La mise en place d’un service d’accès aux soins (SAS) permet de répondre plus rapidement aux situations d’urgence (Metz un des deux sites pilotes). 

Au SAMU de Moselle, une expérimentation qui unit urgentistes et médecins généralistes

Testée depuis janvier dans vingt-deux sites pilotes notamment au centre hospitalier de Metz, la mise en place d’un service d’accès aux soins permet de répondre plus rapidement aux situations d’urgence. 

Par Camille Stromboni(Metz, envoyée spéciale)Publié le 15 juin 2021 à 10h45 – Mis à jour le 16 juin 2021 à 09h32  

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https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/06/15/au-samu-de-moselle-une-experimentation-qui-unit-urgentistes-et-medecins-generalistes_6084199_3224.html

Au centre de réception et de régulation des appels du SAMU 57,  vendredi 11 juin 2021.
Au centre de réception et de régulation des appels du SAMU 57,  vendredi 11 juin 2021. NICOLAS LEBLANC / ITEM « POUR LE MONDE »

« On ne se rend pas compte, mais ça va très vite trente secondes. » Installé à l’un des postes des répondants au service d’aide médicale urgente (SAMU) de Moselle, à Metz, l’auxiliaire de régulation médicale Maxime Dufour vient de terminer avec une dame « un peu dure de la feuille », dit-il avec le sourire, après avoir dépassé son objectif de quelques unités. « Urgences santé bonjour », enchaîne-t-il en cliquant sur un nouvel appel.

Trente secondes, c’est le temps maximum que doit respecter le jeune homme de 29 ans pour « catégoriser l’urgence », c’est-à-dire « faire le tri entre l’urgence vitale et l’urgence relative », avant de transférer l’appel vers l’une des deux filières de la salle du centre messin : les urgentistes et les médecins généralistes. « Au début, c’est très stressant, mais maintenant ça fait plusieurs mois qu’on fonctionne comme ça, on est habitués », dit-il.

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Metz fait partie des vingt-deux sites pilotes du service d’accès aux soins, le « SAS », expérimentés sur le territoire depuis janvier. Avec un objectif : rapprocher SAMU et médecine de ville, afin de mieux répondre aux besoins et d’éviter la saturation des services des urgences.

Dans la cité du Grand-Est, où les médecins généralistes travaillaient déjà en étroite collaboration avec le SAMU depuis 1992, le nouveau système expérimenté a permis de passer à la vitesse supérieure. Avec, en premier lieu, le « décroché biniveau », instauré dès le mois de novembre 2020, ce triage initial effectué par Maxime Dufour, en première ligne, le vendredi 11 juin, avec une collègue.

« Coup d’accélérateur »

Dans le dos du jeune homme s’affiche, en direct, le temps moyen d’attente des appelants. « 17 secondes », à cette heure méridienne, soit un bon score. Plusieurs numéros mènent jusqu’au centre de réception installé au rez-de-chaussée de l’hôpital de Mercy, l’un des sites du centre hospitalier régional de Metz-Thionville : le 15, mais aussi le 112 (numéro d’urgence européen), ou encore Medigarde, la ligne de la permanence de soins des généralistes (0 820 33 20 20).

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« Les trois quarts du temps, les choses sont claires », reprend l’auxiliaire de régulation, montrant sur son bureau la liste des « détresses vitales », comme l’arrêt cardiaque ou l’accouchement imminent, pour lesquelles il peut déclencher immédiatement des « moyens » (structure mobile d’urgence et de réanimation, ambulance…). Parfois, démêler le fil est plus complexe. « Pour une douleur thoracique ou abdominale, cela part vers le SAMU la plupart du temps, mais cela peut être une crise d’angoisse pouvant être traitée de ce côté-là », explique-t-il en montrant les bureaux du pôle de médecine générale, que certains urgentistes appellent encore la « bobologie ». Pour déterminer la gravité, M. Dufour doit enchaîner des questions sur « l’irradiation de la douleur », la « gêne respiratoire »et les « antécédents » de la personne, énumère-t-il mécaniquement.

Centre de réception et de régulation des appels du SAMU 57. CHR Metz-Thionville, Moselle. 11 juin 2021

« D’ores et déjà, nous atteignons 95 % d’appels répondus après moins de trente secondes d’attente, contre 80 % à 85 % auparavant, se réjouit François Braun, patron du SAMU de Moselle et chef du pôle urgences du centre hospitalier. L’objectif est d’atteindre 99 %. L’homme de 58 ans, président du syndicat SAMU-Urgences de France, est un des fondateurs du concept du SAS et fervents défenseurs de cette « porte d’entrée unique pour tout problème de santé considéré par quelqu’un comme urgent ».

