Comment sauver les CHU ?

« Pour sauver le CHU, ce “navire amiral” de notre modèle de santé, il faut mettre la faculté au cœur du système »

TRIBUNE

Djillali Annane – Doyen de la faculté Simone Veil Santé

Thierry Philip – Président du directoire de l’Institut Curie

Afin de résoudre la crise de notre système de santé, il est nécessaire de redonner la primauté à l’université en lui permettant de choisir les hôpitaux avec lesquels elle souhaite collaborer, expliquent, dans une tribune au « Monde », les professeurs de médecine Djillali Annane et Thierry Philip.

Publié le 21 juin 2021 à 20h00    Temps de Lecture 2 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/06/21/pour-sauver-le-chu-ce-navire-amiral-de-notre-modele-de-sante-il-faut-mettre-la-faculte-au-c-ur-du-systeme_6085093_3232.html

Tribune. Quelque 145 présidents et doyens de faculté ont lancé un cri d’alarme récemment dans une tribune au Monde : « Le CHU, ce “navire amiral” de notre système de santé, prend l’eau, surtout du côté académique », publiée le 4 juin. Ils ont souligné, à juste titre, deux points d’inquiétude : le Ségur de la santé a oublié l’université et a même supprimé l’avis des doyens sur la nomination des chefs de service ; les facultés de médecine sont étouffées par la réforme des études médicales, et la proposition de créer 250 postes sur cinq ans, soit un par an et par faculté, est totalement à côté de la réalité des besoins. Cette tribune conclut en appelant à « replonger l’université et les facultés au centre du dispositif comme tous les pays ayant une ambition dans le domaine ».

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Justement, il serait bon d’analyser ce qui se passe dans les systèmes de santé des autres pays, totalement différents du modèle français. En effet, le plus souvent, l’hôpital est une composante de l’université ou encore l’université choisit elle-même les hôpitaux avec lesquels elle souhaite collaborer dans l’intérêt d’abord des étudiants et ensuite de la recherche.

Ce n’est pas du tout le cas dans le système français où l’hôpital, centre hospitalier régional (CHR), est obligatoirement, et pour tous ses services, en lien avec l’université. Il est évident qu’au sein d’un CHR tous les services ne sont pas égaux. Certains sont des services de proximité qui n’ont pas la dimension universitaire. Pour ajouter à la complexité, l’université ne peut pas contractualiser avec d’autres hôpitaux que le CHR sans son avis conforme. Dans la plupart des centres hospitaliers universitaires (CHU), ce n’est pas l’université qui est le maître du jeu, mais le directeur général du CHU.

Comment faire simple ?

Il faut renverser les rôles et redonner la primauté à l’université. C’est cela « faire comme tout le monde » : c’est aller au bout de l’autonomie des universités, notamment dans le champ de la santé et laisser l’université contractualiser avec qui elle veut dans son intérêt. C’est notamment le cas dans le système américain et dans la plupart des systèmes européens.

Comment faire simple ? D’abord en réécrivant l’article 6 de l’ordonnance de 58 : « Des conventions peuvent être conclues par les facultés ou écoles et par les établissements hospitaliers, agissant conjointement, avec d’autres hôpitaux ou organismes publics ou privés susceptibles d’être associés aux diverses missions. » Et en supprimant « et par les établissements hospitaliers, agissant conjointement ». La disposition législative devient : « Des conventions peuvent être conclues par les facultés ou écoles avec des hôpitaux ou organismes publics ou privés susceptibles d’être associés aux diverses missions définies à l’article ». Faire comme tout le monde, c’est mettre l’université au cœur du système.

Djillali Annane, membre du directoire de l’Institut Curie et doyen de la faculté Simone-Veil-Santé, université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ; Thierry Philip, président du directoire de l’Institut Curie, président de l’Organisation of European Cancer Institutes (OECI)

Djillali Annane(Doyen de la faculté Simone Veil Santé) et  Thierry Philip(Président du directoire de l’Institut Curie)

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/06/07/un-cri-dalarme-concernant-lavenir-des-centres-hospitaliers-et-universitaires/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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