Des emballages à usage unique qui contiennent des composés perfluorés (PFAS) dangereux pour notre Santé (alerte de 9 ONG)

Des polluants « éternels » dans les emballages à usage unique de la restauration rapide.

Une étude inédite révèle la présence des composés perfluorés, substances chimiques délétères pour la santé et extrêmement persistantes dans l’environnement. 

Par Stéphane MandardPublié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 09h39  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/05/20/des-polluants-eternels-dans-les-emballages-a-usage-unique-de-la-restauration-rapide_6080814_3244.html

Dans un restaurant McDonald’s à Arnhem (Pays-Bas), le 1er mai 2020.
Dans un restaurant McDonald’s à Arnhem (Pays-Bas), le 1er mai 2020. REMKO DE WAAL / AFP

C’est peut-être la signature du prochain scandale sanitaire et environnemental. Quatre lettres pour un sigle encore méconnu du grand public : PFAS, pour substances poly et perfluoroalkylées, une famille de plus de 4 500 composés chimiques incorporés dans de nombreux biens de consommation en vertu notamment de leurs qualités antiadhésives.

Des composés perfluorés aux effets délétères sur la santé, que les toxicologues ont rebaptisés « forever chemicals » (« produits chimiques éternels ») en raison de leur extrême persistance dans l’environnement et de leur accumulation dans notre organisme.

Une étude inédite, publiée jeudi 20 mai et à laquelle Le Monde a eu accès, révèle la présence des PFAS dans les emballages alimentaires et la vaisselle jetable utilisés en particulier dans la restauration rapide.

 Lire aussi  Les autorités sanitaires européennes donnent l’alerte sur les perfluorés

A l’initiative de neuf organisations non gouvernementales dont l’ONG européenne Alliance pour la santé et l’environnement, l’allemande Bund, la britannique ClientEarth et la française Générations futures, une vaste campagne d’analyse a été menée dans six pays européens : Allemagne, Danemark, France, Pays-Bas, Royaume-Uni et République tchèque.

Les ONG ont sélectionné des emballages alimentaires et de la vaisselle jetable en papier, carton et fibres végétales moulées. Sacs à sandwich ou à pâtisserie, cornets de frites, boîtes à burger, pizzas ou kebab, assiettes, bols, serviettes… Au total, 99 échantillons ont été collectés entre mai et décembre 2020. Les ONG ont ciblé en particulier les grandes chaînes de restauration rapide : McDonald’s, Domino’s Pizza ou Dunkin’.

Les risques de la vaisselle biodégradable

Ces échantillons ont d’abord été soumis à un simple test de perle d’huile : il indique si un matériau est oléophobe, c’est-à-dire s’il repousse les graisses, une propriété physico-chimique des PFAS. Vingt-huit échantillons se sont révélés positifs, signe d’un traitement a priori intentionnel aux PFAS. Quatorze autres ne présentant pas de propriétés oléophobes ont également été sélectionnés afin d’évaluer le niveau de contamination de fond des emballages.

L’analyse de ces 42 échantillons a ensuite été confiée à deux laboratoires indépendants, au Danemark et aux Pays-Bas. Deux types de tests y ont été pratiqués : le premier visait à déterminer leur teneur en fluor organique total (TOF), un indicateur reconnu de la teneur totale en PFAS ; le second à évaluer leur potentiel de perturbateur endocrinien, en l’occurrence sur l’activité thyroïdienne.

Envie d’en savoir plus sur les perturbateurs endocriniens ?Test gratuit

Des traces de PFAS ont été retrouvées dans tous les échantillons sélectionnés. Pour trente-deux d’entre eux (dont cinq commercialisés en France), elles dépassent la valeur de référence pour la TOF établie par le Danemark, seul pays qui interdit – depuis juillet 2020 – les PFAS dans les emballages alimentaires en papier et carton. Et à des niveaux jusqu’à soixante fois plus élevés. Pour les commanditaires de l’étude, ce résultat prouve que l’utilisation intentionnelle de PFAS dans les emballages alimentaires et la vaisselle jetable est « une pratique très répandue en Europe ».

Deuxième enseignement, les concentrations les plus élevées sont« systématiquement » trouvées dans les produits en fibres végétales moulées : bols, assiettes ou serviettes fabriqués à partir de canne à sucre. Très en vogue dans la restauration à emporter, ces fibres végétales sont pourtant présentées comme une alternative au plastique à usage unique, biodégradables et/ou compostables. « Une contre-vérité et une lacune qui doit être comblée de toute urgence », alertent les ONG.

Lire aussi  Contre l’utilisation abusive de plastique, les « Plastic attacks » arrivent en France

« Une source d’exposition répétée »

Le test d’écotoxicité a par ailleurs confirmé que les PFAS retrouvés dans les emballages avaient le potentiel de créer des déséquilibres des hormones thyroïdiennes. Perturbateurs endocriniens, mais aussi obésité, diabète, troubles hépatiques, faible poids à la naissance, cancer des testicules et du rein, ou encore diminution de la réponse immunitaire aux vaccins : la liste des effets délétères des PFAS, mis en évidence au fil des études épidémiologiques, est longue.

Au point que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’agence chargée d’évaluer les substances entrant dans la chaîne alimentaire, a décidé en septembre 2020 de réévaluer très sérieusement à la baisse le seuil d’exposition tolérable aux quatre PFAS les plus courants (PFOA, PFOS, PFNA et PFHxS).

L’EFSA l’a divisé par plus de 2 500 fois par rapport à sa première évaluation de 2008 en fixant cette limite à 0,63 milliardième de gramme par kilo de poids corporel et par jour (ng/kg/j). Un seuil extrêmement bas qui atteste de la capacité des composés perfluorés à produire des effets néfastes à des niveaux d’exposition très faibles.

Lire la chronique : « “Dark Waters” raconte l’histoire d’une contamination mondiale et méconnue »

« La présence des PFAS dans les emballages alimentaires est une source d’exposition répétée pour les personnes qui consomment fréquemment des aliments provenant de la restauration rapide ou à emporter, alerte Jitka Strakova, auteure principale de l’étude et conseillère scientifique de l’International Pollutants Elimination Network. Il est grand temps que l’Union européenne agisse et interdise immédiatement et de manière permanente toute la classe des PFAS dans les emballages alimentaires. »

« Une menace » pour l’économie circulaire

Contradiction la plus frappante : leur présence dans des emballages à usage, par essence, très limité, se retrouve dans de nombreux déchets qui vont polluer durablement l’environnement et s’accumuler tout au long de la chaîne alimentaire.

Alors que des alternatives (emballages et vaisselle durable et réutilisable) existent, les PFAS constituent « un exemple typique de traitements chimiques évitables », soulignent les auteurs. Ils représentent aussi « une menace pour une économie circulaire propre et sûre ». Les traces de PFAS retrouvées dans certains emballages peuvent en effet s’expliquer par l’usage de carton ou de papier recyclés à partir de matériaux traités initialement aux PFAS.

En France, Générations futures a décidé de lancer une campagne pour demander aux enseignes de fast-food, sandwicheries et boulangeries de « stopper l’usage des PFAS » : « L’approche danoise montre que l’utilisation des PFAS dans des emballages alimentaires n’est pas une fatalité et que leur interdiction est réaliste. » A la différence des autres pays, aucune trace de PFAS n’a été détectée dans les sachets de frites vendus par McDonald’s au Danemark.

Stéphane Mandard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire