« Infirmières et infirmiers scolaires au bout du rouleau : « Je préfère en rire qu’en pleurer » »
Date de publication : 3 mai 2021
Libération observe que « depuis le début de la pandémie, [les infirmières et infirmiers scolaires] doivent composer tant bien que mal avec des conditions de travail dégradées. Le déploiement des autotests et le flou entourant la reprise en présentiel pour les élèves rajoutent des difficultés pour une profession déjà épuisée ».
Le quotidien rappelle ainsi que « ce lundi, collégiens et lycéens débarqueront à nouveau dans leurs établissements, en demi-jauge. Au programme, pour lutter contre la pandémie malgré une foule d’adolescents rassemblés au même endroit : déploiement des autotests dans les lycées et de tests antigéniques dans les collèges ».
Le journal cite notamment Gwenaelle Durand, infirmière scolaire, qui remarque que « cette rentrée en présentiel risque d’être olé olé ! Je préfère en rire qu’en pleurer, parce que sinon je ne tiendrais pas… ».
Libération relève que « ces derniers jours, elle sent la panique monter chez ses collègues. Avec sa casquette de secrétaire générale du Syndicat national des infirmiers et infirmières éducateurs de santé (Snies Unsa), elle insiste : «Avec tout ce qu’on a à gérer côté Covid, on ne s’en sort plus.» ».
« Comme beaucoup de consœurs et confrères, Gwenaelle peine à prendre en charge les élèves en souffrance, une de leurs prérogatives normalement », remarque le quotidien. Gwenaelle Durand souligne ainsi qu’« avec cette reprise, on nous rajoute encore des tâches sans recruter. La fin d’année va être longue, très longue ».
Libération évoque la « grande nouveauté pour cette reprise : les autotests dans les lycées. Chaque semaine, à partir du 10 mai, les élèves devront se fourrer eux-mêmes un écouvillon dans le nez. Pour l’instant, «c’est le flou complet», dixit plusieurs infirmières, concernant la façon dont ce dispositif sera mis en place ».
Sylvie Magne, secrétaire académique du Syndicat national des infirmièr(e)s conseiller(e)s de santé (Snics FSU) pour l’académie de Nantes, déclare qu’« on espérait que les autotests auraient lieu à domicile après avoir montré aux jeunes comment faire. […] A priori, les autotests se feront dans les établissements scolaires jusqu’à la fin de l’année. C’est ingérable ! ».
Le journal note ainsi : « Que faire des déchets contaminés ? Comment prendre en charge un cas positif ? De quelle façon superviser les centaines – voire milliers – d’adolescents qui défileront tests à la main ? Autant de questions auxquelles la responsable syndicale est incapable de répondre. Pour elle, impossible de tout gérer avec si peu de personnel infirmier ».
Libération cite en outre Sophie, qui a « lâché prise. Infirmière dans une cité scolaire dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, elle n’y mettra pas les pieds lundi. Depuis le 29 mars, elle est arrêtée pour «anxiété réactionnelle liée à [son] travail». Sa psychiatre lui a même dit qu’elle était «à la limite du burn-out», et qu’elle devrait «la ramasser à la petite cuillère» si elle retournait au boulot maintenant ».
« Elle énumère les différentes tâches qui se sont ajoutées à ses missions habituelles à cause de la pandémie. Pêle-mêle, parmi les plus prenantes, elle cite la mise en place des protocoles sanitaires, le traçage des cas contact quand un élève est positif, la prise en charge du malade ou encore la gestion des échanges avec les parents perdus », continue le journal.
L’infirmière déclare que « c’est de la quantité et de l’abattage qu’on est en train de faire. Je ne veux pas recevoir ces jeunes de cette façon. Il y a des problèmes de scarification, des gamins qui ne vont pas bien… Nos élèves ont besoin de nous ».