Politique: dissensions au sein des verts, à gauche toujours des désaccords, LR de son coté se déchire sur une union avec LRM dans le Sud-Est, LRM dans le flou dans les Hauts-de France

Elections régionales et recomposition nationale

ÉDITORIAL

Le Monde

A moins d’un an du scrutin présidentiel, les élections régionales et départementales des 20 et 27 juin seront révélatrices de la physionomie politique du pays « réel », et pourraient voir s’accroître la pression de l’extrême droite.

Publié le 17 avril 2021 à 10h34    Temps de Lecture 2 min. 

Editorial du « Monde ». Dernier scrutin avant l’élection présidentielle de 2022, les élections régionales et départementales seront finalement organisées, sauf rebond intempestif de la pandémie, les 20 et 27 juin. Elles se tiendront dans un contexte exceptionnel, celui d’une crise sanitaire qui a très lourdement pesé sur la dynamique politique depuis un peu plus d’un an. Ces élections n’en seront pas moins de véritables révélateurs de la physionomie politique du pays « réel ». Elles ne préfigurent pas nécessairement le match à venir, mais peuvent en donner les clés, si l’on tient compte de quelques spécificités prévisibles.

La première est que les élections territoriales intermédiaires sont bien souvent, et même systématiquement depuis des décennies, l’occasion de signifier son opposition à la majorité présidentielle en place. François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande en ont successivement fait les frais. Emmanuel Macron ne devrait pas échapper à la règle, d’autant plus que, avant son élection à l’Elysée, le courant qui le soutient n’avait qu’une implantation territoriale marginale. Il ne risque donc pas d’essuyer de grandes pertes, mais il ne peut guère envisager de nouvelles conquêtes.

Deuxième différence : la distorsion entre une élection présidentielle dont tous les sondages prédisent un second tour entre le président sortant et Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, et des élections territoriales qui reproduisent majoritairement, comme on l’a vu lors des élections municipales de 2020, une bipolarisation droite-gauche, du moins en ce qui concerne les exécutifs locaux

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Mais s’ils se tiennent, comme on l’espère, à un moment où la sortie de la crise sanitaire est en vue, ces derniers scrutins avant la présidentielle pourraient aussi jouer un rôle d’accélérateur de recompositions de l’échiquier politique.

Du côté de la gauche, le paysage est fragmenté. Enferrés dans leurs divisions, ses diverses composantes et leurs porte-drapeaux ne cessent d’appeler à l’union sans être capables de s’accorder. Ses formations politiques se présentent à ces élections locales sous de multiples configurations, plus souvent alliées aux départementales, compte tenu du mode de scrutin, qu’aux régionales. Ces élections sauront-elles faire la preuve par l’union ? Ou, au contraire, constitueront-elles un nouveau test pour s’étalonner ? La deuxième hypothèse semble devoir l’emporter.

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Effet déflagrateur

A droite, ces élections pourraient avoir un effet déflagrateur. En 2015, le parti Les Républicains avait récupéré la majorité des régions et des départements – en bénéficiant dans deux régions, les Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur, du retrait de la gauche au second tour pour empêcher une possible victoire de ce qui s’appelait encore le Front national.

La pression de l’extrême droite risque de se faire encore plus fortement sentir, au point, peut-être, d’être en mesure de remporter un exécutif régional, ou de peser de manière déterminante pour la formation d’une majorité départementale. Quelle attitude la droite républicaine adoptera-t-elle alors ? Les digues paraissent de plus en plus fragiles. En 1998, la droite s’était fracturée sous l’effet des pactes noués par certains de ses élus régionaux avec l’extrême droite. A l’orée de la campagne pour l’élection présidentielle, l’enjeu national d’une recomposition politique risque donc bien de dépasser la portée locale de ces élections départementales et régionales.

Le Monde

Régionales 2021 : polémiques et désaccords internes entravent la dynamique d’EELV avant les régionales

Il ne se passe pas une semaine sans que le parti au tournesol soit dans la tourmente, sans parler des querelles d’appareil en vue de la présidentielle qui compliquent la campagne. 

Par Abel MestrePublié le 05 mai 2021 à 03h23 – Mis à jour le 05 mai 2021 à 17h18  

Temps de Lecture 6 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/05/polemiques-et-tensions-en-interne-l-image-apaisee-d-europe-ecologie-les-verts-mise-a-mal_6079133_823448.html

Le secrétaire national du parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Julien Bayou, est accueilli par Yannick Jadot, à Paris, le 17 avril 2021.
Le secrétaire national du parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Julien Bayou, est accueilli par Yannick Jadot, à Paris, le 17 avril 2021. THOMAS SAMSON / AFP

C’est ce que l’on appelle une mauvaise passe. Depuis un peu moins de deux semaines, la campagne pour les élections régionales en Ile-de-France menée par Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), s’enlise. La raison : la publication puis le retrait rapide, fin avril, de visuels ironiques, destinés aux réseaux sociaux, visant les « boomers » (les personnes nées lors du baby-boom), les chasseurs, mais aussi des personnalités marquées à droite et à l’extrême droite comme Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, le philosophe Alain Finkielkraut ou le chroniqueur Eric Zemmour.

Cette polémique tombe au plus mal : elle touche le « patron » d’EELV dans une élection symbolique – où la gauche part séparée – et très observée. D’où la crainte d’un ternissement global de l’image des écologistes, à quelques semaines du scrutin régional supposé lancer la dynamique pour la présidentielle de 2022. Preuve que l’heure est grave : Julien Bayou a abandonné son style d’éternel étudiant ébouriffé pour une panoplie cheveux courts-costume-cravate des plus classiques.

« C’est la rançon de la gloire »

C’est surtout l’image moquant les personnes âgées qui crée le débat. Beaucoup y ont vu une stigmatisation des plus de 60 ans puisque l’affiche disait « Les boomers, eux, ont prévu d’aller voter ». Moins de deux jours après sa publication, M. Bayou a estimé qu’il s’agissait d’« une erreur », d’une campagne « qu’il n’avait pas validée » mais dont il assumait « la responsabilité ». Trop tard. Une nouvelle fois, EELV était au centre d’une polémique, une énième depuis le début de l’année. Menus végétariens dans les cantines à Lyon ; financement de la mosquée de Strasbourg ; propos de la maire de Poitiers, Léonore Moncond’huy, affirmant que « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants » ; accusations d’« islamo-gauchisme »… il ne se passe pas une semaine sans que le parti au tournesol soit dans la tourmente.

Lire l’analyse : La « diabolisation », une occasion à saisir pour les écologistes

« On aurait pu s’en passer, vu les polémiques déjà existantes », soupire ainsi Alain Coulombel, porte-parole d’EELV et figure de son aile gauche. « Julien Bayou faisait une bonne campagne écolo de premier tour, même s’il n’avait pas de proposition forte, veut croire Mounir Satouri, ex-président du groupe écologiste à la région Ile-de-France, et proche de Yannick Jadot. L’accident des visuels peut être vite réparé. Je continue à espérer que ça se passe bien. »

Côté direction, on ne lâche pas le chef et on essaie de voir le côté positif des choses. « Il reste toujours des traces de ce genre de polémique. Mais cela va radicaliser des gens qui ne nous aimaient pas avant et cela ne concerne pas grand monde. Nous avons une nouvelle dimension : chaque action des écolos fait l’agenda politique de la semaine. C’est la rançon de la gloire », avance Sandra Regol, la numéro deux du parti.

Pour l’heure, les sondages lui donnent raison : selon une étude d’Ipsos pour France Télévisions et Radio France, la liste de Julien Bayou arrive en tête de la gauche avec 13 % d’intentions de vote, devant celle du Parti socialiste (PS) conduite par Audrey Pulvar et celle de La France insoumise avec le Parti communiste menée par Clémentine Autain en tête (toutes deux à 10 %).

Une initiative qui passe mal

Il n’empêche. L’affaire des « boomers » place la direction du parti dans une situation délicate. Car M. Bayou et son équipe doivent également aplanir les tensions avec le candidat putatif des Verts, Yannick Jadot. Même si l’eurodéputé sera en dernière position sur la liste Bayou, un fossé semble s’être creusé entre eux, faisant craindre une crise alors même qu’Europe écologie-Les Verts est non seulement dans une dynamique depuis les européennes de 2019, mais semblait également être devenue une formation plus apaisée que par le passé.

