Glissement de la droite « dite républicaine » LR et LREM vers l’extrême (revue de presse) – Macron célèbre Napoléon mais pas « la Commune de Paris »

Régionales : en Auvergne-Rhône-Alpes, le durcissement de la droite se banalise et les gauches avancent désunies

Par Richard Schittly, Lyon, correspondant

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Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et candidat (LR) à sa réelection, Laurent Wauquiez à Rillieux-la-Pape, le 25 mai 2021.
Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et candidat (LR) à sa réelection, Laurent Wauquiez à Rillieux-la-Pape, le 25 mai 2021. PHILIPPE DESMAZES / AFP

Laurent Wauquiez, le président (LR) sortant, chasse sur les terres du RN et a fait de la sécurité sa priorité. Pour son retour en politique, Najat Vallaud-Belkacem essaye de rassembler les gauches derrière elle, et les écologistes espèrent profiter de la « vague verte » des municipales.

L’échange est presque passé inaperçu, lors de la dernière session du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes (AURA), le 29 avril. Entre deux délibérations, Laurent Wauquiez (Les Républicains, LR) rend un vibrant hommage à Charles Perrot, président du groupe du Rassemblement national (RN). « Nous partageons la volonté du redressement de notre pays. Je suis convaincu que cela peut commencer par notre région », dit l’ancien porte-parole du gouvernement Fillon à l’élu RN de l’Isère. Pas d’incompatibilité majeure, une perspective nationale.

Pour sa dernière séance avant la campagne, M. Wauquiez, 46 ans, trace les lignes de la droite : ouverte à l’extrême droite. L’allégeance ne semble émouvoir personne, dans cette assemblée qui a vu chuter Charles Millon en 1998. A l’époque, l’élu (UDF) avait provoqué un séisme et plombé sa carrière politique en passant un accord avec le frontiste Bruno Gollnisch, pour tenter de sauvegarder son fauteuil régional. Un quart de siècle plus tard, le durcissement de la droite se banalise dans la deuxième région de France.

Avec 36 % d’intentions de vote, Laurent Wauquiez devancerait de seize points le RN au premier tour, selon une enquête IFOP-Fiducial menée du 17 au 21 mai auprès d’un échantillon de 993 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1 101 personnes, représentatif de la population Auvergne-Rhône-Alpes, pour Lyon Capitale et Sud Radio. La liste de La République en marche (LRM) est située en troisième position à 14 %, suivie des écologistes (12 %), du Parti socialiste (11 %), et de la liste communistes-« insoumis » (6 %).

Trois autres listes se sont déclarées à la préfecture : Lutte ouvrière (LO) ; « Union essentielle », proche du mouvement antimasques et des positions de l’ancien candidat à la présidentielle François Asselineau, et une liste communautariste (« l’Union des démocrates musulmans de France »). En tout, neuf listes se présentent au premier tour des élections régionales d’AURA.

« Il nous asphyxie »

Dès le début de son mandat, M. Wauquiez a voulu installer une crèche de Noël dans le hall du siège de la région, ainsi qu’instaurer la « clause Molière », visant à imposer la langue française dans l’attribution des marchés des travaux publics.

Ces initiatives ont été retoquées par la justice administrative, mais leur motivation civilisatrice refait surface avec force, au moment où l’ex-président de LR brigue un deuxième mandat régional. « Je n’ai jamais caché mon refus total de toute compromission par rapport au sujet de l’islamisme et du communautarisme », déclare ainsi le candidat à sa réélection, dès son premier discours de campagne, le 11 mai à Tarare (Rhône).

Son affiche électorale montre un horizon rural, avec l’église en évidence au centre du village. A ceux qui y verraient une référence à la célèbre affiche de la campagne gagnante de François Mitterrand en 1981, l’entourage du président sortant précise : « Nous, nous n’avons pas gommé l’église. »

LE MONDE

A chaque discours, Laurent Wauquiez égrène les faits divers récents, rappelle l’installation de 6 000 caméras de surveillance durant sa présidence, et promet de financer les équipements de polices municipales. « Notre priorité absolue, c’est le retour de la sécurité », insiste-t-il, le 18 mai, en présentant la liste LR de la métropole de Lyon.

En s’emparant des thèmes régaliens de l’autorité, sans s’attarder sur les principales compétences de la région (transports, lycée), l’ancien ministre préempte les thèmes de prédilection de Marine Le Pen. A un journaliste de l’hebdomadaire Tribune de Lyon qui lui demande pour qui il voterait en cas de candidat du RN au second tour en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), Laurent Wauquiez entretient le flou : « Je ne vote pas en PACA. »

Son avance dans les sondages le met à l’abri des risques d’implosion que subit LR dans d’autres régions. Pour limiter toute tentation de défection, le patron de la droite régionale a rempli ses listes d’élus du parti. Tous les cadres LR figurent parmi les trente-sept candidats de la liste de la métropole de Lyon.

Rare exception, Sarah Bodhuin, en vingt-deuxième position, s’est fait remarquer à la tête d’une association de riverains dénonçant les nuisances et les rodéos dans la Presqu’île lyonnaise. Sa récupération dans le giron LR démontre que le président sortant n’entend pas laisser au RN la captation des colères et des peurs. « Il fait du Front. Il nous asphyxie », soupire Christophe Boudot, tête de liste du Front national lors du précédent scrutin. Désormais chargé de la liste RN du Rhône, l’élu du Beaujolais reconnaît que la partie est compliquée face à M. Wauquiez.

Transfuges tous azimuts

Les instances nationales du RN ont parié sur un renouvellement des cadres, en confiant la tête de liste à Andréa Kotarac, 32 ans, ancien conseiller régional, élu en 2015 sous la bannière de La France insoumise (LFI). Partisan du localisme « contre le mondialisme et l’islamisme », le candidat RN concentre ses attaques contre le président sortant. « Il est venu sur nos thèmes mais il est beaucoup dans la communication, le racolage. Il a mis en place un système clientéliste en instaurant un référent LR dans chaque département, chargé de filtrer tous les dossiers remontant à la région », affirme M. Kotarac, en présentant ses listes, le 20 mai.

« Nous sommes les véritables challengeurs. Muselier, Pécresse, les LR sont en train de craquer de partout »,scande le chef de file du parti lepéniste, en rappelant que Laurent Wauquiez avait favorisé l’alliance des candidats LR avec Gérard Collomb (ex-LRM) lors des dernières élections métropolitaine et municipale à Lyon.

En ces temps de transfuges tous azimuts, Andréa Kotarac se félicite que Stéphane Blanchon, ex-secrétaire de la fédération santé de l’UNSA (exclu du syndicat), mène la liste RN de la Drôme. Il annonce tout aussi fièrement qu’un vice-président (LR) du département du Rhône vient de passer sous la bannière du RN. Ancien maire d’Oingt, Antoine Duperray a choisi de rejoindre la liste lepéniste pour les élections départementales. L’annonce a jeté un froid au sein de l’exécutif départemental présidé par Christophe Guilloteau (LR), candidat à sa réélection.

Face au bloc des droites, l’opposition avance en ordre pour le moins dispersé. Macroniste de la première heure, Bruno Bonnell, 62 ans, allié au MoDem, cherche à reproduire la dynamique originelle du parti présidentiel. L’ancien entrepreneur compte plus de la moitié des candidats sans aucun mandat électif sur ses listes LRM. « Nous faisons le pari de la jeunesse et du renouveau », assure le député du Rhône, pour qui « cette élection n’est ni un marchepied pour l’élection présidentielle ni un prétexte à querelles idéologiques ».

M. Bonnell vise aussi bien Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, ou Valérie Pécresse, rivaux potentiels d’Emmanuel Macron, que ses adversaires écologistes et socialistes, qu’il juge « trop dogmatiques ». En posant avec son chien sur son affiche électorale, le chef de file LRM prend le contrepied des thématiques anxiogènes, en espérant remotiver les déçus du mouvement lancé par le président de la République.

Un « cluster des gauches » espéré

Pour son retour en politique, Najat Vallaud-Belkacem, 43 ans, affronte une partie difficile, créditée de 10 % à 12 % des intentions de vote, dix points en deçà du premier tour de Jean-Jack Queyranne en 2015.

L’ancienne ministre socialiste de l’éducation cherche à mobiliser l’électorat jeune. Comme le 10 avril sur Instagram, lorsqu’elle échange longuement avec une jeune star des réseaux sociaux. Seule face à son téléphone, l’ancienne élue de Lyon joue la spontanéité, jusqu’au moment où son image se brouille, faute de réseau.

A l’image d’une campagne en demi-teinte, compliquée par les barrières sanitaires, Najat Vallaud-Belkacem espère provoquer un « cluster des gauches », en multipliant les étiquettes sur son affiche : Parti radical de gauche, Cap Ecologie… La candidate socialiste a même rallié les communistes (PCF) de l’Allier, engagés sur sa liste régionale, en échange d’un coup de pouce aux départementales.

La candidate (PS) à la présidence de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Najat Vallaud-Belkacem, à Lyon, le 1er juin. | JEFF PACHOUD / AFP

Ce qui n’a pas manqué de provoquer l’ire de Cécile Cukierman, 45 ans, tête de liste du PCF, dénonçant une manœuvre de « félons ». La sénatrice de la Loire, associée à LFI, mène une intense campagne de terrain, volant d’usines en associations à la rencontre des classes populaires, pour passer la barre fatidique des 5 %. Les points du premier tour vont peser lourd dans la recomposition de la gauche régionale.

Partis très tôt en campagne, les écologistes bénéficient d’une forte mobilisation militante, comparable à la « vague verte » qui a précédé les victoires municipales dans les métropoles de la région, dont Grenoble et Lyon. Multipliant les déplacements et les tractages, Fabienne Grébert, 56 ans, a participé aux récentes marches pour le climat, s’affichant aux côtés des maires Eric Piolle et Grégory Doucet.

Alliée à Génération.s et à Génération Ecologie, la candidate Europe Ecologie-Les Verts essuie de violentes diatribes de Laurent Wauquiez. « Votre amateurisme est inquiétant, c’est surréaliste », a lancé le président sortant lors de la dernière session de la région, à propos de la conversion industrielle d’un site de Thales en Haute-Savoie. Avant de couper le micro à la chef de file écologiste. Signe de nervosité ?

