La tyrannie du mérite dénoncée par Michael Sandel

Michael Sandel et les perdants de la méritocratie

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ÉCOUTER (33 MIN) LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

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Riches, diplômés, perdants du système, nous mériterions notre sort…Telle est « La tyrannie du mérite » (Albin Michel, 2021) que dénonce Michael J.Sandel, professeur en philosophie politique à Harvard. 

Une cérémonie de remise de diplômes
Une cérémonie de remise de diplômes• Crédits :  Supachok Pichetkul / EyeEm – Getty

Michael J. Sandel est professeur de philosophie politique à Harvard University Law School et membre de l’American Academy of Arts and Sciences. Il est notamment connu pour son best seller Justice, dans lequel il développe une critique du libéralisme. Il anime sur la BBC une série de débats, « The Global Philosopher », qui abordent, avec des participants issus de pays différents, des questions éthiques soulevées par l’actualité.

Ce contre quoi je m’élève, c’est une notion enflée de ce que nous méritons. Lorsque nous réussissons grâce à l’exercice de nos talents, nous devons nous souvenir que ces talents sont des dons, nous avons une dette. (Michael J. Sandel)

Paraît La Tyrannie du mérite (Albin Michel, 2021), une traduction par Astrid von Busekist de son livre The Tyranny of Merit: What’s Become of the Common Good ? (Allen Lane, 2020). Selon son auteur, l’idéal méritocratique suggère que chacun joue d’égal à égal, et que chacun est donc responsable de sa réussite et de son échec.

Le projet politique de donner à tout le monde des chances égales ignore que les premiers échelons sont très éloignés les uns les autres. C’est très démoralisant pour ceux qui perdent la course. (Michael J. Sandel)

C’est l’âge de la méritocratie qui a fait de l’éducation supérieure l’arbitre de l’opportunité. (Michael J. Sandel)

A travers l’exemple des études supérieures, l’auteur montre que, en légitimant les inégalités, cette notion de mérite alimente l’hybris des gagnants de la globalisation et le ressentiment des populations invisibilisées contre les élites. C’est ce qui explique en partie le populisme qui en 2016 a mené au Brexit et à la victoire de Donald Trump. Et, à l’heure où Emmanuel Macron a annoncé vouloir supprimer l’ENA et les grands corps, ce livre vaut aussi pour l’Europe.

C’est une folie de créer une économie qui dit que la condition nécessaire pour avoir un travail digne et une vie décente soit un diplôme universitaire que la plupart des gens n’ont pas. (Michael J. Sandel)

Merci à Michel Zlotowski pour sa traduction.

Commentaire F. Pierru (Sociologue, Politiste):

Qu’il est rassurant de constater qu’il reste des gens raisonnables et lucides, en l’occurence Michael Sandel, philosophe à Harvard. 
Que nous dit-il ? Que les Reagan, Clinton, Obama ont fabriqué les trumpistes – ça marche aussi avec le PS et le RN – en hypostasiant la notion de « méritocratie », humiliant ceux qui ne pouvaient faire des études longues et concurrentielles. Les « populistes » ne sont pas une génération spontanée. Ils sont fabriqués par la bourgeoisie « cool » (Begaudeau). Les gens n’aiment pas être humiliés. Etonnant non ? 
Constat à mettre en relation avec l’analyse électorale de Piketty que j’ai diffusée il y a quelques jours : résultats parfaitement concordants, sur un autre plan : radicaliser la notion de méritocratie tout en précipitant les classes populaires dans la précarité voire la pauvreté a forcément des effets électoraux. 
Je reformule : le RN, Johnson ou Trump ne sont que l’autre face de la médaille de l’égoïsme de classe de la bourgeoisie. Aussi, le face-à-face entre Macron et Le Pen est parfaitement logique. L’un nourrit l’autre. Ce qu’avait montré Todd avec sa cartographie électorale dans son bouquin de 2020 : le vote RN est l’exact symétrique du vote Macron. Non que le second soit l’antidote au premier, c’est au contraire sa cause. Voter Macron pour « faire barrage » au RN est par conséquent une illusion et une erreur d’analyse. 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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