« La gauche est tellement éparpillée qu’il est singulièrement compliqué de rassembler tous les morceaux du puzzle » (Laurent Telo – Le Monde)

A dix mois de la présidentielle de 2022, la gauche en ordre très dispersé

Les résultats des élections régionales et départementales ont fortement compromis l’union

Par Laurent TeloPublié aujourd’hui à 03h59, mis à jour à 09h39  

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Manon Aubry, Yannick Jadot et Najat Vallaud Belkacem, plateaux télé France 2 , le soir du deuxième tour des élections Regionales 2021
Manon Aubry, Yannick Jadot et Najat Vallaud Belkacem, plateaux télé France 2 , le soir du deuxième tour des élections Regionales 2021 BRUNO LEVY POUR « LE MONDE »

Au lendemain des élections régionales, à l’heure où la présidentielle de 2022 constitue le prochain horizon, la gauche est tellement éparpillée qu’il est singulièrement compliqué de rassembler tous les morceaux du puzzle. Evaluer avec exactitude le nombre de concurrents qui l’incarneront, dans dix mois, est impossible. Officiellement, trois candidats sont en piste. Le communiste Fabien Roussel, l’« insoumis » Jean-Luc Mélenchon, et celle ou celui qu’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) décidera d’investir le 12 septembre, date de la primaire des écologistes. A choisir parmi Sandrine Rousseau, Yannick Jadot, Eric Piolle et, peut-être, Delphine Batho. En attendant de savoir, aussi, ce que décidera la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a décalé l’éventuelle officialisation de sa candidature au sein du Parti socialiste (PS) au mois de septembre, juste avant la primaire verte. Sans omettre Arnaud Montebourg qui, en périphérie du PS, se prépare sans le dire explicitement encore.

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« L’éventuelle union, le ou les candidats définitifs, rien ne se dénouera avant l’automne », veut croire Laurence Rossignol, sénatrice socialiste qui soutient M. Montebourg. La dispersion de la gauche augure-t-elle d’une recomposition avant le gong présidentiel ? Ceux qui rêvaient d’une union salvatrice d’une gauche électoralement amoindrie peuvent continuer à cauchemarder. L’union devient de plus en plus illusoire. Les résultats des régionales n’ont pas pu dégager un leader identifié et un rapport de force lisible.

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« Cette désunion était en germe, analyse David Cormand, député européen et ancien secrétaire national d’EELV. La fameuse réunion des partis de gauche initiée par Yannick Jadot, le 19 avril, c’était déjà du mauvais théâtre. Ce n’est pas un problème d’ego ou de chapelles, c’est juste que ce sont tous des projets politiques tellement différents. Pour moi, il n’y a plus d’union possible. Elle n’est même pas souhaitable. Et quand bien même Olivier Faure voudrait la faire, il n’en a plus les moyens politiques. »

Un « plafond vert »

Pour ne rien arranger, dans la désunion, personne n’avance à la même allure, puisque tout le monde essaie de prendre le voisin de vitesse. Chez les Verts, ça s’accélère. Après la candidature, coup sur coup, d’Eric Piolle puis de Yannick Jadot, l’enjeu pour EELV est de dérouler une primaire pas trop fratricide tout en cultivant sa différence avec le PS et La France insoumise (LFI). Car, même si Eric Piolle ou Sandrine Rousseau, plus « Mélenchon-compatibles » que Yannick Jadot, sont investis, l’idée d’une candidature commune a fait long feu.

Entre EELV et le PS, chacun tente de pousser son avantage pour revendiquer le leadership. Le PS, qui a conservé ses régions, estime qu’il n’a plus besoin de se soumettre derrière les Verts. Ce qui constitue une volte-face totale d’Olivier Faure, le patron des socialistes, qui assumait, il y a quelques semaines encore, l’éventualité de ranger le PS derrière un(e) candidat(e) écologiste. Il a parlé, lundi 28 juin, de « plafond vert » pour mettre EELV face à son inexpérience du pouvoir et, aussi, pour défendre son propre camp.