La grande inconnue en AURA est de savoir si la spectaculaire dynamique municipale des écologistes est en mesure de bouleverser la donne aux régionales, où les territoires ruraux et périurbains pèsent autant que les zones urbaines. « L’écologie, ce n’est pas qu’une affaire de bobos », affirme Mme Grébert, en présentant, le 26 mai, « cent vingt mesures chiffrées destinées à amplifier la transition écologique ».

Régionales : Laurent Wauquiez lance sa campagne sur la sécurité

A l’heure où son parti se déchire sur la tentative d’alliance de Renaud Muselier, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et ancien chef du parti Les Républicains s’apprête à faire de la sécurité un thème fort de son programme. 

Par Sarah Belouezzane et Richard Schittly(Lyon, correspondant)Publié le 11 mai 2021 à 04h53 – Mis à jour le 11 mai 2021 à 19h51  

Temps de Lecture 5 min. 

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Le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, devant le commissariat municipal de Décines (Rhône), le 28 avril 2021.
Le président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, devant le commissariat municipal de Décines (Rhône), le 28 avril 2021. BRUNO AMSELLEM / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Sur le mur de la salle peinte en jaune, des écrans retransmettent en direct ce que les caméras plantées dans un quartier de Décines (Rhône), à une demi-heure de Lyon, filment. Le parvis d’une tour, un bout de rue. En face, le président (Les Républicains) du Sénat, Gérard Larcher, et le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, en visite dans le commissariat municipal de la ville, écoutent attentivement le fonctionnaire de police expliquer les avantages de ce système de surveillance.

Vingt points de taux d’élucidation en plus, précise ce dernier. « La région finance », indique soudain Laurent Wauquiez, qui rappelle qu’à son arrivée à sa tête, en 2015, « le budget sécurité était de 0, contre 160 millions d’euros aujourd’hui ». Qu’importe si la sécurité n’est pas une compétence de la collectivité, M. Wauquiez bouge et veut que ça se sache. « J’ai mesuré que la région était active », lance un Gérard Larcher mi-agacé mi-amusé en fin de visite. « Dire que ce n’est pas de notre ressort n’est pas à la hauteur, accompagner les maires comme nous le pouvons avec des caméras, par exemple, ça marche, pourquoi ne pas le faire », précise aux journalistes le président d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Fidèle à lui-même, Laurent Wauquiez s’apprête à faire de la sécurité un thème fort de sa campagne lancée mardi 11 mai. Durant son mandat, l’ancien président de LR a multiplié les initiatives (caméras dans les trains, portiques dans les lycées), et n’a jamais manqué de réagir aux faits divers.

Socle électoral persistant

Une discrète embauche formalisée récemment vient compléter le tableau ; l’exécutif régional a recruté l’ancien chef de la brigade anticriminalité de Lyon, pour un contrat de trois ans. Détaché de la police nationale, Valéry Pastor a pour mission d’étudier la sécurité des lycées, des transports et des communes, avec un volet intelligence économique. Figure de la police lyonnaise, après avoir dirigé la brigade anticriminalité durant treize ans – un record dans la profession –, le commandant divisionnaire Pastor devrait apporter une expertise de terrain à même de nourrir un peu plus la thématique régalienne chère au candidat.

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S’il est moins présent sur la scène nationale depuis l’échec du parti aux élections européennes (LR a terminé à 8,5 %), Laurent Wauquiez semble se diriger vers une nouvelle victoire à la tête de sa région. Il faut dire qu’ici, la droite est bien installée.

Outre les territoires ruraux, des villes comme Bron ou Rillieux-la-Pape, remportées par de jeunes maires LR lors des municipales de 2020, témoignent d’un socle électoral persistant. Selon le dernier sondage Opinion Way du mois d’avril, le candidat à sa propre réélection est donné à 31 % au premier tour, soit quasi son score en 2015. Face à lui, le Rassemblement national atteint 22 %, quand le candidat du parti présidentiel, Bruno Bonnell, et la socialiste Najat Vallaud-Belkacem ne dépassent pas les 12 %, derrière Europe Ecologie-Les Verts.

Image jugée « insincère »

Une situation favorable qui pourrait peut-être lui permettre de se refaire une place dans le jeu politique national. Voilà en effet quelques semaines que Laurent Wauquiez multiplie les allers-retours à Paris. Au programme, rendez-vous, déjeuners avec des personnalités « amies », comme le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, mais aussi des cadres du parti comme le président des sénateurs LR Bruno Retailleau, ou encore le chef de file des députés de droite Damien Abad.

Comme une tentative de renouer après la difficile période qui a suivi le scrutin européen de mai 2019 et qui l’a vu s’effacer de son parti. A l’époque, beaucoup lui reprochaient une gestion trop « individuelle du mouvement », mais aussi une « ligne trop droitière » qu’il affichait à longueur d’entretiens audiovisuels. A cela s’ajoutait auprès du grand public mais aussi des siens, une image dégradée, jugée « insincère » et abîmée par quelques déclarations à l’emporte-pièce comme lors de son cours à l’Ecole de management de Lyon. Enregistré à son insu par un étudiant, Laurent Wauquiez avait parlé du « bullshit » qu’il pouvait « sortir sur un plateau médiatique ».

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« La coupure m’a fait du bien », reconnaît l’intéressé qui ne considère aucunement qu’il s’agissait là d’une « traversée du désert »« Quand on porte des convictions mais qu’on n’arrive pas à convaincre, c’est dur », souffle-t-il. L’ancien ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dit avoir conscience de ses travers : « Le jeu des petites phrases, des petites déclarations, je me suis abîmé avec ça », reconnaît-il sans détour.

La rédemption ? Elle se fera, dit-il, à l’échelle de sa région où il espère permettre aux électeurs de le juger sur « ses actes » et non pas uniquement sur ses « positions »« Les gens voient la sincérité de ce que je porte au niveau local et national. Il n’y a pas de Janus local et de Janus national », explique l’élu en référence au dieu romain aux deux visages. Et de citer l’exemple de la dette, contre laquelle il est vent debout et qu’il dit avoir réduite au niveau local.

La présidentielle en tête

A l’heure où son parti se déchire sur la tentative d’alliance de Renaud Muselier, le président sortant en Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec La République en marche, Laurent Wauquiez dit ne jamais avoir dévié de ses convictions.

Et se moque de ceux qui aujourd’hui « le débordent par sa droite » alors qu’ils le « trouvaient dur auparavant », comme le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, dont il remarque les saillies sécuritaires depuis quelque temps. L’ancien ministre du travail s’était retiré du parti en décembre 2017 peu après l’arrivée à sa tête de Laurent Wauquiez. Entre les deux hommes, l’animosité est d’ailleurs palpable. S’il ne dit pas s’il sera candidat à l’élection présidentielle, M. Wauquiez l’a évidemment en tête d’après nombre d’élus qui le connaissent bien. Lui estime d’ailleurs que le moment est venu de « renverser la table sans casser la maison » afin de « redresser la France ».

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Hors de question dans ce contexte de laisser Xavier Bertrand, que différents sondages placent à 16 % dans les intentions de vote, occuper le terrain à droite. Pour désigner le champion qui portera les couleurs de LR « il faut choisir un système d’arbitrage qui permette ensuite de créer l’unité », explique Laurent Wauquiez, pour qui la crise liée au Covid-19 a provoqué un « hibernatus et a gelé toute vie politique en France ». Et d’ajouter : « Je ne me prêterai pas au jeu d’obstacles où les courbes d’opinion sont l’arbitre des élégances. Si elles jouaient vraiment, Alain Juppé serait président. » En clair, point de salut en dehors d’une primaire, dont justement M. Bertrand ne veut pas.

Une détermination affichée qui inquiète à droite. « Son objectif est de bloquer Bertrand, même s’il sait qu’il n’a aucune chance. S’il faut faire couler le parti pour ça, il le fera », s’alarme un soutien de l’ancien ministre du travail. Lui rejette ces accusations et rétorque : « Si tous les candidats potentiels disent la même chose et qu’un seul veut y aller seul, c’est peut-être plutôt lui le diviseur, non ? » Une situation qui fait penser à La Fureur de vivre, le film de Nicholas Ray où les voitures se livrent une course acharnée : comme en politique le premier à détourner les yeux a perdu.

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Sarah Belouezzane et  Richard Schittly(Lyon, correspondant)Contribuer

« Ce qui nous différencie du RN, c’est notre capacité à gouverner » : Ciotti fait polémique

Une phrase tirée d’une interview du député LR à « Valeurs actuelles » a été reprise avant d’être supprimée par le compte Les Républicains sur Twitter.

Par LePoint.frPublié le 30/04/2021 à 15h52 – Modifié le 01/05/2021 à 14h16

https://www.lepoint.fr/politique/ce-qui-nous-differencie-du-rn-c-est-notre-capacite-a-gouverner-ciotti-fait-polemique-30-04-2021-2424391_20.php

 Fervent opposant à Emmanuel Macron et LREM, le député LR des Alpes-Maritimes Éric Ciotti s’est confié à Valeurs actuelles au sujet du scrutin présidentiel de 2022. S’il répète n’avoir « jamais eu confiance en ce qu’incarnait le nouveau monde macroniste » et assure que sa formation « ne peut pas s’allier avec un parti que l’on combat et qui a beaucoup abîmé notre pays », l’élu met en garde les électeurs de droite : « Voter Le Pen au premier tour, c’est quasi certainement assurer l’élection de Macron au second. » Et d’ajouter : « Ce qui nous différencie du RN, c’est notre capacité à gouverner. » Une phrase reprise et partagée par le compte Les Républicains sur Twitter… avant d’être supprimée.

Capture du tweet effacé par Les Républicains.

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Faire confiance « à un parti de gouvernement »

À l’hebdomadaire, Éric Ciotti explique qu’il « respecte profondément » les électeurs LR qui sont tentés de rejoindre Marine Le Pen en 2022 et qu’il « comprend leur colère ». Il trouve également absurde « que lorsque le RN dit qu’il pleut, la bien-pensance dit qu’il fait soleil ». Mais l’élu souhaite mettre les choses au clair : « Si les Français veulent que ça bouge, ils doivent faire confiance à un parti de gouvernement, avec une équipe renouvelée, des idées claires et fortes », plaide-t-il, estimant avoir « tiré des leçons des erreurs commises par le passé ». « Lorsque nous étions au pouvoir, je faisais partie de ceux qui militaient pour aller plus loin et je continuerai d’aller dans ce sens auprès du candidat que je soutiendrai à la présidence de la République », se défend aussi Éric Ciotti.

