A chaque élection présidentielle, un événement « gravissime » venait perturber le jeu. Ajoutant même que « tout ça, c’est écrit d’avance » (Mélenchon) – Une vidéo du youtubeur d’extrême droite Papacito simulant l’exécution d’un électeur de La France insoumise (LFI)

Jean-Luc Mélenchon sème le trouble avec ses déclarations à propos des attentats et « événements gravissimes » précédant les élections

Invité dimanche 6 juin sur France Inter, le candidat à l’élection présidentielle a affirmé : « Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. » 

Par Abel MestrePublié le 06 juin 2021 à 22h19 – Mis à jour le 07 juin 2021 à 09h51  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/06/06/avec-ses-declarations-a-propos-des-attentats-et-evenements-gravissimes-precedant-les-elections-jean-luc-melenchon-seme-le-trouble_6083124_823448.html

C’est ce que l’on appelle un « dérapage » : quand un personnage politique de premier plan est l’auteur d’une déclaration qui a une déflagration telle qu’elle peut ostraciser ou, dans les cas les moins graves, handicaper durablement son auteur. C’est ce qu’il s’est passé dimanche 6 juin pour Jean-Luc Mélenchon. Invité de « Questions politiques » sur France Inter, dont Le Monde est partenaire, le candidat à la présidentielle a affirmé qu’à chaque élection présidentielle, un événement « gravissime » venait perturber le jeu. Ajoutant même que « tout ça, c’est écrit d’avance ».

Alors que le leader de La France insoumise (LFI) disait que « dans tous les pays du monde, ils ont inventé un type comme ça [comme Emmanuel Macron en 2016], qui ne sortait de rien et qui était porté par un système oligarchique », il précise alors sa pensée.

« Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Cela a été Merah en 2012. Cela a été l’attentat la dernière semaine sur les Champs-Elysées. Avant, on avait eu Papy Voise dont plus personne n’a jamais entendu parler après. Tout ça, c’est écrit d’avance. Nous aurons le petit personnage sorti du chapeau. Nous aurons l’événement gravissime qui va, une fois de plus, permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile. Voilà, c’est bateau tout ça. »

En mars 2012, le terroriste islamiste Mohammed Merah a tué sept personnes (trois militaires à Toulouse et à Montauban, trois enfants juifs et un enseignant d’un établissement privé juif, à Toulouse). Il fut abattu par le RAID lors d’un assaut dans la Ville rose.

Lire le récit : L’incroyable raté des services secrets dans l’affaire Merah

Paul Voise, un retraité de 72 ans, avait été agressé à son domicile à quelques jours de la présidentielle de 2002. Ce fait divers sera largement couvert par des chaînes de télévision, certains y voyant l’une des raisons de l’échec du socialiste Lionel Jospin lors du premier tour, le 21 avril, et la qualification de Jean-Marie Le Pen, le candidat du Front national face au sortant Jacques Chirac. En 2005, « l’affaire Voise » se conclut par un non-lieu.

Enfin, l’attentat sur les Champs-Elysées dont parle M. Mélenchon a eu lieu le 20 avril 2017. L’islamiste Karim Cheurfi avait alors tiré avec une kalachnikov sur un fourgon de police, tuant le conducteur, Xavier Jugelé, et blessant deux autres policiers avant d’être abattu. Une passante avait été touchée. Hasard du calendrier : le procès de cet attentat s’ouvre lundi 7 juin, devant la cour d’assises spéciale de Paris.

Lire aussi  Terrorisme : ouverture du procès de l’assassinat du policier Xavier Jugelé sur les Champs-Elysées

« Post-vérité »

Dimanche soir, c’est peu dire si les « insoumis » semblaient mal à l’aise. La plupart de ceux contactés par Le Monde – dont Jean-Luc Mélenchon – n’ont pas donné suite ou n’ont pas souhaité réagir. A l’exception d’Eric Coquerel. « Jean-Luc Mélenchon parlait de l’instrumentalisation qui peut être faite de ce genre d’événement, pour diviser, inciter au racisme. Il faut se souvenir de son discours place de la Bastille en 2012, juste après les attentats de Merah, précise le député de Seine-Saint-Denis. Quelqu’un d’honnête peut toujours dire que l’expression aurait dû être plus claire, mais laisser penser que Jean-Luc puisse relativiser ce genre de fait ou verser dans une forme de complotisme, c’est nier tout ce qu’il est. »

