« En France, vous perdez sur tous les tableaux : économique et sanitaire. Vous avez les morts et la crise »
Pour Devi Sridhar, professeure de santé publique à l’université d’Edimbourg, les stratégies du Brésil, de la Suède et de la France face à la pandémie de Covid-19, « si différentes soient-elles, ne sont pas raisonnables ».
Propos recueillis par Nathaniel HerzbergPublié le 24 mars 2021 à 16h05 – Mis à jour le 25 mars 2021 à 17h16
Temps de Lecture 8 min.

A 36 ans, l’Américaine Devi Sridhar occupe la chaire de santé publique de l’université d’Edimbourg. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, elle conseille le gouvernement écossais dans sa politique sanitaire. Grâce à des mesures de restriction plus longues, l’Ecosse est parvenue à « écraser » la courbe des contaminations, explique-t-elle dans un entretien accordé au Monde, jugeant que les options retenues par le Brésil, la Suède ou la France « ne sont pas raisonnables ».
Quelle est la situation en Ecosse actuellement ?
Elle est bonne mais fragile. Au total, 48 % des adultes ont reçu au moins une dose de vaccin et la campagne accélère. Notre espoir est d’avoir immunisé tous les adultes d’ici à la mi-juillet. Ensuite, nous regarderons ce qu’il en est des enfants, si des vaccins sont disponibles et sûrs. En parallèle, il y a une grande pression pour alléger les restrictions, car tous les indicateurs vont dans le bon sens.
Hier, pour la première fois depuis des mois, nous n’avons enregistré aucun mort. Le secteur économique voudrait tout reprendre normalement. Nous leur demandons d’être patients : nous allons alléger pas à pas les restrictions, d’ici au 26 avril. Nous avons commencé, en vérité. Mais nous ne voulons pas repartir trop vite et subir une troisième vague. C’est un moment de transition délicat mais encourageant.
Le calendrier est-il déjà établi ?
Oui, et annoncé. Fin février, nous avons rouvert les écoles maternelles et élémentaires, début mars l’enseignement secondaire, avec des effectifs réduits de 50 %. Début avril, nous réautoriserons toutes les activités extérieures et, fin avril, ce sera le retour à la normale, y compris les rassemblements intérieurs. Mais nous suivons les chiffres de très près pour nous assurer que ce calendrier est compatible avec l’évolution de l’épidémie. Nous vaccinons, nous testons en masse et nous suivons le virus dans les eaux usées pour confirmer ce recul.
Quelle a été la particularité de l’approche écossaise ?
Elle s’est mise en place en avril 2020. Jusque-là, nous suivions la position anglaise. Mais, quand le gouvernement britannique a indiqué qu’il voulait juste aplatir la courbe, nous avons estimé que nous pouvions faire mieux que ça : l’écraser. Et nous l’avons fait, grâce à des mesures de restriction plus longues. Le virus avait à peu près disparu d’Ecosse l’été dernier. Pendant un mois, plus aucun mort, plus d’hospitalisations. Mais, en août, le tourisme a repris, sans quarantaine. Et la deuxième vague est arrivée. Lentement d’abord. En octobre et novembre, tout était encore ouvert, la situation semblait maîtrisée. Mais, avec le variant B.1.1.7, à la fois plus contagieux et plus sévère, nous avons été contraints de mettre en place un confinement dur.
Nous sommes parvenus à faire redescendre les chiffres. Et l’enjeu est de les maintenir à ce niveau tout en ouvrant peu à peu avec tous les outils disponibles. La vaccination, les tests, massifs et de toute nature, le traçage des cas contacts. Avec une nouveauté : des restrictions draconiennes sur les voyages. Nous avons retenu la leçon. Toute personne arrivant de l’étranger subit une quarantaine dans un hôtel, quel que soit le pays de provenance. Notre seul problème, c’est que l’Angleterre ne suit pas la même approche. Un visiteur peut arriver à Londres et prendre le train. C’est notre talon d’Achille. L’Europe continentale, avec ses frontières terrestres, connaît bien ce problème.
Quel a été le rôle de la science dans vos choix ?
