Covid-19 : le risque d’une quatrième vague en France à l’automne
La part de la population immunisée risque d’être insuffisante pour mettre un coup d’arrêt à la circulation, selon une étude publiée sur le site de l’Institut Pasteur.
Par Chloé HecketsweilerPublié le 30 juin 2021 à 04h01 – Mis à jour le 30 juin 2021 à 16h31
Temps de Lecture 4 min.

A quoi faut-il s’attendre pour la rentrée sur le front épidémique ? Dans une étude mise en ligne mardi 29 juin sur le site de l’Institut Pasteur* plusieurs scénarios sont esquissés selon le niveau de couverture vaccinale atteint d’ici à l’automne, et le niveau de circulation du virus. Pour les auteurs, si nous entrons dans « une nouvelle ère » avec la vaccination, la population immunisée risque d’être insuffisante pour mettre un coup d’arrêt à cette circulation.
Tel un mirage qui ne cesse de reculer à mesure que l’on s’en approche, le retour à « la vie d’avant » risque d’être compromis par l’arrivée de variants plus contagieux, et par l’hésitation d’une partie de la population à se faire vacciner.Vaccination Covid-19 : suivez la progression de la campagne
Selon les calculs des auteurs, la France pourrait être confrontée, dans un « scénario du pire », à une quatrième vague avec un pic à 2 500 hospitalisations quotidiennes comparable à celui de l’automne 2020. Ce scénario prend pour hypothèse une couverture vaccinale de 30 % chez les 12-17 ans, de 70 % chez les 18-59 ans et de 90 % chez les plus de 60 ans, et une levée totale des mesures de freinage. Les plus de 60 ans non vaccinés – soit 3 % de la population générale – seraient, sans surprise, les plus touchés avec 35 % des hospitalisations. Les moins de 18 ans non vaccinés (22 % de la population générale) seraient, eux, le premier moteur de l’épidémie, avec 50 % des contaminations.
« L’idée n’est pas de dire “cela va être terrible dans les hôpitaux”, mais de mettre un certain nombre de questions sur la table. Dans une population en partie vaccinée, qui sera infecté, qui va transmettre le virus, qui va être hospitalisé ?, explique le modélisateur Simon Cauchemez, membre du conseil scientifique. Il n’y a pas de surprise dans les réponses, mais cette illustration quantitative aide à se projeter. »
« Questions éthiques »
Dans un second scénario, les modélisateurs montrent que des mesures bien moins contraignantes qu’un confinement ou un couvre-feu – des tests systématiques par exemple – suffiraient à limiter le rebond épidémique. Elles pourraient s’appliquer de façon indifférenciée ou ciblée, mais « on n’a pas beaucoup à gagner à imposer des mesures de contrôle aux personnes vaccinées,estime Simon Cauchemez, graphiques à l’appui. Par conséquent, pour les adultes, il peut y avoir un choix : soit je me fais vacciner, soit j’accepte des contraintes, mais cela soulève des questions éthiques, car tout le monde n’est pas égal devant la vaccination », précise le scientifique.
La question des enfants apparaît aussi épineuse. « S’il y a un rebond épidémique cet automne, des mesures de contrôle dans les écoles, les collèges et les lycées pourraient être nécessaires pour réduire le risque de tensions hospitalières », mettent en garde les auteurs. Vacciner les enfants n’aurait dans ce cas pas pour objectif de les protéger du virus mais de leur épargner les mesures prises pour le contrôler : port du masque, cours en demi-effectif, fermeture de classes, etc.
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Les différents scénarios ne prennent pas spécifiquement en compte les caractéristiques du variant Delta (« indien »), bien plus contagieux que le variant Alpha (« britannique »). Selon les données publiées par Santé publique France le 28 juin, le premier représenterait déjà près de 20 % des cas en France **(ce chiffre correspond au pourcentage de tests PCR positifs pour la mutation L452R). Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies estime qu’il représentera 90 % des cas de Covid-19 fin août en Europe.
Les conséquences de sa diffusion restent cependant difficiles à apprécier. Les scénarios sont déclinés avec des taux de reproduction (le « R » dans le jargon) de 3 (le « R » du virus historique), 4 (le « R » du variant britannique) ou 5, ce qui signifie qu’en l’absence de mesures de contrôle chaque individu infecté contamine trois, quatre ou cinq personnes.