Dans un tweet, M. Mélenchon livre une justification alambiquée à ses déclarations. Comme souvent à LFI, notamment dans les situations les plus critiques, la meilleure défense est l’attaque : « Les complotistes anticomplotistes sont de sortie. Ils nient que les assassins font leur coup au moment qui fait parler d’eux. Propos ineptes. A moins que ce soit pour les couvrir. » Puis de renvoyer à un article du Figaro de 2017 qui l’aurait « inspiré » et qui listait « les attentats et faits divers qui ont bouleversé les campagnes présidentielles ».

Les complotistes anticomplotistes sont de sortie. Ils nient que les assassins font leur coup au moment qui fait par… https://t.co/rxz2k0x0oa— JLMelenchon (@Jean-Luc Mélenchon) 

Quelques minutes plus tard, sur Facebook, M. Mélenchon estime que tout cela n’est qu’un « mot monté en épingle par quelques gens influents », et qu’il est de nouveau victime d’un « harcèlement dont [il a] déjà fait l’objet dans le passé » qui relèverait « de la post-vérité ». « Ici, d’une émission d’une heure sur France Inter et Franceinfo, ce ne sont ni les accidents du travail, ni les féminicides, ni les subventions aux religions, ni Biden, ni rien qui ressort : juste un bon coup monté à partir d’une phrase, écrit le député des Bouches-du-Rhône. En gros, je résume : quand Le Pen récupère l’émotion d’un crime pour faire sa propagande, c’est génial ; quand quelqu’un met en garde contre ce type de manipulation, c’est qu’il est complice avec les meurtriers. Ainsi en vient-on à nier cette évidence que les meurtriers attendent le meilleur moment pour faire parler d’eux. »

Conséquences pour les élections

Chez les adversaires de LFI, l’indignation était en revanche majoritaire. Pour Aurore Bergé, députée La République en marche (LRM) des Yvelines et présidente déléguée du groupe LRM à l’Assemblée, « on est vraiment au-delà de la honte ». Clément Beaune, secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, avance, pour sa part, que « l’insinuation, c’est la négation de la démocratie », et évoque un « triste effondrement moral ».

L’insinuation c’est la négation de la démocratie. Triste effondrement moral. https://t.co/HGYranwPQR— CBeaune (@Clement Beaune) 

Ses anciens camarades socialistes ne sont pas en reste. « Il y a beaucoup de gens bien à LFI. Je n’imagine pas qu’ils puissent être d’accord avec ces propos, ni même les traiter comme des petits dérapages dont on s’accommode. C’est honteux, indigne pour les victimes de Merah et totalement parano/complotiste », a ainsi estimé la sénatrice socialiste Laurence Rossignol.

Il y a beaucoup de gens bien à #LFI. Je n’imagine pas qu’ils puissent être d’accord avec ces propos, ni même les tr… https://t.co/G7e9MmoDS2— laurossignol (@Laurence Rossignol) 

Julien Dray, ancien binôme de M. Mélenchon au sein du courant de la Gauche socialiste, abonde : « Pour un être aussi cultivé, les mots ont un sens… grave incident Merah ??? Franchement ce qui est grave, c’est de ne pas dire les choses… La langue française possède tous les mots forts pour cela. »

Pour un être aussi cultivé les mots ont un sens .. grave incident Merah .???…. Franchement ce qui est grave c’est… https://t.co/142kFtZNhg— juliendray (@Julien Dray) 

Reste à savoir quelles seront les conséquences de ces déclarations à la fois pour les élections régionales (LFI s’y présente dans des coalitions, dans quatre régions, ce sont des « insoumis » qui mènent les listes), mais surtout pour la présidentielle de 2022. M. Mélenchon bénéficie de sondages moins mauvais (entre 11 % et 13 % des intentions de vote) que ses adversaires à gauche. Il espère encore rassembler derrière lui et incarner une sorte de « vote utile » pour la gauche et les écologistes.

