Patrick Pelloux est chargé d’une mission sur la radicalisation au sein des hôpitaux
Publié le 04/06/21 – 18h06
Repérer et diffuser des bonnes pratiques
Dans la lettre de mission datée du 17 mars, Olivier Véran indique que le ministère a engagé « une politique de prévention de la radicalisation des agents employés par les établissements de santé et médico-sociaux pour assurer la sécurité des personnes et des biens et contribuer à prévenir et lutter contre la radicalisation violente« . Ceci tout en veillant à « faire preuve de mesure et de discernement en vue d’éviter toute attitude pouvant conduire, à l’inverse, à des discriminations« . En complément des mesures prises au niveau interministériel, le ministère des Solidarités et de la Santé a « mis en place différents outils » à disposition des établissements, poursuit le ministre, à la fois pour répondre aux faits de radicalisation et organiser le signalement de ces mêmes faits et leur synthèse au niveau national (lire notre article).
Olivier Véran souhaite « renforcer ces actions » et a décidé en conséquent de « missionner » le Dr Patrick Pelloux pour « développer et animer cette politique de prévention et de lutte contre la radicalisation au sein des établissements de santé« . Il est ainsi chargé de « repérer les bonnes pratiques des établissements et à les confronter » à celles mises en place par les établissements publics relevant de la fonction publique d’État, de la fonction publique territoriales « ou du secteur sanitaire privé lucratif et non lucratif« . Il devra également proposer les moyens de diffusion de ces bonnes pratiques et « autant que possible, à les mutualiser au sein de l’ensemble des établissements publics de santé et du secteur public social et médico-social« .
Le ministre l’encourage à « faire toutes propositions et recommandations » qu’il jugera utile sur les évolutions à apporter aux dispositifs de signalement (repérage des situations de radicalisation, évolution des indicateurs de basculement, efficience des circuits de signalement, remontée des informations, etc.). Des évolutions sur les dispositifs de traitement des cas, sur la prévention ou encore sur l’accompagnement des équipes confrontées à un agent radicalisé, pourront aussi être préconisées.
Olivier Véran lui conseille de s’aider de travaux existants, tels le rapport d’information sur les services publics face à la radicalisation publié par les députés Éric Diard (LREM, Gironde) et Éric Poulliat (LR, Bouches-du-Rhône) en juin 2019 (lire notre article). Enfin, il propose à Patrick Pelloux qu’un « point d’étape » sur ses travaux puisse être réalisé « à la fin de l’année 2021« .
Le Gouvernement charge Patrick Pelloux d’une mission sur la radicalisation à l’hôpital
Par L.C. le 07-06-2021

Depuis deux mois, le président de l’Association des médecins urgentistes de France planche sur un rapport afin de recenser les faits de radicalisation et d’atteinte à la laïcité dans les établissements de santé. Il devrait transmettre son état des lieux et ses propositions d’ici la fin de l’année au ministère de la Santé.
“Ça entre dans le cadre de ce que veut le Gouvernement depuis l’assassinat du professeur Samuel Paty avec la mobilisation des grands services publics pour lutter contre la radicalisation”, a expliqué le Dr Patrick Pelloux dans un entretien au Huffington Post. Depuis deux mois, le médecin urgentiste s’est vu confier une mission par le Gouvernement sur la radicalisation dans les établissements de santé. Ce dernier devrait remettre son rapport à la fin de l’année au ministère de la Santé, a annoncé le site Hospimedia.
Concrètement, détaille le Huffington Post, l’urgentiste, placé sous l’autorité de la DGOS, devra recenser tous les faits liés à la radicalisation – les soignants agressés parce que certains exigent d’être “soigné par des femmes et non des hommes” illustre-t-il, et se confrontera aux divers “problèmes” sur “le terrain”. Un “énorme boulot”, selon l’intéressé. “On sait très bien que la radicalisation, sous toutes ses formes, de l’islam radical aux catholiques intégristes, leur terrain de prédilection pour faire du prosélytisme c’est la naissance, la mort, la santé.”