L’initiative de Yannick Jadot de réunir, mi-avril, l’ensemble des forces de gauche et écologistes pour discuter de l’élection présidentielle et d’un pacte de législature a agacé au plus haut point. Le député européen n’avait, en effet, prévenu personne. Pour les adversaires de M. Jadot, il se serait ainsi substitué au secrétaire national et se servirait d’EELV pour conclure un accord avec le PS. Conscient du risque d’être perçu comme trop solitaire, M. Jadot a envoyé une lettre, la semaine du 26 avril, au conseil fédéral (parlement du parti) pour dire que c’était au parti de mener les discussions avec les partenaires. Cette mise en retrait n’a pas suffi

 Lire aussi  Avec son appel à l’union, Yannick Jadot enjambe la primaire écologiste et son propre parti

Pas question, pour Julien Bayou et ses proches, de brûler les étapes et de désigner un candidat – fût-il d’union – sans respecter le calendrier prévu. A savoir : une primaire en septembre, ouverte à tous et rassemblant tous les partis du « pôle écolo ». Pour l’heure, M. Jadot, Eric Piolle, maire de Grenoble, et l’économiste et féministe Sandrine Rousseau sont en lice.

« Aucun des impétrants n’a la surface médiatique pour s’imposer. Leur valeur ajoutée, c’est d’être investi par le collectif. Il n’y a pas de raccourci possible, ni de formule d’évitement », rappelle David Cormand, ancien numéro un. Qui ne peut s’empêcher d’envoyer une pique à Yannick Jadot qui fut l’invité vedette de « Vous avez la parole », l’émission politique de France 2 : « Etre invité à cette émission, c’est bien. La réussir, c’est mieux. Je ne dis pas ça contre Yannick, car c’était impossible d’être bon compte tenu des questions et de la guérilla menée par Bruno Le Maire qui débattait avec lui. »

De son côté, Eric Piolle, qui prône depuis longtemps une union avec la gauche autour de l’écologie et qui peine à percer, sent bien le danger de voir Yannick Jadot venir sur sa ligne stratégique. Ses partisans ont donc fait circuler un texte, vendredi 30 avril, qui rappelle les étapes à suivre : d’abord rassembler les écologistes avec la primaire, puis rassembler les gauches. Et pas l’inverse.

Le texte précise ainsi : « Il est impératif de ne pas perturber les campagnes en cours ni d’accaparer la perspective d’un rassemblement pour la séquence 2022, en mettant en scène une dynamique qui n’aurait pas été décidée collectivement. » Mercredi 5 mai, l’édile isérois doit tenir une conférence de presse à Paris, notamment pour ne pas laisser M. Jadot incarner seul l’image du présidentiable Vert.

Lire aussi  A gauche, derrière l’unité, un axe social-écologiste se dessine pour 2022

Les « jadotistes » fourbissent leurs armes

Ces crispations sont, en tout cas, apparues au grand jour jeudi soir, lors d’une réunion du conseil politique, structure ad hoc réunissant notamment le bureau exécutif de EELV, les parlementaires, les maires des grandes villes. Beaucoup ont critiqué Yannick Jadot et sa réunion des formations de gauche car cela « éclipserait l’écologie »« Jadot s’est fait découper en rondelles, tout le monde lui a reproché de jouer la présidentielle alors que l’on est sur les départementales et les régionales, raconte un bon connaisseur du parti qui souhaite rester anonyme. Son pas de deux avec le PS est perçu comme une sorte de trahison. »

Alain Coulombel a des termes plus choisis :

« Ça fait quinze jours que l’on a dit à Yannick qu’on aurait préféré qu’il parle en amont de son initiative. Mais le parti va reprendre la main sur les discussions avec nos partenaires. Il y a une réticence de Julien à entrer là-dedans car il a peur des interférences avec les régionales et les départementales. Mais si EELV ne prend pas la main, Yannick continuera de le faire. » 

Et d’ajouter : « Yannick Jadot a déverrouillé la situation, il a réussi son coup. L’écologie est devenue centrale. »

Les « jadotistes », eux, attendent et fourbissent leurs armes. Pas question d’ouvrir maintenant un nouveau front en interne qui risquerait de jeter le secrétaire national dans les bras d’Eric Piolle ou de Sandrine Rousseau. Mais il ne s’agit pas non plus de se laisser faire sans rien dire, surtout après la réunion de jeudi. « C’était assez incompréhensible… Ce que fait Yannick, c’est l’arc humaniste qu’Eric Piolle prône, c’est ce que Julien voulait faire pour les Journées d’été… On veut construire un projet commun autour de l’écologie », estime Mounir Satouri, qui a participé au conseil politique.

Selon lui, le problème est que M. Jadot vient perturber un plan établi depuis plusieurs mois. Et d’insister : « Yannick ne deale pas, ce n’est pas un homme d’appareil. Ce qui dérange, c’est qu’il soit au centre du débat alors que le plan était de faire désigner Eric Piolle en faisant croire que Yannick était de droite. Et ensuite, ils auraient dealé avec le PS pour les législatives. » Une version niée en bloc par Sandra Regol : « Notre seul plan est de faire gagner l’écologie. La personne qui la représentera sera désignée le 15 septembre par la primaire. Moi, comme d’autres, sommes nombreux à ne pas prendre parti. » La campagne des primaires promet d’être remuante.

Abel Mestre

Réunion des gauches : les lignes d’accord et de désaccord se précisent

Les dirigeants des partis de gauche et écologistes sont convenus de poursuivre le dialogue à l’issue de la rencontre organisée samedi 17 avril par Yannick Jadot. 

Par Sylvia ZappiPublié le 17 avril 2021 à 20h31 – Mis à jour le 19 avril 2021 à 14h10  

Temps de Lecture 4 min. 

Les participants à la réunion des gauches, à la sortie de la discussion, samedi 17 avril.
Les participants à la réunion des gauches, à la sortie de la discussion, samedi 17 avril. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/04/17/reunion-des-gauches-les-lignes-d-accord-et-de-desaccord-se-precisent_6077153_823448.html

Les dirigeants des partis de gauche et écologistes ont affiché leur satisfaction à la sortie de la rencontre organisée samedi 17 avril par Yannick Jadot, dans un hôtel du 19e arrondissement de Paris. « Très positif »« très prometteur »« une bonne ambiance » … les termes employés par les différents participants pour qualifier ce rendez-vous étaient quasiment unanimes. Même s’ils n’étaient pas tous venus avec le même objectif, les ténors écologistes, « insoumis », socialistes et communistes ont donné le change en se félicitant de l’initiative.

Le député européen Europe Ecologie-Les Verts Yannick Jadot, qui ne cache pas ses prétentions pour 2022, a en effet réussi son coup : tout ce que l’échiquier politique compte d’organisations de gauche était présent et est resté jusqu’au bout des trois heures de la rencontre. Tous se sont entendus sur le constat d’une possible élimination de la gauche de l’élection présidentielle et du danger réel d’un duel Macron-Le Pen dont cette dernière pourrait sortir vainqueure. Pas question donc de laisser un climat délétère s’installer entre forces de gauche comme ce fut le cas ces dernières semaines. L’ensemble des organisations est convenu de conclure un pacte de « respect mutuel », d’éviter les polémiques disqualifiantes et d’adopter une position de défense mutuelle quand le gouvernement s’en prendrait à l’un d’entre eux.

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« Ripostes communes »

La vingtaine des chefs de parti a aussi décidé d’organiser des « ripostes communes » sur les grandes réformes gouvernementales : assurance-chômage, retraites, loi « climat », loi « sécurité globale »… Ils se sont également accordés sur le fait que, si chacun met au point son programme pour 2022, il serait nécessaire de les confronter. Une nouvelle rencontre aura donc lieu à la fin du mois de mai afin d’échanger sur les propositions de chacun. Les plates-formes associatives et initiatives citoyennes telles que « Plus jamais ça » ou « 2022 en commun » seront conviées à cette nouvelle rencontre et des débats publics sont envisagés.

