« Nous devons nous contenter de remplir des flacons », encore une défaite pharmaceutique française – Des coopérations au moins européennes sont nécessaires pour industrialiser nos découvertes de la recherche en santé

« La cession d’Yposkesi à des capitaux étrangers, une autre défaite pharmaceutique française »

TRIBUNE

Claude Allary

Consultant chez Bionest Partners, société de conseil en financement de l’innovation en sciences de la vie, et ancien administrateur de Genethon

Le consultant en biotechnologie Claude Allary rappelle, dans une tribune au « Monde », que l’échec français sur le vaccin anti-Covid 19 n’est qu’un aspect de la difficulté à industrialiser en France les découvertes de la recherche en santé.

Publié aujourd’hui à 05h00    Temps de Lecture 2 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/30/la-cession-d-yposkesi-a-des-capitaux-etrangers-une-autre-defaite-pharmaceutique-francaise_6078586_3232.html

Tribune. La fierté française a été touchée en apprenant que ni l’Institut Pasteur ni le géant pharmaceutique Sanofi n’avaient pu mettre au point un vaccin prévenant l’infection due au nouveau coronavirus. Nous devons nous contenter de remplir des flacons, une phase finale de production à faible valeur ajoutée économique.

Mais il est une autre défaite française singulière, c’est celle de la cession d’Yposkesi à des capitaux étrangers, seulement quatre ans après la création de cette entreprise de fabrication de médicaments issus des biotechnologies. Après des années chaotiques qui n’ont pas permis de faire décoller ce bel outil industriel, les fonds apportés par SK, un chaebol (conglomérat) coréen, qui prend 70 % du capital, permettent d’envisager un meilleur avenir. Les salariés d’Yposkesi à Evry (Essonne) ont retrouvé le sourire.

Qu’est-ce qui a fait capoter ce projet français audacieux ? N’aurait-on pas pu trouver d’autres voies ?

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Les actionnaires, AFM-Téléthon et BPI, ont jeté l’éponge. Ils avaient apporté l’argent des donateurs du Téléthon complété par de l’argent public en 2016 pour créer Yposkesi. En réalité, ce n’était pas une création, mais un transfert des activités préindustrielles de Généthon.

Management confus

Généthon est le fer de lance des instituts de recherche financés par l’AFM-Téléthon. Un beau succès depuis sa création il y a trente ans, avec des produits commercialisés grâce à des licences données à de grands industriels américains, plus compétents en développement et plus riches pour mener à bien l’élargissement des découvertes de Généthon. 
Généthon a permis de faire progresser la recherche en thérapie génique, une approche très innovante pour les maladies génétiques graves, permettant enfin de traiter des enfants en souffrance.

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Mais on peut faire de la bonne recherche tout en étant de piètres industrialisateurs. C’est bien ce qui a miné le projet Yposkesi : sous-investissement, design industriel inadapté, insuffisance de moyens techniques pour le « scale-up » (l’entrée dans la phase de croissance régulière), management confus, gouvernance lourde.

Depuis longtemps, l’Etat souhaitait pourtant qu’une filière de production biotechnologique se renforce, mais c’est tout le contraire qui s’est produit : en 2019 déjà, le LFB, groupe biopharmaceutique détenu à 100 % par l’Etat, a cédé CellForCure, un autre établissement industriel de thérapie génique, au groupe pharmaceutique suisse Novartis.

Ne faisons pas cavalier seul

En réalité, la France seule ne peut pas prendre de position solide dans l’innovation industrielle biotechnologique pour la santé, comme on le voit pour les vaccins. Les montants en jeu et le niveau de sophistication industrielle exigent des coopérations internationales.

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Quant au modèle remarquable de l’AFM-Téléthon, qui a été pionnier dans les avancées de la thérapie génique, il marque le pas avec cet échec industriel. Un pas de trop ? Certes, qu’une association de patients soit aussi engagée dans le soutien aux recherches est déjà remarquable.

S’aventurer dans la production industrielle a peut-être permis d’accélérer la mise au point des produits, mais il est regrettable que l’on soit obligé de se retirer si tôt de cette activité. Au moins peut-on espérer que des plus-values reconnaissant le travail accompli aient été dégagées dans la cession, l’AFM-Téléthon étant en constant besoin de financement…

Il est temps de retrouver les chemins de la bonne gestion industrielle. On ne peut pas improviser du développement industriel sans s’en donner les moyens. Ne négligeons pas la gestion attentive des actifs, ne faisons pas cavalier seul : des coopérations au moins européennes sont nécessaires pour mettre à disposition des patients des innovations remarquables comme la thérapie génique.

Claude Allary( Consultant chez Bionest Partners, société de conseil en financement de l’innovation en sciences de la vie, et ancien administrateur de Genethon)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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