Alors que, petit à petit, il avait réussi à faire oublier l’épisode rocambolesque des perquisitions d’octobre 2018 à son domicile et au siège de son mouvement où on le voyait crier sur une vidéo « la République, c’est moi », ses dernières déclarations pourraient avoir un effet répulsif pour des formations comme le Parti socialiste, le Parti communiste français ou Europe Ecologie-Les Verts. Et hypothéquer toute dynamique unitaire.

Abel Mestre

Une enquête ouverte contre le youtubeur d’extrême droite Papacito pour provocation au meurtre

Dans une vidéo publiée dimanche sur YouTube, retirée de la plate-forme depuis, le vidéaste simule l’exécution d’un électeur de La France insoumise. 

Le MondePublié aujourd’hui à 13h19  https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/06/09/une-enquete-ouverte-contre-le-youtubeur-d-extreme-droite-papacito-pour-provocation-au-meurtre_6083462_3224.html

Temps de Lecture 1 min. 

Une enquête a été ouverte, mercredi 9 juin, pour provocation publique au meurtre à la suite de la diffusion d’une vidéo du youtubeur d’extrême droite Papacito simulant l’exécution d’un électeur de La France insoumise (LFI), a annoncé le parquet de Paris.

Dans le détail, l’enquête est ouverte du chef de « provocation publique non suivie d’effet à la commission d’atteintes à la vie ou à l’intégrité des personnes », selon le parquet. Les investigations ont été confiées à la brigade de répression de la délinquance contre la personne.

Papacito a diffusé une vidéo simulant le meurtre d’un électeur de LFI. Cette vidéo a été vivement dénoncée par le leader du mouvement et candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, qui a annoncé, lundi, le dépôt d’une plainte. Fabien Roussel (Parti communiste français), autre candidat à la présidentielle, a également annoncé « saisir le procureur » parce que les communistes y étaient aussi désignés comme cibles.

Lire le décryptage *: Jean-Luc Mélenchon contre-attaque en pointant la violence d’extrême droite

Coups de feu et coups de couteau

Dans sa vidéo publiée dimanche – qui a été supprimée depuis par YouTube après avoir été visionnée plus de 100 000 fois –, Papacito déclare : « Il y a 6 % de gens qui votent pour le parti de Jean-Luc Mélenchon dans ce pays, peut-être qu’ils seront démunis s’il se passe quelque chose de pas prévu dans les années prochaines ».

« Qu’est-ce qu’on peut faire pour ces gens-là ? », ironise le vidéaste identitaire affublé d’un treillis militaire. Il dit entreprendre de « voir si le matériel du mec qui vote Mélenchon lui permet de résister à une attaque terroriste potentielle sur le territoire », avant de tirer, aux côtés d’un ami, avec des armes à feu, sur le mannequin représentant un électeur de LFI, ensuite lardé de coups de couteau. « Alors, bien sûr, le but de cette vidéo n’est pas de vous engager à produire de la violence, elle est purement expérimentale », y précise le youtubeur aux 112 000 abonnés.

« Le gouvernement de la République condamne sans réserve et de la manière la plus ferme » cette vidéo, avait déclaré, mardi, le premier ministre, Jean Castex, à l’Assemblée nationale.

Le MondeContribuer

*Jean-Luc Mélenchon contre-attaque en pointant la violence d’extrême droite

En difficulté après ses propos sur l’attentat commis par Merah, le leader de LFI a dénoncé, lundi 7 juin, la « violence verbale » du blogueur d’extrême droite Papacito qui simule dans une vidéo l’exécution d’un électeur « insoumis ». 