Nous nous sommes constamment appuyés sur les preuves scientifiques. Les connaissances sur le virus, sur l’état de la population, sur les mesures susceptibles de nous protéger : les masques, la distance, l’ouverture des fenêtres, la ventilation. Nous avons fait des études, mais aussi essayé de profiter de ce que les autres pays faisaient, notamment en Asie. C’est une approche humble mais essentielle. Comme pour le vaccin : nous pouvons construire des modèles massifs sophistiqués, c’est très bien, ou alors profiter de l’exemple israélien, du Chili, des Etats-Unis. Ne pas avoir peur d’apprendre des autres : ne pas répéter leurs erreurs et se servir de leurs réussites.
Avez-vous été surpris par l’apparition du variant britannique ?
Nous savions que les pathogènes évoluaient, bien sûr. Et que cette évolution irait vers un virus plus transmissible. Mais nous espérions que cela s’accompagnerait d’une moindre sévérité. Un variant qui se répandrait et donnerait un simple rhume, c’était notre rêve. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Nous avons eu la chance d’avoir plusieurs semaines de retard sur le sud de l’Angleterre, où le B.1.1.7 est apparu. Nous avons tout de suite vu que la contagiosité avait augmenté et, compte tenu de la situation hospitalière, la virulence ne semblait pas moindre. Alors nous avons décidé de confiner rapidement. Personne n’aime confiner. On en connaît les dégâts. Mais, s’il faut confiner, mieux vaut le faire vite, fermement, et en sortir vite. Et grâce à ça nos services hospitaliers n’ont jamais été sous pression comme en Angleterre.
Comment jugez-vous la réaction de l’Europe continentale, notamment de la France, face au variant ?
Etonnamment lente. Il suffisait de regarder l’Angleterre et de se dire qu’on ne voulait pas subir la même chose. Mais les gouvernements semblent incapables de faire ça. Aujourd’hui, nous devrions tous regarder ce qui se passe au Brésil, pas pour suivre leur politique catastrophique mais pour savoir comment réagir quand un variant réinfecte d’anciens malades, frappe des personnes plus jeunes et pourrait échapper en partie à certains vaccins. En France, il y a cette idée de préserver l’économie en restant ouvert aussi longtemps que possible. C’est comme rouler en voiture vers un mur et affirmer qu’en freinant le plus tard possible on gagnera du temps. Vous perdez sur tous les tableaux : économique et sanitaire. Vous avez les morts et la crise.
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Il n’y a que deux manières efficaces de combattre cette pandémie.
Soit le modèle de l’élimination complète, celui choisi par les pays d’Asie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande : le virus n’est plus là, vous pouvez attendre tranquillement l’arrivée des vaccins, votre économie roule et vous surveillez le moindre retour de flamme.
Soit vous vaccinez massivement et aussi rapidement que possible votre population, comme Israël et les Etats-Unis le font. Les autres options, celles du Brésil, de la Suède ou de la France, si différentes soient-elles, ne sont pas raisonnables.
La France défend également un maintien résolu des écoles ouvertes. Qu’en pensez-vous ?
La question est délicate. Nous savons que les enfants doivent rester à l’école, qu’en cas de fermeture les dommages sont massifs. Mais il faut aussi protéger les enseignants et les familles. Notre modèle a été de maintenir le virus hors de l’école. Nous y sommes largement parvenus en fermant les classes au premier cas. Jusqu’à un certain point. Je ne crois pas que l’on puisse conserver les écoles ouvertes dans les périodes de circulation très élevée. Même si les enfants transmettent moins que les adultes, ils vont se contaminer entre eux, contaminer leurs familles, et risquent de mettre en péril les enseignants.
Vous défendez pourtant une approche de santé publique fondée sur le principe : « les enfants d’abord »…
Au début de l’épidémie, on a dit que les enfants ne seraient pas trop affectés par la pandémie. Dès mars, il m’a semblé évident qu’au contraire ils seraient massivement touchés. Ce sont les plus vulnérables, à bien des points de vue, et ils n’ont pas de lobby pour les défendre. Pas de voix, pas d’intérêts économiques évidents. Aux Etats-Unis, on a fermé les écoles tout en laissant les bars et les restaurants ouverts. C’est insensé. La France n’a pas fait ça, il faut vous en faire crédit.
