« Comment l’épidémie de Covid-19 dessine l’hôpital du futur »
Date de publication : 3 mai 2021 La Croix
Audrey Dufour note dans La Croix que « l’épidémie de Covid-19 a jeté une lumière crue sur la tension des systèmes hospitaliers. Au-delà de la question des moyens financiers et humains, architectes et gestionnaires tirent les leçons de la crise pour concevoir des hôpitaux mieux préparés à de futures épidémies ».
La journaliste relève ainsi que « depuis plus d’un an, les hôpitaux ont dû déplacer lits, oxygène et appareils pour créer des unités de soins intensifs, mais aussi repenser leurs accueils pour que les patients Covid ne contaminent pas les autres et trouver les moyens de désinfecter des tonnes de draps contaminés ».
« Une expérience acquise dans la précipitation et parfois douloureusement mais riche d’enseignements pour les futures structures. Surtout si pareilles épidémies sont appelées à se reproduire », observe-t-elle.
Audrey Dufour indique que « l’hôpital de demain se devra d’être plus modulable, et plus vite. Le manque de nouveaux lits de réanimation après plus d’un an de crise révèle bien le manque d’anticipation. À l’avenir, les respirateurs devront pouvoir être installés dans les accueils et les chambres classiques ».
Thierry Le Guyader, fondateur de LEA Architectes, cabinet spécialisé en santé, déclare ainsi : « Des locaux généralistes pourront être pré-équipés en fluides et gaz médicaux et avoir plus de prises électriques, pour être rapidement transformés en unités temporaires de soins intensifs. En Israël, par crainte d’une guerre, les autorités avaient aménagé les parkings souterrains de certaines structures pour qu’ils puissent accueillir des malades graves, avec de l’oxygène et des prises, et cela a été utilisé pendant le Covid ».
Audrey Dufour ajoute que « face aux risques d’épidémies très contagieuses, certains centres de soins s’interrogent aussi sur la possibilité d’isoler des services ».
Audrey Simon, chargée du projet « Hôpital 2025 » aux cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles, note : « Nous nous sommes rendu compte que certaines portes n’étaient pas automatiques et qu’il fallait donc les toucher pour les ouvrir, favorisant les risques de contamination ».
La journaliste relève que « plus technique, la future structure belge utilisera des véhicules automatiques, sorte de chariots téléguidés, pour assurer les livraisons logistiques entre bâtiments, et éviter la venue de personnel non essentiel dans d’éventuelles zones contaminées ».
Elle évoque en outre le futur CHU de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, où « l’agence Architecture Studio réfléchit à la circulation de l’air dans les chambres ». Laurent-Marc Fischer, architecte associé, précise : « Normalement, une chambre critique est en légère surpression afin que l’air extérieur ne rentre pas et ne vienne pas contaminer le malade. Là, nous souhaiterions avoir la possibilité d’inverser la pression, pour qu’au contraire l’air potentiellement contaminé à l’intérieur de la chambre ne “s’écoule” pas vers l’extérieur et limite les risques de contagion ».
Audrey Dufour continue : « Les risques de contamination ont […] obligé à doubler précipitamment les accès aux urgences, avec d’un côté les patients Covid et de l’autre les patients classiques. Dans les futures cliniques Saint-Luc à Bruxelles, les urgences, l’accueil «classique» pour les consultations, et la chirurgie ambulatoire programmée seront organisés en trois entrées distinctes autour du pôle hospitalier, pour éviter les croisements. Et pourront donc être refléchées aisément en cas d’épidémie grave ».
La journaliste souligne que « la gestion des différents flux est au cœur de l’aménagement hospitalier ». Bruno Jarrige, à la tête de la cellule de crise Covid-19 au CHU de Guadeloupe, remarque que « certains lieux ne sont fréquentés que par les soignants et les patients, d’autres servent à accueillir du public et d’autres encore à la logistique, comme la buanderie ou la restauration. Nous n’avons pas les mêmes besoins et pas les mêmes contraintes pour chacun de ces lieux, donc pas les mêmes agencements ».
Laurent-Marc Fischer déclare en outre qu’« au-delà des signalétiques habituelles, avec des panneaux et du marquage au sol, il faut en finir avec l’uniformité et la symétrie. Il est important que les bâtiments et les unités soient différenciés, en taille, en forme, en style, en couleur. S’ils se ressemblent tous, il est très difficile de se repérer ».
Audrey Dufour relève ainsi que « pour les soignants, dont le bien-être a longtemps été relégué derrière l’efficacité médicale, ces ruptures spatiales permettent aussi de mieux «couper» entre travail et moments de pause ».
« Le projet guadeloupéen comprend par exemple une grande terrasse extérieure pour la cantine du personnel, afin de profiter d’un vrai moment de répit au soleil. À Bruxelles, les futures cliniques Saint-Luc envisagent de transformer un parking en jardin pour les soignants et les visiteurs. Le projet compte aussi multiplier les puits de lumière dans les urgences, pour que les gardes de 24 heures ressemblent légèrement moins à un tunnel infernal »,observe la journaliste.
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Enquête
L’épidémie de Covid-19 a jeté une lumière crue sur la tension des systèmes hospitaliers. Au-delà de la question des moyens financiers et humains, architectes et gestionnaires tirent les leçons de la crise pour concevoir des hôpitaux mieux préparés à de futures épidémies.
- Audrey Dufour,
- le 02/05/2021 à 10:34
- Modifié le 02/05/2021 à 13:14
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« Nous ne pouvons pas transférer nos patients à l’hôpital d’à côté. »Le rappel ne se veut pas amer, c’est simplement une constatation dans la bouche de Bruno Jarrige, à la tête de la cellule de crise Covid-19 au CHU de Guadeloupe. Ici comme ailleurs, les soignants ont dû s’adapter, dans l’urgence, à l’épidémie. « Jusqu’à présent, nous comptions sur l’agilité humaine, pour gérer les crises comme le chikungunya ou les cyclones, explique ce responsable. Mais la construction d’un nouveau CHU à Pointe-à-Pitre, dont la mise en service est prévue pour 2023, permettra que l’hôpital lui-même soit agile. »
Transformer rapidement des services en soins intensifs
Depuis plus d’un an, les hôpitaux ont dû déplacer lits, oxygène et appareils pour créer des unités de soins intensifs,
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