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Pour convaincre les électeurs LR de rester fidèles, le député s’empare du sujet brûlant de la sécurité, réclamant notamment auprès de Valeurs actuelles « un référendum pour limiter considérablement l’immigration » et la construction « de places de prison pour qu’on exécute les peines ».

Souvenir d’une autre interview polémique…

Une interview qui rappelle une autre entrevue, celle accordée le 2 mai 1988 à l’hebdomadaire, par Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur du gouvernement de cohabitation Jacques Chirac sous François Mitterrand. Il y soulignait des similitudes entre le FN et le RPR. « Il y a sûrement au Front national quelques extrémistes, mais, sur l’essentiel, le FN se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité. Seulement, il les exprime d’une manière un peu plus brutale, un peu plus bruyante », déclarait-il. À l’époque, cette déclaration avait déclenché un véritable tollé à gauche.

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Celles d’Éric Ciotti ont eu droit au même sort. Dès sa publication, le tweet des Républicains a en effet déclenché une vaste polémique sur les réseaux sociaux. Le patron des députés LREM Christophe Castaner et le ministre délégué au Commerce Franck Riester se sont notamment emparés de l’affaire. « Je ne peux pas croire que Les Républicains s’alignent sur le Rassemblement national et sortent du champ républicain », s’est indigné l’ancien ministre de l’Intérieur, interpellant au passage le patron LR Christian Jacob et celui du groupe à l’Assemblée Damien Abad. « Les digues tombent », a abondé l’ex-ministre de la Culture, se demandant « comment un parti qui s’est baptisé “Les Républicains” peut-il à ce point tourner le dos aux valeurs de la République ». 

Je ne peux pas croire que @lesRepublicains s’alignent sur le @RNational_off et sortent du champ républicain.

Qu’en pensent @ChJacob77 ou @damienabad ? https://t.co/OxgrBmn4Ay— Christophe Castaner (@CCastaner) April 30, 2021

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Les digues tombent.
Comment un parti qui s’est baptisé « @lesRepublicains » peut-il à ce point tourner le dos aux valeurs de la République ? pic.twitter.com/SGR2MSHYzv— Franck Riester (@franckriester) April 30, 2021

Peur sur Les Républicains : la droite en pleine crise existentielle

Le parti traverse une violente tempête interne, sous l’effet de la double concurrence de LRM et du RN. Pour beaucoup, l’avenir du parti va dépendre de ses résultats aux régionales. 

Par Sarah BelouezzanePublié hier à 04h48, mis à jour hier à 20h41  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/06/04/peur-sur-les-republicains-la-droite-en-pleine-crise-existentielle_6082771_823448.html

Christian Jacob,  au siège de son parti, Les Républicains, à Paris, le 13 janvier 2021.
Christian Jacob,  au siège de son parti, Les Républicains, à Paris, le 13 janvier 2021. ALAIN JOCARD / AFP

Dans leurs discussions privées, lorsque, à l’abri des regards des collègues, ils peuvent se confier, certains élus de droite doivent se dire que c’est à ça que doit ressembler l’effondrement d’un empire.

Voilà un parti, Les Républicains (LR), qui a dominé la scène politique française pendant des années, réduit aujourd’hui à endurer les crises les unes après les autres. Obligé de voir ses marches grignotées par des mouvements concurrents, La République en marche (LRM) d’un côté, le Rassemblement national (RN) de l’autre. Tous deux lui volent ses électeurs, ses cadres et même, beaucoup le déplorent, ses idées. Les thématiques de droite ont le vent en poupe. Emmanuel Macron l’a bien compris, qui ne cesse de tenter de donner des gages sur les questions régaliennes.

Testés dans les sondages à l’élection présidentielle de 2022, aucun des candidats potentiels de la droite n’arrive, pour l’instant, à dépasser la barre du premier tour. Ni le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, sur lequel misent beaucoup, et qui est crédité de 15 % à 16 % des sondages. Ni Valérie Pécresse, patronne de l’Ile-de-France, qui plafonne à 11 %. Ou encore le sénateur de Vendée Bruno Retailleau, qui tourne autour de 6 %, selon les études.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Les électeurs LR partagés entre la tentation RN et le recours LRM

C’est tout le paradoxe d’un parti qui demeure fort sur le plan local ; il dirige de nombreuses mairies et sept régions – il devrait en conserver la plupart à l’issue du scrutin des 20 et 27 juin. Mais dont le destin national inquiète terriblement ses membres.

L’épisode Peltier, un nouveau coup de massue

Depuis plusieurs semaines, l’heure est à l’expression des inquiétudes croissantes des uns et des autres. Ou encore à des séances de recadrages et d’explications.

C’est ainsi que Guillaume Peltier, député du Loir-et-Cher et numéro deux du parti, s’est retrouvé en réunion de groupe, mardi 1er juin, à devoir s’expliquer après ses idées polémiques lancées le dimanche précédent sur RTL. L’élu y proposait la mise en place d’une justice d’exception pour les individus radicalisés, sans possibilité d’appel. Il y vantait aussi les mérites du maire de Béziers (Hérault), Robert Ménard, un soutien de Marine Le Pen : « Echanger, discuter, travailler avec Robert Ménard ne me dérange en rien », a expliqué l’ancien du Front national de la jeunesse (FNJ) dans les années 1990. Des propos qui ont provoqué une condamnation de nombreux responsables de LR, notamment du président du parti, Christian Jacob

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Dans les rangs de LR, l’épisode Peltier a été vécu comme un nouveau coup de massue, après la crise ouverte, quelques semaines, plus tôt par le soutien apporté aux régionales par la majorité présidentielle à Renaud Muselier, président (LR) sortant de Provence-Alpes-Côte d’Azur. « On sortait à peine de l’affaire Muselier, quand d’un coup on s’est pris l’affaire Peltier », regrette un élu. Le parti subit « une hémorragie par semaine », s’inquiète un autre, au risque de le « condamner à une mort programmée »« Désemparés »« fatalistes », persuadés « que la messe est dite », les mots en privé de nombreux membres de LR sont durs et témoignent d’une fébrilité rare.

« Il y a des inquiétudes, des tensions, certains vont se sentir fragiles, c’est pourtant une période où il faut être solide et garder ses nerfs », tente de mobiliser Damien Abad, député de l’Ain et président du groupe LR à l’Assemblée nationale. « Tout ça n’est pas très agréable à vivre », reconnaît François Cornut-Gentille, député de la Haute-Marne. Pour autant, veut croire ce dernier, et « en dépit de ces polémiques qui durent », LR « est un parti qui existe au niveau local, quand LRM n’existe pas du tout et où le PS a sombré ».

« Additionner plutôt que soustraire »

Christian Jacob, le patron du mouvement, se veut tout aussi rassurant. « La campagne se passe très bien, nous sommes sortis vainqueurs des municipales, il en sera de même pour les régionales », essaie-t-il de se rassurer, affirmant que « le parti avec ses 70 000 adhérents, en compte plus que tout autre ».

L’eurodéputé et ancien ministre de l’intérieur Brice Hortefeux souhaite, lui aussi, que la crise actuelle soit remise en perspective. « Les débats de fond et les chocs d’ambition ont toujours existé, rappelle-t-il, de René Capitant face à Georges Pompidou jusqu’à Edouard Balladur face à Jacques Chirac, ma famille a su, parfois dans la douleur, additionner plutôt que soustraire. »

Reste qu’à l’époque de ces multiples guerres internes, le parti de droite disposait d’un bien précieux qui a permis, à chaque fois, de dépasser les traumatismes : un chef charismatique. Aujourd’hui, LR en manque cruellement. Beaucoup reprochent à Christian Jacob, qui espère toujours le retour de François Baroin, de ne pas avancer assez vite dans le choix du candidat à l’élection présidentielle de 2022. Ou à défaut dans la méthode de désignation« Pour surmonter une nouvelle fois le poison de la division il faut accepter nos différences, définir un calendrier, déterminer une méthode et choisir notre candidat. Bref, Amis il se fait tard restons ensemble comme l’écrit le pèlerin d’Emmaüs… », plaide M. Hortefeux.

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Bruno Retailleau estime, lui, que le salut de LR se trouve dans la primaire : « La France n’a jamais été aussi à droite, mais pour les Français, nous n’existons pas car les propositions sont éparpillées. Si nous organisons une primaire, nous allons braquer les projecteurs sur nous et la droite sera à nouveau visible. »

« Les pseudo-candidats doivent arrêter d’être fébriles. Après le second tour des régionales, nous passerons à une autre séquence », répond du tac au tac M. Jacob. Mais si le parti ne passe pas la barre du premier tour dans de nombreuses régions, beaucoup prédisent l’éclatement de LR et sa fin. Comme un empire sur les ruines duquel prospéreront ses concurrents.

Sarah BelouezzaneContribuer

Les régionales ne cessent de révéler les fractures au sein de LR

Pris en tenailles par LRM et le RN, le parti de droite n’en finit pas de se déchirer à propos des positions de certains de ses candidats, comme Renaud Muselier, en PACA, et Jean Rottner, dans le Grand-Est. Pour plusieurs de ses membres, c’est la survie du parti qui est en jeu à terme. 

Par Sarah BelouezzanePublié le 18 mai 2021 à 22h02 – Mis à jour le 19 mai 2021 à 08h15  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/18/les-regionales-ne-cessent-de-reveler-les-fractures-au-sein-de-lr_6080639_823448.html

Renaud Muselier discute avec des journalistes, devant le siège du parti Les Républicains (LR), à Paris, le 4 mai 2021.
Renaud Muselier discute avec des journalistes, devant le siège du parti Les Républicains (LR), à Paris, le 4 mai 2021. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LEMONDE »

Quinze jours après son déclenchement, la tempête fait toujours rage au parti Les Républicains (LR), menaçant l’édifice dans son ensemble. Le psychodrame entamé le 2 mai, lors de l’annonce par Jean Castex d’un accord aux élections régionales avec Renaud Muselier, le candidat LR à sa propre succession en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), n’en finit pas de secouer le mouvement.

La matinée du mardi 18 mai, durant laquelle s’est tenu un nouveau comité stratégique du parti de droite, suivi des réunions de groupe à l’Assemblée nationale et au Sénat, a encore une fois été exclusivement consacrée à cette crise. Les listes de candidats pour les régionales ont pourtant toutes été déposées lundi 17 mai, sans qu’aucun changement ne soit plus possible. Mais c’était sans compter la vindicte de certains élus de LR contre M. Muselier, auquel ils reprochent une alliance « contre nature » avec La République en marche (LRM).