Par Abel Mestre et Samuel LaurentPublié le 07 juin 2021 à 18h42, mis à jour hier à 09h40  

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/06/07/jean-luc-melenchon-contre-attaque-en-pointant-la-violence-d-extreme-droite_6083248_823448.html

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Début de la nouvelle lecture du projet de loi relatif à la bioethique à l Assemblee nationale. Le député Jean Luc Melenchon, profite de son temps de parole  pour évoquer la vidéo d’un youtubeur d’extreme droite et l’appel au meutre dont il se dit victime.  Paris, France le 7 juin 2021 -
Début de la nouvelle lecture du projet de loi relatif à la bioethique à l Assemblee nationale. Le député Jean Luc Melenchon, profite de son temps de parole  pour évoquer la vidéo d’un youtubeur d’extreme droite et l’appel au meutre dont il se dit victime.  Paris, France le 7 juin 2021 – JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

La contre-attaque de Jean-Luc Mélenchon aura pris moins de vingt-quatre heures. Dimanche 6 juin, le candidat (La France insoumise, LFI) à l’Elysée avait déclaré lors de l’émission de France Inter « Question politique » (dont Le Monde est partenaire) qu’à chaque élection présidentielle, un événement « gravissime » – il cite pêle-mêle les attentats de Mohammed Merah en 2012, « l’affaire Papy Voise »en 2002 et l’attentat sur les Champs-Elysées en 2017 – venait perturber le jeu, ajoutant que « tout ça, c’est écrit d’avance ».

Ses propos ont provoqué de nombreuses condamnations, notamment des socialistes et de la majorité présidentielle. Les « insoumis », eux, ont fait bloc autour du leader, expliquant peu ou prou que les gens avaient mal compris et que le député des Bouches-du-Rhône parlait en réalité « de l’instrumentalisation qui peut être faite de ce genre d’événements, pour diviser, inciter au racisme », selon la formulation d’Eric Coquerel, député (LFI) de Seine-Saint-Denis.

 Lire aussi  Jean-Luc Mélenchon sème le trouble avec ses déclarations à propos des attentats et « événements gravissimes » précédant les élections

C’est la mine grave que, lundi après-midi, M. Mélenchon a décidé de riposter à ce qu’il nomme un « coup monté » en braquant les lumières sur une vidéo d’un blogueur d’extrême droite, Papacito, qui simule l’exécution d’un électeur « insoumis ».

De responsable d’une saillie douteuse aux relents complotistes, M. Mélenchon est ainsi devenu la victime potentielle d’une extrême droite violente. Lors d’une courte allocution au siège de LFI, l’ancien socialiste a ainsi rappelé qu’il avait déjà fait l’objet de multiples menaces de mort et qu’il avait été visé par un projet d’attentat contre lui en 2017. Le tribun appelle de ses vœux depuis plusieurs semaines à l’organisation d’une marche contre l’extrême droite et pour les libertés publiques. Cette idée a été reprise par des militants de gauche, syndicalistes et de la société civile. Le défilé aura lieu le 12 juin à Paris.

« Une alerte à l’appel au meurtre »

Lundi, Jean-Luc Mélenchon a surtout lancé « une alerte à l’appel au meurtre ».« Qui que vous soyez, quelle que soit votre opinion à mon sujet, aucun d’entre vous n’approuve cette mise en scène. (…) Nous sommes soulevés par le dégoût. Je me place sous la protection de votre opinion. Je mets en garde face à la violence verbale qui nous désigne comme cibles », a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Je mets en garde contre le fait que cette vidéo est parue en fin de journée dimanche, alors même que commençait à s’orchestrer une odieuse manipulation de mes propos à propos des attentats qui ont eu lieu au cours des précédentes élections, et à propos desquels je veux renouveler l’expression de ma compassion pour les victimes et les familles de victimes. » Il a enfin appelé à « faire redescendre le niveau de violence verbale et en images » et a annoncé sa volonté de déposer plainte contre le youtubeur.

Saisie d’écran de l’allocution mise en ligne par le candidat à la présidentielle, Jean Luc Mélenchon, le 7 juin. LFI / YOUTUBE

La vidéo est d’une extrême violence. L’auteur le dit tout de go au début de son enregistrement : « Aujourd’hui, on va tester si le gauchisme est pare-balles. (…) Il y a 6 % de personnes dans notre pays qui votent pour le parti de Jean-Luc Mélenchon.(…) On va voir si le matériel de base du mec qui vote Jean-Luc Mélenchon va lui permettre de résister à la potentielle attaque d’un terroriste sur notre territoire. »On voit alors Papacito, vêtu d’un treillis militaire et d’un béret noir, se tenir aux côtés d’un autre youtubeur, Code ReinhoCe dernier n’est pas un inconnu de la fachosphère : cet ancien de l’infanterie de marine a une chaîne YouTube consacrée aux armes à feu. Elle affiche plus de 200 000 abonnés. Code Reinho revendique ouvertement ses sympathies d’extrême droite

