Vaccinations: certains pays ont fait évoluer rapidement leur doctrine en faisant entrer des catégories professionnelles (enseignants, forces de l’ordre) dans les publics prioritaires au vaccin.

Covid-19 : des stratégies vaccinales à géométrie variable à travers l’Europe

A l’instar de la France, la plupart des pays ont donné la priorité au critère d’âge, mais certains ont également ciblé des professions dites essentielles comme les enseignants. 

Par Stéphane MandardJean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen)Sandrine Morel(Madrid, correspondante)Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)Jérôme Gautheret(Rome, correspondant)Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante) et Jean-Baptiste Chastand(Vienne, correspondant régional)Publié aujourd’hui à 04h56, mis à jour à 10h20  

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File d’attente devant le centre de vaccination de Riojaforum, à Logrono, dans le nord de l’Espagne, le 26 avril.
File d’attente devant le centre de vaccination de Riojaforum, à Logrono, dans le nord de l’Espagne, le 26 avril. ALVARO BARRIENTOS / AP

Depuis que Mauricette, la première vaccinée de France, a reçu sa première piqûre dans l’épaule, le 27 décembre 2020, un peu plus de 14 millions de Français ont bénéficié d’au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, soit 21 % de la population. Après un départ poussif, le rythme des injections s’est accéléré, notamment à la faveur du déploiement des « vaccinodromes » et de la mobilisation des médecins généralistes et des pharmacies.

Depuis le début de la campagne, dans un contexte de pénurie de doses disponibles, le gouvernement, aiguillonné par la Haute Autorité de santé et le conseil scientifique, fait reposer sa stratégie vaccinale sur l’âge, partant du constat que les formes les plus graves de la maladie frappent surtout les personnes âgées. Ce choix initial de priorisation a été retenu par la plupart des pays en Europe, mais certains ont fait évoluer rapidement leur doctrine en faisant entrer des catégories professionnelles (enseignants, forces de l’ordre) dans les publics prioritaires au vaccin.

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Un peu partout en Europe, cela a conduit à cibler dans un premier temps les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). En France, la vaccination a ensuite été élargie à partir de mi-janvier à toutes les personnes de plus 75 ans et, parallèlement, au personnel soignant de plus de 55 ans. Une troisième phase s’est ouverte en février, sans limite d’âge pour les soignants et les personnes avec un risque de comorbidité (obésité, diabète, pathologies cardiovasculaires ou respiratoires chroniques…). Une nouvelle étape, toujours par tranche d’âge, a démarré le 27 mars avec l’ouverture de la vaccination à toutes les personnes (sans justifier de problème de santé) de plus de 70 ans et aux plus de 55 ans depuis le 12 avril.

Légère inflexion de la stratégie vaccinale

Cette priorisation de la stratégie vaccinale en fonction de l’âge connaît depuis peu une légère inflexion : pour tenir le cap de la réouverture des établissements scolaires (les écoles depuis le lundi 26 avril, puis les collèges et les lycées le 3 mai) et la promesse présidentielle d’une « stratégie spécifique » pour les « professions exposées », des « créneaux dédiés » sont réservés aux enseignants de plus de 55 ans, depuis le 17 avril.

Outre au personnel de l’éducation nationale (mais aussi policiers, gendarmes ou surveillants pénitentiaires), ces créneaux dits « prioritaires » sont également accessibles depuis le 24 avril à une vingtaine de professions jugées particulièrement à risque de contamination : chauffeurs de bus, caissières ou encore éboueurs. Mais toujours à la condition d’avoir plus de 55 ans.

Certains de nos voisins européens ont déjà réussi à inclure des populations plus jeunes, ou sont en passe de le faire. D’autres ont choisi d’ouvrir la vaccination à des professions dites « essentielles » – sans critère d’âge, contrairement à la France.Lire aussi  Covid-19 dans le monde : le vaccin d’AstraZeneca réservé aux plus de 60 ans en Allemagne

Au Royaume-Uni, pays où la vaccination est la plus avancée (33,7 millions de Britanniques ont reçu au moins une dose), elle concerne, depuis lundi, les plus de 44 ans. Et le gouvernement prévoit de l’étendre jusqu’à la tranche 16-18 ans d’ici à l’été. Certaines professions s’estimant plus à risque, notamment les enseignants, ont bien plaidé pour être prioritaires. Mais le comité vaccinal national britannique est resté inflexible : il a maintenu le critère de l’âge, en vigueur depuis fin 2020, arguant qu’une stratégie basée sur des critères professionnels risquerait de ralentir une campagne vaccinale jusqu’ici particulièrement efficace. Seule entorse à cette logique de l’âge : les personnes avec des déficiences mentales et les sans-abri sont aussi éligibles depuis respectivement fin février et mi-mars.

Le choix de l’âge dans les pays nordiques

Les pays nordiques ont également fait le choix de l’âge. En Suède, comme au Royaume-Uni, les enseignants se sont heurtés au refus des autorités sanitaires pour intégrer les groupes prioritaires (plus de 65 ans ou personnes souffrant d’un handicap). La Finlande a opté pour une stratégie similaire, si ce n’est que le personnel des soins intensifs et des services soignant des cas de Covid-19 sont passés en premier, avant même les résidents des maisons de retraite et les bénéficiaires de l’aide à domicile.