« Si LFI n’est pas dedans, cette histoire ne va pas marcher. Une candidature PS-EELV, on a déjà connu ça et ce n’est pas une candidature commune », note Benoît Hamon

Venu pour représenter La France insoumise (LFI), Eric Coquerel s’est montré satisfait : « On a rempli nos objectifs, explique le député de Seine-Saint-Denis, hostile à tout accord pour 2022. Ce n’est pas la rencontre du siècle, mais on va être capables de se mobiliser ensemble sur les questions sociales et les libertés publiques. »

« Pôle social-écolo »

Mais derrière cette façade s’est jouée une autre pièce, celle de l’unité retrouvée entre écologistes et socialistes. La socialiste Anne Hidalgo comme Yannick Jadot ont souhaité que s’enclenche dès samedi un nouveau cycle de discussions pour les partisans d’une candidature commune du noyau PS-EELV. Pour la maire de Paris, déjà presque candidate dans la perspective de 2022, il était question de constituer un « cercle concentrique de ceux qui veulent aller plus loin »que les batailles communes contre les projets gouvernementaux. « La réunion a permis de montrer la possibilité de constituer un pôle social-écolo », affirme un proche de la maire socialiste. « Nous assumons l’idée de nous revoir pour engager un processus en vue d’une plate-forme et d’un candidat communs », renchérit Yannick Jadot. Il leur a fallu cependant temporiser.

Plusieurs participants, notamment le maire de Grenoble, Eric Piolle, écologiste, et l’ancien socialiste Benoît Hamon, ont mis en garde contre toute précipitation du calendrier. Ils ont aussi plaidé contre toute exclusion de La France insoumise des tentatives d’union en cours. « Si LFI n’est pas dedans, cette histoire ne va pas marcher. Une candidature PS-EELV, on a déjà connu ça et ce n’est pas une candidature commune », note Benoît Hamon.

Lire l’analyse : La « diabolisation », une occasion à saisir pour les écologistes

Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV, a lui aussi freiné les ardeurs des socialistes et de son « ami » Jadot en mettant l’accent sur les calendriers des formations politiques, en particulier celui de la primaire écologiste prévue pour septembre. Selon lui, toute accélération avant l’automne n’est pas souhaitable. « On a un calendrier pour désigner notre candidat et on veut en même temps travailler à cette coalition qui doit être plus large qu’un duo PS-EELV », argumente-t-il.

Il n’y eut donc pas de déclaration commune. Seulement une photo de groupe sans que tout le monde y figure. Mais des rendez-vous se sont déjà esquissés. « On ne peut pas attendre le dernier arrivé pour constituer le bloc social-écolo. On va avancer », argumente Olivier Faure, premier secrétaire du PS. Des réunions discrètes vont donc se tenir dans les prochaines semaines entre les entourages des patrons des socialistes et des écologistes tout comme des candidats putatifs de leurs partis. L’objectif est d’arriver, au début de l’été, à une ébauche de plate-forme programmatique. Une rencontre plus formelle à la fin du mois de mai devrait préciser les modalités de ces discussions, qui pourraient aboutir, après la primaire des écologistes, à un processus de désignation. « Si LFI ne veut pas en être, on ne va pas rester des mois à les attendre », insiste toutefois le député européen Raphaël Glucksmann.

Sylvia Zappi

Le Sud, laboratoire d’une droite « macroncompatible »

Face à la réaction de LR à l’accord conclu avec LRM en PACA, le maire de Toulon, Hubert Falco, a annoncé son départ du parti. Christian Estrosi avait déjà ouvert la voie d’un rapprochement. Stratégie pour conserver le pouvoir ou réelle volonté de dépasser les clivages ? 

Par Gilles Rof(Marseille, correspondant)Publié le 05 mai 2021 à 13h03 – Mis à jour le 05 mai 2021 à 17h55  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/05/dans-le-sud-le-laboratoire-d-une-droite-macroncompatible_6079214_823448.html

« Je suis fier d’être gaulliste et en même temps de travailler main dans la main avec ceux qui veulent nous aider et sont issus de la majorité présidentielle. » En concluant la conférence de presse officialisant la candidature de Renaud Muselier à sa propre succession, mercredi 28 avril à Marseille, Christian Estrosi, maire de Nice, ne pouvait être plus clair. Quelques minutes plus tôt, son homologue toulonnais Hubert Falco, présent lui aussi au soutien de son « ami Renaud », expliquait à quel point lui plaisait « cette idée de rassemblement d’hommes et de femmes de qualité ».

Vieux compagnons de route au sein de l’UMP et du parti Les Républicains (LR), Renaud le Marseillais, Hubert le Toulonnais et Christian le Niçois incarnent en Provence-Alpes-Côte d’Azur cette volonté – qui déchire la droite depuis dimanche – de définir les nouveaux contours d’une majorité politique en associant leurs forces avec celles d’Emmanuel Macron.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur : LR apporte son soutien à Renaud Muselier après une journée sous tension

Christian Estrosi restera à jamais le premier à avoir imaginé cette possibilité. En avril 2017, président du conseil régional depuis seize mois, il reçoit dans son bureau marseillais le candidat Macron en campagne présidentielle. Un « rendez-vous républicain », selon la terminologie employée à l’époque, très mal digéré par ses partenaires LR. Quelques jours plus tôt, sous les sifflets des militants de son parti, M. Estrosi avait enjoint à François Fillon de retirer sa candidature.

« Pack régional »

Depuis ce coup d’éclat surprise, redevenu maire de Nice, Christian Estrosi multiplie les signes de macroncompatibilité. En octobre 2017, il crée, avec le Toulousain Jean-Luc Moudenc, La France audacieuse, mouvement qui pousse, déjà, au « dépassement politique ». Aux élections municipales de 2020, sa guerre fratricide avec son frère ennemi Eric Ciotti freine un temps sa soif d’alliance. Mais dès la paix conclue, le maire de Nice panache sa liste de personnalités issues de la société civile labellisées En marche !. En septembre 2020, enfin, il émet clairement l’hypothèse de voir Emmanuel Macron candidat de la droite à la présidentielle 2022.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Emmanuel Macron veut continuer à « dynamiter » la droite d’ici à la présidentielle

Hubert Falco, qui a annoncé mercredi son départ de LR, s’est, lui, converti au macronisme plus tardivement. Aux dernières municipales, La République en marche (LRM) a osé défier le « patron du Var », réélu dès le premier tour avec 61 % des voix. Selon L’Opinion, un repas, le 4 août 2020, en marge d’un déplacement présidentiel dans le département, a scellé le rapprochement du maire de Toulon avec le président de la République. Le 5 janvier 2021, c’est sur la rade que Jean Castex vient signer le premier acte du plan de relance territorialisé. L’occasion de parler rugby avec « Renaud » et « Hubert », anciens joueurs, mais aussi d’apporter 5,1 milliards d’euros dans la corbeille de l’exécutif régional. Un soutien financier, à travers le nouveau plan Etat-région, qui fait dire à Christian Estrosi que le gouvernement « cautionne totalement la vision de la majorité régionale ».

Depuis son arrivée à la tête de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier pilote une majorité où cohabitent huit formations politiques dont certaines, comme le MoDem ou Agir, font partie de la « maison commune » présidentielle. Aux municipales, il a accepté que des élus de son « pack régional » figurent sur les listes de LRM contre les candidats LR. La crise du Covid-19 l’a transformé en interlocuteur quasi quotidien de l’exécutif en tant que président des Régions de France. Une fonction qui lui a également permis de négocier au plus près le plan de relance. Il y a quelques semaines, pourtant, il repoussait encore l’idée d’une union dès le premier tour, lui préférant, sur la foi des sondages, une fusion au second. Les opinions convergentes du maire de Nice et du maire de Toulon pour une alliance avant les urnes l’ont fait changer d’avis.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Aux régionales dans les Hauts-de-France, le casse-tête des macronistes face à Xavier Bertrand et à la menace RN

La négociation pour les régionales l’a encore prouvé, le dialogue entre les trois poids lourds du Sud-Est et le pouvoir macroniste passe très largement au-dessus de la tête des « “marcheurs” du territoire ». En 2020, le député LRM des Alpes-Maritimes Cédric Roussel déplorait l’attitude de Christian Estrosi, l’ignorant au niveau local. « Cela n’a pas beaucoup changé. Il y a des paroles nationales et des actes de terrain qui sont très différents. J’espère qu’avec cette union, nous arriverons à être plus dans la coconstruction », se projette le parlementaire niçois.

Gilles Rof(Marseille, correspondant)

Le Sud, laboratoire d’une droite « macroncompatible »

Face à la réaction de LR à l’accord conclu avec LRM en PACA, le maire de Toulon, Hubert Falco, a annoncé son départ du parti. Christian Estrosi avait déjà ouvert la voie d’un rapprochement. Stratégie pour conserver le pouvoir ou réelle volonté de dépasser les clivages ? 