« Le taux de vaccination ne monte pas assez vite »
Mais cette transmissibilité est assez théorique. « On n’a encore jamais mesuré ces taux dans un contexte de relâchement total, note Simon Cauchemez. Il y a une grande incertitude autour du R. Il est possible que les différences entre variants soient moins importantes qu’estimé », ajoute-t-il, en précisant que les scénarios « catastrophistes », avec des R plus élevés, ne sont pas présentés dans l’étude.
Pour éviter une quatrième vague à l’automne, l’exécutif s’est fixé comme objectif 40 millions (dont 75 % des adultes) de premières doses injectées pour la fin août, dont 35 millions de Français (dont 66 % des adultes) complètement vaccinés. « On continue de progresser sur les plus âgés même si on est entré dans la phase du dernier kilomètre », a observé, mardi, le ministère de la santé, en citant des taux de première injection de 83 % pour les plus de 70 ans, de 80 % pour les plus de 60 ans et de 76 % pour les plus de 50 ans.
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« Le taux de vaccination monte encore mais pas suffisamment vite », a souligné, mardi, le ministre de la santé, Olivier Véran, sur Franceinfo, confiant dans l’octroi, d’ici quelques jours, d’un avis favorable de la Commission nationale de l’informatique et des libertés pour communiquer aux médecins la liste de leurs patients vaccinés de manière à pouvoir les « mobiliser ».
Il a aussi évoqué la forte possibilité de rendre obligatoire la vaccination des soignants. Olivier Véran dit avoir écrit aux directeurs des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes où, selon le ministère, « les professionnels sont 57 % à avoir reçu une première dose » et seulement 44 % à être protégés complètement.
*EPIDÉMIOLOGIE DE SARS-COV-2 DANS UNE POPULATION PARTIELLEMENT VACCINÉE ET IMPLICATIONS POUR LE CONTRÔLE D’UN REBOND AUTOMNAL
Dernière mise à jour le 29 juin 2021
Nous avons étudié comment la vaccination partielle de la population française devrait changer l’épidémiologie du SARS-CoV-2 et en avons déduit les implications pour le contrôle d’un possible rebond épidémique cet automne.
Scénarios avec ou sans mesures de contrôle :
Pour des hypothèses plausibles concernant le nombre de reproduction de base R0 du variant dominant et la couverture vaccinale cet automne, un pic d’hospitalisations important est possible en l’absence de toute mesure de contrôle de l’épidémie. Par exemple, dans notre scénario de référence caractérisé par un nombre de reproduction de base R0=4 et une couverture vaccinale de 30% chez les 12-17 ans, 70% chez les 18-59 ans et 90% chez plus de 60 ans, un pic d’hospitalisations similaire au pic de l’automne 2020 pourrait être observé en l’absence de mesures de contrôle. Un certain niveau de contrôle de l’épidémie pourrait donc être nécessaire cet automne. Nous avons donc exploré des scénarios où des mesures de contrôle sont mises en œuvre, comme le dépistage répété ou l’utilisation de mesures non-pharmaceutiques (distanciation physique, gestes barrières, port du masque). Ces mesures peuvent cibler l’ensemble de la population ou des sous-groupes d’individus.
Épidémiologie de SARS-CoV-2 dans une population partiellement vaccinée :
L’épidémiologie de SARS-CoV-2 devrait fortement changer par rapport à ce qu’elle était avant la campagne de vaccination. Par exemple, si la couverture vaccinale est de 30%-70%-90% chez les 12-17, 18-59 et plus de 60 ans, on s’attend à ce que :
- Les adultes non-vaccinés contribuent de façon importante à la pression sur l’hôpital. Dans notre scénario de référence, les personnes non-vaccinées de plus de 60 ans représentent 3% de la population mais 35% des hospitalisations.
- Les personnes non-vaccinées contribuent à la transmission de façon disproportionnée : une personne non-vaccinée a 12 fois plus de risque de transmettre le SARS-CoV-2 qu’une personne vaccinée.
- Du fait d’une couverture vaccinale faible, les enfants et adolescents représentent à peu près la moitié des infections alors qu’ils couvrent seulement 22% de la population. Par ailleurs, ils sont à l’origine d’à peu près la moitié des transmissions.