Vendredi 14 mai, M. Muselier avait certes respecté les conditions posées par son parti en publiant une liste dénuée de parlementaires et de ministres macronistes, notamment la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, Sophie Cluzel, éphémère chef de file LRM en PACA. Mais il en avait aussi exclu des figures de son propre camp, comme le député du Vaucluse Julien Aubert, ou encore le sénateur des Alpes-Maritimes Philippe Tabarot, tous deux sortants. L’objectif de ce double rejet était de tenter d’adoucir toutes les parties prenantes en mettant en avant le caractère « local » de l’élection. Mais, dans sa liste, M. Muselier a retenu quinze élus de la majorité présidentielle, ainsi que le maire de Nice, Christian Estrosi, qui a quitté LR après avoir été accusé d’être l’instigateur de l’alliance avec LRM.

Le « jeu pervers d’Emmanuel Macron »

Cette configuration ne passe toujours pas auprès de ténors du parti de droite, comme le sénateur de Vendée et chef de file des élus LR au Palais du Luxembourg, Bruno Retailleau, ou encore le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti. Pour ceux-ci, il faut purement et simplement retirer le soutien de LR à M. Muselier. Pour M. Ciotti, président de la commission d’investiture de LR et de la fédération des Alpes-Maritimes, interrogé dimanche dans Le Figaro, M. Muselier est un « des candidats de la majorité présidentielle pour les régionales ». Du comité stratégique de mardi matin, M. Ciotti attendait donc que son parti « retire officiellement le soutien des Républicains à ceux qui se sont prêtés au jeu pervers d’Emmanuel Macron ».

Christian Jacob sort d’un Conseil national d’investiture au siège du parti Les Républicains (LR) à Paris, mardi 4 mai 2021 – 2021©Jean-Claude Coutausse pour Le Monde

Il n’en fut rien. Après plus de deux heures de discussion, Christian Jacob, le patron du mouvement, a soumis aux présents un texte assurant toujours à M. Muselier le soutien de LR. Ce dernier a certes fait « une faute et une erreur d’analyse politique en ne croyant pas en sa seule force et celle de sa famille politique, cédant ainsi aux manœuvres élyséennes », mais pour M. Jacob, « nous sommes désormais dans le temps de la campagne électorale ».

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Dans ce contexte, LR souhaite « la victoire de Renaud Muselier pour les régionales(…) empêchant ainsi le basculement [de PACA] au Rassemblement national ». Le texte a été approuvé à l’unanimité moins les deux voix d’Eric Ciotti et de Bruno Retailleau. Renaud Muselier a répondu dans un communiqué publié mardi après-midi qu’il remerciait une famille politique qui « s’honore de cette décision responsable ».

La liste RN « n’est pas d’extrême droite »

Dans l’entourage de M. Jacob, on souhaite désormais aller de l’avant. Les divisions ont toujours jalonné l’histoire de son mouvement, a-t-il expliqué mardi, convoquant plusieurs épisodes marquants de l’histoire de la droite, du RPR à LR. Il a ainsi rappelé la double candidature de Jacques Chirac et d’Edouard Balladur à la présidentielle de 1995, le conflit entre Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac plus tard ou encore la guerre entre François Fillon et Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP en 2012.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Elections régionales : le Grand-Est, un territoire divisé qui tente d’exister

Pourtant, la situation est aujourd’hui bien différente. La crise en PACA n’a fait que mettre au jour des divisions « stratégiques, tactiques mais aussi idéologiques », relève un élu de premier plan. D’autant que PACA n’est pas le seul caillou dans la chaussure des régionales pour LR. Dans le Grand-Est, un feu aussi dangereux couve autour du président sortant LR, Jean Rottner. Le médecin urgentiste ne souhaite pas prendre sur sa liste l’eurodéputée Nadine Morano, jugée trop « droitière ». En réponse, celle-ci a annoncé qu’elle refusait de voter pour M. Rottner. Pour qui alors voterait-elle ? L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy ne l’a pas dit à cette heure, mais elle a glissé dimanche dans Le Parisien que la liste du RN menée par Laurent Jacobelli « n’incarne pas le fascisme et n’est pas d’extrême droite »

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Voilà donc LR écartelé. Ceux qui comme Renaud Muselier ou Jean Rottner cherchent ou auraient pu chercher à faire alliance avec LRM sont sommés de clarifier leur position vis-à-vis d’Emmanuel Macron. Ceux qui refusent ces alliances sont accusés de vouloir pactiser avec le RN. Ainsi en va-t-il des « deux bouts de l’omelette » qu’il faut tenir à tout prix afin de faire exister en seul morceau un parti coincé entre les coups de boutoir de LRM et du RN, désireux de lui prendre des électeurs et même des élus.

La « chimère » de la primaire

Pour un cadre de LR, la vraie divergence au sein de la droite se situe entre deux lignes : « Ceux qui sont dans le ni-ni et renvoient dos à dos Emmanuel Macron et Marine Le Pen, et ceux qui disent qu’on ne transige pas avec le RN, quitte à parler avec les macronistes. » Pour l’eurodéputé François-Xavier Bellamy, c’est la survie pure et simple de LR qui est en jeu derrière ce débat. Le parti doit, selon lui, montrer à tout prix sa différence avec le chef de l’Etat afin de mieux l’affronter en 2022, mais aussi de faire vivre le pluralisme. Lui se dit même « inquiet » pour « la santé de la démocratie ».

« Les divisions ne sont certes pas nouvelles, relève le député de l’Oise, Eric Woerth,mais auparavant, la situation était tenue par un chef qui était candidat à la présidentielle. » Ainsi, manquerait à LR une incarnation forte capable de mettre toutes les sensibilités en ordre de marche derrière elle. Pour M. Woerth qui souhaite que le choix se porte vite sur un candidat pour unifier la famille, « personne n’a le monopole de la droite, personne n’est détenteur de la Vraie Croix, ni du chimiquement pur ». Et de poursuivre : « L’UMP a montré qu’on pouvait vivre ensemble », en réunissant à l’époque la droite gaulliste, la droite libérale et une partie de la droite centriste.

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« Tout ça nous montre l’intérêt d’avoir un candidat, abonde Damien Abad, député de l’Ain. Sans cela nous nous exposons à un débat interminable et à un choix impossible. » Pour le patron des élus LR à l’Assemblée nationale, les derniers jours démontrent que la tenue d’une primaire réclamée par certains « sera une chimère »« Si on n’arrive pas à se mettre tous autour de la table pour décider qui nous représente en 2022, notre avenir sera compromis », prévient-il.

Sarah Belouezzane

En Paca, les électeurs LR tentés par le RN

5 juin 2021 Par Lucie Delaporte– Mediapart.f

https://www.mediapart.fr/journal/france/050621/en-paca-les-electeurs-lr-tentes-par-le-rn?utm_source=20210605&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-20210605&M_BT=115359655566

Déboussolés par l’alliance passée entre Renaud Muselier, président LR sortant de la région, et LREM, de nombreux électeurs de droite annoncent qu’ils voteront pour le candidat du RN Thierry Mariani. Localement, les ténors de la droite boudent la campagne des régionales.

N’étaient les affiches de Thierry Mariani, professionnellement déposées le long de la route qui monte vers la petite ville perchée de Grasse, difficile de croire qu’une campagne électorale bat ici son plein. Dans le coquet centre-ville de la commune des Alpes-Maritimes, connue pour ses parfums, encore désertée par les touristes, peu de gens s’intéressent au scrutin, quand ils en ont entendu parler.

Sous l’œil des projecteurs, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), dite « Région Sud », est pourtant l’une de celles qui pourraient échoir au Rassemblement national dans trois semaines. « Vous savez, on est dans une période où on a tellement de soucis, je ne savais même pas qu’il y avait des élections », s’excuse une commerçante, à l’image de beaucoup d’habitants rencontrés ces jours derniers. « Je ne sais même pas qui sont les candidats », ajoute-t-elle.

Ici comme ailleurs dans la région, droite et extrême droite font jeu égal depuis des années, ne laissant que quelques miettes à la gauche. La ville a été remportée l’an dernier par Jérôme Viaud, un maire LR tendance Éric Ciotti, le très droitier député et patron de la fédération LR des Alpes-Maritimes. À la dernière élection présidentielle, Marine Le Pen était arrivée en tête, suivie de peu par François Fillon. Aux élections régionales de 2015, Marion Maréchal, pour le FN (39 % des voix), était au coude à coude avec Christian Estrosi (32 % des voix ), ce qui fait de la commune un poste d’observation précieux des basculements LR/RN.Affiches de Thierry Mariani à l'entrée de Grasse. © LD Affiches de Thierry Mariani à l’entrée de Grasse. © LD

Car la clé du scrutin de juin est entre les mains des électeurs de droite, totalement déboussolés depuis le psychodrame de l’alliance entre Renaud Muselier, président LR sortant de la région, et LREM. Après des semaines d’atermoiements et de dénégations de part et d’autre, la majorité ne présente pas de candidat. Comble de la trahison pour beaucoup d’électeurs LR, l’accord a été annoncé par Jean Castex et par voie de presse…

Aux abords de la mairie, Acacio et Claudine*, lui maçon et elle aide-soignante, racontent voter « toujours avec la droite » mais leur choix pour les 20 et 27 juin prochains est loin d’être arrêté. Et ils continuent d’échanger entre eux arguments et contre-arguments. « Moi je crois que je voterai Thierry Mariani parce que ce n’est vraiment pas correct ce qu’a fait Muselier : quand on est Les Républicains, on ne se mélange pas avec les autres ! », avance Acacio qui, jusque-là, aurait pourtant voté pour le président de région, dont il pense qu’il a « plutôt fait du bon travail ». « Muselier, tant qu’il avait pas fait cette alliance, ça nous allait », précise-t-il.

À ses côtés, son épouse abonde : « Et puis le RN, tout n’est pas faux dans ce qu’ils disent. » En attendant, ils aimeraient bien savoir ce que fera le maire de Grasse, qui est aussi candidat aux cantonales et reste aux abonnés absents dans ce scrutin régional qui réactive les fractures de la guerre fratricide que se livrent depuis des années en Paca Éric Ciotti et le maire de Nice, Christian Estrosi, qui a claqué la porte de LR et soutient fermement l’accord passé par Muselier.