Dès l’annonce de cette mission dans les médias, nombre de médecins se sont indignés sur les réseaux sociaux, estimant qu’elle n’était pas prioritaire au regard de la crise de l’hôpital public et de l’épidémie de Covid-19. “C’est sûr que ce sujet est la priorité et l’urgence absolues du moment!” a par exemple réagi le directeur du groupement d’intérêt scientifique en épidémiologie des produits de santé, Epiphare, le Dr Mahmoud Zureik. L’interne star des réseaux sociaux Et Ça Se Dit Médecin a de son côté énuméré une liste de sujets prioritaires : le manque de lits, le harcèlement sexuel et moral ou encore les suicides.
C’est sûr que ce sujet est la priorité et l’urgence absolues du moment! https://t.co/W9uufM95iq
— Mahmoud Zureik (@MahmoudZureik) June 5, 2021
En pleine crise sanitaire @olivierveran et Patrick Pelloux s’attaque à des trucs que personne n’a jamais vu.
Si vous manquez d’idées pour vos missions en voici : sexisme, racisme, suicides, harcèlement sexuel et moral, manque de personnel, manque de lits, personnels sous-payés, pic.twitter.com/vguvxQ1oQa— Et ça se dit Médecin (@ecsdmed) June 6, 2021
Loin de s’attarder sur les critiques, Patrick Pelloux a estimé que la question de la radicalisation dans les établissements de santé était “un vrai sujet”, “indissociable de la laïcité”. “Si la mission peut servir, si ça peut servir à lutter contre certaines personnes qui se perdent dans des dogmes intégristes, c’est bien”, a confié celui qui travaillait à la rédaction de Charlie Hebdo, victime d’un attentat terroriste le 7 janvier 2015, précisant qu’il souhaitait éviter toute récupération politique de son travail.
[avec le Huffington Post et Hospimedia]
Patrick Pelloux est chargé d’une mission sur la radicalisation au sein des hôpitaux
Publié le 04/06/21 – 18h06
https://abonnes.hospimedia.fr/articles/20210604-societe-patrick-pelloux-est-charge-d-une-mission-29087bd6-99d9-45fc-b8c4-fc3020f48259
- Le ministère de la Santé a engagé une politique de prévention de la radicalisation des agents employés par les établissements de santé et médico-sociaux. Patrick Pelloux est dans ce cadre missionné pour l’animer et la développer au sein des hôpitaux.Le ministre des Solidarités et de la Santé a confié au Dr Patrick Pelloux une mission sur la radicalisation au sein des établissements de santé, a indiqué ce dernier à Hospimedia ce 4 juin. Médecin urgentiste exerçant au Samu de Paris basé à l’hôpital Necker-Enfants malades (Assistance-publique-hôpitaux de Paris, AP-HP), Patrick Pelloux préside notamment l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf). Placé auprès de la DGOS Katia Julienne pour cette mission, il a commencé ses travaux depuis plusieurs semaines et prévoit de remettre un prérapport vers la mi-septembre et un rapport final avant la fin de l’année.
Repérer et diffuser des bonnes pratiques
Dans la lettre de mission datée du 17 mars, Olivier Véran indique que le ministère a engagé « une politique de prévention de la radicalisation des agents employés par les établissements de santé et médico-sociaux pour assurer la sécurité des personnes et des biens et contribuer à prévenir et lutter contre la radicalisation violente« . Ceci tout en veillant à « faire preuve de mesure et de discernement en vue d’éviter toute attitude pouvant conduire, à l’inverse, à des discriminations« . En complément des mesures prises au niveau interministériel, le ministère des Solidarités et de la Santé a « mis en place différents outils » à disposition des établissements, poursuit le ministre, à la fois pour répondre aux faits de radicalisation et organiser le signalement de ces mêmes faits et leur synthèse au niveau national (lire notre article).
Olivier Véran souhaite « renforcer ces actions » et a décidé en conséquent de « missionner » le Dr Patrick Pelloux pour « développer et animer cette politique de prévention et de lutte contre la radicalisation au sein des établissements de santé« . Il est ainsi chargé de « repérer les bonnes pratiques des établissements et à les confronter » à celles mises en place par les établissements publics relevant de la fonction publique d’État, de la fonction publique territoriales « ou du secteur sanitaire privé lucratif et non lucratif« . Il devra également proposer les moyens de diffusion de ces bonnes pratiques et « autant que possible, à les mutualiser au sein de l’ensemble des établissements publics de santé et du secteur public social et médico-social« .
