La réponse immunitaire construite après une infection pourrait durer des années, surtout si elle est renforcée par une injection de vaccin. 

Covid-19 : les personnes infectées développent une immunité robuste et durable

Plusieurs études publiées en mai montrent que la réponse immunitaire construite après une infection pourrait durer des années, surtout si elle est renforcée par une injection de vaccin. 

Par Delphine RoucautePublié aujourd’hui à 02h51, mis à jour à 15h26  

Temps de Lecture 6 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/13/sars-cov-2-une-immunite-post-infection-robuste-et-durable-contre-le-covid-19_6083924_3244.html

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L’immunité face au SARS-CoV-2 de la plupart des personnes infectées dure au moins un an et pourrait persister plusieurs années. Mieux encore : après une seule injection de vaccin, ces personnes semblent développer une immunité extrêmement robuste, capable de résister aux nouveaux variants. C’est ce que démontrent des publications consacrées à la réponse immunitaire face à une infection naturelle au Covid-19, parues en mai dans des revues ou en prépublication (avant relecture par les pairs). Des résultats très encourageants, alors que beaucoup de pays profitent de l’accalmie de l’été pour accélérer la vaccination de leur population et tenter de reprendre le contrôle de l’épidémie.

Tout d’abord, plusieurs études démontrent que la présence d’anticorps persiste dans l’organisme, alors que de premiers résultats soulignaient une forte décroissance au bout de quelques mois. Ces protéines sécrétées par l’organisme pour identifier et neutraliser le virus sont détectables chez les personnes infectées jusqu’à treize mois après la rencontre avec le Covid-19, affirme l’équipe de Samira Fafi-Kremer, directrice de l’institut de virologie de Strasbourg, qui a mené une étude sur les personnels de santé du CHU de la ville, publiée en preprint le 15 mai. Les anticorps seraient fabriqués en nombre tant que le pathogène est présent dans l’organisme, avant de rapidement diminuer dans les sept mois suivant l’infection, pour finalement se stabiliser à un niveau plus bas mais constant.

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« On savait que les taux d’anticorps ne restent jamais très hauts dans le sang, mais comme c’est un virus respiratoire et qu’on ne suit pas en général leur sérologie dans le temps, personne n’osait trop s’avancer sur le sujet, explique Samira Fafi-Kremer.Là, on observe finalement que les anticorps restent stables de manière persistante et c’est une très bonne nouvelle. » En effet, si le corps conservait sur le long terme les niveaux d’anticorps produits lors de ses infections successives, le sang se transformerait rapidement en une épaisse bouillie.

Lymphocytes B « mémoires »

Cette cinétique des anticorps en deux phases – décroissance puis stabilisation – signale une transition entre deux types de cellules sécrétant ces protéines : les plasmablastes, ayant une vie courte, cèdent le pas « à une population plus petite mais plus persistante de cellules à longue durée de vie, générées plus tard dans la réponse immunitaire », écrivent les chercheurs de l’équipe américaine d’Ali H. Ellebedy dans une étude publiée dans la revue Nature le 24 mai.

Ces plasmocytes à longue durée de vie représentent l’un des deux bras de la mémoire immunitaire. Nichés dans la moelle osseuse, ils continuent à sécréter des anticorps contre le SARS-CoV-2 de longs mois après l’infection. Ils « sont donc nécessaires pour maintenir une protection immunitaire durable », écrivent les chercheurs du Missouri.

Mais la présence d’anticorps dans le sang n’est pas le seul indicateur de la durée de l’immunité. Plusieurs études montrent la présence, dans le corps des personnes infectées, de cellules appelées les lymphocytes B « mémoires » qui, en cas de réinfection, peuvent rapidement se transformer en cellules sécrétant des anticorps.

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« Les plasmocytes font des anticorps qui durent très longtemps, mais qui resteront efficaces seulement contre le variant initial, tandis que les lymphocytes B mémoires permettent d’avoir une réponse beaucoup plus variable » et sont capables de s’adapter aux variants, souligne Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et des maladies infectieuses à l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil (Val-de-Marne).

On savait que ces cellules mémoires persistaient au moins six mois, mais l’équipe de Michel Nussenzweig, de l’université Rockefeller, à New York, a démontré dans une prépublication diffusée le 9 mai que leur nombre reste relativement stable jusqu’à douze mois après l’infection. Pendant tout ce temps, les cellules subissent des mutations améliorant la qualité de leur réponse immunitaire et leur capacité à produire des anticorps neutralisants. « Globalement, la réponse qui se met en place après une infection semble être de qualité. Toutes ces données sont plutôt rassurantes sur l’immunité anti-SARS-CoV-2 », se réjouit Jean-Daniel Lelièvre.

