Un reflux de l’épidémie, des hospitaliers qui commencent à respirer, mais une situation fragile.

Covid-19 : une décrue franche, mais fragile, de la maladie en France

Dans son point hebdomadaire, Santé publique France observe un reflux de l’épidémie et la persistance de fortes disparités territoriales. 

Par Stéphane FoucartPublié le 07 mai 2021 à 10h42 – Mis à jour le 07 mai 2021 à 12h09  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/05/07/covid-19-une-decrue-franche-mais-fragile-de-la-maladie_6079458_3244.html

Un membre du personnel médical auprès d’une patiente dans une unité de soins intensifs pour les personnes infectées par le Covid-19, à l’hôpital AP-HP Louis Mourier de Colombes, le 4 mai 2021.
Un membre du personnel médical auprès d’une patiente dans une unité de soins intensifs pour les personnes infectées par le Covid-19, à l’hôpital AP-HP Louis Mourier de Colombes, le 4 mai 2021. ALAIN JOCARD / AFP

La décrue est franche, mais la circulation du nouveau coronavirus demeure intense sur le territoire français. L’agence Santé publique France (SPF) a rendu, jeudi 6 mai tard dans la soirée, son point épidémiologique hebdomadaire pour la semaine du 26 avril au 2 mai et confirme l’effet du troisième confinement sur le déclin du Covid-19.

Tous les indicateurs nationaux confirment ce reflux. Par rapport à la semaine précédente, l’incidence a chuté de 20 % et pointe à 241 nouveaux cas pour 100 000 habitants. Les hospitalisations et les admissions en soins intensifs pour cause de Covid-19 ont respectivement perdu 13 % et 18 %. Reste qu’au cours de cette semaine 1 995 personnes sont mortes des suites de la maladie et, au 4 mai, 5 504 patients touchés par le Covid-19 étaient toujours en soins intensifs. Un chiffre du même ordre que celui atteint au sommet de la deuxième vague, à la mi-novembre 2020.

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Les disparités territoriales demeurent fortes. Ile-de-France, Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur sont les régions les plus touchées. L’Ile-de-France affiche de loin l’incidence la plus élevée, avec 362 nouveaux cas pour 100 000 habitants au cours de la semaine – le seuil d’alerte étant fixé à 250 cas incidents pour 100 000 habitants.

« Nous sommes dans une situation contrôlée, avec une décrue qui s’accélère, mais cela est encore dû à l’inertie du troisième confinement, estime l’épidémiologiste Mircea Sofonea, de l’université de Montpellier. Pour le moment, seuls les élèves du primaire ont eu l’occasion d’augmenter leur taux de contact. Et pour commencer à voir l’effet que cela aura sur la population générale, il faut attendre plusieurs cycles d’infections : le temps que les enfants se contaminent entre eux, puis qu’ils contaminent leur entourage. »

L’immunité collective encore loin

La réouverture des établissements scolaires se voit cependant déjà dans les données de SPF. « La réouverture des écoles maternelles et primaires le 26 avril a eu un impact à la hausse sur le nombre de cas ayant fréquenté le milieu scolaire, précise l’agence dans son bulletin, ainsi que sur le nombre de contacts à risque chez les moins de 10 ans.» Le nombre de personnes touchées par la maladie ayant fréquenté le milieu scolaire, soit 2 755 cas, a plus que quintuplé par rapport à la semaine précédente, selon SPF.

L’immunité collective est encore loin. SPF publie dans son bulletin les données de son enquête de séroprévalence pour la semaine du 8 au 14 février : selon les résultats présentés, la proportion de personnes séropositives pour le SARS-CoV-2 était alors estimée à 13,2 %. « Cette séroprévalence est en progression régulière, mais le niveau atteint confirme que seule une vaccination de masse permettra d’atteindre rapidement une immunité collective susceptible d’influencer très favorablement la dynamique de l’épidémie », estime l’agence.

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Au 4 mai, 24,5 % des Français avaient reçu au moins une dose de vaccin, près de 11 % ayant reçu les deux doses. Cela représente, précise SPF, des proportions respectives de 31,3 % et 13,9 % de la population adulte. Les experts estiment ce taux à 90 % pour atteindre l’immunité collective et « éteindre » ainsi la circulation du virus. Fin avril, l’enquête CoviPrev menée par SPF montrait que seuls 56 % des Français interrogés non encore vaccinés souhaitaient recevoir le vaccin « dès que possible ».

