En Allemagne, le vaccin de CureVac se fait attendre
L’entreprise de biotechnologie de Tübingen, une des pionnières de la technologie ARN messager, se heurte au développement des variants du virus.
Par Cécile Boutelet(Berlin, correspondance)Publié le 10 juin 2021 à 11h19 – Mis à jour le 10 juin 2021 à 11h20
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Mais où est donc passé CureVac ? La biotech de Tübingen (Bade-Würtemberg) était l’un des grands espoirs de l’Allemagne dans la course au vaccin contre le Covid-19, l’une des rares à maîtriser, comme BioNtech et Moderna, la technologie de l’ARN messager. Plus de six mois après le début des premières vaccinations, CureVac doit convenir de son retard considérable sur la concurrence : le 28 mai, l’entreprise a déclaré que ses tests thérapeutiques de son candidat-vaccin « progressent », sans préciser quand les résultats très attendus sur son efficacité seront publiés.
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Dans son communiqué, la biotech allemande explique que son candidat vaccin de première génération est en phase 2/3 d’essais cliniques, menés auprès de 40 000 personnes, dont 25 % provenant de l’Europe, le reste d’Amérique latine. Mais après cinq mois et demi de tests, aucune analyse d’efficacité statistiquement significative n’a pu être publiée pour l’instant. CureVac précise simplement que la sécurité du produit a été confirmée. En comparaison, les concurrentes sur la technologie de vaccin à ARN messager, Biontech et Moderna, avaient publié leurs premiers résultats d’efficacité au bout de trois mois et demi de tests thérapeutiques. Quatre à six semaines plus tard, elles obtenaient leur homologation d’urgence pour leur préparation auprès des autorités.
Facile à stocker
CureVac a apparemment eu plus de difficulté à recruter sa cohorte de candidats pour l’étude thérapeutique. Elle se heurte surtout à un obstacle de taille : la variabilité du Covid-19. « La réalité du Covid-19 s’est fortement modifiée depuis le début de cette année, a expliqué le patron de CureVac, Franz-Werner Haas, lors du bilan trimestriel de l’entreprise, fin mai. Le virus est aujourd’hui caractérisé par la propagation préoccupante de variants et de nouvelles souches de virus, qui ont quasi éliminé la souche originelle contre laquelle nous avons lutté en 2020. »
Cette spécificité influence les recherches de l’entreprise, qui a décidé d’intégrer cette variabilité à son étude, en séquençant les cas de Covid-19 qui se présentent dans l’étude. Le séquençage analyse l’information génétique du virus de manière beaucoup plus poussée que les tests PCR habituels, ce qui permet d’identifier des mutations connues et encore inconnues. CureVac a annoncé qu’elle publierait ces données en même temps que celles sur l’efficacité de son candidat-vaccin. « Notre étude est la seule qui se soit adaptée à ces modifications », a précisé M. Haas au quotidien économique Handelsblatt, fin mai. Il voit cette spécificité comme un avantage, même si le risque existe que la protection du futur vaccin apparaisse moindre que ceux de la concurrence. « Nous tablons toujours sur une mise à jour de l’étude d’efficacité au deuxième trimestre, c’est-à-dire en juin, » a poursuivi M. Haas.
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CureVac avait pourtant été présentée en 2020 comme une des vedettes de la course au vaccin anti-Covid. La biotech a été cofinancée depuis quinze ans par Dietmar Hopp, le milliardaire allemand cofondateur du groupe informatique SAP, qui détient aujourd’hui la moitié du capital de l’entreprise. A l’été 2020, quelques semaines avant l’entrée en Bourse de CureVac à New York, c’est l’Etat allemand lui-même qui était monté au capital, à hauteur 300 millions d’euros, par le biais de la banque d’investissement publique KfW.
« Bien sûr, nous sommes en retard. Mais la lutte contre les variants, le développement de vaccins de rappel et d’une nouvelle génération de vaccins Covid ne fait que commencer », Franz-Werner Haas, patron de CureVac
Même les investisseurs privés ne semblent pas avoir perdu la foi en CureVac : au Nasdaq, l’indice des valeurs technologiques de la Bourse de New York, l’entreprise de Tübingen est valorisée à 17 milliards d’euros, ce qui fait d’elle la seconde biotech allemande après BioNTech, qui pointe à 40 milliards d’euros. CureVac, malgré son retard dans la course au vaccin, profite de la confiance des investisseurs dans la technologie de l’ARN messager.
M. Haas reste convaincu que CureVac peut jouer un rôle important dans les activités liées au Covid-19 au cours des prochaines années, malgré l’écart croissant avec la concurrence. « Bien sûr, nous sommes en retard. Mais la lutte contre les variants, le développement de vaccins de rappel et d’une nouvelle génération de vaccins Covid ne fait que commencer. » L’entreprise travaille actuellement en partenariat avec le groupe pharmaceutique Glaxo-Smithkline à l’élaboration d’un vaccin anti-Covid de nouvelle génération, pour lequel les premières études cliniques pourraient démarrer au troisième trimestre. Au mois de février, le fondateur de CureVac, Ingmar Hoerr, avait également précisé que l’entreprise souhaitait produire un vaccin facile à stocker, dans des températures normales, afin d’être facilement utilisable par les pays en développement.
Fournir un vaccin différencié est la seule manière pour la biotech de s’imposer sur un marché déjà très disputé. Plus les semaines passent, plus le rattrapage sur la concurrence s’annonce difficile. BioNTech et son partenaire américain Pfizer prévoient de livrer environ 3 milliards de doses de vaccin cette année, avec la perspective de 4 milliards en 2022. Moderna a annoncé jusqu’à 1 milliard d’unités pour 2021 et 3 milliards pour 2022.
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Début mai, BioNTech et Pfizer ont convenu avec l’Union européenne de fournir jusqu’à 1,8 milliard de doses de vaccin d’ici à 2023, en plus des 600 millions de doses promises jusqu’à présent. Moderna et BioNTech travaillent également de façon intensive sur la recherche sur les variants. Un espoir pour CureVac tient aussi au fait que les vaccins à vecteur viral, développés par AstraZenaca et Johnson & Johnson, sont davantage confrontés à la défiance du public que ceux à ARN messager.