Malgré son fort recul, le RN reste à un niveau très élevé, bien plus élevé que ses performances aux élections régionales avant l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti (15,5 % en 1998 puis 15,1 % en 2004)

« La percée historique du RN en 2015 a été en partie effacée aux régionales et départementales 2021, mais seulement en partie »

TRIBUNE

Florent Gougou – enseignant-chercheur à Sciences Po Grenoble

Si la dynamique de recul est la plus forte de l’histoire du parti d’extrême droite entre deux scrutins de même type, elle mérite d’être nuancée, estime, dans une tribune au « Monde », le chercheur en science politique Florent Gougou, qui constate une « disparition de la surmobilisation ».

Publié hier à 02h48, mis à jour hier à 06h25    Temps de Lecture 5 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/07/01/la-percee-historique-du-rn-en-2015-a-ete-en-partie-effacee-aux-regionales-et-departementales-2021-mais-seulement-en-partie_6086447_3232.html

Tribune. Au soir du second tour des élections régionales et départementales du 27 juin, la conquête de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur aurait pu permettre au Rassemblement national (RN) d’apparaître dans le camp des vainqueurs de ces scrutins locaux. Le retrait de la liste d’union de la gauche et les larges appels au front républicain en ont voulu autrement. La défaite de la liste conduite par Thierry Mariani, l’ancien ministre transfuge de la droite classique, a été nette : 42,7 % contre 57,3 % pour la liste du président sortant Les Républicains, Renaud Muselier.

Cette défaite a confirmé l’impuissance du RN à gagner des élections à deux tours dès lors que l’enjeu de pouvoir est important. Mais, surtout, elle a entériné le reflux du RN qui avait déjà été observé au premier tour : dans une configuration similaire, le second tour des régionales de 2015 avait été plus serré, la liste de Marion Maréchal-Le Pen recueillant, à l’époque, 45,2 % des suffrages exprimés (2,5 points de plus).

Deux grandes lignes d’interprétation

Le reflux du RN au premier tour a surpris par son ampleur. En dépit d’une présence dans la totalité des régions métropolitaines, comme en 2015, les listes du RN ont perdu 9,2 points, passant de 28,4 % à 19,2 %. Cette dynamique de recul est la plus forte de l’histoire du parti de droite radicale entre deux scrutins de même type, détrônant les chutes enregistrées entre les élections de 2002 et 2007 (6,5 points de recul à la présidentielle et 6,9 aux législatives). Après le tassement enregistré lors des élections européennes de 2019 (− 1,8 point sur 2014), c’est un nouveau coup dur pour Marine Le Pen. Cependant, le RN reste à un niveau très élevé, bien plus élevé que ses performances aux élections régionales avant son arrivée à la tête du parti (15,5 % en 1998 puis 15,1 % en 2004). La percée historique enregistrée lors des élections régionales de 2015 a été en partie effacée, mais seulement en partie.

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Les pertes aux départementales ont été similaires : 18,5 % au premier tour contre 25,7 % en mars 2015, soit un recul de 7,2 points. Certes, une partie de ce recul était inscrite dans l’offre électorale : le RN avait présenté des binômes dans 83 % des cantons de métropole (1 638 sur 1 969), alors qu’il en couvrait 95 % en 2015 (1 897 sur 1995). Cependant, son score moyen dans les cantons dans lesquels il avait un binôme recule de 5,5 points entre les deux scrutins, passant de 26,4 % en 2015 à 20,9 % en 2021. Et la capacité d’un parti à présenter des candidats constitue également un indicateur de son dynamisme. De ce point de vue, les départementales n’ont pas été plus favorables que les régionales. Elles n’en restent pas moins les meilleures de l’histoire du parti, exception faite des élections de mars 2015 : là encore, la percée historique enregistrée en 2015 a été en partie effacée, mais seulement en partie.

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Depuis le soir du premier tour, deux grandes lignes d’interprétation ont été avancées pour expliquer le reflux du RN. La première ligne, portée par les responsables du parti, insiste sur les effets de la très faible participation électorale : les groupes sociaux les plus favorables au RN se seraient massivement réfugiés dans l’abstention lors de ces deux scrutins, et, pour la première fois, l’abstention n’aurait pas profité au RN. La deuxième ligne, portée par les critiques de Marine Le Pen, insiste sur les effets de sa stratégie de dédiabolisation : une partie de l’électorat potentiel de la droite radicale se serait détournée du RN car elle ne se reconnaît plus dans le programme édulcoré défendu par le parti. A ma connaissance, aucune enquête scientifique ne permet, à ce jour, de tester cette seconde hypothèse de manière systématique. En revanche, il est possible de tester la première avec les résultats effectifs des élections et de l’éclairer sous un angle nouveau.

Un réseau d’élus locaux fortement affaibli

De fait, une première analyse conduite au niveau des cantons sur les évolutions de la participation entre le premier tour de la présidentielle de 2017 et le premier tour des départementales de 2021 ne montre pas d’abstentionnisme différentiel défavorable au RN. Au contraire. Dans le quartile des cantons les plus favorables à Marine Le Pen à la présidentielle de 2017, la participation s’effondre de 46,3 points entre 2017 et 2021 ; dans le quartile des cantons les moins favorables à Marine Le Pen en 2017, elle s’écroule de 47 points. Pour le dire autrement, les territoires les plus favorables au RN n’ont pas connu une chute de participation plus marquée que les territoires qui lui sont les moins favorables. C’est même l’inverse, et une analyse par déciles montre la même dynamique.

Cependant, la comparaison avec les précédentes départementales est instructive. En mars 2015, dans le quartile des cantons qui avaient été les plus favorables à Marine Le Pen en 2012, la participation avait diminué de 29,7 points entre la présidentielle et les départementales ; dans le quartile des cantons les moins favorables à Marine Le Pen, elle avait reculé de 32,5 points. En d’autres termes, la baisse de la participation avait été moins prononcée dans les zones de force du RN que dans ses zones de faiblesse.

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Conclusion, entre 2015 et 2021, le RN a bien souffert des évolutions de la participation, mais pas dans le sens jusque-là mis en avant dans le discours médiatique : dans ses zones de force, ce n’est pas une plus forte démobilisation qui l’a pénalisé, mais plutôt la disparition de la surmobilisation. Cette observation rappelle qu’un des moteurs principaux de la participation lors des élections intermédiaires, la volonté de sanctionner le gouvernement en place au niveau national, était absent en 2021 alors qu’il avait été très puissant en 2015. Une des explications du recul du RN tient probablement à l’absence de candidatures connues et/ou compétitives de la majorité présidentielle et à l’impopularité modérée d’Emmanuel Macron.

Finalement, le bilan de ces élections régionales et départementales est très mauvais pour le RN. Son réseau d’élus locaux a été fortement affaibli, avec une centaine de conseillers régionaux en moins (252 contre 356 en 2015). Mais surtout, il a perdu plus de la moitié de ses conseillers départementaux (26 contre 62 en 2015) dans un scrutin qui a très fortement favorisé les sortants. C’est un coup d’arrêt dans la dynamique d’implantation locale de la droite radicale en France.

Florent Gougou est enseignant-chercheur à Sciences Po Grenoble-UGA et au laboratoire de sciences sociales Pacte.

Florent Gougou(enseignant-chercheur à Sciences Po Grenoble)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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