Selon les données de SPF, le variant britannique domine largement sur le territoire français, comptant pour près de 81 % des virus retrouvés sur des personnes infectées – les variants brésilien et sud-africain comptant, à eux deux, pour environ 5,5 % en moyenne.

Modélisations

La décrue de la maladie va-t-elle se poursuivre ? La question se pose de manière d’autant plus aiguë, rappelle M. Sofonea, « qu’en termes d’occupation des services de soins critiques le déconfinement a été lancé alors qu’on se situait au-dessus du pic de la deuxième vague ». Dans une brève étude tout juste publiée dans la revue Anaesthesia Critical Care & Pain Medicine, M. Sofonea et ses collègues ont testé une situation fictive dans laquelle le troisième confinement ne serait pas levé : dans ce cas, le modèle des chercheurs prévoit une lente décrue qui n’aboutirait que courant juin au seuil des 3 000 patients Covid hospitalisés en unité de soins intensifs.

« En tenant pour acquis le déconfinement en cours, nous avons ensuite considéré deux scénarios plafonds : le premier dans lequel les interactions sociales se situeraient à leur niveau d’octobre 2020, le second dans lequel elles seraient légèrement renforcées, explique M. Sofonea. Dans le premier scénario, on resterait autour de 5 000 patients Covid en soins critiques en mai-juin avant d’en redescendre. Dans le second, on commencerait à voir la courbe remonter début juin pour aller vers 7 000 à 8 000 malades en soins critiques en juillet. »

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Ces modélisations, ajoute le chercheur, reposent sur des hypothèses optimistes sur la poursuite de la vaccination, et en l’absence de variants échappant à l’immunité induite par les vaccins. Elles n’ont toutefois pas pris en compte d’éventuelles mesures de « régionalisation » de la levée en cours des restrictions. « Il faut toujours avoir à l’esprit que nos modèles ne prétendent pas prédire ce qui va se produire, souligne M. Sofonea, mais à évaluer le potentiel de rebond de la maladie. Ce que nous mettons en évidence, c’est que ce potentiel est toujours présent et sa non-réalisation relève encore de nos choix collectifs. »

Stéphane Foucart

Covid-19 : la baisse des indicateurs épidémiques en France incite les personnels de santé à un optimisme prudent

Si le nombre de nouvelles admissions chute, le total des patients hospitalisés en raison de l’épidémie demeure élevé : on en comptait encore plus de 22 000 au 18 mai. 

Par Stéphane Foucart et Camille StromboniPublié aujourd’hui à 19h35 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/05/21/covid-19-la-baisse-des-indicateurs-epidemiques-en-france-incite-les-personnels-de-sante-a-un-optimisme-prudent_6081081_3244.html 

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Des membres du personnel médical travaillent pendant leur service de nuit dans un service de réanimation pour les personnes infectées par le Covid-19, à l’hôpital AP-HP Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine), le 5 mai 2021.
Des membres du personnel médical travaillent pendant leur service de nuit dans un service de réanimation pour les personnes infectées par le Covid-19, à l’hôpital AP-HP Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine), le 5 mai 2021. ALAIN JOCARD / AFP

La réouverture des terrasses l’a presque fait oublier, mais le nouveau coronavirus circule toujours sur le territoire français et le nombre de patients hospitalisés reste à un niveau élevé. Et ce, en dépit de la baisse, continue, des indicateurs de suivi de la maladie. Le bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’agence Santé publique France (SPF), rendu public jeudi 20 mai, incite à un optimisme prudent.

Dans la semaine du 10 au 16 mai, 87 957 nouveaux cas de Covid-19 ont été relevés sur le territoire français, en baisse de 12 % par rapport à la semaine précédente. Ce chiffre place l’incidence nationale à 154 nouveaux cas pour 100 000 habitants. De forts contrastes régionaux demeurent : en Guyane, dans les Hauts-de-France et en région parisienne, l’incidence de la maladie reste supérieure à 200 nouveaux cas pour 100 000 habitants. En Ile-de-France, elle se situait entre le 10 et le 16 mai à 238 nouveaux cas pour 100 000 habitants, juste en dessous du seuil d’alerte (250 cas pour 100 000 habitants).

Au niveau national, les principaux indicateurs baissent plus vite encore que l’incidence. Les passages aux urgences pour suspicion de Covid-19, les hospitalisations et les admissions en soins critiques ont chuté d’environ 30 % par rapport à la semaine précédente. Quant au nombre de décès imputés au Covid-19 – à interpréter avec précaution, les chiffres publiés par SPF n’étant pas encore consolidés – il a été de 1 248, à comparer aux 1 570 morts de la semaine du 3 au 9 mai.