.Lire aussi  Chassée de Twitter, l’extrême droite en ligne migre vers des réseaux sociaux alternatifs

Entre les deux hommes, un mannequin, à la peau noire, est vêtu d’un t-shirt orange floqué de termes d’argot d’extrême droite : « mediacuck », néologisme associant aux médias le terme anglais de « cuck » (« cocu ») ; et « dhimmi » , mot désignant les non-musulmans qui vivaient en terre d’Islam au Moyen Age, devenu un terme péjoratif pour fustiger toute personne coupable de compromission avec les musulmans. Le t-shirt porte également la mention « Je suis communiste ».

La scène suivante montre les deux hommes enchaînant les blagues sur les « gauchistes » stigmatisés pour leur manque de virilité, sur fond d’armes automatiques accrochées au mur, avant de passer au « test », qui consiste à tirer à l’aide de différentes armes sur le mannequin, placé devant un drapeau de Che Guevara. Après que le mannequin a été décapité par les balles, les deux hommes font mine de se questionner : « Sans tête, est-ce que tu peux encore dire de la merde sur la GPA [gestation pour autrui] et la PMA [procréation médicalement assistée] ? »

Des idées virilistes

Pendant la dernière séquence, les deux youtubeurs donnent des conseils pour se procurer légalement une arme, « afin de se faire respecter » des « sangliers qui vivent en ville » – allusion transparente aux personnes issues de l’immigration maghrébine – en ayant, par exemple, un permis de chasse. A la toute fin de la séquence, Papacito se filme donnant plusieurs coups de couteau dans le mannequin. Lundi après-midi, la vidéo avait déjà dépassé les 120 000 vues.

Moins populaire que ses homologues qui évoluent sur le même créneau nationaliste, comme Raptor Dissident ou Valek Noraj, Papacito – Ugo Gil Jimenez de son vrai nom – affiche tout de même un peu plus de 100 000 abonnés à sa chaîne YouTube qui, sous le couvert « d’humour », souvent raciste et misogyne, propage des idées virilistes et d’extrême droite.

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Ce Toulousain trentenaire, musclé, crâne chauve et barbe noire, s’est fait connaître comme blogueur avant de passer à la vidéo. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages publiés par les sulfureuses éditions Ring : FDP de la mode, sorti en 2018 et illustré par le caricaturiste d’extrême droite Marsault, ou encore Carnets de guerre l’année suivante.

Avec Raptor Dissident, Papacito a popularisé, en 2018, le projet « monte une équipe », proposant aux jeunes nationalistes de se rassembler par villes pour faire régner l’ordre.

Récemment, il a eu l’honneur d’être mentionné par le journaliste Eric Zemmour, sorte de figure tutélaire d’une frange de la droite dure et de l’extrême droite. Evoquant l’assassinat terroriste de l’enseignant Samuel Paty, ce dernier avait repris, le 3 juin sur CNews, une réplique du youtubeur : « Comme l’a dit mon ami Papacito, est-ce que Samuel Paty a senti un sentiment d’égorgement ou une réalité d’égorgement ? » Un soutien que le polémiste a réitéré lundi soir dans son émission sur CNews. Selon lui, cette vidéo serait « gaguesque »« du deuxième degré, du troisième degré », de « l’autodérision ».Lire l’éditorial du « Monde » : CNews, la stratégie de la haine

Abel Mestre et  Samuel Laurent

**L’ultradroite étend sa toile sur Internet, « super organe de propagande »

Dans une note que « Le Monde » a pu consulter, la sous-direction antiterroriste souligne l’influence croissante de « l’extrême droite violente » sur certains sites comme YouTube, vecteur privilégié pour tenter de recruter des sympathisants. 

