prudente mais irréversible ». « Je suis confiant sur le fait que le 19 juillet sera le terminus et que nous pourrons revenir à la vie d’avant la Covid » a-t-il affirmé. Ce mercredi matin, les journaux britanniques confirmaient une rumeur persistante depuis plusieurs semaines selon laquelle les autorités abandonneraient la mise en place d’un pass sanitaire pour l’entrée dans les stades et la participation à des réunions de masse. Ce pass avait déjà été abandonné pour les bars et les restaurants à la suite des protestations des professionnels du secteur.
Boris Johnson, qui a souvent changé de position sur l’attitude à adopter face à l’épidémie, subit notamment la pression de l’aile droite du parti conservateur, qui souhaite la levée rapide des restrictions. Un optimisme qui s’appuie notamment sur l’apparente efficacité des vaccins contre le variant delta (selon les épidémiologistes britanniques, les vaccins seraient efficaces à 90 % contre le variant delta). Ainsi, alors que la hausse du nombre de contaminations est similaire à celle que le pays a connu à l’automne dernier, la hausse des hospitalisations est six fois moins importante.

Quentin Haroche

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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