Par Gilles Rof (Marseille, correspondant)

Publié le 05 mai 2021 à 13h03 – Mis à jour le 05 mai 2021 à 17h55  

Temps de Lecture 3 min. 

« Je suis fier d’être gaulliste et en même temps de travailler main dans la main avec ceux qui veulent nous aider et sont issus de la majorité présidentielle. » En concluant la conférence de presse officialisant la candidature de Renaud Muselier à sa propre succession, mercredi 28 avril à Marseille, Christian Estrosi, maire de Nice, ne pouvait être plus clair. Quelques minutes plus tôt, son homologue toulonnais Hubert Falco, présent lui aussi au soutien de son « ami Renaud », expliquait à quel point lui plaisait « cette idée de rassemblement d’hommes et de femmes de qualité ».

Vieux compagnons de route au sein de l’UMP et du parti Les Républicains (LR), Renaud le Marseillais, Hubert le Toulonnais et Christian le Niçois incarnent en Provence-Alpes-Côte d’Azur cette volonté – qui déchire la droite depuis dimanche – de définir les nouveaux contours d’une majorité politique en associant leurs forces avec celles d’Emmanuel Macron.

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Christian Estrosi restera à jamais le premier à avoir imaginé cette possibilité. En avril 2017, président du conseil régional depuis seize mois, il reçoit dans son bureau marseillais le candidat Macron en campagne présidentielle. Un « rendez-vous républicain », selon la terminologie employée à l’époque, très mal digéré par ses partenaires LR. Quelques jours plus tôt, sous les sifflets des militants de son parti, M. Estrosi avait enjoint à François Fillon de retirer sa candidature.

« Pack régional »

Depuis ce coup d’éclat surprise, redevenu maire de Nice, Christian Estrosi multiplie les signes de macroncompatibilité. En octobre 2017, il crée, avec le Toulousain Jean-Luc Moudenc, La France audacieuse, mouvement qui pousse, déjà, au « dépassement politique ». Aux élections municipales de 2020, sa guerre fratricide avec son frère ennemi Eric Ciotti freine un temps sa soif d’alliance. Mais dès la paix conclue, le maire de Nice panache sa liste de personnalités issues de la société civile labellisées En marche !. En septembre 2020, enfin, il émet clairement l’hypothèse de voir Emmanuel Macron candidat de la droite à la présidentielle 2022.

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Hubert Falco, qui a annoncé mercredi son départ de LR, s’est, lui, converti au macronisme plus tardivement. Aux dernières municipales, La République en marche (LRM) a osé défier le « patron du Var », réélu dès le premier tour avec 61 % des voix. Selon L’Opinion, un repas, le 4 août 2020, en marge d’un déplacement présidentiel dans le département, a scellé le rapprochement du maire de Toulon avec le président de la République. Le 5 janvier 2021, c’est sur la rade que Jean Castex vient signer le premier acte du plan de relance territorialisé. L’occasion de parler rugby avec « Renaud » et « Hubert », anciens joueurs, mais aussi d’apporter 5,1 milliards d’euros dans la corbeille de l’exécutif régional. Un soutien financier, à travers le nouveau plan Etat-région, qui fait dire à Christian Estrosi que le gouvernement « cautionne totalement la vision de la majorité régionale ».

Depuis son arrivée à la tête de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier pilote une majorité où cohabitent huit formations politiques dont certaines, comme le MoDem ou Agir, font partie de la « maison commune » présidentielle. Aux municipales, il a accepté que des élus de son « pack régional » figurent sur les listes de LRM contre les candidats LR. La crise du Covid-19 l’a transformé en interlocuteur quasi quotidien de l’exécutif en tant que président des Régions de France. Une fonction qui lui a également permis de négocier au plus près le plan de relance. Il y a quelques semaines, pourtant, il repoussait encore l’idée d’une union dès le premier tour, lui préférant, sur la foi des sondages, une fusion au second. Les opinions convergentes du maire de Nice et du maire de Toulon pour une alliance avant les urnes l’ont fait changer d’avis.

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La négociation pour les régionales l’a encore prouvé, le dialogue entre les trois poids lourds du Sud-Est et le pouvoir macroniste passe très largement au-dessus de la tête des « “marcheurs” du territoire ». En 2020, le député LRM des Alpes-Maritimes Cédric Roussel déplorait l’attitude de Christian Estrosi, l’ignorant au niveau local. « Cela n’a pas beaucoup changé. Il y a des paroles nationales et des actes de terrain qui sont très différents. J’espère qu’avec cette union, nous arriverons à être plus dans la coconstruction », se projette le parlementaire niçois.

Gilles Rof(Marseille, correspondant)

Régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur : LR apporte son soutien à Renaud Muselier après une journée sous tension

La commission nationale d’investiture du parti Les Républicains a finalement voté un soutien au président de région sortant à cinq voix près. Ce dernier s’est engagé à ne prendre aucun ministre ni parlementaire de La République en marche sur ses listes. 

Par Sarah Belouezzane Publié le 04 mai 2021 à 16h51 – Mis à jour le 05 mai 2021 à 10h26  

Temps de Lecture 5 min. 

Renaud Muselier à son arrivée au siège de LR, à Paris, le 4 mai.
Renaud Muselier à son arrivée au siège de LR, à Paris, le 4 mai. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/04/journee-sous-haute-tension-pour-lr-apres-l-annonce-d-un-accord-avec-lrm-en-paca_6079091_823448.html

Un ciel bas pesait, mardi 4 mai, sur le parti Les Républicains (LR). Pour la droite, ce devait être la journée de tous les dangers, le dénouement d’une tragédie en quatre actes débutée avec l’entrée en campagne de Renaud Muselier pour sa réélection à la tête de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), mercredi 28 avril.

L’acte II a eu lieu dimanche 2 mai lorsque le premier ministre, Jean Castex, annonça lui-même l’alliance entre LR et le parti présidentiel dans les colonnes du Journal du dimanche, provoquant l’ire des élus de droite demeurés fidèles à la maison mère. Conscient du danger d’explosion de sa famille politique, Christian Jacob, le président de LR, a immédiatement retiré son investiture à Renaud Muselier.

La journée de mardi devait voir se dérouler les actes III et IV avec, d’abord, le comité stratégique de LR en tout début de matinée, et la tenue d’une commission d’investiture consacrée à la région PACA en toute fin d’après-midi. Entre les deux, un certain suspense s’est installé aux alentours de la rue de Vaugirard, à Paris, dans le 15arrondissement, où siège le parti. Qu’allaient décider les dirigeants de la droite ? Exclure le président de la région PACA, comme certains l’ont demandé ? Monter en urgence une liste estampillée LR contre M. Muselier avec le maire de Cannes, David Lisnard, ou le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti pour la conduire, comme le suggèrent certains depuis dimanche ?

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« Aucun accord avec LRM »

Après des discussions tendues, la commission nationale d’investiture (CNI) a finalement voté un soutien à Renaud Muselier à cinq voix près. En échange de quoi, le candidat à sa propre réélection s’engage, comme il l’avait précisé lundi, à ne prendre aucun ministre ni parlementaire de La République en marche (LRM) sur ses listes. « Il ne peut y avoir aucun accord, à quelque niveau que ce soit, avec LRM. Ce qui induit aucun parlementaire En marche ! et aucun membre du gouvernement sur notre liste. LRM a fait la démonstration de son incapacité à porter un projet régional », a écrit LR dans un communiqué publié à l’issue des débats. Mercredi, M. Muselier a précisé qu’il pourrait accueillir la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, Sophie Cluzel, sur sa liste aux régionales seulement si elle démissionnait de son poste.

Fin des manoeuvres ? Pas sûr.

Car au même moment, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a au contraire affirmé qu’il y aurait « bien sûr » des candidats LRM sur la liste de Renaud Muselier, précisant qu’il n’y avait « pas d’accord d’appareils »« Il a une majorité régionale sortante, qui est la colonne vertébrale » et puis « d’autres formations politiques et d’autres représentants politiques qui viennent s’agréger au service de l’intérêt général »a-t-il affirmé sur LCI.