Au Danemark, où la vaccination des 60-64 ans vient de commencer, le gouvernement a décidé de donner la priorité aux plus jeunes, une fois que tous les plus de 50 ans auront été vaccinés. Viendra alors le tour des 45-49 ans et des 16-19 ans, qui se verront proposer le vaccin en même temps ; puis les 40-44 ans et les 20-24 ans, et ainsi de suite.

En Norvège, l’Institut national de santé publique envisage également de proposer d’avancer la vaccination des plus jeunes, notamment en prévision du « russ » : les fêtes lycéennes de fin d’année, très arrosées et qui durent des semaines. Le gouvernement a cependant demandé, le 21 avril, à l’institut de revoir sa copie, jusqu’ici basée sur l’âge. Les doses ne devraient plus être réparties entre les régions proportionnellement au nombre de personnes dans les groupes prioritaires, mais en fonction de l’évolution des contaminations. Les quartiers les plus défavorisés d’Oslo, qui sont aussi les plus touchés, pourraient ainsi devenir une des cibles prioritaires.

En Slovénie, le gouvernement a, lui, décidé d’inclure les bacheliers dans le public prioritaire, « pour qu’ils puissent se préparer sereinement au bac ». L’opération de recrutement, organisée le 23 avril, n’a toutefois pas rencontré l’engouement attendu : moins de 3 000 lycéens se sont inscrits sur les 17 000 attendus. L’initiative avait été critiquée par le comité consultatif sur la campagne de vaccination, qui a rappelé que les jeunes touchés par le Covid-19 « n’ont pas de risque accru de maladie grave ».

En Europe centrale, la Hongrie a annoncé, cette semaine, lever tous les critères de vaccination pour ceux qui acceptent le vaccin chinois Sinopharm, dont près d’un million de doses sont attendues. De son côté, l’Autriche, qui continue à utiliser le vaccin AstraZeneca sans restriction, a vacciné en priorité les professeurs et l’entourage des femmes enceintes, suscitant quelques protestations chez les retraités cet hiver.

Une femme reçoit une injection du vaccin russe Spoutnik V contre le Covid-19, à l’hôpital Saint Margit de Budapest, le 14 avril. ZOLTAN BALOGH / AP

En Belgique, comme aux Pays-Bas, les athlètes préparant les Jeux olympiques de Tokyo ont été jugés plus « prioritaires » que les enseignants. A l’instar des marins, autre catégorie professionnelle classée « essentielle », ils pourront bientôt accéder à la vaccination, réservée dans un premier temps aux pensionnaires des Ehpad et au personnel soignant, puis progressivement étendue au plus de 65 ans. Après un début chaotique, la campagne semble avoir trouvé son rythme de croisière (23 % de la population a reçu au moins une dose). En avance sur la Wallonie et la région de Bruxelles, la Flandre promet « un retour à la liberté » pour la Pentecôte.

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Les enseignants ont pu accéder à la vaccination en Espagne

En Espagne, en revanche, les enseignants font partie de ces professions dites « essentielles » qui ont pu accéder à la vaccination après les résidents en Ehpad, les soignants et les plus de 80 ans. Dès la fin février, le vaccin AstraZeneca, alors conseillé au moins de 55 ans, a été administré massivement aux professeurs de Catalogne ou de la région de Madrid. Dans la capitale espagnole, les « vaccinodromes », comme celui installé dans le stade de l’Atletico Madrid, leur ont été principalement dévolus. La plupart des autres régions ont suivi début mars. A Valence, les 145 000 enseignants et le personnel des écoles avaient été vaccinés le 31 mars.

Outre le corps enseignant, policiers, gendarmes, militaires et pompiers ont aussi pu accéder à la vaccination au titre des professions « essentielles ». En Catalogne, région rebelle gouvernée par les indépendantistes, les autorités sanitaires n’ont pas donné de rendez-vous aux policiers nationaux, arguant qu’il était plus urgent de vacciner les caissières. Ce qui ne les a pas empêchés de vacciner les Mossos d’esquadra, la police catalane.

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En Italie, les forces de l’ordre et les enseignants faisaient également partie des professions « essentielles », éligibles à la vaccination avec les plus de 80 ans ou les pensionnaires de maison de retraite. Le système sanitaire étant régionalisé, Rome a dû laisser à chaque région le choix d’ajuster la liste des professions prioritaires. Celle des dérogations et des passe-droits s’est vite allongée. En Campanie, les membres de l’ordre des journalistes ont été intégrés. En Sicile, ce sont les magistrats. Selon le Corriere della Sera, plus de 2 millions d’Italiens auraient ainsi été indûment vaccinés en priorité, au cours des premières semaines de 2021. Si bien que le président du conseil, Mario Draghi, arrivé aux affaires en février, a dû changer la règle du jeu mi-mars, décidant que l’âge serait désormais le seul critère dans un pays où le seuil des 120 000 morts du Covid-19 devrait être dépassé cette semaine.

Stéphane Mandard,  Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen),  Sandrine Morel(Madrid, correspondante),  Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale),  Jérôme Gautheret(Rome, correspondant),  Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante) et  Jean-Baptiste Chastand(Vienne, correspondant régional)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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