La crise lée au Covid-19 est venue donner un « coup d’accélérateur » au dispositif, avec la mise en place de ce premier tri à l’arrivée dès la première vague épidémique qui a frappé violemment la région. « C’est ce qui nous a permis de tenir », précise le médecin, rappelant que les appels avaient été multipliés par trois en vingt-quatre heures.

« Nous avons fait notre place dans l’hôpital »

A quelques mètres, chez les confrères de médecine générale du docteur Braun, Jacques Obrecht vient de terminer de gérer le cas d’un jeune homme de 13 ans, « avec idées suicidaires », tape-t-il sur son clavier, qui a tenté de se défenestrer et en a été empêché par un enseignant. « On fait de tout en médecine générale, rappelle-t-il. Dans ce cas-là, il n’y avait plus de risque vital immédiat, nous avons envoyé une ambulance pour l’emmener aux urgences pédiatriques. » 60 % des appels sont transférés après triage du côté de la médecine générale.

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Avec le SAS, le médecin généraliste de 64 ans comme ses collègues le soulignent : c’est « plus fluide »« On peut échanger directement en cas de problème, et rebasculer l’appel d’un côté ou de l’autre si besoin. » Plus fluide aussi grâce à des répondants plus nombreux, ajoute-t-il. Les généralistes qui tournent sur la régulation ont doublé, passant d’un à deux en journée (jusqu’à six durant le week-end), de même que les auxiliaires de régulation médicale qui sont passés de cinq à sept – d’autres doivent être embauchés prochainement. Le financement annuel alloué pour développer ce projet pilote est de 1,9 million d’euros.

« Nous faisons du conseil médical, ou bien nous essayons de trouver un rendez-vous chez un médecin, si ce n’est pas possible chez le médecin traitant », reprend le docteur Obrecht. Pour cela, il dispose d’une application donnant une liste des médecins volontaires dans le secteur de Metz, et sur son deuxième écran s’affiche la plate-forme de réservation en ligne Doctolib.

Son confrère Alain Prochasson, à l’initiative lui aussi du SAS, ne manque pas de le souligner : on ne « régule » pas de la même façon des deux côtés de la salle. « Les urgentistes ne savent pas, ou moins bien, réguler la médecine libérale, de même que nous ne savons pas faire leur métier, résume le généraliste, membre de la Confédération des syndicats médicaux français. Ici, c’est chacun chez soi, mais nous avons la chance d’avoir l’habitude de travailler ensemble, nous avons fait notre place dans l’hôpital. »

Reste encore plusieurs points-clés à déterminer avec l’Assurance-maladie pour une extension plus large du dispositif, tel le montant de l’incitation financière qu’espèrent obtenir les médecins généralistes qui participeraient au SAS en libérant des plages dans leurs agendas. A cette fin, les discussions avec les syndicats ont repris ce mois-ci.Huit services d’accès aux soins en fonctionnement

Inscrit dans le pacte de refondation des urgences annoncé par l’ancienne ministre de la santé, Agnès Buzyn, en septembre 2019, le service d’accès aux soins (SAS) est expérimenté depuis janvier sur vingt-deux sites pilotes présents dans treize régions. Il doit permettre de « répondre à la demande de soins vitaux, urgents et non programmés de la population partout et à toute heure, grâce à une chaîne de soins lisible et coordonnée entre les acteurs de santé de l’hôpital et de la ville ».

Huit projets sont à ce jour « en fonctionnement » (SAS Gironde, Vienne, Rhône, Isère, Loire-Atlantique, Moselle, Haute-Garonne et Le Havre [l’une des deux plates-formes que compte la Seine-Maritime]), trois « en préfiguration » (Nord, Somme, Savoie), indique-t-on au ministère de la santé. Les travaux de mise en œuvre se poursuivent sur les autres sites, pour définir la gouvernance entre acteurs hospitaliers et secteur ambulatoire, le positionnement de chacun dans le traitement des appels, ou encore recruter les professionnels nécessaires. Les vingt-deux projets devraient être opérationnels d’ici la fin du troisième trimestre 2021, pour une généralisation dès 2022, selon le ministère de la santé.

Camille Stromboni(Metz, envoyée spéciale)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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