Profil des dans abris: le temps d’errance s’allonge de plus de trois ans pour 54 % des SDF

Etat de santé, temps d’errance, accès aux soins… Une étude dévoile le profil des sans-abris

Des équipes du 115 ont interrogé 755 personnes dans 39 départements. Le temps d’errance s’allonge de plus de trois ans pour 54 % des SDF. Mais il y a aussi moins de femmes, d’enfants et de familles à la rue depuis l’année dernière. 

Par Isabelle Rey-LefebvrePublié le 14 mai 2021 à 10h03 – Mis à jour le 14 mai 2021 à 11h08  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/05/14/les-grands-exclus-oublies-de-la-lutte-pourtant-active-contre-le-sans-abrisme_6080171_3224.html

Qui sont les sans-abri et pourquoi certains d’entre eux refusent-ils les propositions d’hébergement, pourtant plus nombreuses que jamais durant cette crise sanitaire ? La deuxième édition de l’enquête de terrain menée par la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et la Fédération nationale des SAMU sociaux (FMSS), après celle de janvier 2020, soit juste avant la crise, publiée vendredi 14 mai, répond, entre autres, à ces questions. Pour collecter les informations au plus près de là où vivent ces « invisibles », 71 équipes mobiles de maraude, ont, dans 39 départements, interrogé 755 personnes sans abri, toutes rencontrées la nuit du 12 au 13 janvier 2021.

A 80 %, il s’agit d’hommes isolés, une proportion plus élevée de dix points qu’en 2020 donc, en proportion, moins de femmes, d’enfants et de familles grâce à l’effort exceptionnel de l’Etat pour, durant l’état d’urgence sanitaire en vigueur jusqu’au 30 mai prochain, héberger le plus grand nombre.

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« Dans l’Oise, le 115 trouve désormais une solution à toutes les demandes émanant de femmes, d’enfants et de familles, qui sont prioritaires, explique Steven Duval, directeur du Samusocial de l’Oise. Les hommes seuls passent après. Ils sont, pour la plupart, des migrants primo-arrivants ou déboutés du droit d’asile voire déjà soumis à l’obligation de quitter le territoire, ou encore de grands exclus pour qui nous n’avons pas de solution d’hébergement adaptée. » « A Lyon, la situation reste tendue mais, grâce aux 1 500 places supplémentaires dont nous avons bénéficié, beaucoup moins de monde dort dans la rue, témoigne Maud Bigot, du Samusocial de la métropole. En revanche, pour ceux qui sont encore dehors, les délais d’attente d’une place en hébergement s’éternisent. »

« Les grands exclus ont été abandonnés »

L’enquête révèle que le temps d’errance des personnes rencontrées s’allonge, de plus de trois ans pour 54 % d’entre eux, soit 16 points de plus qu’en 2020, comme si le noyau dur des grands exclus ne se résorbait pas. « Beaucoup d’entre eux refusent d’aller dans des structures au règlement contraignant, aux horaires stricts et aux interdictions nombreuses, comme de venir avec un animal ou de s’alcooliser bien que le confinement ait apporté quelques souplesses sur ce dernier point en ouvrant des espaces ad hoc », détaille Sandrine Elie, chef de service de l’association Trait d’union qui gère le Samusocial du Calvados.

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« Le non-recours au 115 devient un phénomène majeur et inquiétant, confie Florence Lamarque, présidente de la FMSS. Car l’on sait que plus on agit tôt, plus la réinsertion est réussie, mais plus le temps passé à la rue est long, moins les sans-abri demandent de l’aide, appellent le 115 et acceptent un hébergement », résume-t-elle.

Autre constat, ne pas posséder de téléphone est un facteur discriminant, puisque 35 % des enquêtés n’en ont pas alors que c’est un outil vital pour accéder à un hébergement. Près de 60 % de ces personnes non équipées n’ont jamais appelé le 115, alors qu’ils ne sont que 31 % parmi ceux qui ont un tel appareil. Sans téléphone, la chance d’obtenir une place est réduite de moitié. Mais posséder un téléphone ne suffit pas, encore faut-il qu’il fonctionne : parmi les 65 % des enquêtés disposant de cet outil – un smartphone, dans deux tiers des cas –, 33 % font part de difficultés d’usage pour recharger la batterie ou disposer de crédit, sans oublier les vols, la casse, la perte…

« Les grands exclus, ces inconfinables marginalisés, ont été abandonnés par les pouvoirs publics, juge le sociologue Julien Damon, professeur associé à Sciences Po et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au sans-abrisme, notamment, Inconfinables ? Les sans-abri face au coronavirus (L’Aube, 2020). Les services de l’Etat, les collectivités, les associations ont renoncé à les héberger, d’autant qu’il fallait répondre à toutes les autres demandes, très fortes et qui saturaient les hébergements. »

Opérations de comptage

La vie dans la rue laisse des traces, et cette enquête en révèle de profondes, puisque 42 % des personnes interrogées se déclarent « en mauvaise santé » et 16 % « en très mauvaise santé » ; des problèmes psychiques et somatiques affectent, respectivement, 23 % et 27 % d’entre eux ; parmi les personnes en mauvaise santé, 56 % souffrent d’addictions et 45 % de troubles psychiques. « La crise sanitaire a parfois compliqué leur accès aux soins, imposant des reports de rendez-vous ou d’opérations, et nous manquons, à la sortie de l’hôpital, de lits d’accueil médicalisés ou de lits halte soins santé pour éviter une remise à la rue », alerte Mme Elie. FAS et FMSS insistent sur le renforcement des compétences médicales des équipes de maraudes et demandent la création de places d’hébergement médicalisées.

Une telle enquête dresse un portrait qualitatif du sans-abrisme mais n’en décrit pas l’ampleur à l’échelon national. Le dernier recensement de l’Insee remonte à 2012 et encore se limitait-il aux 131 000 personnes hébergées en foyers et centres d’accueil ou fréquentant les distributions alimentaires, ignorant les invisibles, tapis dans les recoins des villes. L’Insee va revenir sur ce sujet dès 2022 et ses enquêteurs participer aux maraudes.

Les villes, elles, vont lancer de manière coordonnée leurs opérations de comptage des personnes à la rue, à l’occasion des Nuits de la solidarité lancées, en France, par la Ville de Paris en 2018. Lors de la 4e édition, dans la nuit du 25 au 26 mars, les bénévoles et les travailleurs sociaux ont recensé dans les rues de la capitale 2 785 personnes dormant à la rue, dans les gares et parkings, soit 23 % de moins qu’en 2020.

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Dix-huit villes dont Chambéry, Montpellier, Rouen, Marseille, Saint-Etienne, Metz, Mulhouse, Tours, Arras, Lorient, Toulouse, Nancy, Quimper, Dunkerque, Bordeaux, Dijon, Strasbourg, Nice, avaient prévu ce comptage le 24 juin mais, élections régionales et départementales obligent, l’ont reporté en janvier 2022. « Ces recensements ville par ville sont essentiels car la réponse est locale avant d’être nationale », affirme Julien Damon.

Isabelle Rey-Lefebvre

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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