Implications pour le contrôle de l’épidémie :
Comprendre l’épidémiologie de SARS-CoV-2 dans une population partiellement vaccinée est important pour déterminer les stratégies de contrôle de l’épidémie les plus adaptées :
- Il est important que les plus fragiles aient une couverture vaccinale aussi haute que possible.
- Les mesures non-pharmaceutiques ont un impact similaire si elles sont appliquées à l’ensemble de la population ou aux personnes non-vaccinées uniquement. Le fait que les personnes vaccinées adhèrent à ces mesures présente peu de bénéfices supplémentaires. Cela suggère que, dans une population partiellement vaccinée, des mesures de contrôle qui ne seraient appliquées qu’aux personnes non-vaccinées pourraient maximiser le contrôle de l’épidémie tout en minimisant l’impact sociétal. Cela soulève néanmoins des questions sociales et éthiques importantes qui doivent être discutées.
- Parmi toutes les mesures étudiées, la vaccination des non-vaccinés est l’approche la plus efficace pour contrôler l’épidémie.
- La situation des enfants et adolescents doit être considérée avec particulièrement d’attention. S’il y a un rebond épidémique cet automne, des mesures de contrôle dans les écoles, les collèges et les lycées pourraient être nécessaires pour réduire le risque de tensions hospitalières. Du fait d’une couverture vaccinale faible, les enfants et adolescents pourraient donc vivre leur scolarité avec des protocoles sanitaires plus stricts que ceux appliqués aux adultes vaccinés. La vaccination des enfants et adolescents devrait leur permettre un retour à une vie normale. Il est important de développer des protocoles efficaces de contrôle de la circulation virale dans les écoles permettant de limiter autant que possible les fermetures de classe.
- Du fait de la vaccination, l’effort nécessaire pour contrôler un rebond épidémique devrait être nettement moindre que pendant la période pré-vaccinale.
Pour en savoir plus :
- Paolo Bosetti, Cécile Tran Kiem, Alessio Andronico, Vittoria Colizza, Yazdan Yazdanpanah, Arnaud Fontanet, Daniel Benamouzig, Simon Cauchemez Epidemiology and control of SARS-CoV-2 epidemics in partially vaccinated populations: a modeling study applied to France, HAL Pasteur (2021)https://hal-pasteur.archives-ouvertes.fr/pasteur-03272638
**Covid-19 : le variant Delta progresse en France avec « 20 % des nouveaux cas », mais l’épidémie continue de reculer
« Il ne faut pas baisser les bras », a rappelé le ministre de la santé, Olivier Véran, dans un contexte où le nombre de nouveaux cas continue de diminuer, mais où la part d’un variant plus contagieux augmente.
Le Monde avec AFPPublié le 29 juin 2021 à 10h47 – Mis à jour le 29 juin 2021 à 19h38 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/29/covid-19-le-variant-delta-progresse–en-france-avec-20-des-nouveaux-cas-mais-l-epidemie-continue-de-reculer_6086176_3244.html
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Le double de la semaine précédente. Le variant Delta, qui fait des ravages en Russie, progresse en France. Il représente déjà « 20 % des nouveaux cas » de Covid-19, mais « on peut y échapper » avec la vaccination et un traçage serré, a assuré, mardi 29 juin, le ministre de la santé, Olivier Véran. « Il ne faut pas baisser les bras », a-t-il affirmé.
« Pour l’instant, le taux d’incidence [nombre de nouveaux cas pour 100 000 habitants] continue de baisser, on est à dix-huit, soit vingt à trente fois moins que lors du pic », a expliqué le ministre sur Franceinfo. « Le variant représente environ 20 % des nouveaux diagnostics, mais en pourcentage, pas en valeur absolue, puisqu’il y a une baisse du nombre de cas », a-t-il poursuivi, en rappelant que le variant Delta (initialement repéré en Inde) est « plus contagieux et devient progressivement dominant ».
Le 23 juin, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, avait chiffré la présence du variant Delta entre 9 % et 10 % des nouveaux cas.
« Tendance à décliner dans les Landes »
M. Véran a souligné que ce variant devenait majoritaire, voire dominant, dans beaucoup de pays, comme au Royaume-Uni, en Russie, en Australie ou à Singapour. Le variant Delta, « à l’heure actuelle, a plutôt tendance à décliner, y compris dans les Landes ». Dans ce département, où il est apparu en premier en France, le gouvernement a mené « un plan d’action très fort, de “contact tracing”[recherche des cas contacts], de vaccination massive et le taux d’incidence a baissé de 10 % en quelques jours ».