Le ministre l’encourage à « faire toutes propositions et recommandations » qu’il jugera utile sur les évolutions à apporter aux dispositifs de signalement (repérage des situations de radicalisation, évolution des indicateurs de basculement, efficience des circuits de signalement, remontée des informations, etc.). Des évolutions sur les dispositifs de traitement des cas, sur la prévention ou encore sur l’accompagnement des équipes confrontées à un agent radicalisé, pourront aussi être préconisées.
Olivier Véran lui conseille de s’aider de travaux existants, tels le rapport d’information sur les services publics face à la radicalisation publié par les députés Éric Diard (LREM, Gironde) et Éric Poulliat (LR, Bouches-du-Rhône) en juin 2019 (lire notre article). Enfin, il propose à Patrick Pelloux qu’un « point d’étape » sur ses travaux puisse être réalisé « à la fin de l’année 2021« .
Patrick Pelloux en mission (décriée) sur la radicalisation à l’hôpital
Le médecin urgentiste donne au « HuffPost » les détails de cette mission qui doit contribuer à « lutter » contre ceux « qui se perdent dans des dogmes intégristes. »

POLITIQUE – “Je ne suis pas un lâche.” Voilà les mots de Patrick Pelloux quand on lui demande pourquoi il a accepté sa nouvelle mission. Le médecin parisien, visage familier du grand public depuis le fracas de l’attentat contre Charlie Hebdo en 2015, s’occupe depuis plusieurs semaines de dresser une sorte de “bibliographie sur les faits” de radicalisation ou d’atteintes à la laïcité à l’hôpital.
Le but? Produire un rapport, force de propositions, à l’adresse du ministre de la Santé pour la fin de l’année 2021. ”Ça entre dans le cadre de ce que veut le gouvernement depuis l’assassinat du professeur Samuel Paty avec la mobilisation des grands services publics pour lutter contre la radicalisation”, explique au HuffPost, ce samedi 5 juin, celui qui est également le président de l’Association des médecins urgentistes de France, confirmant ainsi une information du site spécialisé Hospimedia.
Et Patric Pelloux d’ajouter: “Il y a eu un travail dans les transports, dans l’Education nationale, à l’Intérieur, et il manquait quelque chose pour la santé.” C’est donc chose faite, avec cette mission initiée il y a moins de deux mois, à l’abri des regards. Mais à peine lancée, et révélée, là voilà qui suscite des crispations.
Un sujet secondaire?
Car pour certains professionnels, qui l’expriment notamment sur les réseaux sociaux, le sujet est bien secondaire au regard des nombreux autres défis et difficultés de l’hôpital public, qui plus est en pleine pandémie de coronavirus. “T’inquiète mec, à l’hôpital maintenant tu pourras mourir d’un infarctus parce qu’on avait pas de place mais sache qu’on a été traqué si un infirmier faisait pas sa prière dans un couloir”, ironise notamment la médecin engagée Sabrina Ali Benali sur Twitter, quand le Collectif Inter Urgences réagit par une suite de points d’interrogation, laissant peu de doute sur sa perplexité.
T’inquiète mec,
À l’hôpital maintenant tu pourra mourir d’un infarctus parce qu’on avait pas de place mais sache qu’on a été traquer si un infirmier faisait pas sa prière dans un couloir. https://t.co/bN2h68VKI2— Sabrina AliBenali (@DrSabrinaaurora) June 5, 2021
C’est sûr que ce sujet est la priorité et l’urgence absolues du moment! https://t.co/W9uufM95iq— Mahmoud Zureik (@MahmoudZureik) June 5, 2021
????????? @PatrickPellouxhttps://t.co/UnPIV6sZaS— L’Inter-Urgences (@InterUrg) June 5, 2021
Patrick Pelloux connaît ces griefs. “S’il ne fallait écouter que les critiques, on resterait chez nous à manger du Nesquik”, nous dit-il, en estimant que la question de la radicalisation dans les établissements de santé est un “vrai sujet”, par ailleurs “indissociable de la laïcité.”
“J’ai laissé mes meilleurs amis par terre à cause d’un attentat terroriste. Je ne suis pas un lâche, si la mission peut servir, si ça peut servir à lutter contre certaines personnes qui se perdent dans des dogmes intégristes, c’est bien”, ajoute l’urgentiste au HuffPost, en référence à l’assassinat terroriste d’une partie de la rédaction de Charlie Hebdo, dont il était membre, le 7 janvier 2015.