Le quitus finalement accordé à Renaud Muselier a été atteint dans la douleur. Jusqu’au bout, Eric Ciotti, président de la CNI, Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR, et François-Xavier Bellamy, chef de file des députés au Parlement européen, s’y sont opposés. Cet épilogue mi-figue mi-raisin permet à LR de sauver les apparences car beaucoup craignaient que cet épisode ne fasse basculer le parti dans l’abîme. « Le parti est fragile, la droite peut mourir si elle ne garde pas une position extrêmement claire sur le sujet, confiait ainsi François-Xavier Bellamy mardi après-midi. L’enjeu c’est la survie de la droite et du pluralisme démocratique.Si l’idée reste que LR est une formation supplétive d’En marche !, LR a disparu. »

Au-delà des tractations, « l’affaire Muselier » a révélé une nouvelle fois l’ampleur des fractures au sein de LR. La situation était telle qu’une fois n’est pas coutume, c’est le ban et l’arrière-ban du mouvement de droite qui s’est déplacé à la commission nationale d’investiture, où est même venu le maire de Nice, Christian Estrosi. Son ombre, avec celle d’Hubert Falco, l’édile de Toulon, a plané toute la journée sur les élus du parti. Beaucoup de dirigeants en sont persuadés : ce sont eux qui ont été les instigateurs de cette union.

Réunies d’abord en comité stratégique, mardi matin, pour discuter de la situation de Renaud Muselier, les figures les plus importantes de la droite ont eu, d’après plusieurs témoins, « une discussion franche ». Ils ont été ainsi plusieurs à reprocher une alliance mortifère à moyen terme pour la droite. Parmi les présents, des figures historiques du parti comme François Baroin ou encore Jean-François Copé.

Muselier coincé entre LR et LRM

Absent, M. Estrosi était, lui, dans toutes les têtes. « Tu as des amis malfaisants », a ainsi lâché Christian Jacob à Renaud Muselier, son ami de longue date. Le président de région, lui, a reproché à son parti son incapacité à désigner un candidat à la présidentielle. Une fois la réunion terminée, Christian Jacob a réuni dans son bureau M. Baroin et M. Muselier pour tenter de trouver un accord et, surtout, une porte de sortie. Ce dernier souhaitait déjà à ce moment-là trouver un compromis en excluant les ministres et parlementaires LRM de sa liste.

Dimanche, M. Castex avait lui-même annoncé que « Sophie Cluzel [secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées] et des représentants de la majorité parlementaire vont intégrer le dispositif » avant d’évoquer une « recomposition politique ». Mardi matin, lors de la réunion de groupe de la majorité à l’Assemblée nationale, Stanislas Guérini, délégué général du parti présidentiel, avait pourtant prévenu : « Il n’y a pas d’accord, il n’y a pas de rassemblement s’il n’y a pas de Sophie Cluzel ; c’est absolument essentiel. »

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Coincé entre LR, qui ne souhaitait aucune alliance, et LRM, qui refusait le simple soutien sans participation à la liste, Renaud Muselier avait publié en milieu d’après-midi un communiqué des plus ambigus. Tout en ayant des mots amicaux pour le premier ministre, il y expliquait vouloir conduire « une équipe dont la colonne vertébrale sera naturellement Les Républicains ». Qui sera, selon lui, « fidèle à la majorité régionale plurielle avec nos alliés naturels et des personnalités de la société civile, et tous ceux qui voudront avec nous contribuer au succès de notre projet régional ». Une façon de tenter de se réconcilier avec sa famille tout en ne se fâchant pas avec les macronistes. Reste à savoir maintenant comment la majorité réagira à son engagement de ne pas prendre Mme Cluzel sur sa liste…

Sarah Belouezzane

Régionales : l’affaire Muselier vire au poker menteur pour La République en marche

Le président Les Républicains sortant de la région PACA a assuré qu’il n’y aurait ni ministre ni parlementaire LRM sur sa liste. Du côté des partisans d’Emmanuel Macron, une partie des députés critiquent le « coup de force » de l’exécutif. 

Par Alexandre Lemarié

Publié le 05 mai 2021 à 19h56, mis à jour hier à 06h07  

Temps de Lecture 5 min. 

Le président sortant de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur Renaud Muselier, au siège du parti Les Républicains, à Paris, le 4 mai.
Le président sortant de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur Renaud Muselier, au siège du parti Les Républicains, à Paris, le 4 mai. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/05/regionales-l-affaire-muselier-vire-au-poker-menteur-pour-la-republique-en-marche_6079258_823448.html

Les nouveaux mariés avaient pourtant célébré leur union publiquement, avec les Français comme témoins. Dimanche 2 mai, le premier ministre, Jean Castex, avait saisi la main tendue de Renaud Muselier, en annonçant le retrait de la liste La République en marche (LRM) au premier tour des élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur au profit du président Les Républicains (LR) sortant de la région. Une « union » censée marquer une nouvelle étape « de la recomposition politique », voulait croire le chef du gouvernement dans Le Journal du dimanche.

Pour affaiblir la droite dans l’optique de la présidentielle de 2022, les macronistes ont immédiatement voulu donner une portée nationale à cet accord, en y voyant une illustration des « divisions » du parti LR, « écartelé » entre une frange pro-Macron et une autre, davantage compatible avec la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen.

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Dans un premier temps, la manœuvre a fonctionné, suscitant la zizanie au sein du parti de droite. Mais, en quatre jours, le bel édifice présenté par le chef du gouvernement s’est effondré comme un château de cartes. Après lui avoir retiré l’investiture et même envisagé de l’expulser du parti, LR a finalement décidé, mardi 4 mai, d’apporter son « soutien » à Renaud Muselier, ayant obtenu l’assurance qu’il n’y aurait ni ministre ni parlementaire LRM sur sa liste.

Retournement de situation

Accusé de trahison par son camp d’origine, le chiraquien a opéré une volte-face spectaculaire. Pour calmer la colère des dirigeants de son parti, et surtout écarter la menace de voir une liste LR concurrente se monter contre lui dans la région, il a été jusqu’à quasiment vider l’alliance avec LRM de son contenu. « Il n’y a pas et il n’y aura pas d’accord à quelque niveau que ce soit avec En marche ! », a certifié M. Muselier mardi, disant « conduire une équipe dont la colonne vertébrale sera naturellement Les Républicains ». 

« En aucun cas, la région [Provence-Alpes-Côte d’Azur] ne sera le rat de laboratoire d’une recomposition politique », a insisté Renaud Muselier

Quant à la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, Sophie Cluzel, qui devait mener une liste autonome avec des « marcheurs », M. Muselier a précisé qu’il pourrait l’accueillir sur sa liste, uniquement si elle démissionnait du gouvernement. « En aucun cas, la région ne sera le rat de laboratoire d’une recomposition politique », a-t-il insisté. Sans oublier, toutefois, de rappeler qu’il est « sensible à tous les soutiens qui se manifestent ».

Un retournement de situation, qui fait grincer des dents chez les députés LRM. « A force de faire travailler la poutre, faut pas s’étonner de se la prendre dans la gueule ! », s’agace un élu de l’aile gauche, qui raille les « génies de la stratégie de LRM ». Certains regrettent le « coup de force » médiatique de Jean Castex, dimanche, qui a eu pour effet de « braquer » M. Muselier, et la volonté de l’exécutif de nationaliser un scrutin local.

« Manœuvres d’un autre temps »

« L’enjeu, c’est de redonner du sens aux compétences de la région et d’arrêter de parler de tambouille politique. Sinon, cela ne fait qu’augmenter le risque RN sur la région », prévient la députée (LRM, Bouches-du-Rhône) Claire Pitollat. Un autre député issu de la société civile se désole face à un retour à la « vieille politique », avec « des manœuvres d’un autre temps », pourtant « contraires à l’ADN d’En marche ! ».

Lire l’analyse : Le Sud, laboratoire d’une droite « macroncompatible »

Pour tenter de garder la face, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a assuré mardi soir qu’il y aurait « bien sûr » des candidats LRM sur la liste de Renaud Muselier. Une affirmation démentie avec force par les responsables de LR, mercredi matin, qui ont moqué une vaine tentative des macronistes de « jeter de la fumée » pour masquer le fait « qu’ils ont perdu la partie ».

