Une mise en cause radicale des institutions médico-sociales, accusées d’être ségrégatives et de faire obstacle aux droits humains

« L’inclusion fonctionne comme un mantra, sans aucun débat sur l’évolution en cours du secteur médico-social »

Dans une tribune au « Monde », les membres de deux collectifs de professionnels et de parents s’alarment de la réforme Sérafin-ph qui menace les institutions médico-sociales pour enfants, jeunes et adultes handicapés au profit de « plates-formes de service ». 

Par Collectif Publié le 14 mai 2021 à 07h00, mis à jour hier à 09h45  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/05/14/l-inclusion-fonctionne-comme-un-mantra-sans-aucun-debat-sur-l-evolution-en-cours-du-secteur-medico-social_6080163_3232.html

Tribune. La doctrine de l’inclusion a tout pour séduire. Non seulement c’est une promesse d’égalité par l’accès à l’école de tous, handicapés ou non, mais c’est aussi une promesse de soins, de bien-être, de travail adaptés à chacun. La réalité de terrain est tout autre. La mise en œuvre de cette politique s’accompagne d’une mise en cause radicale des institutions médico-sociales, accusées d’être ségrégatives et de faire obstacle aux droits humains.

C’est pourquoi les autorités commencent à fermer ces équipements pour y substituer des « plates-formes de services » délivrant des indications de soins en regard de besoins identifiés, sans institution, sans collectif, sans salariés. C’est oublier que les institutions médico-sociales pour enfants, jeunes et adultes handicapés, très souvent créées à l’initiative de parents, ont été d’emblée conçues comme des lieux de vie essentiels pour permettre l’accompagnement et les soins personnalisés.

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Ils œuvrent donc, autant que possible, afin de favoriser l’accès à l’école pour l’enfant, à l’autonomie sociale pour les jeunes et les adultes, dans le respect et les limites des capacités de chacun. Mais alors, pourquoi réduire voire supprimer cette offre institutionnelle qui a fait ses preuves, sans tenir compte des drames humains pour les personnes accueillies et leurs familles quand un établissement ferme ? Sans doute parce que ces lieux qui furent reconnus comme un progrès d’intérêt général sont perçus aujourd’hui comme une faiblesse coûteuse, spécialement en masse salariale.

45 000 places manquantes en institutions

Les « plates-formes de services » proposent des « parcours », dont le financement repose sur Sérafin-ph (Services et établissements : réforme pour une adéquation des financements aux parcours des personnes handicapées) : un diagnostic des « besoins » de la personne handicapée est réalisé, auxquels on fait correspondre une prescription de services, à assurer par des professionnels le plus souvent sous statut d’autoentrepreneurs.

Dans la mesure où nombre de besoins essentiels, comme la stabilité d’un cadre de vie au milieu de camarades ou une prise en charge globale, ne sont pas pris en compte dans les évaluations initiales, ce dispositif est beaucoup moins onéreux. Sérafin-ph n’est qu’une variante de la tarification à l’activité (T2A), dont les effets à l’hôpital sont dénoncés de toutes parts, et plus encore depuis la pandémie.

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Alors qu’on évalue à 45 000 les places manquantes en institutions, proposer des « parcours » hors-sol, dont la famille sera finalement le seul garant, n’est rien d’autre qu’une régression de la politique solidaire du handicap, une mystification. L’inclusion fonctionne comme un mantra, sans aucun débat sur l’évolution en cours du secteur médico-social.

Le secteur social devient un quasi-marché

Les professionnels spécialisés alertent, eux aussi, sur le contre-sens de la fermeture des établissements au profit des « plates-formes » : elles ne permettent pas un accompagnement réfléchi et concerté en équipe pluridisciplinaire, dans un lieu de vie adapté. De plus en plus isolés, ils verront leurs activités se morceler et leurs métiers se dévaloriser, et la situation s’aggrave avec la crise sanitaire d’où deux mouvements récents de grève d’ampleur nationale des travailleurs sociaux et médico-sociaux, le 3 décembre 2020 et le 21 janvier 2021.

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En réalité, c’est tout le secteur social qui devient un quasi-marché selon un modèle d’inspiration libérale. De plus, l’administration de tutelle impose sa conception des « bonnes pratiques » et exige résultats et performances, transformant les professionnels du social en simples ressources humaines. Exercer ces métiers exigeants et profondément humains dans de bonnes conditions devient de plus en plus difficile.

Du côté de l’école, beaucoup d’enseignants, sans être opposés au principe d’accueil universel, sont également en grande difficulté et sans ressources adaptées pour inclure vraiment des enfants aussi différents.

En milieu ordinaire, seuls certains enfants handicapés peuvent s’adapter ; d’autres, en grand nombre, impuissants à suivre les apprentissages scolaires et le rythme proposé à leur classe d’âge, ne peuvent être accueillis, ou seulement quelques heures par semaine : en l’absence de places dans un établissement médico-social, ils restent principalement à la charge de leur famille, mobilisant au moins un de leurs parents, ce qui a pour effet de creuser encore plus les inégalités sociales.

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Alarmés par cette situation très problématique, nos deux collectifs – D’une Maison à l’Autre, constitué de parents et de professionnels, et SOS Médico-social –, ont publié une pétition, le 1er février 2019. Plus de 34 200 signatures ont été reçues à ce jour et les commentaires ajoutés sont poignants. Des milliers de familles d’enfants et adultes handicapés sont toujours en 2021 sans solution satisfaisante, contrairement aux promesses. Toute cette souffrance sera-t-elle entendue ?

Membres du collectif D’une Maison à l’Autre : Sylvie Cruzillac, directrice d’IME ; Diane Faciolle, parent ; Christiane Henry, assistante sociale ; Séverine Perez, parent, membre du collectif SOS Médico-social : Catherine Caleca, psychologue ; Michel Chauvière,chercheur au CNRS ; Roger Drouet, président du MAIS ; Gabrielle Garrigue, membre du collectif Avenir Educs ; Christine Sovrano, Union fédérale de l’action sociale CGT, Dominique Terres, pédo-psychiatre.

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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