Concrètement, le médecin, placé sous l’autorité de la patronne de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) Katia Julienne, recense pour l’instant tous les différents faits pouvant toucher de près ou de loin à sa mission, avant d’aller “sur le terrain” pour se confronter aux “problèmes.” “C’est un boulot énorme”, souffle Patrick Pelloux, en citant pêle-mêle, les médecins tabassés ou agressés en lien avec les exigences de certains d’être “soigné par des femmes et non des hommes”, le “détournement” des lieux de culte dans les établissements de santé par des mosquées avoisinantes ou la question des signes religieux ostentatoires dans certains hôpitaux.
Bien insouciants sont ceux qui n’ont pas envie de voir les problèmes qui existentPatrick Pelloux
“On sait très bien que la radicalisation, sous toutes ses formes, de l’islam radical aux catholiques intégristes, leur terrain de prédilection pour faire du prosélytisme c’est la naissance, la mort, la santé”, estime Patrick Pelloux, avant d’ajouter: “Bien insouciants sont ceux qui n’ont pas envie de voir les problèmes qui existent. On ne peut pas les mettre sous le tapis.”
Contacté par Le HuffPost quant aux contours et aux attendus de ce travail, le ministère de la Santé n’avait pas donné suite dans l’immédiat. Patrick Pelloux affirme en revanche vouloir tout faire pour éviter la récupération politicienne de son travail, à un an de l’élection présidentielle. “Je ne suis pas un perdreau de l’année je sais bien que nous sommes dans une période pré-électorale”, nous dit-il, en assurant qu’il ne ferait pas de rapport “pour dénigrer la religion, mais pour réaffirmer l’importance d’une santé qui soit dans la droite ligne de la laïcité.”
À voir également sur Le HuffPost: Macron pointe la responsabilité de la République dans le séparatisme islamiste
« Je ne suis pas un lâche, j’ai immédiatement accepté »: la mission sensible du Dr Pelloux sur la radicalisation à l’hôpital
Par Marion Jort le 16-06-2021

Quatre mois après l’assassinat de Samuel Paty, le président de l’Association des médecins urgentistes de France, le Dr Patrick Pelloux, a été chargé par le ministère de la Santé de réaliser un état des lieux de la radicalisation dans les établissements de santé français. Engagé sur le sujet depuis l’attentat de Charlie Hebdo, l’ancien collaborateur du journal satirique travaille depuis trois mois sur ce rapport et transmettra, avant la fin de l’année, des propositions pour prévenir les faits de radicalisation dans le monde hospitalier. Pistes de réflexion, risque de récupération politique, médecine de ville oubliée… Il revient, pour Egora, sur les grandes lignes de sa mission.
Egora.fr : Comment est née cette mission et pourquoi l’avoir acceptée ?
Dr Patrick Pelloux : Il y a quelque temps, il y a eu un problème dans un hôpital à cause d’un imam qui faisait du prosélytisme. Le problème a été résolu et Katia Julienne [directrice de la Direction générale de l’offre de soins, NDLR] a eu l’idée de cette mission. Plus largement, depuis l’attentat visant Samuel Paty, des directives importantes de la part du Gouvernement ont été données pour lutter contre le radicalisme religieux et trouver des solutions pour le freiner. Sans dire que c’est une énorme vague, il y a un sujet. Le ministère de l’Éducation nationale a fait un travail formidable, et tous les ministères globalement ont fait un travail sur cette question, celui de l’Intérieur, celui des Transports… Le ministère de la Santé aussi se posait des questions. Katia Julienne m’a donc appelé en me disant : “Écoutez, je crois qu’il n’y a que vous qui puissiez travailler sur le sujet.” Évidemment, je ne suis pas un lâche, j’ai immédiatement accepté. J’ai accepté de la faire, car depuis les attentats de Charlie Hebdo où j’ai perdu mes amis à cause d’un attentat islamique, ma seule priorité est de défendre la nation contre le terrorisme, et de défendre la laïcité.
Quelle est votre mission exactement ?