Acacio dit pourtant hésiter encore : « Il y en a sur la liste RN qui sont un peu limites…, un peu fachos quand même », dit-il en citant le nom du maire de Fréjus, David Rachline, « trop extrême » à ses yeux. « Mariani, lui, ça va, on le connaît ! »

Pour lui, comme pour beaucoup d’électeurs de droite interrogés ces derniers jours, l’alliance avec LREM de Muselier et le soutien appuyé d’Estrosi dans ce rapprochement sont purement opportunistes. « Ils veulent des postes au gouvernement peut-être. Et Estrosi, il a aussi besoin d’argent pour sa ville », croit savoir Acacio.

À trois semaines du scrutin, on ne parle pas ici des programmes ni des compétences régionales, que personne ne connaît précisément. C’est déjà un peu la présidentielle qui se joue, avec, pour beaucoup, l’envie d’envoyer « un message » au gouvernement.

Marie, la trentaine, qui tient une boutique de chocolats dans le petit centre touristique, est, elle le reconnaît, une électrice très intermittente. Et toujours pas sûre de se déplacer aux urnes. Si elle le fait, ce sera pour la liste RN, elle qui dit aussi apprécier le maire LR. « Il a mis des caméras de surveillance dans la ville, c’est bien. Cela a l’air calme ici, mais moi je me suis fait agresser deux fois en deux ans », raconte-t-elle, avant de pester contre les immigrés d’origine maghrébine qui travaillent pour beaucoup dans l’industrie de la parfumerie. « Y a que ça maintenant dans le centre-ville ! Avant, quand il y avait des touristes, on les voyait moins. La France terre d’accueil, c’est bien… Mais on est en train de se faire bouffer », souffle la jeune femme.

En Paca, comme l’ont montré de nombreux travaux de sciences politiques, les électorats de la droite et de l’extrême droite sont extrêmement poreux, le choix des électeurs oscillant en fonction du contexte, du scrutin. Si le phénomène n’est donc pas nouveau, le rejet suscité par Macron chez cet électorat très à droite semble cette fois offrir un boulevard au Rassemblement national.

À l’image de Didier, policier fraîchement retraité, de Grasse, habituel électeur de LR. Cette fois, il votera Mariani sans hésitation. « S’allier avec En Marche!… Franchement ! Ils trouvent vraiment que la gestion du pays est bonne, que le gouvernement a bien géré le Covid avec les masques, tout ça ? Et je parle même pas de la délinquance et de l’immigration », soupire-t-il, exaspéré par le choix du président de région sortant. « Mariani, je le connais, je connais son parcours, et puis, bon, les régionales, c’est pas trop dangereux… Peut-être que ça va les réveiller ! »

Les consignes du siège parisien de LR, qui appelle finalement à soutenir Muselier, lui importent peu. « J’ai pas de consignes à recevoir, je suis assez grand. Et puis Mariani, il a plutôt une bonne tête, il a l’air plutôt sympa, non ? », interroge-t-il.

Quand on demande à une vieille dame qui fait son marché place aux Aires et qui se qualifie de « femme de droite » si elle voit un risque à ce que la région passe dans le giron du RN, la question semble totalement incongrue. « Un risque ? Pourquoi ? Je ne crois pas que ça changera grand-chose », répond-elle.

Pour beaucoup, le profil de Thierry Mariani, qui a fait l’essentiel de sa carrière politique au RPR, à l’UMP puis à LR, rassure. L’étiquette « ancien ministre de Nicolas Sarkozy » joue aussi dans cet électorat encore très attaché à l’ancien président de la République.

Ceux qui ont un peu la mémoire de la vie politique locale se souviennent aussi que Muselier et Mariani ont longtemps été très proches et que l’actuel maire de Nice, Christian Estrosi, qui se pose aujourd’hui en rempart contre l’extrême droite, était en 1998 partisan d’une alliance avec le FN pour empêcher la gauche de présider la région.

Face aux hésitations de l’électorat de droite, le rôle des élus locaux, et singulièrement des maires, dans cette campagne, sera sans doute décisif. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont peu nombreux à afficher leur soutien à Muselier.

Chez les élus LR de Paca, le premier qui prononce le mot « régionales » a perdu 

À Cannes, le maire, David Lisnard, qui s’était indigné de l’accord passé entre Muselier et LREM, refuse officiellement de parler des régionales, depuis un communiqué où il a dénoncé « une manœuvre politicienne dont la déroute morale conduira aux probables défaites électorales ». Il fait parti des très nombreux élus LR de Paca qui ont décidé de ne pas prendre part à la campagne des régionales. Advienne que pourra.

Il doit composer avec la colère des sympathisants et les consignes du siège, qui a finalement tranché pour un soutien à Renaud Muselier. Une position impossible ? « Il faut demander ça à ceux qui ont rendu cela si difficile », rétorque-t-il à Mediapart, encore furieux du « deal » passé entre Muselier et la candidate LREM Sophie Cluzel, qui s’est finalement retirée.

« Nous avons une offre politique différente de LREM. On ne peut pas laisser le RN en position de seul opposant face à Macron. Ce n’est pas du manichéisme de dire cela, c’est une volonté de clarté », se justifie-t-il. Auprès de ses administrés, il affirme que « les incantations pleines de moraline vis-à-vis du RN ne marchent plus, il faut proposer une offre politique ». Lui ne veut plus parler que des élections départementales. Au risque de faire le jeu du RN.Renaud Muselier en campagne. © Compte twitter de R. Muselier Renaud Muselier en campagne. © Compte twitter de R. Muselier

« C’est une campagne qui a du mal à démarrer, c’est vrai, admet le maire LR d’Antibes, Jean Leonetti, quand on s’étonne de voir les élus LR si peu soutenir le candidat officiel, en passe de perdre la région face au RN. On sort du Covid progressivement et les gens n’ont pas la tête à ça. »

S’il ne nie pas le risque de voir la région tomber aux mains de l’extrême droite, il se rassure en rappelant qu’aux dernières élections municipales, la droite a remporté la plupart des villes en Paca. « C’est une élection courte dans laquelle l’ancrage territorial est important, assure-t-il. Le mal des tergiversations de ces dernières semaines est fait. Mais il y a une vraie campagne et je soutiens bien évidemment Renaud Muselier, même si j’ai rappelé un certain nombre d’évidences, comme le fait qu’on ne peut s’allier avec les représentants d’une majorité que l’on combat tout au long de l’année. »

Dans la grande salle du Fort carré d’Antibes, une jolie photo montrant la côte est projetée sur un écran derrière les intervenants : Éric Ciotti, Jean Leonetti, le député Éric Pauget… Le ban et l’arrière-ban de la droite des Alpes-Maritimes se sont réunis pour ce premier meeting post-Covid. Curieusement sans aucun slogan. Pas même les dates des prochaines élections régionales et départementales. Si ces cadres de LR ont décidé de faire campagne pour les départementales, où leurs candidats sont opposés à des binômes LREM, c’est en respectant scrupuleusement une consigne implicite. Le premier qui prononce le mot « régionales » a perdu.

Éric Ciotti est là, précise-t-il, « pour lancer la campagne de ces cantonales qui vont demain composer notre majorité départementale ». À la tribune, il défend les candidats aux cantonales en mettant en garde contre « l’islamisme qui conquiert des territoires », « l’immigration qui menace la cohésion de notre nation ». Et bien sûr pas un mot du scrutin régional… « Oui, je suis d’une droite qui a des repères […]. J’ai envie que cette famille politique avance sans compromission pour éviter le déclin de notre histoire », affirme-t-il dans une allusion à peine voilée à Muselier, dont personne ne prononcera le nom de tout le meeting.

Ciotti tonne aussi contre « un président qui abîme notre nation ». À trois semaines d’une élection où sa région risque de tomber aux mains du Rassemblement national, ce sera, de toute la soirée, sa seule cible. Un choix très clair.Annie et Marie-Jo au meeting LR d'Antibes. © LD Annie et Marie-Jo au meeting LR d’Antibes. © LD

À l’issue du meeting, certains militants ou sympathisants se montrent un peu décontenancés. Jacqueline, biologiste retraitée, s’étonne, elle aussi, que le scrutin régional – si important – n’ait même pas été mentionné. Elle votera Muselier sans états d’âme. « Je m’intéresse beaucoup à la culture. Les régions, les départements, cela représente des budgets très importants. Je n’imagine pas ce que pourraient faire les gens du RN sur ces sujets », souligne-t-elle. Elle indique aussi qu’elle sera assesseure et se prépare à vivre des moments difficiles. « Je serai très nerveuse au moment du dépouillement », reconnaît-elle, constatant à quel point les sympathisants de droite sont aujourd’hui prêts à soutenir Thierry Mariani.

Annie, la soixantaine, se montre un peu perdue quand on lui demande, à la sortie de la réunion publique, pour qui elle votera aux élections régionales. « Ben j’étais un peu venue pour me renseigner là-dessus justement. Je voterai pour la liste LR », avance-t-elle, croyant, comme l’avait souhaité un temps Éric Ciotti, qu’une liste LR concurrente à celle de Muselier serait montée. Faute de mieux, pour elle, ce sera donc Mariani.

« Muselier, non ! Je vote à droite, je reste à droite ! Qu’est-ce que ça veut dire ce qu’il a fait ? Macron, ce n’est pas mes idées, un point c’est tout », répond à ses côtés Marie-Jo, elle aussi adhérente LR de longue date.

Quand on demande à Jean Leonetti si les élus LR ne jouent pas un jeu dangereux, au vu du nombre d’électeurs de droite prêts à basculer, il estime que si beaucoup sont aujourd’hui attirés par un « vote de colère » pour le candidat du RN, certains se raviseront à mesure qu’ils prendront connaissance des enjeux de l’élection. « Mariani perd à être connu. S’il y a quelqu’un qui a changé, qui a trahi, c’est Mariani. Les personnes qui l’entourent. On me dit qu’il n’est pas extrémiste mais, sur ses listes, il y a quand même Philippe Vardon ou David Rachline. » Des arguments qu’il n’a pas jugé utile, néanmoins, d’avancer au cours de la réunion publique organisée dans sa ville.

Et une analyse qui semble ne pas tenir compte du fait qu’en Paca, l’épouvantail RN ne fait pas peur aux électeurs de droite et qu’un débat public dominé par les thématiques de l’extrême droite depuis des mois a manifestement contribué à radicaliser une grande partie de cet électorat.

