Le bien-fondé du rassemblement de la gauche et des écologistes dès le premier tour

« Les élections départementales offrent un exemple probant du bien-fondé du rassemblement de la gauche et des écologistes dès le premier tour »

TRIBUNE

Simon Persico

Chercheur en science politique

L’étude fine des résultats des élections régionales et départementales montre qu’à l’intérieur d’un bloc de gauche affaibli, les différentes forces le composant connaissent des trajectoires contrastées, analyse le chercheur en science politique Simon Persico dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 09h51    Temps de Lecture 5 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/07/01/gauches-et-ecologistes-des-trajectoires-contrastees-a-l-interieur-d-un-bloc-affaibli_6086461_3232.html

Tribune. Plusieurs raisons obligent à nuancer tout enseignement que l’on peut tirer des élections régionales et départementales de 2021. D’abord, ce double scrutin constituait le troisième rendez-vous électoral depuis 2017. Les électeurs, qui avaient déjà pu profiter des deux élections intermédiaires précédentes – européennes de 2019 et municipales de 2020 – pour envoyer un message politique, se sont très peu mobilisés.

L’abstention massive, renforcée par l’impossibilité de sanctionner un pouvoir national qui n’était à la tête d’aucune région, aboutit à une participation dominée par les générations les plus âgées et les catégories sociales les plus favorisées, au détriment des jeunes notamment. Cela n’est pas sans conséquences sur les équilibres politiques, les catégories les plus mobilisées étant aussi les plus favorables à la droite et, au sein de la gauche, au Parti socialiste (PS).

Ce contexte de très faible participation a bénéficié massivement aux exécutifs sortants. La surparticipation des électeurs les plus légitimistes explique ainsi la grande stabilité qui ressort de ces deux élections : si la gauche compte deux conquêtes à La Réunion et à la Martinique, on ne dénombre, en France métropolitaine, aucune alternance au niveau régional, et moins d’une dizaine au niveau départemental : cinq exécutifs départementaux passent de gauche à droite, deux basculent de droite à gauche.

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Cette stabilité explique le sentiment de satisfaction affiché par les responsables socialistes au soir du 27 juin. Il paraîtrait toutefois hasardeux de considérer que ces élections marquent le retour du PS au premier plan de la vie politique française. En effet, et c’est la troisième raison qui oblige à nuancer les enseignements tirés de ces deux élections, ils illustrent la profonde déconnexion entre vie politique nationale et vie politique locale, un phénomène qui apparaissait déjà lors des élections municipales de 2020.

Quelques enseignements

L’étude fine des résultats offre pourtant quelques enseignements pour les forces de gauche. D’abord, indépendamment de la résistance des socialistes dans les régions et les départements qu’ils dirigeaient, le niveau total de la gauche et des écologistes se maintient à un niveau total bas. A l’échelle nationale, l’ensemble des forces de gauche obtient environ 36 % des suffrages exprimés lors du premier tour des régionales ; elles retrouvent ainsi leur niveau de 2015, qui constituait déjà un point bas pour des élections régionales, dans un contexte de forte sanction à l’encontre du gouvernement socialiste.

A l’intérieur de ce bloc de gauche affaibli, les différentes forces connaissent des trajectoires contrastées. En dépit de ses performances de premier tour dans les quelques régions qu’il gouvernait, le PS recule nettement au niveau national, passant d’environ 23 % des suffrages lors des élections de 2015 à 15 % cette année (– 8 points). A l’inverse, les listes d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) élargies à Génération·s et Génération Ecologie améliorent leur performance de 6 points, avec un score national de 13 % environ, retrouvant un niveau qu’ils avaient déjà connu en 2010, à la suite du succès des européennes de 2009. Le bloc La France insoumise-Parti communiste français (dont les stratégies ont varié) se maintient à un niveau modeste (7 %).

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Si le PS domine la compétition à gauche dans les régions qu’il dirigeait, son affaiblissement s’observe également dans les trois régions métropolitaines gouvernées par la droite dans lesquelles écologistes et socialistes étaient en compétition (Auvergne-Rhône-AlpesIle-de-France et Pays de la Loire), et dans lesquelles les écologistes sont arrivés en tête des forces de gauche. Ce résultat n’est pas anodin : jamais, dans l’histoire de la VRépublique, une liste emmenée par les écologistes n’était parvenue à devancer le PS lors d’élections régionales.

Unions défensives

Mais les écologistes n’ont pas vraiment profité de cet affaiblissement socialiste. Leur incapacité à transformer des résultats de premier tour encourageants en victoires régionales semble enrayer la dynamique lancée aux européennes de 2019 et prolongée par les victoires municipales de 2020. Obtenant systématiquement moins de 20 % des suffrages lors du premier tour, les listes écologistes étaient trop loin de leurs concurrentes pour envisager la victoire.

Si les fusions se sont opérées sans difficulté, assurant de bons reports de voix en dépit des critiques portées par la droite et d’anciens responsables socialistes, cela n’a pas suffi, sans surprise. Pour rappel, depuis la mise en place du nouveau mode de scrutin en 2004, aucune liste n’avait remporté de victoire régionale en obtenant moins de 23 % des suffrages au premier tour – la victoire de la liste socialiste emmenée par Loïg Chesnais-Girard en Bretagne (arrivée en tête avec 21 % des suffrages au premier tour) constitue donc une première.

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Ainsi, l’absence de rassemblement de premier tour aux élections régionales a conduit ces forces à mener une campagne de distinction à l’intérieur d’un bloc de gauche affaibli, ce qui diminuait leur capacité à apparaître comme des concurrents crédibles aux présidents de droite sortants. Les échecs des unions larges de premier tour dans les Hauts-de-France ou en Provence-Alpes-Côte d’Azur ne doivent pas faire perdre de vue cette réalité.

Ces rassemblements constituaient des unions défensives, dans les territoires où la gauche a perdu presque tout espoir de gagner. Dans ces deux régions, il faudrait plutôt se demander pourquoi les écologistes ont accepté de regrouper derrière eux l’ensemble des forces de gauche, alors que le risque était grand de devoir se désister au second tour face au risque Rassemblement national (RN) – c’est d’ailleurs ce qui s’est passé en PACA.

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Les élections départementales offrent, à l’inverse, un exemple probant du bien-fondé du rassemblement de la gauche et des écologistes dès le premier tour, dans le cadre d’un mode de scrutin où le duel a été la norme au second tour. En 2015, la gauche partait le plus souvent divisée et avait été éliminée du second tour dans plus de 500 cantons qui voyaient s’affronter la droite et l’extrême droite. Ce nombre s’est considérablement réduit cette année, du fait de l’affaiblissement du RN, d’une part, mais surtout des alliances tissées dans de nombreux départements.

Ces alliances ont permis d’accroître la diversité des forces de gauche représentées dans les conseils départementaux – au bénéfice des écologistes et de La France insoumise. C’est grâce à ces alliances que la gauche a conservé plusieurs départements, y compris dans des régions gagnées par la droite. Surtout, ces élections départementales sont venues rappeler une règle simple : si l’on compte gagner une élection à deux tours, il faut d’abord se qualifier pour le second.

Simon Persico, enseignant-chercheur en science politique à Sciences Po Grenoble-UGA et au laboratoire Pacte

Simon Persico(Chercheur en science politiq

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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