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En cas de quatrième vague à l’automne, le ministre a estimé qu’elle serait sans doute « différente » des précédentes, à l’image de ce qu’il se passe au Royaume-Uni, car « la logique voudrait que, si vous êtes vaccinés, vous pourrez être contaminé mais ne ferez pas de formes graves ». Idéalement, le gouvernement vise « zéro impact sanitaire, social et éducatif » pour une quatrième vague, puisque« avec le vaccin on a entre 94 % et 95 % de réduction des hospitalisations et formes sévères » et une baisse des formes asymptomatiques.
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Pour le ministre, le « problème n’est pas là » ; il vient plutôt de « ces gens qui hésitent et qui retardent la vaccination, et ces gens-là, qui ne sont pas vaccinés, sont particulièrement exposés face à un variant particulièrement contagieux ».
La braderie de Lille annulée « par précaution »
La maire de Lille, Martine Aubry, a annoncé, mardi, en conseil municipal l’annulation de la braderie, événement rassemblant des centaines de milliers de personnes, prévue initialement les 4 et 5 septembre.
« Après discussion et concertation avec le préfet de la région Hauts-de-France, nous avons décidé conjointement d’annuler la braderie des 4 et 5 septembre 2021. En effet, la nécessaire poursuite de la vaccination, qui n’a pas encore atteint un niveau suffisant, ainsi que l’arrivée de nouveaux variants (…) nous ont conduits à considérer par précaution de ne pas organiser la Braderie », écrit la maire dans un communiqué de presse.
❌ #BraderieDeLille 2021 annulée La Ville de #Lille et le @prefet59 ont décidé d’annuler l’édition 2021. La brader… https://t.co/9UyZCEJCNR— lillefrance (@Ville de Lille)
La manifestation, considérée comme la plus grande braderie d’Europe et dont les éditions antérieures ont brassé jusqu’à 2,5 millions de visiteurs venus de toute la France et de l’étranger, avait déjà été annulée l’année dernière en raison de la crise sanitaire.
En 2016, elle avait été annulée à cause de la menace terroriste, après l’attentat perpétré le 14 juillet à Nice.
Cette année, « il y aura toujours une braderie des commerçants, la braderie de la bande dessinée au Palais des beaux-arts, des animations culturelles pendant tout le week-end », a néanmoins annoncé Mme Aubry.
Le Monde avec AFP
Covid-19 : le variant Delta et le ralentissement de la vaccination inquiètent l’exécutif
L’hypothèse d’une reprise épidémique à l’automne alerte le gouvernement, qui réfléchit à des moyens de relancer la campagne vaccinale.
Par Olivier Faye
Publié le 30 juin 2021 à 05h08 – Mis à jour le 30 juin 2021 à 13h09 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/30/covid-19-l-executif-inquiet-du-variant-delta-et-du-ralentissement-de-la-vaccination-en-france_6086297_3244.html
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L’inquiétude sourd dans les rangs de l’exécutif : le Covid-19 n’est pas mort. Seulement affaibli. Depuis le lancement du déconfinement, début mai, Emmanuel Macron veut oublier l’épidémie, soucieux de « tourner la page de ce moment de la vie de la nation » et de relancer le train des réformes avant l’élection présidentielle de 2022.
Mais la progression du variant Delta dans une grande partie du monde, France comprise, laisse planer une ombre sur l’optimisme du chef de l’Etat. Et si une quatrième vague frappait à la rentrée, comme en 2020, après avoir cru l’espace d’un été au retour à la vie normale ? « C’est une possibilité », prévient un poids lourd du gouvernement. Le ralentissement de la campagne vaccinale n’éclaircit pas les perspectives. « La crise sanitaire n’est pas terminée », a alerté le premier ministre, Jean Castex, mardi 29 juin, à la veille de la fin des jauges dans les commerces et les restaurants. La possible quatrième vague devrait être « beaucoup plus nuancée que les trois premières parce qu’on a un niveau de vaccination qui n’est pas du tout le même, a estimé Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, sur France Inter le 30 juin. On doit se souvenir de l’été dernier. On était à des chiffres à peu près comparables fin juin 2020, et on a vu la deuxième vague arriver à partir du mois de septembre ».