Définir ce qu’est la radicalisation dans les hôpitaux et comment faire de la prévention sur la radicalisation dans les hôpitaux. Il ne s’agit pas de faire quelque chose de révolutionnaire, pour dénoncer, mais bien de proposer des choses. Dans le cadre de cette mission, depuis le mois de décembre, des “responsables radicalisation” ont été nommés dans les ARS pour mesurer ce que cela représente et je travaille avec eux. Certificats de virginité : « Punir les médecins ne résoudra pas le problème du séparatisme »
Votre rapport concerne à la fois les patients et les soignants ?
La radicalisation est indissociable de la notion de laïcité, c’est important. Il y a deux éléments importants. Le premier concerne les soignants. Il y en a qui sont un peu égarés dans le prosélytisme, mais…
ce n’est pas énorme. Le deuxième concerne les malades, comme ceux qui refusent parfois des soins faits par des hommes. Et puis, cela touche aussi, par exemple, des associations cultuelles qui font du prosélytisme de “la vie” sur les soins palliatifs. Il y a aussi tout un sujet sur l’aumônerie, les actes religieux à l’intérieur de l’hôpital, où on nous a déjà signalé des exemples de lieux de culte qui sont soi-disant des lieux multiculturels et qui sont en fait repris par des salafistes.
Il faut trouver des moyens pour solutionner ces problèmes, car ceux qui sont en première ligne, ce sont les directeurs d’hôpitaux. Eux ont pour mission de faire valoir la laïcité et de lutter contre toutes les formes de radicalisme. Évidemment, le plus en développement en ce moment, c’est le radicalisme islamique, mais il y a d’autres radicalismes religieux, qu’il ne faut pas oublier.
Votre mission concerne-t-elle toutes les religions ?
Oui, toutes. La religion a toujours été très liée au système de santé, elle s’est toujours servie du système de santé pour exister. Ceci de la naissance à la mort, comme avec “tu accoucheras dans la douleur”, ou tous les sacrements… Ça fait partie des croyances religieuses. La santé, elle, a toujours reconnu cette liberté de choix religieux. Les gens qui croient ont besoin de croire et il faut les laisser croire. Ça ne concerne pas simplement les quatre religions monothéistes, j’ai déjà vu des religions inconnues avec des gens qui croient à un autre Dieu ou à un autre symbole. La santé se veut extrêmement tolérante. Le problème, c’est que la religion doit aussi être tolérante envers la santé. Et c’est là où ça ne va plus. Religion à l’hôpital : un guide pour le respect de la laïcité
Il y aura donc, à l’issue de votre travail, un constat et des propositions ?
Une première partie sera bibliographique. Je veux partir des racines, c’est-à-dire de la loi 1905 et de ce qui a construit la laïcité à l’hôpital. Il faudra tout rappeler, y compris les textes de loi qui ont été votés, comme…
ceux sur les signes ostentatoires. Outre cette partie bibliographique, il va y avoir des entretiens. Par exemple, je vais devoir rencontrer les doyens à l’université sur cette question des signes ostentatoires. On autorise des étudiants à avoir des signes ostentatoires dans les amphithéâtres, qui sont au sein des facultés. Ça interpelle. Le Pr Riou, doyen d’une faculté de médecine, avec qui j’en avais parlé il y a longtemps, m’avait dit que ça ne le concernait pas. Que des universitaires disent que ça ne les concerne pas, je trouve ça dramatique, parce que personne, sur la montée de la radicalisation et la défense de la laïcité, surtout dans le corps universitaire, peut dire que ça ne le concerne pas. Je voudrais donc les rencontrer pour en parler à nouveau.
Une fois ce travail achevé, le rapport permettra de comprendre ce qu’il en est de la radicalisation religieuse à l’intérieur de l’hôpital et ce qu’il faudrait faire. Voyez par exemple, quand une mosquée salafiste ferme et que d’un coup l’ensemble des représentants de la mosquée se retrouve à l’hôpital et profite du lieu œcuménique, ça pose question. Le directeur de l’hôpital est seul face à des personnes radicalisées, donc il faut qu’on lui apporte des solutions. Moi, je suis là pour faire un rapport qui permet de réfléchir ou de donner des idées.
Certains soignants regrettent que la priorité soit donnée à ce sujet, alors que la crise sanitaire a fait émerger nombre de dysfonctionnements et de problèmes à l’hôpital. Comprenez-vous leur réaction ?