Par Franck Johannès et Simon PielPublié le 25 mai 2021 à 17h29 – Mis à jour le 27 mai 2021 à 10h27  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/25/l-ultradroite-etend-sa-toile-sur-internet-super-organe-de-propagande_6081418_823448.html

AUREL

L’ultradroite – « l’extrême droite violente » pour les policiers – a massivement investi Internet et l’ensemble des plates-formes numériques, relève une note du 18 mai de la sous-direction antiterroriste (SDAT), que Le Monde a pu consulter. Ces groupuscules, souvent rivaux et composés d’à peine une dizaine de personnes, forment une nébuleuse difficile à identifier, qui « utilise Internet dans une logique de contre-hégémonie culturelle », notamment par l’intermédiaire de YouTube ou des jeux vidéo, pour recruter des sympathisants.

Leur nombre reste à peu près stable : les services de renseignement estimaient en 2004 que l’ultradroite comptait entre 2 500 et 3 500 personnes, des skinheads, identitaires, aux néonazis et aux hooligans. Le Service central du renseignement territorial (SCRT) évaluait en 2020 leur noyau à 1 000 personnes, et 2 000 sympathisants – dix fois moins qu’en Allemagne. Mais ces groupes « ont adopté une nouvelle stratégie organisationnelle en contournant leur dissolution par la constitution de réseaux locaux », indique la SDAT, particulièrement sur Internet.

Financement « low cost »

Ainsi, la plate-forme Pharos, qui vise à repérer les comportements illicites en ligne, a ouvert, en décembre 2018, une procédure contre le créateur d’une cagnotte Leetchi qui visait à financer un tueur à gages pour éliminer Emmanuel Macron. Ces groupuscules, à l’heure actuelle, « ne semblent pas faire appel à des montages financiers, ni à l’utilisation de cryptomonnaies », relève la note, mais une affaire de la SDAT en 2017 pour association de malfaiteurs terroriste « laissait entrevoir que la tête de réseau souhaitait acquérir des bitcoins pour financer sa structure ». Pour l’heure, les policiers estiment que le financement de ces groupes peut être qualifié de « low cost », mais « de nouveaux leviers pourraient leur permettre des actions de plus grande envergure ».

Lire aussi  Comment fonctionne Pharos, la plate-forme de signalement des contenus illicites en ligne ?

L’influence de l’ultradroite se fait, en revanche, réellement sentir « sur une galaxie de sites, de blogs, de groupes actifs sur des forums, de comptes ou de chaînes alimentés sur les différents réseaux sociaux ». Les policiers considèrent que ces groupuscules « utilisent de façon extrêmement agile l’ensemble de ces nouveaux territoires » pour y diffuser leurs idées et recruter. Certains « constituent des sites incontournables de la nébuleuse d’ultradroite », comme Egalité et réconciliation d’Alain Soral, Fdesouche (Français de souche), fondé en 2005 par Pierre Sautarel, ou VKontakte, un réseau social russe.

C’est cependant YouTube qui reste le vecteur privilégié de diffusion de la propagande d’ultradroite : des vidéos faciles d’accès permettent de séduire de nouveaux publics, notamment les jeunes. La SDAT observe que le réseau est l’un des moyens efficaces de recruter des partisans, en les attirant avec des contenus modérés, puis en les dirigeant vers des vidéos plus radicales : « YouTube joue ainsi un rôle majeur en termes de radicalisation », notent les policiers.

Des activistes pas faciles à identifier

L’autre pôle de recrutement passe par les jeux vidéo. Le site Jeuxvideo.com « est notamment réputé pour son forum », investi par l’ultradroite au début des années 2010. La SDAT cite le cas d’un jeune approché au cours d’une partie du jeu Fortnite. Il est testé avec des propos racistes ou antisémites ; s’il semble intéressé, il est invité à rejoindre un espace sur Discord, un réseau très populaire de discussion entre les joueurs.

Les policiers l’ont constaté en 2017 en région parisienne, lorsqu’un militant de l’ultradroite, déjà condamné en 2014 et 2016 pour « apologie du terrorisme » et « menaces de destruction par incendie de permanences électorales », cherchait à se procurer une arme par le biais de conversations privées sur le forum de Jeuxvideo.com. Plus classiquement, l’ultradroite « s’intéresse aussi à la micro-mécanique des armes à feu » et aux explosifs, grâce à des logiciels spécialisés ou à un livret anglais bien connu, qui recense les méthodes de confection d’engins explosifs artisanaux.