Un coup de sonde dans le monde associatif local donne quelques idées de l’évolution des esprits dont pourrait bénéficier Thierry Mariani.

Yvonne a tenu pendant 30 ans le club de bridge Mikaela de Cannes avec son mari. Elle a encore sa carte chez LR, mais cette fois, sans l’ombre d’un doute, elle mettra un bulletin Mariani dans l’urne. « Sauf si la droite monte une liste », indique cette fan d’Éric Zemmour, dont elle ne rate aucune émission, et qui trouve aussi « super » le maire de Béziers, Robert Ménard.

« On a été trop déçus par Muselier, qui a pris les amis de Macron sur sa liste. Mariani, il vient des LR, il ne fera pas pire… », explique cette femme alerte de 82 ans qui, pour le reste, aimerait beaucoup que Valérie Pécresse soit la candidate de la droite pour 2022. Localement, elle est proche de la députée des Alpes-Maritimes Michèle Tabarot, pied-noir comme elle, et qu’elle trouve « très bien sur l’immigration ». Voter RN est un choix par défaut pour elle. « C’est quand même désolant de voir la droite qui ne se remonte pas », soupire-t-elle.

Un signe qui ne trompe pas : chez les élus LR, certains commencent à sérieusement envisager la victoire de Mariani et se demandent comment se passeront les relations avec un exécutif régional RN dont ils ont tant besoin. « Soit il voudra montrer qu’il est crédible et présentable, et il sera raisonnable dans les attributions de subventions, soit il gère de façon totalement idéologique et ce sera dévastateur pour l’image du parti », veut croire un élu de droite, parant déjà à toute éventualité.

À croire qu’à droite, certains ont déjà acté la défaite de leur candidat.

Prolonger

Boite Noire

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Après l’attentat de Rambouillet, la droite assume sa ligne de plus en plus sécuritaire

Plusieurs responsables de droite ont dénoncé les liens entre terrorisme et immigration, après l’assassinat d’une fonctionnaire de police par un fondamentaliste. Un discours radical assumé, à un an de la présidentielle. 

Par Sarah Belouezzane

Publié le 27 avril 2021 à 10h32 – Mis à jour le 27 avril 2021 à 15h11  

Temps de Lecture 4 min.

 https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/04/27/apres-l-attentat-de-rambouillet-la-droite-assume-sa-ligne-de-plus-en-plus-securitaire_6078216_823448.html

Le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, prononce un discours lors d’un rassemblement de personnes demandant justice pour Sarah Halimi sur la place du Trocadéro à Paris, le 25 avril 2021.
Le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, prononce un discours lors d’un rassemblement de personnes demandant justice pour Sarah Halimi sur la place du Trocadéro à Paris, le 25 avril 2021. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Dès l’annonce de l’attentat de Rambouillet qui a coûté la vie à une fonctionnaire de police de 49 ans, les réactions politiques ont afflué, toutes plus consternées les unes que les autres. La droite s’est elle aussi très vite exprimée sur le tragique événement, adoptant un ton des plus fermes. Au sein du parti Les Républicains (LR) et en dehors, ils ont ainsi été plusieurs, ces derniers jours, à tracer un lien direct entre attentats et immigration.

Lire aussi  Attaque à Rambouillet : accusé de laxisme, l’exécutif mène la riposte

Invité du plateau de « Dimanche en politique », sur France 3, le 25 avril, Guillaume Peltier, député de Loir-et-Cher et numéro deux de LR n’a pas mâché ses mots : « Il y a un lien entre une immigration massive et le terrorisme », a-t-il déclaré. « Nous sommes en colère », a-t-il précisé avant de fustiger « une forme de lâcheté et de soumission devant la fatalité ». L’élu qui a aussi regretté « une soumission à la repentance, à la déconstruction de notre histoire et à la culpabilisation de ceux qui nous dirigent », prône purement et simplement la « suspension de toute immigration en France à l’exception des réfugiés politiques et des étudiants étrangers ». M. Peltier souhaite aussi l’interdiction de toute régularisation des« clandestins ». 

Sur un ton moins martial, Valérie Pécresse a elle aussi souligné la corrélation, selon elle, entre terrorisme et immigration, sur le plateau de l’émission « Le Grand Rendez-Vous » de CNews, Europe 1 et Les Echos, dimanche : « Il faut cesser de nier le lien entre le terrorisme et l’immigration récente. L’Europe et la France doivent reprendre le contrôle de leurs frontières par la maîtrise des flux d’immigration et l’accélération des expulsions des clandestins. »

Lire aussi : Onze attentats ont visé spécifiquement la police depuis 2014

La présidente de la région Ile-de-France, en campagne pour les élections de juin, estime que les frontières sont « un sujet ». Pour elle, comme pour M. Peltier, il faut « organiser la procédure d’asile à la frontière » afin, précise-t-elle, que les« migrants ne puissent pas pénétrer sur le sol européen », sauf si leur demande est accordée. Ils seraient alors renvoyés chez eux dans le cas contraire.

Déclarations plus dures que de coutume

Le même jour, c’est sur LCI que s’exprimait pour sa part Xavier Bertrand, à la tête de la région Hauts-de-France et candidat déclaré à la présidentielle de 2022. Peu convaincu par les propositions du gouvernement, qui devrait présenter une nouvelle loi antiterroriste en conseil des ministres dès mercredi, l’élu a proposé une peine de cinquante ans de prison pour toute personne condamnée pour acte terroriste. « Quelqu’un qui commet un acte terroriste à 20 ans, je ne suis pas certain qu’à 50 ans tout ce fanatisme islamique soit sorti de sa tête. Cinquante ans après, ce n’est plus la même chose. Ces cinquante ans sont cinquante ans pendant lesquels vous protégez les Français, vous protégez la société française », a déclaré M. Bertrand, qui a par ailleurs formulé une nouvelle fois sa proposition de remise en place de la double peine, aménagée par Nicolas Sarkozy durant son passage à Beauvau, en 2003.

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Des déclarations encore plus dures que de coutume à droite, assorties pour la plupart de critiques à l’égard d’un gouvernement qui n’est pas jugé « à la hauteur » sur les questions régaliennes. Au sein de LR, on assume parfaitement ces prises de position.

« Il est temps de regarder la vérité en face », juge ainsi Aurélien Pradié, député du Lot et numéro trois du parti. L’élu s’explique : « La réalité des passages à l’acte pousse à faire le lien avec l’immigration. Si les éléments montraient l’inverse, nous ne le dirions pas. » « Il n’y a rien de nouveau, ç’a toujours été le discours de Valérie Pécresse et de la droite en général », insiste pour sa part un proche de la présidente de la région d’Ile-de-France.

Se différencier du chef de l’Etat

Si la droite tient un discours aussi martial sur les questions régaliennes, c’est qu’il lui faut à tout prix exister sur des sujets qu’elle considère comme siens. Coincée entre le Rassemblement national (RN), pour lequel les thématiques sécuritaires sont centrales, et Emmanuel Macron, qui tente lui aussi de les faire siennes avec un ministre de l’intérieur – Gérald Darmanin – ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, elle doit faire entendre sa voix.

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Les élus LR, mais aussi ceux qui ont quitté le parti, le répètent : il faut se différencier du chef de l’Etat vers lequel pourrait encore être attirée une partie de l’électorat de droite. « Nous devons montrer aux Français qu’Emmanuel Macron a beau faire semblant, il n’est pas de droite », confie au Monde le sénateur de Vendée Bruno Retailleau, qui a lui aussi des ambitions présidentielles. « L’agitation inutile de Gérald Darmanin qui fait le gros bras sans rien faire derrière justifie qu’on monte le ton », précise Aurélien Pradié. Et de poursuivre : « L’enjeu est de montrer que la Macronie est une imposture, ça vaut sur ce sujet comme tous les autres. Car, derrière, il en va de la sécurité des Français, on ne peut pas s’habituer à une situation aussi inacceptable ». « Il n’y a pas de en même temps sur les questions de sécurité », résume-t-on dans l’entourage de Mme Pécresse.

A un an du scrutin présidentiel, il est normal, selon Frédéric Dabi, directeur général de l’institut de sondage IFOP, que le principal parti d’opposition attaque Emmanuel Macron sur son point faible : « Justice, insécurité, immigration sont des questions où les trois quarts des électeurs de droite jugent que le compte n’y est pas. » Jacques Chirac lui-même avait invoqué « la montée très forte de la violence, de la délinquance, de l’agressivité, des incivilités » lors de son interview présidentielle du 14 juillet 2001. Soit un an avant l’élection de 2002 qui allait voir l’ancien chef de l’Etat affronter et battre son premier ministre socialiste, Lionel Jospin, notamment sur les questions liées au « sentiment d’insécurité » des Français.

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Sarah Belouezzane

Sécurité : Emmanuel Macron renforce l’arsenal législatif pour reprendre la main sur ce sujet régalien avant 2022

Quelques jours après l’attentat contre une fonctionnaire de police à Rambouillet et une tournée dans les quartiers sensibles de Montpellier, le gouvernement a présenté fin avril un nouveau projet de loi antiterroriste. 

Par Claire GatinoisPublié le 11 mai 2021 à 03h41 – Mis à jour le 11 mai 2021 à 15h46  

Temps de Lecture 6 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/11/securite-la-conversion-de-macron_6079805_823448.html

Emmanuel Macron et le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, en déplacement au commissariat central de Montpellier, le 19 avril 2021.
Emmanuel Macron et le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, en déplacement au commissariat central de Montpellier, le 19 avril 2021. GUILLAUME HORCAJUELO / POOL VIA REUTERS

En 2017, il s’affichait en politicien « disruptif », déterminé à dépasser les clivages partisans et à bousculer « le système ». A un an de la présidentielle, après un mandat ponctué de crises emblématiques des désordres du XXIe siècle, Emmanuel Macron semble revenu à plus de classicisme politique, empruntant le terrain favori d’une droite à l’aise avec la fermeté.

Avant même d’annoncer le très attendu calendrier du déconfinement, le chef de l’Etat a lancé l’offensive sur le thème de la sécurité qui promet d’être l’un des enjeux-clés de la campagne présidentielle. L’émoi suscité par le meurtre d’un policier à Avignon, mercredi 5 mai, lors d’une fusillade avec des trafiquants, est encore venu le confirmer. Le gouvernement s’est empressé de réagir en promettant, lundi 10 mai, un durcissement des peines à l’encontre des agresseurs de policiers et gendarmes.