Il n’y a pas de petit problème quand il s’agit des valeurs de l’hôpital public. Quand vous avez un médecin qui se fait tabasser parce qu’il a ausculté une femme et que son mari n’est pas content, ça intéresse l’hôpital public. Quand l’hôpital public est gêné de travailler dans ses missions parce que ça ne plaît pas à telle ou telle religion, ça regarde l’hôpital public. Pendant la crise du Covid, il n’y a pas eu de diminution des problématiques de radicalisation et on l’a d’ailleurs vu avec la décapitation de Samuel Paty. Cet acte terroriste doit nous interpeller. Il était enseignant, il s’agit du service public. Je vous rappelle que l’Education nationale, c’est le service public qui forme les générations futures, y compris celles de soignants. On est tous concernés par ce sujet. Il n’y a pas de petit débat par rapport à tout ça et ce n’est pas rédhibitoire par rapport aux mobilisations qu’il y a l’hôpital. Ma vie, et ce que j’ai connu avec les attentats de 2015 qui m’ont concerné de plein fouet, font que d’un coup je suis totalement engagé dans cette mission. Charlie, Bataclan… quels traumas après les attentats ?
Un tel état des lieux pourrait-il permettre d’améliorer les conditions de travail des soignants au quotidien ?
Je l’espère, c’est pour ça que je travaille sur le sujet. Récemment, j’ai recueilli le témoignage d’une infirmière qui travaillait en psychiatrie. L’un des psychiatres avec lequel elle travaillait était en charge des jeunes ados radicalisés avec l’Islam, et elle, elle s’inquiétait de…
constater la montée de la radicalisation chez les jeunes malades. Or le psychiatre ne comprenait pas où était le problème. Elle a démissionné tellement elle se sentait désœuvrée. Ça veut dire que nous devons avoir une réflexion là-dessus. Des soignants sont empêchés dans leur quotidien. Et puis, ce dont je me rends de plus en plus compte, c’est que c’est aussi lié au sujet du sexisme à l’hôpital. Vous avez des soignants qui mettent en avant le religieux pour instaurer une sorte de sexisme à l’hôpital entre soignants.
Des libéraux, notamment le syndicat des médecins libéraux, regrettent que cette mission ne concerne pas la ville. Le SML demande d’ailleurs qu’une mission parallèle soit menée pour établir un diagnostic de la situation et proposer des mesures de prévention. Comprenez-vous leur position ?
Je tiens à rassurer le SML, ma mission est suffisamment large pour les écouter. Je considère que l’hôpital ne peut pas fonctionner comme la ville mais je rencontrerai les présidents de syndicats libéraux pour parler de cette mission. Ils ne seront pas oubliés, c’est mal me connaître.
Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce rapport ?
C’est une mission qui a débuté il y a trois mois. Je rendrai un pré-rapport fin septembre. Je dois avouer que je suis surpris par tous les exemples qu’on me donne et tout ce que ça représente. Il y a même des sujets dans le sujet, comme le radicalisme dans la psychiatrie. Il va falloir rencontrer les psychiatres pour en parler, notamment pour évoquer les moyens accordés aux centres qui accueillent les enfants qui rentrent de Syrie, les enfants des gens de Daesh.
Les élections présidentielles se déroulent dans moins d’un an. Ne craignez-vous pas une récupération politique de votre rapport ?
Je ne tomberai pas dans le panneau. C’est pour cette raison que je veux travailler à fond pour rendre le rapport avant décembre et éviter de tomber dans le sprint des présidentielles. Ce rapport sera sans concession. Tout ce qui sera dit dedans sera étayé par des exemples et des argumentaires, ce qui cassera la récupération éventuellement politique. Mais de toute façon, c’est un rapport qui sera politique car il touche des socles sociaux de notre République, la santé et la laïcité, qui sont des sujets politiques. Je veux, à travers cette mission, être un rapporteur de faits par les preuves. « Un carnage » : le témoignage poignant de Patrick Pelloux au procès de Charlie Hebdo
On devine que cette mission vous tient à cœur…
Complètement. Ce qui me porte, ce sont les valeurs de celles et ceux qui sont tombés sous les balles des islamistes. Je veux être à la hauteur de Samuel Paty et des valeurs qu’il portait pour la laïcité et de mes amis qui sont morts à Charlie Hebdo. J’espère que ce rapport peut faire changer les choses, il faut toujours y croire.