Nicolas Lebourg, membre du comité de pilotage du programme Violences et radicalités militantes en France (Vioramil) et spécialiste de l’extrême droite, a une position plus nuancée sur l’influence d’Internet, et constate que le passage à l’acte se produit, en réalité, souvent par des rencontres physiques. « Il y a un risque de survalorisation du Web, même s’il est important, c’est un super organe de propagande, indique l’historien. Les vidéos sont importantes pour la jeune génération, elles les conduisent vers des idées radicales, mais pas nécessairement jusqu’à une radicalisation violente. »

Lire aussi l’entretien : Nicolas Lebourg : « L’accélérationnisme, c’est la guerre raciale »

Les activistes de l’ultradroite ne sont pas toujours faciles à identifier, indique la SDAT, ils n’ont souvent pas de liens avec la délinquance ou la criminalité traditionnelle, et « l’absence de suivi des infractions en fonction des motivations idéologiques de leurs auteurs ne permet pas de produire des statistiques ou d’avoir une vision globale des faits » de l’ultradroite, regrette la SDAT. Une série de décrets du 4 décembre 2020 autorise cependant les services de renseignement de la police et de la gendarmerie à recueillir « les opinions politiques, les convictions philosophiques et religieuses ainsi que l’appartenance syndicale » – le Conseil d’Etat l’a autorisé en janvier.

Attirance pour l’Ukraine

L’antiterrorisme a cependant pu identifier, en 2017, un groupuscule clandestin, Organisation d’armées sociales – OAS, en mémoire des activistes de l’Algérie française –, composé d’une tête de réseau et de deux sections : l’une de renseignement, chargée d’identifier des islamistes afin de les dénoncer ou d’engager des représailles, et une seconde, chargée du financement et de la logistique. Ont également été démantelés le groupe Action des forces opérationnelles (AFO) ou les Barjols. Un rapport du Sénat sur la menace terroriste indiquait qu’au 1er février 2018, sur les 611 personnes détenues pour terrorisme, 505 appartenaient aux réseaux djihadistes et 28 à l’extrême droite activiste.

Lire aussi  Qui sont les Barjols, « bande d’autochtones » identitaires et anti-Macron ?

L’ultradroite vise principalement les musulmans, les juifs, les immigrés, les représentants de l’Etat et les réseaux d’influence, comme les loges maçonniques – six activistes ont encore été interpellés, le 4 mai, dans le Doubs et le Bas-Rhin, pour avoir projeté un attentat visant une loge, voire contre l’ancien grand maître du Grand Orient de France. « On recrute des chasseurs d’Arabes », proclamait le groupe OAS. « “Rebeux”, blacks, racailles, migrants, dealers, djihadistes. Toi aussi tu rêves de tous les tuer. Nous en avons fait le vœu. Rejoins-nous. »

La SDAT se propose ainsi d’investir davantage « le cyberespace, qui représente pour ces groupuscules, tout comme pour les organisations terroristes, un univers faiblement régulé qui amplifie les interactions sociales, y compris à l’international, et garantit l’anonymat de ses utilisateurs avertis ». Le service s’inquiète aussi de l’attirance, depuis 2014 et le conflit dans le Donbass, pour l’Ukraine, « devenue un lieu de combat pour les militants d’ultradroite », dans un pays vécu à l’extrême droite comme « une terre d’origine, un pays sans immigration ». Des activistes français pourraient bientôt rejoindre en plus grand nombre « le régiment d’Azov, une unité paramilitaire néonazie supplétive de l’armée ukrainienne, pour se former avant de revenir en France et passer à l’action », préviennent les enquêteurs.Lire aussi notre enquête de 2017 : La Hongrie, repaire de l’extrême droite mondiale

Franck Johannès et  Simon Piel

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/06/09/audrey-pulvar-rien-aucun-desaccord-politique-ne-peut-justifier-ni-la-violence-physique-ni-linsulte-a-legard-de-notre-president/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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