Véran : « Humilité et vigilance »
Pour l’heure, les conséquences du variant Delta se lisent plutôt à l’étranger. La Russie bat des records de mortalité. Le Royaume-Uni a retardé la dernière étape de son déconfinement, tout comme certains pays d’Asie. L’Australie, pour sa part, cloître de nouveau chez elle une partie de sa population.
En France, ce variant, « très contagieux », dixit le ministre de la santé, Olivier Véran, gagne du terrain et représente désormais 20 % des nouveaux cas diagnostiqués. Pour autant, il ne gonfle pas encore le nombre de malades. Ce dernier est même en baisse depuis avril, avec en moyenne moins de 2 000 cas positifs répertoriés chaque jour. L’exemple britannique, néanmoins, qui a vu naître une reprise de l’épidémie malgré une couverture vaccinale plus étendue, invite « à l’humilité et à la vigilance », a reconnu M. Véran, mardi, sur Franceinfo.
L’inquiétude a contribué à faire dévisser les Bourses européennes, lundi, tout comme le cours de l’euro, ou celui du prix du baril de pétrole. « Il reste un risque sanitaire, a alerté le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, sur la chaîne CNews. Le seul obstacle qu’il y a encore sur le chemin du retour à une croissance très forte en 2021 et le retour à la normale totale au début 2022, c’est le risque du variant. » En conséquence, le patron de Bercy a lancé un appel à la population : « Vaccinez-vous ! C’est notre sécurité sanitaire collective qui en dépend. »
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Un Français sur deux, pour l’heure, a reçu une première injection, soit 33,5 millions de personnes. Le gouvernement s’est fixé pour objectif d’atteindre le chiffre de 40 millions à la fin de l’été. Mais la campagne fléchit dangereusement, avec un nombre de premières injections orienté à la baisse depuis plusieurs semaines.
« Incertitudes »
« Nous voyons que la vaccination marque le pas. Nous devons nous mobiliser pour faire comprendre à nos concitoyens qu’elle est la voie de sortie de cette crise sanitaire », a reconnu le premier ministre, Jean Castex, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.
Selon un communiqué de l’Académie de médecine du 23 juin, la campagne de vaccination, telle que menée aujourd’hui, rend « improbable l’accession au taux de couverture vaccinale de 80 % de la population au mois d’octobre, c’est-à-dire au niveau d’immunité collective nécessaire pour éviter une recrudescence de l’épidémie au quatrième trimestre ».
L’Institut Pasteur, pour sa part, alerte sur le « risque de nouvelles mesures de contrôle en milieu scolaire » en cas de reprise épidémique à l’automne, car les enfants et adolescents « devraient être peu vaccinés ». Face à ces « incertitudes », la maire socialiste de Lille, Martine Aubry, a annoncé l’annulation de la grande braderie prévue dans sa ville début septembre.
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Afin d’éviter un scénario noir, l’exécutif est amené à mettre la pression sur la population et à lui faciliter l’accès au vaccin. L’espacement entre deux doses peut ainsi être allongé ou raccourci, de 21 à 49 jours, pour ne pas compliquer les vacances d’été. Des barnums seront installés près des lieux de rassemblement afin de pouvoir bénéficier d’un vaccin sans prise de rendez-vous. « Nous allons envoyer des courriers, des SMS, lancer des appels aux personnes les plus éloignées de la vaccination, ajoute-t-on au ministère de la santé. L’information passera aussi par les professionnels de santé. »
« La bataille se gagne maintenant »
Olivier Véran est ainsi favorable à ce que la liste des personnes vaccinées soit transmise aux médecins – une hypothèse actuellement étudiée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés.
« La bataille se gagne maintenant, a estimé le ministre. Les Français ne comprendraient pas qu’on soit amenés à se poser la question de refermer restaurants et commerces parce que 20 % d’entre eux auraient fait le choix de ne pas se vacciner. » Ce dernier s’est dit « ouvert à la discussion » afin de rendre payants les « tests [PCR] de confort », parfois utilisés pour échapper au vaccin.
