Fuite dans la Seine à Rouen d’une cuve contenant un insecticide (Néocotinoïde) « tueur d’abeille ».

« La Seine n’est pas une poubelle » : le maire de Rouen veut porter plainte après une pollution aux néonicotinoïdes

Une enquête a été ouverte après la fuite d’une cuve contenant un insecticide « tueur d’abeille ». Interdit depuis 2018, son usage est de nouveau autorisé par le gouvernement pour la betterave à sucre. 

Par Stéphane MandardPublié hier à 19h31, mis à jour hier à 20h16  

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https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/05/26/la-seine-n-est-pas-une-poubelle-le-maire-de-rouen-veut-porter-plainte-apres-une-pollution-aux-neonicotinoides_6081589_3244.html

« Un nouveau scandale. » Pour les élus de l’agglomération de Rouen, c’en est trop. « Un an et demi après l’incendie [de l’usine Lubrizol] du 26 septembre 2019, notre territoire est à nouveau souillé », déplorent Nicolas Mayer-Rossignol et Charlotte Goujon, respectivement président de la métropole ainsi que vice-présidente en charge de la santé et de la sécurité sanitaire et industrielle, dans un communiqué diffusé mardi 25 mai. Cette fois, nul panache de fumée noire menaçant dans le ciel normand en provenance de l’usine Lubrizol, mais une immense tache bleue à la surface de la Seine, signature d’une pollution aux pesticides.

Lors d’une patrouille organisée dans la soirée de samedi, les gendarmes de la brigade fluviale de Rouen repèrent une « irisation de couleur bleue » au niveau du quai du port de plaisance. Ils estiment que cette étrange tache s’étend sur une surface totale d’environ 500 mètres carrés.

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La source de cette pollution est identifiée dans une entreprise de transport située dans la commune de Canteleu, à six kilomètres de Rouen. Les gendarmes constatent qu’une cuve contenant des pesticides est percée. Les fortes précipitations de l’après-midi ont emporté une partie du liquide jusqu’à la Seine. Aucun barrage flottant n’a pu être mis en place dans le port en raison de la haute solubilité dans l’eau du pesticide.

« Une forme de laxisme »

Ce pesticide est hautement toxique : selon la préfecture de Seine-Maritime, la fuite provient d’un récipient contenant du thiaméthoxame, un néonicotinoïde dont l’usage est interdit dans l’Union européenne depuis 2018. Produit par le géant de l’agrochimie Syngenta, cet insecticide « tueur d’abeille » a, cependant, fait son retour cette année dans les champs en France, après la dérogation controversée accordée par le gouvernement aux producteurs de betteraves sucrières pour enrayer la chute de la récolte, attribuée à l’invasion d’un puceron vecteur de la jaunisse.

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« Avec cet accident, on voit bien que ces produits ultratoxiques menacent non seulement les pollinisateurs lors de leur utilisation, mais aussi l’ensemble des écosystèmes, comme dans le cas de cette pollution de la Seine », réagit l’association Générations futures. A l’origine de plusieurs recours contre la réautorisation en France des néonicotinoïdes, l’ONG envisage de porter plainte dans cette affaire. C’est également l’intention du président de la métropole et maire (PS) de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol. « Nous allons porter plainte contre X, déclare-t-il au Monde. La Seine n’est pas une poubelle. Les Rouennais n’en peuvent plus de subir une forme de laxisme. » 

Dans le viseur de l’élu : « les industriels, les premiers responsables », mais également « les autorités chargées de faire respecter les dispositions légales ». Comme après l’incendie de l’usine chimique Lubrizol et des entrepôts de Normandie logistique, la préfecture de Seine-Maritime se voit reprocher un défaut de « transparence »« Si nous n’avions pas interpellé le préfet [dans un communiqué diffusé mardi] sur cette pollution, je ne sais pas si nous saurions qu’il s’agissait d’un produit hautement toxique », dit-il, en estimant que cet épisode doit aussi engager une réflexion au niveau national : « Si cette dérogation n’avait pas été autorisée, on aurait sans doute pu éviter de se retrouver avec un pesticide hautement toxique dans la Seine. »

Investigations en cours

Dans un communiqué, publié un peu plus tard dans la journée du 25 mai, la préfecture se veut rassurante : les « modélisations » réalisées à partir des prélèvements pratiqués dans la Seine ont mis en évidence une « pollution très inférieure aux seuils entraînant un risque létal pour la faune aquatique ». A savoir de l’ordre de 0,8 mg/l, soit plus de 100 fois moins que la dose létale s’établissant à 100 mg/l, précise la préfecture

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De même source, les premières observations n’ont, par ailleurs, révélé « aucun impact » sur le milieu. Elles doivent se poursuivre dans les prochains jours avec l’Office français de la biodiversité. Contactée, la préfecture renvoie vers le procureur de la République de Rouen. Au parquet, on se contente de confirmer qu’une enquête a bien été ouverte et que « les investigations sont en cours ». Elles devront permettre d’établir les causes de l’incident et les responsabilités, ainsi que de caractériser les quantités de produit présentes sur le site logistique, au regard de la réglementation.

Stéphane Mandard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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