Tout le monde ne développe pas la même immunité

Pour autant, tout le monde ne développe pas la même immunité. Sur les 19 personnes ayant accepté de subir, sept mois post-infection, des prélèvements de moelle osseuse dans le cadre de l’étude menée par Ali H. Ellebedy, 4 ne présentaient pas de plasmocytes à longue durée de vie détectables, et n’avaient que de très bas niveaux d’anticorps. « Même si vous êtes infecté, cela ne signifie pas que vous avez une super réponse immunitaire »en conclut Ali H. Ellebedy dans The New York Times. Selon le chercheur, ces résultats renforcent l’idée que les personnes ayant déjà contracté le Covid-19 doivent tout de même bénéficier d’une injection de vaccin.

Cette idée est confirmée par les travaux de Michel Nussenzweig qui, avec son équipe, a analysé le taux d’anticorps chez 63 personnes ayant été malades du Covid-19, à différents moments de leur convalescence (à un, six et douze mois post-infection). Environ 40 % de ces personnes ont reçu une dose de vaccin à ARN messager. L’étude montre que la vaccination augmente toutes les composantes de la réponse humorale – c’est-à-dire les lymphocytes B et les anticorps – et « que les personnes convalescentes qui reçoivent les vaccins à ARN messager disponibles[actuellement] produiront des anticorps et des cellules B mémoires qui devraient protéger contre les variants », peut-on lire dans l’étude.

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Cette injection de vaccin a augmenté la capacité de neutralisation du corps d’environ cinquante fois. « Clairement, la meilleure configuration, ce sont les gens qui ont eu une forme modérée du Covid-19, suivie d’une injection de vaccin : ce sont les cadors de la réponse immunitaire face au SARS-CoV-2 », commente Guy Gorochov, responsable du centre d’immunologie et des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. « Il est clair que la vaccination booste les anticorps et la mémoire, donc on peut espérer être protégé plusieurs années », renchérit Samira Fafi-Kremer.

Pertinence d’une troisième dose

La question qui demeure désormais est de savoir si ces bonnes nouvelles s’appliquent également aux personnes n’ayant jamais été infectées par le virus, mais disposant d’un schéma vaccinal complet (d’une à trois doses suivant les cas). « Le vaccin n’infecte pas nos cellules, donc il ne suscite pas la même réaction de rejet », et par conséquent pas la même qualité de réponse immunitaire, souligne Guy Gorochov. Même constat pour Samira Fafi-Kremer, qui insiste sur le fait que « l’immunité des personnes simplement vaccinées n’aura probablement pas la même robustesse que celle des personnes déjà infectées, car l’infection génère des anticorps contre plusieurs protéines du virus ».

Mais l’équipe de Michel Nussenzweig est optimiste : « Un rappel supplémentaire au moment approprié avec les vaccins disponibles pourrait couvrir la plupart des variants préoccupants », notent-ils dans leur prépublication. Ce « boost » vaccinal permettrait de se rapprocher le plus possible de la réponse immunitaire idéale, en augmentant considérablement le taux d’anticorps. C’est d’ailleurs ce que suggérait le patron français de Moderna, Stéphane Bancel, qui encourageait à « vacciner avec une troisième dose toutes les personnes à risque dès la fin de l’été »

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Au Royaume-Uni, le système national de santé publique (le NHS) mène actuellement des essais cliniques sur près de 3 000 volontaires totalement vaccinés pour examiner les effets d’une troisième dose. Différentes combinaisons seront étudiées, avec AstraZeneca, Pfizer-BioNTech, Moderna, Novavax, Valneva, Janssen et Curevac. Les résultats sont attendus en septembre.

Pour Jean-Daniel Lelièvre, « il y a une vraie pertinence de la troisième dose », car « avec un boost de vaccin, on a des anticorps contre quasiment tous les variants et la décroissance de ces anticorps est beaucoup plus longue ». Si ce genre de dispositif n’est pas encore prévu en France, le ministère de la santé affirme « anticiper toutes les options ». Un calendrier sera établi dans les prochains mois en fonction des recommandations de l’Agence européenne des médicaments et de la Haute Autorité de santé.

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Delphine RoucauteContribuer

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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