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Si la vaccination des soignants pourrait être rendue obligatoire en septembre dans l’hypothèse d’une trop faible couverture, cela ne devrait pas concerner l’ensemble de la population. Trop risqué du point de vue politique, juge-t-on au sommet de l’Etat. « Vous créeriez des problèmes de société majeurs, estime un ministre. Vous auriez des résistances au plus profond de l’intimité des gens à côté desquelles la réforme des retraites ne serait rien. C’est digne de la conversion obligatoire des protestants au catholicisme. » A moins d’un an de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron n’a pas besoin de créer une guerre de religions.
Covid-19 : réagir face à la menace du variant Delta
ÉDITORIAL
Le Monde
La propagation mondiale du variant apparu en Inde au début du printemps appelle à une mobilisation sans concession pour éviter une quatrième vague en France. Il faut faire preuve de volontarisme pour ne pas faiblir en matière de vaccination.
Publié le 30 juin 2021 à 10h41 – Mis à jour le 30 juin 2021 à 19h21 Temps de Lecture 2 min.
Editorial du « Monde ». La lutte contre le Covid-19 est une course contre la montre sans fin. Alors que la France connaît une accalmie, avec une chute spectaculaire des contaminations, des hospitalisations et des décès, croire que le pays en a définitivement terminé avec la pandémie serait une erreur. La propagation mondiale du variant Delta, apparu initialement en Inde au début du printemps, appelle à une mobilisation sans concession, même si sa présence sur notre sol reste encore marginale.
La première urgence consiste à ne pas faiblir en matière de vaccination. L’exemple du Royaume-Uni est parlant. Le variant Delta représente désormais 95 % des contaminations, qui sont en croissance exponentielle. Pourtant, les admissions à l’hôpital et le nombre de décès restent sous contrôle.
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Cette décorrélation s’explique largement par un taux de vaccination élevé. Il ne faut pas se faire d’illusions : la France devrait connaître d’ici quelques semaines des chiffres de contamination similaires. Ce délai doit être mis à profit pour accélérer la vaccination afin d’éviter une quatrième vague.
A ce jour, la moitié de la population française a reçu au moins une dose. C’est encore insuffisant pour atteindre l’immunité collective. Après des débuts laborieux, faute de doses en nombre suffisant, la campagne est aujourd’hui une mécanique bien huilée permettant à tous ceux qui le souhaitent de s’immuniser. Mais, depuis la fin mai, le nombre de rendez-vous pour une première injection a été divisé par trois. L’objectif affiché par les épidémiologistes de vacciner d’ici à la rentrée de septembre plus de 70 % de la population semble de plus en plus audacieux.
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Cette ambition n’est toutefois pas encore hors d’atteinte, à condition de faire preuve de volontarisme. Il s’agit notamment de donner aux médecins les moyens de contacter les patients les plus éloignés du système de santé et les plus fragiles pour les inciter à se faire vacciner. Pour cela, l’Assurance-maladie doit communiquer aux praticiens la liste des personnes non vaccinées. Même s’il s’agit de données sensibles, le risque en matière de protection des données est limité, dans la mesure où les médecins sont tenus au secret médical. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), qui se réunit sur le sujet le 1er juillet, peut faire sauter ce verrou.
Les tergiversations n’ont que trop duré
Ensuite, les tergiversations à propos de l’obligation pour le personnel des Ehpad et des hôpitaux de se faire vacciner n’ont que trop duré. Les taux d’injection chez les aides-soignants et les infirmiers restent anormalement bas, faisant courir de façon irresponsable des risques de contamination à ceux qu’ils sont censés soigner. Ces professionnels sont déjà obligés de se vacciner contre l’hépatite B ou la tuberculose. Pourquoi le Covid ferait-il exception ? Le gouvernement français devrait s’inspirer de l’exemple de l’Italie, qui a eu le courage de mettre en place des sanctions financières pour les récalcitrants. Lire aussi Covid-19 : le variant Delta et le ralentissement de la vaccination inquiètent l’exécutif
L’Académie de médecine, elle, propose de remettre en question le confort qui consiste à éviter la vaccination en multipliant les tests aux frais de la Sécurité sociale. Il s’agirait de ne plus les rembourser, comme c’est déjà le cas dans la grande majorité des pays d’Europe. Face à la menace du variant Delta, trop de Français adoptent la stratégie du passager clandestin. Celle-ci consiste à profiter de l’allégement des mesures sanitaires permises par la vaccination, tout en évitant de se faire vacciner soi-même. C’est une tactique non seulement égoïste, mais vouée à l’échec, face à la mutation permanente du virus.
Le Monde