Chez les Verts, on tique devant les réflexes dominateurs du PS, « alors même que les chiffres des régionales ne sont pas si bons que ça. Carole Delga a perdu 200 000 voix depuis 2015 et le PS serait en dynamique ? », s’interroge David Cormand, qui ne répond aux récents appels téléphoniques des hiérarques socialistes que du bout des lèvres. « Pour parler de quoi ? Le PS dit qu’on est un boulet », confie l’eurodéputé, qui préfère lancer des fléchettes : « Même à ses pires moments hégémoniques, le PS savait rassembler. Parler de plafond vert, c’est inélégant quand on veut partir à la guerre avec quelqu’un… »

La crainte d’une « nébuleuse »

Au PS, Laurent Baumel, secrétaire national aux relations extérieures, ne veut pas croire que le sort du rassemblement soit scellé : « Le plafond vert, ils l’ont mal pris… D’accord, mais on ne peut pas considérer que les Verts et le PS vont forcément cesser de discuter. Et il y a les législatives après la présidentielle. Si on ne les prépare pas ensemble, on aura des difficultés. »

Les crispations devraient se prolonger, le temps pour chaque camp de faire vivre sa propre candidature. Le temps pour Olivier Faure de clarifier la ligne du PS, qui semble tanguer derrière un bloc « social-écologique » encore un peu « elliptique »ou « confus » pour plusieurs responsables socialistes, qui trépignent pour mettre en place un dispositif idéologique qui ne soit pas une « nébuleuse » et laisserait démunis les sympathisants du parti.

Le temps, aussi, pour le premier secrétaire du PS d’essayer de mettre au pas une contestation interne qui s’accentue avant le congrès des 18 et 19 septembre à Villeurbanne. Sa tête n’est pas encore mise à prix, mais il est le jouet de tensions contradictoires entre les proches de François Hollande, Anne Hidalgo, en qui il croit, et, enfin, la nouvelle génération portée par Carole Delga, réélue largement en Occitanie.

« Il doit y avoir un débat »

Les risques d’implosion ne sont pas négligeables. Surtout depuis que la maire de Paris communique ses exigences : que le congrès du PS ne tourne pas au pugilat pour que sa candidature s’impose comme une évidence puis que, durant sa campagne, elle puisse s’affranchir des contraintes de l’appareil socialiste tout en profitant de sa force de frappe. Aux caciques du PS qui craignent d’être court-circuités par les équipes d’Anne Hidalgo, Olivier Faure est donc pressé d’offrir une garantie : créer les conditions collectives d’une véritable sélection et que la maire de Paris ne soit pas adoubée à l’issue d’un conclave verrouillé.

« Quelle que soit la personnalité qui sera investie et sans procès d’intention, il y a un principe de démocratie élémentaire à respecter : que les militants aient le droit de choisir un projet et un candidat adossé à ce projet », défend Julien Dray, membre du bureau national du PS. Le « hollandais » Stéphane Le Foll met aussi en garde : « La candidature d’Anne Hidalgo ne peut pas s’imposer uniquement par des signatures, il doit y avoir un débat. » Des membres du bureau national voudraient pousser Carole Delga à diriger le parti. La présidente d’Occitanie cultive l’ambiguïté : elle n’a pas paraphé la tribune des élus locaux, publiée le 30 juin dans la presse quotidienne régionale, qui exhorte la maire de Paris à se présenter, et ne ferme pas complètement la porte à une candidature présidentielle.

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De son côté, Jean-Luc Mélenchon, en tête des intentions de vote à gauche, ne renoncera pas. Sa décision est irréductible à la moindre injonction de rassemblement. « Il faut entamer une déradicalisation de la gauche, insiste pourtant Jean-Christophe Cambadélis. Elle a cherché son Bernie Sanders, elle doit trouver son Joe Biden. » L’ex-premier secrétaire du PS vient de lancer son mouvement, Nouvelle Société, transpartisan, qui voudrait « répondre à la dépression démocratique en proposant une offre programmatique riche. Tout doit partir de là ». 

Nouvelle Société n’est pas seule. Une mosaïque de mouvements citoyens essaime (Le vent se lève, Primaire populaire, Les engagé.e.s…) autour d’intellectuels qui souhaitent irriguer et enrichir la ligne idéologique de la gauche et plaident, aussi, pour une grande primaire. Las, à moins d’un suicide programmé, personne n’oublie que l’arc du rassemblement reste à imaginer. Plutôt que de prédire un destin funeste, Gilles Finchelstein, directeur de la Fondation Jean-Jaurès, proche du PS, se persuade qu’il ne faut pas s’affoler : « L’unité n’est pas forcément une réponse à la crise de la gauche. Avoir plusieurs candidats à gauche au premier tour, ce n’est pas grave. La gauche a été unie lors de deux élections présidentielles, 1965 et 1974. Les deux fois, elle n’a pas gagné. » Il ajoute quand même : « Mais il ne faut pas non plus qu’il y ait trop de candidats ! »

Laurent Telo

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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