Innovation dans la santé : un plan à 7 milliards d’euros pour rattraper vingt ans de retards
Emmanuel Macron mise sur le renforcement des synergies entre chercheurs, cliniciens et entrepreneurs pour « faire de la France la première nation innovante en santé en Europe à l’horizon 2030 ».
Par Zeliha ChaffinPublié le 30 juin 2021 à 11h30 – Mis à jour le 30 juin 2021 à 11h41
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Investissements massifs dans la recherche, simplification des procédures administratives et accélération des synergies entre acteurs publics et privés du monde de la santé… Face aux industriels pharmaceutiques et aux institutions de recherche réunis à l’Elysée, mardi 29 juin, dans le cadre du Conseil stratégique des industries de santé, Emmanuel Macron a dévoilé sa feuille de route pour « faire de la France la première nation innovante en santé en Europe à l’horizon 2030 ».
Au lendemain du sommet Choose France, la grand-messe annuelle destinée à vanter l’attractivité du pays auprès des grands patrons de multinationales, le message est clair : l’Hexagone est en ordre de bataille pour reconquérir le terrain perdu dans le domaine de la santé depuis deux décennies.
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Et pour redonner du lustre à la nation de Pasteur, « pleine de promesses », mais qui « n’a pas été celle qui a découvert le vaccin [contre le Covid-19] en premier », le président de la République entend mobiliser une généreuse enveloppe. Au total, l’Etat investira plus de 7 milliards d’euros de fonds publics au cours des cinq prochaines années dans son plan Innovation Santé 2030.
Anticiper les prochaines menace épidémiques
Une importante partie de ces crédits – environ 2,2 milliards d’euros – sera notamment allouée à l’investissement dans des filières et technologies émergentes « à forts enjeux pour la compétitivité et la souveraineté nationale ». Le chef de l’Etat a ainsi fixé trois défis prioritaires. Celui, d’abord, des biothérapies et de la bioproduction – ces technologies innovantes dont font notamment partie les vaccins à ARN messager, les anticorps monoclonaux ou encore les thérapies géniques –, pour lesquelles 800 millions d’euros de fonds publics, abondés par 2 milliards d’euros des acteurs privés, seront injectés, avec l’objectif, d’ici cinq ans, de produire sur le territoire national au moins cinq nouveaux biomédicaments et de doubler le nombre d’emplois dans le secteur.
Autre axe prioritaire : la santé numérique, à laquelle seront consacrés 650 millions d’euros, complétés par 1,5 milliard d’euros de fonds privés. Enfin, conséquence de la pandémie de Covid-19, 750 millions d’euros seront réservés à la recherche sur les maladies infectieuses, afin d’anticiper les prochaines menaces épidémiques, et d’« avoir sur les étagères les vaccins prêts » en cas de nouvelle crise sanitaire, souligne Emmanuel Macron.
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Pour favoriser l’innovation sur le territoire, le chef de l’Etat mise également sur le renforcement des synergies entre chercheurs, cliniciens et entrepreneurs. 600 millions d’euros seront destinés à la création de « clusters » regroupant sur un même site tout l’écosystème des acteurs sur une thématique, afin de faire « émerger quelques Boston français », notamment en oncologie.
« Mettre fin à l’empilement des procédures »
Autre initiative : un programme, lancé dès cet automne, pour inciter des « superstars » françaises et étrangères de la recherche à s’installer en France, avec à la clé de 3 à 5 millions d’euros chacun pour la création de leur laboratoire. Enfin, 2 milliards d’euros seront mobilisés à travers la Banque publique d’investissement pour soutenir les start-up et PME de la santé.
Pour faciliter la mise en place de toutes ces mesures, Emmanuel Macron veut s’attaquer à la « folie » bureaucratique et « mettre fin à l’empilement des procédures », qui ralentissent l’accès des innovations au marché tricolore, notamment en rationalisant les délais d’instruction des dossiers d’autorisation d’essais cliniques et de médicaments.
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Dans le même esprit, une agence d’innovation en santé – qui devrait voir le jour en 2022 – sera créée pour servir de guichet unique aux acteurs du secteur, trop souvent perdus face à la multiplicité des agences publiques. Elle aura également la lourde tâche de chapeauter la bonne exécution de l’ensemble du plan Innovation Santé.