CHU de Rennes : épuisés, les soignants de réanimation se mettent en grève
Mardi 11 mai, comme de nombreux services de réanimation de France, celui du CHU de Rennes sera en grève. Témoignage d’infirmières au bout du rouleau après plus d’un an de crise.

Par Timothée L’AngevinPublié le 7 Mai 21 à 18:12
Après plus d’un an de crise, les soignants de réanimation sont à bout. Burn-out, arrêts de travail, turnovers… Nombreux sont ceux à quitter ce service pour reprendre un peu de souffle. Au CHU de Rennes, ils ne sont pas davantage épargnés.
Comme de nombreux collègues à travers toute la France, ils ont décidé de se mettre en grève mardi 11 mai 2021, de minuit à minuit. Ils prévoient également un rassemblement à 13h, esplanade Charles de Gaulle.
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« On doit gérer des décès presque tous les jours »
Marie et Estelle*, infirmières en réanimation chirurgicale depuis 15 et 8 ans, expliquent pourquoi tout leur service (infirmiers, aides-soignants, équipe paramédicale, ASH…) a décidé de se joindre au mouvement.
« On ne se sent pas écoutés par notre direction. Malgré toutes les tensions que l’on subit depuis un an et demi, on nous rajoute des contraintes : congés annuels réduits, heures supplémentaires lors des transmissions non payées, obligation de venir travailler sur nos jours de congé pour palier aux arrêts de travail… »
Ces infirmières savent qu’elles travaillent dans un service difficile, qui demande de nombreuses compétences et qui voit défiler de nombreux soignants : « On a du mal à fidéliser les postes, surtout la nuit. Et on doit gérer des décès presque tous les jours, l’annoncer aux familles, c’est très dur psychologiquement… »
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Des patients aux pathologies plus graves, des soins plus lourds
Dans le cadre du plan blanc lancé par l’ARS, seules les opérations urgentes ont été maintenues, afin de laisser des lits libres pour les patients atteints du Covid-19. Les soignants doivent donc s’occupent de pathologies plus graves, avec davantage de complications.
« On se retrouve avec beaucoup plus de patients en fin de vie, qui nécessitent des soins plus lourds, insiste Marie. Mais le lendemain ou le surlendemain de leur admission, il faut qu’ils sortent de notre service pour libérer un lit. Ca devient ingérable. »
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Plus de personnels, revalorisation salariale…
Pour ce qui est du Covid-19, les spécificités ont changé : les patients sont plus jeunes qu’au début de la crise, notamment à cause des variants, mais surtout plus malades. « Ils restent plus longtemps chez nous et demandent plus de technicité », précise Estelle.
Des soins que ne peuvent apporter des novices. C’est justement l’une des revendications des soignants : que les nouveaux venus dans les services bénéficient d’une formation en amont afin d’éviter les doublures. « Former un nouvel infirmier nous prend du temps que nous n’avons pas ! »
Ils exigent également une revalorisation salariale et un ratio d’un soignant pour 2,5 patients. « Ce calcul est fait sur le taux d’occupation et non sur le nombre de lits, pointe Marie. Et cette norme n’est pas tout le temps respectée. »
Courrier des lecteurs
Le cri d’alarme d’un généraliste sur les déserts médicaux
PUBLIÉ LE 08/05/2021 Le GENERALISTE
Le Dr Emmanuel Héau, médecin généraliste, vient de passer trois mois à la maison pluridisciplinaire de Château-Chinon (Nièvre) en tant que praticien hospitalier détaché par l’hôpital. Une expérience marquante qui l’a amené à adresser, le 26 avril, une lettre ouverte au directeur de l’ARS de Bourgogne-Franche-Comté.
Monsieur le Directeur,
À l’issue d’une mission qui m’a été confiée en tant que PH détaché par l’hôpital à la maison de santé de Château-Chinon durant trois mois, je tenais à vous remercier de la confiance que vous m’avez témoignée. Je tenais également à vous faire part de la richesse de cette expérience, tant par les enseignements que j’en ai tirés (même après 40 ans d’expérience) que par de nombreuses rencontres avec la population locale dont vous avez la responsabilité sanitaire.
J’ai beaucoup réfléchi à ce temps médical, ce travail intense, car j’ai constaté une multitude de pathologies et, surtout, l’extrême solitude du seul médecin restant dans ce lieu médical… Ainsi, je me dois d’attirer votre attention sur la situation sanitaire globale de ce département faisant partie de votre région sanitaire et qui m’a choquée.
Du fait de la grave pénurie de soignants (un seul médecin généraliste pour un bassin de plus de 2 500 habitants) et des offres de soins médicaux en général (psychiatriques et autres spécialités, dentiste, infirmière scolaire et autres intervenants paramédicaux…), de nombreux patients vivent un abandon extrême, dans l’impossibilité d’accéder aux soins primaires…
Notre pays n’aurait-il plus ce meilleur système de santé du monde tant vanté ? J’ai croisé, rencontré et écouté une population souvent âgée et isolée. Oubliée ? J’ai vu pendant ces trois mois, entre autres, de nos aînés qui n’avaient pu être examinés, diagnostiqués ou écoutés.
J’ai découvert des pathologies pour lesquelles il suffisait de poser ses mains sur les ventres ou les mollets, de poser son stéthoscope sur un cœur ou une artère, de faire faire une série d’examens sanguins ou une imagerie, pour réaliser un diagnostic et donc augmenter une espérance de vie ou apaiser des désarrois, ce qui est notre mission de soignants.
J’ai recueilli, en l’absence d’écoutants professionnels, la détresse de certains étudiants aux idées noires, la violence de récits de suicidés à travers leurs conjoints, la détresse de ces femmes isolées, veuves, perdues dans un désert… J’ai constaté un incroyable vide. J’ai vu, j’ai entendu encore et même, après tout ce temps d’exercice de mon métier, j’ai été ému…
Demain, selon mes contrats professionnels, je reviendrai si vous me le demandez. Mais pourquoi ne pas créer deux postes de détachés hospitaliers à Château-Chinon en médecine générale ? Pourquoi ne pas favoriser les consultations de spécialistes hebdomadaires dans cet hôpital ou cette maison de santé ? L’égalité républicaine ne passerait-elle pas par là ?
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments respectueux.
Dr Emmanuel Héau