Les élus LRM « ont voulu jouer aux apprentis sorciers, ils ont eu un effet boomerang », a savouré le chef de file des députés LR, Damien Abad

Revanchard, le président de LR, Christian Jacob, a moqué la « gifle » reçue par le premier ministre, qui s’était, selon lui, trop « avancé » en annonçant un accord. Les élus LRM « ont voulu jouer aux apprentis sorciers, ils ont eu un effet boomerang », a savouré le chef de file des députés LR, Damien Abad. Une joie de courte durée pour la droite, qui est retombée dans le piège des divisions, quelques heures plus tard, avec l’annonce du départ du maire de Toulon, Hubert Falco, qui a décidé de claquer la porte de LR, afin de dénoncer un « rétrécissement » du parti.

« On n’est pas au bout du film »

Dans ce feuilleton à rallonge dans lequel chaque camp a perdu des plumes, LRM ne bénéficie pour l’heure d’aucune assurance quant à la présence de « marcheurs » sur la liste de M. Muselier, en particulier celle de Sophie Cluzel. « C’est le bazar, on n’est pas au bout du film », souffle un dirigeant macroniste.

Mais le parti présidentiel veut croire que LR en ressortira le plus cabossé, sur le long terme. « Cette séquence met au jour deux droites irréconciliables, dont l’une a fait clairement le choix de l’extrême droite, estime le porte-parole des députés LRM, Pieyre-Alexandre Anglade. Autrefois, la droite se déchirait pour des histoires de personnes, elle se déchire aujourd’hui pour l’essentiel : savoir si elle est républicaine ou si elle fait le choix du Rassemblement national. » « La démocratie, c’est la clarté. Tant mieux si cette affaire permet de faire sortir du bois un certain nombre de responsables politiques », a souligné Jean Castex, mardi, devant les députés LRM.

Lire le récit : Emmanuel Macron veut continuer à « dynamiter » la droite d’ici à la présidentielle

Une offensive en direction de la droite qu’Emmanuel Macron entend bien intensifier d’ici à la présidentielle. Pour les élections de juin, le chef de l’Etat a finalement décidé d’envoyer des poids lourds du gouvernement dans la bataille. Après Gérald Darmanin aux départementales dans le Nord, le nom du ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, circule pour remplacer Laurent Pietraszewski comme tête de liste LRM dans les Hauts-de-France. Soit la région de Xavier Bertrand, président (ex-LR) sortant et candidat à sa succession.

Selon son entourage, M. Dupond-Moretti « regarde de très près ce qu’il se passe dans les Hauts-de-France » mais « la question, à ce stade, n’est pas tranchée ».L’espoir pourrait être de faire mordre la poussière à M. Bertrand, et de le contraindre à renoncer à concourir à la présidentielle… De quoi alimenter les critiques des dirigeants de LR, qui accusent M. Macron de vouloir « tout effacer entre lui et Marine Le Pen ». Comme si la préparation des régionales de juin ressemblait de plus en plus au coup d’envoi d’une précampagne présidentielle.

Alexandre Lemarié

Chez Les Républicains, les divisions s’étalent au grand jour

Le maire de Toulon, Hubert Falco, a annoncé son départ de LR, dénonçant le « rétrécissement de la ligne » du parti après le refus d’une alliance aux régionales en PACA avec LRM. 

Par Sarah Belouezzane et Gilles Rof(Marseille, correspondant)Publié le 05 mai 2021 à 19h27 – Mis à jour le 05 mai 2021 à 19h34  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/05/affaire-muselier-chez-les-republicains-les-divisions-s-etalent-au-grand-jour_6079255_823448.html

Au siège du parti Les Républicains à Paris,  le 4 mai.
Au siège du parti Les Républicains à Paris,  le 4 mai. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR  » LE MONDE »

Ils pensaient pouvoir respirer. Chez Les Républicains (LR), nombreux étaient les élus, mardi 4 et mercredi 5 mai, à estimer être sortis par le haut d’une crise qui a failli les consumer. Après tout, étaient-ils nombreux à rappeler mercredi, un accord a été trouvé lors de la commission nationale d’investiture, avec Renaud Muselier, le candidat à sa propre réélection en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. L’ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, qui souhaitait pactiser avec La République en marche (LRM) dès le premier tour au scrutin régional, a fini par signer un texte, approuvé par sa famille politique, qui refuse tout accord « à quelque niveau que ce soit, avec LRM » . « Ce qui n’induit aucun parlementaire En Marche et aucun membre du gouvernement » sur la liste.

Mais c’était sans compter les rebondissements qui ont mis en péril ce calme relatif que le parti pensait avoir trouvé. Il y eut d’abord une interview très ambiguë de Renaud Muselier sur France 2 où le candidat n’a pas, contrairement aux désirs de son parti, refermé la porte à la présence de Sophie Cluzel, la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, sur sa liste. « Si elle veut démissionner, (…) je prends ses compétences », a ainsi déclaré sans détour M. Muselier. Une option très clairement étudiée du côté de LRM.

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Vers midi, mercredi, c’est le maire de Toulon, Hubert Falco – que plusieurs membres de LR accusent d’être l’un des instigateurs, avec son collègue de Nice Christian Estrosi, du mariage avec LRM – qui claquait la porte du parti, comme l’a révélé Le Figaro. Profondément vexé par les termes employés à son égard par Christian Jacob – « Tu as des amis malfaisants », a affirmé le patron de LR à Renaud Muselier – l’élu varois fustige « les procès d’intention et les agitations du microcosme LR au niveau parisien » qui lui semblent « dérisoires et déplacés ». 

Il estime dans un communiqué qu’il s’agit là « d’un rétrécissement de la ligne de ce parti qui en oublie les enjeux essentiels auxquels il doit répondre ». Refuser une alliance dans une région qu’il juge « sensible » lui paraît « irresponsable »« J’ai été élu 18 fois, dont 12 fois au premier tour. Ces résultats, je les dois uniquement à mon travail et à la confiance que m’ont faite les électeurs. C’est à eux que j’ai à rendre des comptes et uniquement à eux, n’en déplaise aux tenants de la ligne jacobine de ma formation politique », écrit M. Falco.

Minimiser la situation

Dans la foulée de cette annonce, beaucoup se sont interrogés sur un possible départ de Christian Estrosi de LR. Les couloirs de la rue de Vaugirard, siège du mouvement de droite, ont bruissé toute la journée d’une telle rumeur sans qu’une réaction du maire de Nice ne vienne la confirmer ou l’infirmer. Si l’hebdomadaire Valeurs Actuelles s’est risqué à annoncer le retrait de LR de l’ancien ministre de l’industrie de Nicolas Sarkozy, ses équipes, elles, sont demeurées silencieuses. En commission d’investiture mardi, M. Estrosi avait pourtant affirmé ne jamais vouloir quitter le parti. « Il faudra m’exclure », aurait-il lancé selon un participant. Selon nos informations, Renaud Muselier a passé la journée de mercredi à tenter de le convaincre de rester dans sa famille politique.

Si le départ d’Hubert Falco, maire d’une grande ville, est un signe des divisions si prégnantes au sein de LR où l’on se dispute sur l’attitude à adopter face à Emmanuel Macron, celui d’Estrosi marquerait le début d’une crise. Ancien ministre de l’industrie et proche de Nicolas Sarkozy, l’élu niçois est à la tête d’une métropole de premier plan, particulièrement emblématique pour la droite.

« C’est l’ambiguïté qui fait du mal au pluralisme et à la démocratie », François-Xavier Bellamy, chef de file des députés LR au Parlement européen

A la direction et parmi les cadres de LR, on tente de minimiser la situation. Beaucoup évoquent, une « clarification » nécessaire pour des personnalités considérées comme étant trop proches d’Emmanuel Macron. « Ça clarifie les choses, et j’espère qu’En Marche leur offrira une boîte de chocolat, balaie Aurélien Pradié, le numéro trois du parti. Quand on trahit, on va jusqu’au bout. C’est le seul moment où ils auront eu du courage. »

« Falco dit depuis longtemps qu’il souhaite travailler avec Macron, Estrosi dit depuis plusieurs mois qu’il faut voter pour Macron dès le premier tour : il y a un parti pour ça et ça s’appelle En Marche. S’ils y vont, ils sont en cohérence avec leur vision et je le respecte, c’est l’ambiguïté qui fait du mal au pluralisme et à la démocratie », confie pour sa part au Monde François-Xavier Bellamy, chef de file des députés LR au Parlement européen.