Tension accumulée sur l’hôpital

Dans les services de réanimation, en première ligne face aux malades du Covid-19, le sentiment est général : « Partout, ça décroît, et à vitesse soutenue », souffle François-René Pruvot, à la tête de la Conférence des présidents de commissions médicales d’établissement des centres hospitaliers universitaires (CHU). Avec 3 769 patients atteints du Covid-19 en soins critiques jeudi 20 mai, la décrue est clairement enclenchée depuis le début du mois, après un pic atteint le 26 avril, avec 6 001 patients.

Ces signaux favorables ne doivent pas faire oublier la tension accumulée sur l’hôpital et les soignants. Si le nombre de nouvelles admissions chute, le total des patients hospitalisés pour cause de Covid-19 demeure élevé. On comptait encore le 18 mai plus de 22 000 malades du Covid-19 hospitalisés en France.

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« Je me méfie toujours des périodes d’atterrissage, ce sont les plus dangereuses, quand l’avion ralentit », reprend François-René Pruvot, professeur au CHU de Lille. Dans l’immédiat, ce ne sont pas les rebonds épidémiques qui l’inquiètent – « la réouverture des écoles n’a pas eu d’effet semble-t-il, c’est rassurant », salue-t-il – mais les injonctions « contradictoires » qui vont tirailler de plus en plus fortement l’hôpital. « Les soignants sont fatigués, ils ont besoin de récupérer, de souffler, d’avoir quelques jours de repos, énumère-t-il. Mais la demande “non-Covid”, la pression de soigner ces autres patients est très forte, elle s’accroît même. » 

A ce jour dans son établissement, le niveau de déprogrammation chirurgicale des patients qui ne sont pas contaminés par le Covid-19 reste à un niveau très élevé – environ 40 % des salles d’opérations sont à l’arrêt. « Il y a une petite appréhension sur le mois de juin, est-ce que l’activité va enfin pouvoir reprendre normalement, est-ce que chacun va pouvoir retourner dans son service ? », dit-il.

Progression rapide de la vaccination

Les bonnes nouvelles sur le front des indicateurs épidémiques ne suffisent donc pas à rassurer pleinement les médecins. Sur le terrain, en soins critiques, l’heure n’est pas au relâchement. « Les réanimations sont toujours pleines, décrit Jean-Michel Constantin, chef de service à la Pitié-Salpétrière. Nous avons commencé à refermer des lits “éphémères” [ceux ouverts en plus durant la crise], nous avons donc moins de lits, mais nous avons de nombreux patients non-Covid, alors c’est un peu la guerre pour trouver des places… »

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L’établissement de santé, qui fait partie de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), est passé de 217 lits ouverts au 19 avril, à 186 aujourd’hui – contre une capacité de 112 en temps normal. « Même s’il faut mettre ce dernier coup de collier, on voit la lumière au bout du tunnel, il était temps, reprend le réanimateur parisien. On espère vraiment que tout le monde va rester prudent, parce qu’on ne serait pas capable de tenir face à une nouvelle vague. » 

L’exécutif et les autorités sanitaires misent sur la progression rapide de la vaccination pour éviter un tel retour de bâton, dans un contexte où les privations de liberté sont de moins en moins acceptables pour la population. Selon le bulletin épidémiologique, la vaccination se poursuit à bride abattue. Le taux de personnes vaccinées en France est de 14,7 %, soit environ 9,9 millions de personnes au 18 mai – 21 millions de personnes ayant reçu au moins une dose, soit 31,5 % de la population qui bénéficient déjà d’une immunisation partielle.

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Les alertes des épidémiologistes et des infectiologues, qui assurent depuis plusieurs mois que la vaccination seule ne suffira pas à endiguer complètement la maladie, trouvent dans le dernier bulletin de SPF, une préoccupante concrétisation. Les variants du SARS-CoV-2 équipés de la mutation E484k, qui augmente leur probabilité d’échapper au pouvoir neutralisant des anticorps présents chez les anciens malades et les personnes vaccinées, gagnent du terrain. Selon l’enquête « Flash » pilotée par SPF, la proportion de variants porteurs de cette mutation a progressé entre le 16 février et le 27 avril, passant de 6,6 % à 11,1 % des virus détectés sur des personnes positives. Un signal encore faible, qu’il serait risqué d’ignorer.

Stéphane Foucart et  Camille Stromboni

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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