Dans une France décrite par la droite et l’extrême droite comme un nouveau « Far West », Emmanuel Macron promettait de se battre « pour le droit à la vie paisible », dans un entretien au Figaro le 18 avril. Faisant valoir son bilan, il assurait que « chaque Français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu’en 2017 ». « Ça rassure les gens, ça dissuade les délinquants », expliquait-il. Après une tournée dans les quartiers sensibles de Montpellier, un nouveau projet de loi antiterroriste a été présenté par le gouvernement fin avril, quelques jours après l’attentat contre une fonctionnaire de police à Rambouillet (Yvelines). Une partie du texte sera examinée par le conseil des ministres, mercredi 12 mai.

Le texte, soumis au conseil des ministres mercredi 12 mai, vient renforcer un arsenal sécuritaire déjà fourni allant de la loi « confortant les principes de la République » à celle sur la Sécurité globale en passant par la proposition du garde des sceaux, Eric Dupond-Moretti, visant à rétablir la confiance dans la justice, examinée au Parlement à partir du 17 mai.Lire aussi cet éditorial : Projet de loi « pour la confiance en l’institution judiciaire » : l’occasion manquée d’Eric Dupond-Moretti

Cette surenchère législative paraît aujourd’hui bien éloignée de l’ADN présidentiel. « Nous devons nous désintoxiquer du recours à la loi et de la modification incessante de notre droit criminel », écrivait dans son livre programme, Révolution (XO Editions, 2016), le futur candidat à l’élection présidentielle. La manœuvre rappelle aussi celle de l’ancien chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, à l’origine de neuf lois sur la délinquance et régulièrement suspecté de gouverner au gré de l’émotion des Français.

Visées électorales

Emmanuel Macron, qui, il y a cinq ans, appelait dans un entretien à Le Un hedboles « gouvernants à ne pas se laisser dicter leurs décisions par la tyrannie des événements », se serait-il lui aussi laissé étourdir par l’agitation des faits divers ?

La récente proposition de loi contre les violences sexuelles sur les mineurs, adoptée mi-avril, a été examinée au Parlement après la sortie du livre de Camille Kouchner, Familia grande (Seuil, 208 p., 18 euros), décrivant le trauma de l’inceste. Une nouvelle loi sur l’irresponsabilité pénale doit être présentée fin mai en conseil des ministres pour combler le « vide juridique » qu’aurait révélé l’affaire du crime antisémite de la sexagénaire Sarah Halimi. Enfin, le projet de loi antiterroriste s’entremêle à l’effroi suscité par l’attaque de Rambouillet.

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« Dès 2016, Emmanuel Macon s’est emparé du thème sécuritaire. Au final, il a dit ce qu’il allait faire et il a fait ce qu’il avait dit. Ensuite, il y a eu des ajustements nécessaires, liés aux événements et à l’évolution de la société », se défend-on à l’Elysée. Quant au procès intenté à la Macronie de flirter avec la Sarkozie, il est balayé d’un revers de la main.

« Je suis toujours sidéré du réflexe des responsables de la gauche qui disent que parler sécurité c’est chasser sur les terres de la droite. C’est un non-sens. Dans l’opinion il n’y a plus de divergence entre gauche et droite s’agissant de la demande de sécurité », assure le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Manuel Valls n’affirmait-il pas, quand il était premier ministre socialiste, en 2015, que « la sécurité est la première des libertés » ?

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De fait, si l’insistance présidentielle sur les enjeux sécuritaires a des visées électorales, elle correspond aussi à l’état du pays. En dépit d’une actualité cannibalisée par la pandémie de Covid-19, 70 % des Français placent aujourd’hui la sécurité et la lutte contre le terrorisme parmi leurs thèmes prioritaires (contre 46 % en mai 2020), derrière l’éducation (73 %), la lutte contre la pandémie (82 %) et la santé (86 %), selon un sondage IFOP publié mi-avril.

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« Il y a des causes objectives qui nourrissent cette inquiétude », estime Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP, évoquant les images de rixes à Dijon, à Paris ou dans l’Essonne ainsi que les attaques visant les forces de l’ordre, comme celle d’Avignon ou de Viry-Châtillon (Essonne). « Cela crée un climat électrique alimentant l’idée d’un Etat impuissant et d’une justice trop laxiste », observe-t-il.

« Ça n’imprime pas »

Une aubaine pour le Rassemblement national toujours prompt à dénoncer l’incurie du pouvoir macroniste face à la violence des temps modernes. Mais à l’heure où se dessine, pour 2022, un duel entre Emmanuel Macron et la représentante de l’extrême droite, qui se revendique la future présidente du « retour de l’autorité de l’Etat », le locataire de l’Elysée entend ne pas se laisser déborder. « Il y a eu un espace pour parler d’autre chose que du Covid, on avait le choix de prendre cet espace ou de subir », décrypte un ministre.

Il reste qu’Emmanuel Macron peine encore à convaincre de sa robustesse sur ce sujet régalien. « On a beau faire, ça n’imprime pas », observe un proche du chef de l’Etat.

Eric Dupont-Moretti, Gérald Darmanin et Jean Castex (de gauche à droite) lors de la présentation du projet de loi relatif à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement, à l’Elysée, à Paris, le 28 avril 2021. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR  » LE MONDE »

Après une campagne davantage axée sur l’économie, son discours des Mureaux (Yvelines) en 2020 sur le séparatisme « est arrivé trop tard », selon M. Fourquet. L’arrivée, à l’été 2020, de l’ex- « Sarko boy » Gérald Darmanin, place Beauvau, censée envoyer un signal fort à l’opinion, a, elle, été contrebalancée par le recrutement d’Eric Dupond-Moretti au ministère de la justice. Un ex-avocat surnommé « acquitator »« Je veux être ferme mais je veux être nuancé », et « l’époque n’est pas à la nuance », s’est désolé le garde des sceaux, dimanche 2 mai, lors de l’émission « Questions politiques » sur France Inter.

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A un an de la présidentielle, Emmanuel Macron pourra-t-il rattraper son retard sans se renier ? « Notre seul ennemi, c’est nous-mêmes », assure un proche du chef de l’Etat persuadé que la solution réside dans la mise en avant des actions menées et à venir, tels la hausse du budget de la sécurité de 1,7 milliard d’euros et le recrutement de 10 000 policiers et gendarmes d’ici à la fin du quinquennat. « Si nous constations un embrasement des violences nous serions mal à l’aise. Mais ce n’est pas le cas. Nous avons des résultats », souligne une source proche du président rappelant les trente-cinq attentats déjoués depuis 2017 ou la baisse de 18 % et de 25 % des vols à main armée et des cambriolages, selon les statistiques du ministère de l’intérieur.

Peu importe que certains, au sein de l’aile gauche du gouvernement, se sentent brusqués. Ou que d’autres, à l’instar de Patrice Spinosi, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, s’alarment qu’on « pérennise des mesures qui ont été initiées dans l’état d’urgence », au nom de la lutte contre le terrorisme. « D’un côté on nous dit : vous êtes laxistes, de l’autre : vous êtes autoritaires. La réalité c’est qu’on est dans un équilibre », rétorque-t-on à l’Elysée.

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Un équilibre qui se déplace sans doute au gré de l’évolution de l’électorat. En cinq ans, la proportion de Français se situant à droite de l’échiquier politique est passée de 33 % en 2017 à 38 % en 2021, souligne une enquête menée par la Fondation pour l’innovation politique publiée le 4 mai.

Claire Gatinois

 Emmanuel Macron n’a pas souhaité commémorer la Commune : nous, francs-maçons, ne pouvons rester absents ou silencieux »

TRIBUNE

Georges Sérignac

grand maître du Grand Orient de France

Le chef de l’Etat a honoré la mémoire de Napoléon aux Invalides, mais pas les 150 ans de la Commune, ce « moment fondateur et populaire » de la République, déplore, dans une tribune au « Monde », Georges Sérignac, grand maître du Grand Orient de France.

Publié le 03 juin 2021 à 07h15    Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/06/03/emmanuel-macron-n-a-pas-souhaite-commemorer-la-commune-nous-francs-macons-ne-pouvons-rester-absents-ou-silencieux_6082625_3232.html

Tribune. A Paris, le 28 mai 1871, au cimetière du Père-Lachaise, 147 fédérés furent exécutés de façon sommaire puis jetés dans une fosse commune. Dans les jours suivants, les versaillais y ensevelirent également les dépouilles des autres communards morts dans les quartiers voisins sous les balles d’un pouvoir assassin.

Chaque mois de mai depuis vingt-cinq ans, à l’initiative du Grand Orient de France (GODF), les francs-maçons célèbrent leur mémoire en se réunissant au mur des Fédérés, lieu de recueillement mais aussi d’espoir et d’exigence.Lire aussi (archive 1971) : Les francs-maçons et la Commune

Si cette manifestation est le signe de notre combat pour la République, pour une société plus juste, plus fraternelle, elle est aussi une ode à la mémoire et au temps long, le temps de la perspective, le temps du souvenir et de la mise à distance.

Conclusion tragique de la « semaine sanglante », cette infamie reste emblématique de la violence dont est capable le pouvoir quand il n’a plus que la force des armes pour seul recours face à la remise en cause de l’ordre qu’il veut imposer. En écrasant par le fer et le feu cette insurrection révolutionnaire, Adolphe Thiers [président de la République, 1871-1873] et les versaillais, qui pensaient l’anéantir et la précipiter dans l’oubli, lui ont donné l’éternité et la force du mythe.

« La Commune, c’est aussi, l’égalité des salaires, le droit au divorce pour les femmes, les premières écoles primaires de filles. »

Par leur courage, mais également par leur action législatrice qui sera un déterminant républicain majeur malgré sa brièveté, les communards sont entrés en soixante-douze jours dans la mémoire collective.

La Commune [18 mars-28 mai 1871] décréta la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la suppression du budget des cultes, la laïcisation des services publics, et notamment des hôpitaux. Elle instaura les bases de l’école laïque, instituant la gratuité, le droit pour les filles à l’instruction laïque et à la formation professionnelle, créant les premières écoles primaires de filles. La Commune, c’est aussi l’égalité des salaires, le droit au divorce pour les femmes, l’égalité entre enfants légitimes et naturels, épouses et concubines, et l’abolition de la prostitution.