Lire l’analyse : Le Sud, laboratoire d’une droite « macroncompatible »

D’autres cadres, eux, craignent un rétrécissement qui pourrait transformer le parti en « secte »« Se rétrécir comme peau de chagrin, ça clarifie aussi, après il n’y a plus personne », peste un élu. Eric Woerth, député de l’Oise et ancien ministre du budget, dit lui aussi regretter cette situation : « Il n’y a pas d’un côté ceux qui vont à la soupe et de l’autre les purs. Le plus important c’est de faire vivre les idées de droite et d’y demeurer fidèle. Un mouvement politique devrait être porté par les idées, et pas par la structure. »

Sarah Belouezzane et  Gilles Rof(Marseille, correspondant)

Le maire de Nice, Christian Estrosi, annonce son départ du parti Les Républicains

L’ancien ministre, favorable à un rassemblement avec La République en marche en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, demande une « clarification » des Républicains sur la question du barrage au Rassemblement national. 

Le MondePublié hier à 17h49, mis à jour hier à 20h52  

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/06/le-maire-de-nice-christian-estrosi-annonce-son-depart-du-parti-les-republicains_6079373_823448.html

Christian Estrosi participe à un conseil national d'investiture au siège du parti Les Républicains (LR) à Paris, mardi 4 mai 2021.
Christian Estrosi participe à un conseil national d’investiture au siège du parti Les Républicains (LR) à Paris, mardi 4 mai 2021. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR  » LE MONDE »

Le rassemblement voulu par Renaud Muselier et Jean Castex en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) pour les élections régionales continue de faire des remous à droite. Le maire de Nice, Christian Estrosi, favorable à ce rapprochement avec La République en marche (LRM), a annoncé jeudi 6 mai dans Le Figaro qu’il quittait le parti Les Républicains (LR), et appelé à « reconstituer une grande formation politique ».

« Je m’en vais de LR », une décision « pénible pour le gaulliste que je suis », a expliqué M. Estrosi au Figaro, en déplorant « la dérive d’une faction qui semble avoir pris en otage la direction du parti » pour faire capoter le projet d’alliance entre LRM et LR aux régionales.

S’il se dit « gaulliste depuis toujours », M. Estrosi déclare n’avoir « jamais subi une telle violence dans [son] parti » que lors des discussions autour de cette affaire depuis dimanche. Il assure avoir été qualifié de « malfaisant », tout comme Hubert Falco, le maire de Toulon, qui a annoncé quitter LR mercredi.

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« Ce qui est malfaisant, c’est de ne rêver que d’entre-soi » et « de pactiser avec nos ennemis de l’extrême droite », ajoute M. Estrosi, qui demande aux Républicains de « dire clairement qu’en toutes circonstances et dans toutes les élections, ils feront barrage à l’extrême droite avant toute chose ». Et d’ajouter :

« L’entre-deux, et j’ose dire l’« en même temps » sur cette question est intolérable car elle insulte nos valeurs. Dans l’attente de cette clarification, j’ai donc décidé de me mettre en congés des Républicains afin d’assurer, comme d’autres, ma totale liberté de parole. »

Une décision saluée par Christian Jacob

« Je regrette toujours les départs, mais cette décision a le mérite de la cohérence », a de son côté déclaré le président de LR, Christian Jacob. « Conformément aux valeurs de notre famille politique, nous sommes et nous resterons les opposants déterminés à l’idéologie du Rassemblement national », a-t-il ajouté. Considéré comme « Macron-compatible », M. Estrosi avait déjà jeté un pavé dans la mare en septembre dernier en suggérant un accord entre la droite et Macron pour 2022.

Pour le maire de Nice, qui a également lancé en septembre son mouvement politique, La France audacieuse, « il est temps de reconstituer une grande formation politique moderne pour rassembler les gens de droite et du centre autour d’un vrai projet ».

« Je n’entends subir ni l’autorité d’un appareil politique, ni d’une autorité gouvernementale quelle qu’elle soit », et « les seuls à qui j’ai des comptes à rendre, ce sont les électeurs de ma ville et de notre territoire », a-t-il ajouté.

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« Avec mon ami Christian Estrosi, nous avons gagné les régionales de 2015 en faisant face au FN ensemble », a tweeté Renaud Muselier jeudi soir. « Personne ne critique notre bilan ! Nous allons gagner cette élection en 2021 et poursuivre notre action »

Le Monde

Aux régionales dans les Hauts-de-France, le casse-tête des macronistes face à Xavier Bertrand et à la menace RN

La République en marche s’interroge déjà sur son positionnement lors du second tour si jamais la liste du parti était en position de se maintenir. 

Par Alexandre LemariéPublié le 05 mai 2021 à 03h34 – Mis à jour le 05 mai 2021 à 10h25  

Laurent Pietraszewski parle avec des personnes venues se faire vacciner au centre municipal de santé de Nogent-sur-Oise, le 23 avril 2021.
Laurent Pietraszewski parle avec des personnes venues se faire vacciner au centre municipal de santé de Nogent-sur-Oise, le 23 avril 2021. CYRIL BITTON / DIVERGENCE POUR  « LE MONDE »

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/05/regionales-dans-les-hauts-de-france-le-casse-tete-des-macronistes-face-a-xavier-bertrand-et-a-la-menace-rn_6079135_823448.html

C’est le sujet dont les macronistes ne veulent pas entendre parler. Un choix cornélien qui cause déjà des nœuds aux cerveaux des stratèges de la majorité à l’approche des élections régionales des 20 et 27 juin, et dans l’optique de la présidentielle de 2022. Au-delà de l’accord avec le président Les Républicains (LR) sortant de la région, Renaud Muselier, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, La République en marche (LRM) s’interroge sur son positionnement lors du second tour des régionales dans les Hauts-de-France. Au premier tour, pas de débat : le secrétaire d’Etat chargé des retraites, Laurent Pietraszewski, mènera la liste des « marcheurs ».

Mais au second, s’il atteint la barre des 10 %, devra-t-il se retirer, au profit du président (ex-LR) sortant Xavier Bertrand, quitte à pactiser avec un des principaux rivaux d’Emmanuel Macron à la présidentielle ? Ou au contraire se maintenir, au risque de rendre possible un succès du candidat du Rassemblement national (RN), Sébastien Chenu ? Une enquête BVA, publiée lundi 4 mai, pose le problème : si le candidat LRM ne franchissait pas la barre des 10 % au premier tour ou se retirait du second tour, M. Bertrand l’emporterait largement face au RN dans une triangulaire avec la gauche (44 % contre 36 % pour le RN). Mais si M. Pietraszewski, crédité de 12 % au premier tour, se maintenait au second, M. Bertrand serait alors talonné de près par le RN (36 % des voix contre 34 %).

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Pour l’instant, « la question n’a pas encore été tranchée », expliquent en chœur l’entourage d’Emmanuel Macron et les dirigeants de LRM. Mais le sujet suscite déjà d’intenses débats au sein de LRM entre les partisans d’un maintien coûte que coûte et les tenants d’un front républicain. Dans la première catégorie, plusieurs dirigeants mettent en avant, sous couvert d’anonymat, l’impossibilité de s’allier avec Xavier Bertrand, « qui tape matin, midi et soir sur Emmanuel Macron ». Autre raison invoquée : pourquoi se sacrifier seul, et se retrouver sans aucun élu au conseil régional pendant six ans, alors que la gauche a déjà dit sa volonté de se maintenir ? D’autres, plus cyniques, y voient une occasion de saboter les ambitions élyséennes de Xavier Bertrand…

« On ne va pas faire des petits arrangements entre amis »

Des prises de position, qui traduisent une évolution de la doctrine originelle, au sein du parti présidentiel, sur le rapport au RN. Lors des élections municipales de mars 2020, LRM avait fait du combat contre l’extrême droite une priorité, en mettant en place un front républicain de manière systématique. La doctrine était claire : lorsqu’un candidat de la majorité arrivait en troisième place et ne pouvait pas gagner, alors que le RN menaçait de prendre la municipalité, les candidats macronistes avaient pour consigne de se retirer. LRM avait même bâti un plan contre le parti lepéniste, en dressant la liste de 131 villes « à fort vote RN ».

Cette fois, la position du parti présidentiel se veut moins tranchée. Laurent Pietraszewski souffle lui-même le chaud et le froid. S’il explique sa volonté de se maintenir en critiquant les conditions du retrait de la liste socialiste en 2015 – « On ne va pas faire des petits arrangements entre amis comme cela avait été le cas en 2015 entre Martine Aubry et Xavier Bertrand pour diriger la vie de 6 millions d’habitants ! » –, il se dit également prêt à participer à un « rassemblement républicain », dont le président LR sortant devrait prendre l’initiative, si le RN était en position de l’emporter. « Je n’aurai pas de comportement politique qui permettra à l’extrême droite de prendre la région », assure-t-il.

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Plusieurs élus de l’aile gauche de la majorité plaident pour un front républicain, sans ambiguïtés. « Par nature, il faut toujours se désister au second tour en cas de risque RN, juge le député de la Vienne, Sacha Houlié. On ne peut pas ne pas le faire et ensuite le demander aux autres. D’autant qu’il ne faudrait pas laisser croire à Xavier Bertrand qu’il est en mesure de gagner seul contre le RN. » La ministre de l’écologie et députée de la Somme, Barbara Pompili, appelle à son tour à « ne pas tergiverser dans la lutte avec l’extrême droite ». 

« Attendons de voir quel sera le rapport de forces au premier tour », temporise le délégué général de LRM, Stanislas Guerini, qui rejette sur Xavier Bertrand la responsabilité d’un éventuel non-accord. « La première des responsabilités, lorsqu’on est sortant et face à un fort risque RN, c’est de rassembler », souligne-t-il. Or, l’ex-ministre du travail a lui-même fermé la porte à toute alliance avec LRM, que ce soit au premier ou au second tour, lundi, en se disant convaincu de pouvoir gagner « seul »« Pas d’arrangement, pas de confusion », a-t-il promis. Des propos perçus par les macronistes comme « une posture », alors que le retrait des socialistes en 2015 avait permis à M. Bertrand de battre plus facilement Marine Le Pen.

Régionales : le Rassemblement national veut tirer profit de la division chez Les Républicains

Après l’accord en PACA entre Renaud Muselier et le parti présidentiel, les lepénistes appellent les électeurs de droite à « ne pas être les supplétifs d’Emmanuel Macron » lors du scrutin de juin, mais aussi lors de la présidentielle de 2022. 

Par Franck JohannèsPublié le 04 mai 2021 à 10h41 – Mis à jour le 05 mai 2021 à 07h47  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/04/regionales-le-rassemblement-national-veut-tirer-profit-de-la-division-chez-les-republicains_6079043_823448.html

La présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, à Avesnes-sur-Helpe (Nord) pour soutenir la campagne du candidat de son parti aux élections régionales, Sébastien Chenu, le 9 avril.
La présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, à Avesnes-sur-Helpe (Nord) pour soutenir la campagne du candidat de son parti aux élections régionales, Sébastien Chenu, le 9 avril. CYRIL BITTON / DIVERGENCE POUR  » LE MONDE »

Le Rassemblement national (RN) se frotte les mains : l’accord entre La République en marche (LRM) et Renaud Muselier, la tête de liste du parti Les Républicains (LR) en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), conforte le parti d’extrême droite dans ses convictions qu’il est la seule force d’opposition à Emmanuel Macron, et que LR est désormais condamné à disparaître – avec des électeurs siphonnés, d’un côté, par les macronistes et, de l’autre, par les lepénistes. « Macron est très habile, c’est un redoutable tacticien, il fait de la chirurgie de précision, convient Philippe Olivier, le conseiller politique de Marine Le Pen. Il voit les maillons faibles, il distend les autres. Je pense qu’en juillet, après les régionales, il ne restera pas grand-chose de LR, c’est une question de temps. »

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Les intérêts du RN sont en cela parallèles à ceux de LRM, et les lepénistes espèrent bien absorber une bonne partie de l’électorat de LR. Jordan Bardella, le vice-président du RN, leur a ouvert les bras dès dimanche 2 mai : « Chers militants, élus et sympathisants LR, allez-vous laisser Emmanuel Macron présider votre commission d’investiture ? Venez travailler avec nous et défendre vos convictions à nos côtés. » Nicolas Bay, membre du bureau exécutif du RN, « pense aux électeurs sincères des Républicains qui sont nombreux, qui ne veulent pas être des supplétifs d’Emmanuel Macron. Ils doivent être profondément troublés et même un peu écœurés par cette petite manœuvre d’appareil. Tout ça sur le dos des électeurs, c’est assez détestable », a déclaré lundi sur Franceinfo le candidat du RN aux régionales en Normandie.

La situation permet en tout cas « d’y voir clair » : M. Bay assure que nombre d’électeurs de droite veulent davantage de sécurité, moins d’immigration, moins d’impôts, et ne se reconnaissent ni dans Emmanuel Macron ni dans Renaud Muselier, « qui est désormais son représentant »« A ces électeurs qui s’offusquent légitimement de ce petit accord d’appareil, je leur tends la main. Je respecte vos spécificités, vos sensibilités, mais nous avons vocation à travailler ensemble. Y compris pour les régionales, mais aussi pour la présidentielle », estime le député européen. Pas besoin d’adhérer au RN, « il s’agit simplement de rassembler nos forces sur un projet politique clair d’alternative ».

Un phénomène « général »

Thierry Mariani, tête de liste du RN en Provence-Alpes-Côte d’Azur, s’est lui aussi félicité de cette « clarification »« Aujourd’hui, je vois un mouvement [LR] qui ne sait plus où il est et qui en est à faire toute une série de compromissions. C’est pour ça que j’ai quitté Les Républicains, parce que je pense que, petit à petit, ce parti est en train de se fourvoyer », a dit le député européen le 3 mai sur RMC et BFM-TV.

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M. Mariani connaît fort bien la région, où il a été maire, conseiller général, conseiller régional, député, avant d’être nommé ministre des transports (2010-2012) dans le gouvernement Fillon. Il connaît mieux encore ses adversaires – notamment Renaud Muselier –, lui qui a été vice-président de l’UMP, avant de rallier en 2019 le RN, dont il n’est pas membre, avec la Droite populaire, le petit mouvement qu’il a fondé aux marges du parti lepéniste.

Nicolas Bay estime que ce qui se passe en PACA est un phénomène « bien plus général » et qu’en Normandie le président sortant du conseil régional, Hervé Morin, est lui aussi « le candidat des macronistes », soutenu par des proches d’Edouard Philippe. Même sentiment chez Sébastien Chenu, candidat dans les Hauts-de-France et l’un des porte-parole du RN, qui se félicite que l’écart de sa liste avec celle de Xavier Bertrand « se réduise au fil des semaines »« Voter Xavier Bertrand, c’est voter Emmanuel Macron », conclut le député. Et le RN surveille également de près la situation dans le Grand-Est.

LR pris en étau

Pour Thierry Mariani, « En marche et Les Républicains, dans la quasi-totalité des cas, marchent ensemble. Christian Jacob [le président des LR] interdit un accord au premier tour, mais sur le deuxième tour, il ne dit rien. Rendez-vous entre les deux tours… » Les proches de Marine Le Pen y voient un aveu implicite, d’autant que les candidats en PACA, si l’investiture LR leur a été retirée, n’ont pas été exclus, et Renaud Muselier est toujours le patron des Républicains de la région. « LR attend le deuxième tour, assure Philippe Olivier. Muselier a fait la fusion dès le premier parce qu’il est en panique totale. Cela signifie que la recomposition qu’on avait pressentie est en train de se mettre en place. »

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Pour le conseiller politique du RN, la droite LR n’a pas compris qu’elle était prise en étau dans « le clivage mondial » entre nationaux et mondialistes. « LR est resté un parti de droite, réactionnaire, conservateur, qui a cru qu’il pouvait vivre sur sa rente. Du coup il est balayé. Son problème est structurel et irrémédiable », affirme M. Olivier, qui estime qu’une partie des principaux cadres de LR est fascinée par Emmanuel Macron, et que le fossé ne cesse de se creuser avec la droite plus souverainiste. « Ça va être une lutte à mort entre ces deux tendances, prédit le conseiller. Qu’est-ce qui restera au bout ? Christian Jacob. Croyant qu’avec ses communiqués alambiqués il peut cacher la misère stratégique de son parti. Les souverainistes, qui n’ont pas encore fait le deuil de leur parti, vont être contraints de se rallier au RN. Ou alors ils risquent de disparaître avec leur parti, comme les communistes. »

Franck Johannès

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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