On lui connaît de nombreux autres projets, pionniers de notre République, tels l’abolition de la peine de mort, la révocabilité des élus, la gratuité de la justice, le développement de modèles de coopératives de production, la réduction de la journée de travail, la suppression des amendes patronales.

Un idéal et un combat

La Commune exprime un idéal qui est celui du peuple français, une exigence d’égalité démocratique, de justice sociale et de solidarité. En faisant le choix de commémorer les 147 martyrs fusillés puis jetés dans une fosse commune, nous refusons d’oublier le combat pour la liberté et la justice.

Peu à peu, loi après loi, entre avancées et reculs, le projet républicain démocratique, laïque et social s’est mis en place. Il reste encore imparfait, mais son modèle continue d’inspirer les peuples du monde, quoi que veuillent faire croire ses concurrents et adversaires.

Pour autant, depuis quelques années, la vague républicaine s’affaiblit, laissant la place à un reflux risquant d’emporter avec lui nos valeurs les plus essentielles. La République recule, laissant s’accroître les inégalités et les fractures sociales. La Commune le portait déjà, il n’y a de projet républicain qu’avec un projet de justice sociale.

La Commune a été un moment fondateur et populaire, animé de l’enthousiasme que peut susciter la République quand elle accomplit l’authentique égalité démocratique et trouve son aboutissement dans la justice sociale, dans l’égalité, sans laquelle la fraternité et la liberté ne sont réservées qu’à quelques-uns.

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Se souvenir de la Commune, c’est faire vivre cet idéal de justice et de progrès. Se souvenir de la Commune, c’est se rappeler ses héros, mais aussi ses héroïnes, oubliées pour la plupart. Il y a Louise Michel, bien sûr, mais aussi Nathalie Lemel et Elisabeth Dmitrieff, fondatrices de l’Union des femmes, Victorine Rouchy, Léontine Suétens, et les innombrables autres, condamnées, déportées ou mortes sous les balles des versaillais. Elles ont combattu pour leur émancipation, leur liberté, pour l’avènement de la République. Se souvenir de la Commune est plus que jamais une absolue nécessité dans le moment que nous vivons.

Le spectre d’une arrivée au pouvoir de l’extrême droite, avec son cortège de reculs démocratiques et républicains, est dans tous les esprits. Sur la place publique, les discours de haine et d’exclusion dont beaucoup pensaient la nation prémunie se multiplient

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En miroir de l’extrême droite et la renforçant, le surgissement au premier plan de revendications identitaires méconnaît le risque d’une fragmentation de la société en groupes rivaux, générant des replis communautaires porteurs de division et de violences civiles.

Face à ces risques tous azimuts de dévoiement et de déchéance de la République, et alors que le chef de l’Etat n’a pas souhaité commémorer les 150 ans de la Commune, lui préférant d’autres symboles, nous, francs-maçons, ne pouvons rester absents ou silencieux.

Si l’Histoire est mémoire et souvenir, elle est aussi espoir. Les républicains sincères ne peuvent oublier les héros de la Commune, non pas seulement le jour d’un hommage, mais à chaque instant de leur engagement. L’année des 150 ans de la Commune n’est pas terminée. Le pouvoir républicain peut encore choisir d’honorer cette histoire.

Lire la tribune : « La Commune de Paris est un bien commun que la République se doit de célébrer »

Georges Sérignac est grand maître du Grand Orient de France

Roger Martelli : « La Commune de Paris est un bien commun que la République se doit de célébrer »

TRIBUNE

Roger Martelli

Historien

Alors qu’au Conseil de Paris les élus de droite se sont opposés à la célébration des 150 ans de la Commune, l’historien rappelle, dans une tribune au « Monde », l’importance du « premier pouvoir » qui s’est appuyé sur des valeurs démocratiques et sociales « qui n’ont pas pris une ride ».

Publié le 28 février 2021 à 01h29 – Mis à jour le 28 février 2021 à 06h55    Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/02/28/roger-martelli-la-commune-de-paris-est-un-bien-commun-que-la-republique-se-doit-de-celebrer_6071443_3232.html

Barricade pendant la Commune de Paris, à l’angle des boulevards Voltaire et Richard-Lenoir.
Barricade pendant la Commune de Paris, à l’angle des boulevards Voltaire et Richard-Lenoir. BIBLIOTHEQUE HISTORIQUE DE LA VILLE DE PARIS

Tribune. Le 3 février, au Conseil de Paris, la droite parisienne a lancé un tollé contre les commémorations prévues pour les 150 ans de la Commune de Paris. Engluée dans son passé, elle persiste à dire que célébrer cet anniversaire revient à glorifier « les événements les plus violents de la Commune ».

De quoi s’agit-il, en fait ? Le 18 mars 1871, les bataillons de la garde nationale – qui participent depuis septembre 1870 à la défense de Paris [contre l’armée prussienne qui l’encercle] – s’emparent du pouvoir dans une capitale désertée par les autorités. Quelques jours plus tard, des élections désignent, à 40 % des électeurs inscrits, une majorité de républicains parmi les plus à gauche de cette période troublée. La nouvelle assemblée élue va se réunir régulièrement pendant cinquante-quatre jours : quarante-huit d’entre eux ont été occupés par la guerre civile, la plus brutale qu’ait connue Paris depuis les guerres de religion.

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Pendant cette brève période, en même temps qu’elle fait la guerre, la Commune remet en marche les administrations, fait fonctionner les services publics, organise le ravitaillement et les soins aux blessés, assure la sécurité dans les rues. Dans l’esprit de la « République démocratique et sociale » que la révolution de 1848 a promue avant elle, elle met en application ce que ses responsables ont annoncé. Elle confirme le moratoire des loyers dus pendant une partie du siège de Paris, décide la restitution partielle des objets déposés au mont-de-piété, réquisitionne les logements abandonnés par leurs propriétaires après le 18 mars. Elle procède de même pour les ateliers abandonnés, dont elle veut confier la gestion aux travailleurs eux-mêmes. Elle soumet les marchés publics à des contraintes sociales strictes.

Une autre conception du « vivre-ensemble »

Elle ne fait pas que de la redistribution sociale. Elle proclame la séparation de l’Eglise et de l’Etat, abolit le système injuste de conscription militaire alors en vigueur, accepte qu’on brûle la guillotine devant la mairie du 11e arrondissement. Elle met en place un enseignement primaire et professionnel laïque et gratuit, ouvre l’enseignement professionnel aux filles, commence à mettre en cause l’ordre traditionnel de la famille. Elle cherche à changer en profondeur le rapport entre électeurs et élus, prévoit la révocabilité des élus et organise la consultation des citoyens et citoyennes pour préparer les décisions de l’assemblée communale.

Sans doctrine figée, sans même un programme achevé, la Commune a fait en quelques semaines ce que la République mettra bien du temps à décider. Elle a ouvert la voie à une autre conception du « vivre-ensemble », fondée sur l’égalité et la solidarité. Elle a enfin esquissé la possibilité d’une démocratie moins étroitement représentative, plus directement citoyenne. En bref, elle a voulu mettre concrètement en œuvre ce « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » dont le président américain Lincoln avait annoncé l’avènement quelques années plus tôt [le 19 novembre 1863, lors du discours prononcé à Gettysburg].

La République a perdu du temps

Bien sûr, la Commune n’a souvent fait que désigner une part du chemin et peu de ses décisions ont eu le temps d’être réellement appliquées. Bien sûr encore, les conditions de la guerre civile l’ont poussée à des décisions cruelles, qui ont été d’ailleurs bien loin de faire l’unanimité dans les rangs communards (décret stipulant que « toutes personnes prévenues de complicité avec le gouvernement de Versailles (…) seront les otages du peuple de Paris », suppression de journaux…). Mais, en noyant dans le sang l’expérience du printemps 1871, en recouvrant son souvenir du voile opaque et persistant de l’oubli, il n’est pas exagéré de penser que la République a perdu du temps.

« Le Paris de 1871 a connu un type de gouvernement populaire et même ouvrier, comme il n’y en a jamais eu en France auparavant, et comme il n’y en aura plus jusqu’à ce jour »

Faire de la Commune un modèle qu’il suffirait de recopier n’a pas grand sens. Notre société a changé, l’époque n’est plus la même et bien des expériences ont suivi celle de la Commune qu’il nous faut bien méditer aujourd’hui. Il reste toutefois que le Paris de 1871 a connu un type de gouvernement populaire et même ouvrier, comme il n’y en a jamais eu en France auparavant et comme il n’y en aura plus jusqu’à ce jour. Il reste que la Commune est le premier pouvoir qui ait mis au centre de son action des valeurs démocratiques et sociales qui n’ont pas pris une ride depuis 1871.

Le 29 novembre 2016, l’Assemblée nationale a adopté une résolution réhabilitant enfin les victimes de la « semaine sanglante » [qui a vu la répression des communards entre le 21 et le 28 mai 1871]. Elle ajoutait vouloir que « soient mieux connues et diffusées les valeurs républicaines portées par la Commune ». Elle souhaitait « que la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté ». Le temps est venu de mettre en application cette résolution.

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La droite parisienne s’inscrit, sans vergogne, dans la lignée du journaliste anticommunard Maxime Du Camp [1822-1894], qui justifiait la barbarie gouvernementale de la « semaine sanglante » par la nécessité d’exterminer « la postérité de Caïn ». Ce climat de guerre civile ne devrait plus être de mise de nos jours. Dans notre société déchirée, il est plus que jamais dérisoire de mettre en avant la centaine de malheureux otages exécutés pendant la Commune pour mieux occulter les milliers, voire dizaines de milliers, de communards et communardes massacrés sans pitié en mai 1871.

La République se doit de commémorer la Commune de Paris de 1871. Nul n’est tenu, en son âme et conscience, de la « célébrer ». Mais, à l’inverse, rien ne sert de délégitimer celles et ceux qui entendent le faire, sans renoncer pour autant à l’exercice de la critique. Leur nombre est considérable et leur diversité est à l’image de ce que fut la Commune : une expérience inédite, des actes innovants et une multitude de possibles à peine suggérés. Cette diversité est une richesse. Encore faut-il qu’elle ne fasse pas oublier que la Commune est… un bien commun, qui mérite que l’on se retrouve pour crier ensemble, encore et toujours, le beau cri du « Vive la Commune ! ».

Roger Martelli est historien et coprésident de l’association Les Amies et amis de la Commune de Paris 1871.

Roger Martelli(Historien)Contribuer

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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