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En Ecosse, les responsables politiques ont admis que les écoles devaient fermer en dernier et rouvrir en premier. Plus largement, nous avons toujours allégé les restrictions d’abord pour les enfants. Même au plus haut de la crise, les enfants de moins de treize ans pouvaient jouer dehors, car le jeu est essentiel à leur développement et le risque que nous leur faisions courir était minime. Pourquoi alors les punir ? Au même moment, les adultes ne pouvaient se rassembler à plus de deux. Mais à l’intérieur, avec ce nouveau variant, le risque nous apparaissait trop élevé, pour les enfants et pour les professeurs. Alors nous avons fermé les écoles, en maintenant des activités extérieures.
Faudra-t-il vacciner les enfants ?
Oui, je le crois. D’abord pour les variants. Si le virus circule parmi les enfants, nous courrons le risque de voir apparaître des variants plus virulents, notamment pour eux. Par ailleurs, les enfants font parfois des formes sévères ou des Covid longs, même si c’est rare. Enfin, pour stopper toute circulation et atteindre les 85 % ou 90 % de couverture vaccinale nécessaire à l’immunité collective, il va falloir toucher les plus jeunes. Nous vaccinons bien les enfants contre la grippe, pourquoi pas contre le Covid ?
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En France, nous ne vaccinons pas les enfants contre la grippe…
Vraiment ? Ici, on le fait à l’école. Ils sont les vecteurs du virus, même si les victimes finales sont les personnes âgées. Pour le Covid, il faudra évidemment s’assurer qu’on a bien un vaccin sûr et efficace. Mais, quand ce sera le cas, on les vaccinera.
Pourquoi les gouvernements occidentaux ont-ils si mal géré la crise, comparativement aux pays asiatiques ou africains ?
D’abord on s’est trompé de modèle, pensant que le virus allait agir comme la grippe, un pathogène que l’on n’arrête pas. Quand on a vu que les pays asiatiques parvenaient à le stopper, on n’a pas trop su comment faire. C’est un virus très rusé. Trop sévère pour vivre avec sans mettre en péril nos systèmes sanitaires, mais pas assez pour nous faire peur et entraîner une réponse massive et coordonnée.
De plus, il frappe les plus âgés, les plus pauvres, les obèses, les malades. Pour le combattre, les jeunes et les gens bien portants doivent faire des sacrifices qui profiteront aux plus vieux et aux plus fragiles. En Asie, c’est une évidence. Ça ne l’est pas pour nous. Doit-on sacrifier les plus âgés ? Ici, nous nous sommes posé la question. Là-bas, c’était impensable. Ils savent que le tissage entre générations et entre conditions constitue la trame de notre tissu social. Pour l’avoir oublié, nous avons payé très cher.
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100 000 morts du Covid-19 en France : ferons-nous en sorte que le monde d’après ne permette plus une telle tragédie ?
Par Hervé Morin
Publié le 15 avril 2021 à 03h22 – Mis à jour le 15 avril 2021 à 18h25
Temps de Lecture 5 min.
Le bilan de l’épidémie dépasse désormais le seuil de 100 000 décès, selon les dernières données diffusées par les autorités sanitaires. Ce chiffre invite à interroger la façon dont elle a été gérée en France et à en tirer des leçons.
Analyse. Pourquoi s’attacher, comme à un fétiche, à une date ou à un chiffre, alors qu’un désastre est en cours, jour après jour, mort après mort, depuis plus d’un an ?
100 000 personnes au moins sont mortes du Covid-19 en France. Paradoxalement, énoncer l’énormité de ce chiffre, c’est d’abord souligner, comme le répète l’épidémiologiste Dominique Costagliola, dont les nombres sont le métier, que derrière eux, « il y a des gens ». Que la routine des bilans quotidiens, hypnotique puissant et morbide, ne doit pas nous insensibiliser sur les drames humains qu’ils recouvrent : un être qui s’éteint – même vieux, même fragile, même gros, est-on tenté de rappeler face au cynisme qui affleure parfois –, c’est une famille et des proches en deuil, une équipe médicale en échec, une mémoire et une promesse qui disparaissent.
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Noter que 100 000 personnes sont décédées ici, c’est s’interroger sur l’origine de ce désastre planétaire : un virus, particule inanimée, émerge en Asie, et c’est chacune de nos vies qui se retrouve prise en otage. Que le SARS-CoV-2 ait une origine « naturelle » et nous ait atteints en raison d’une promiscuité indue avec les chauves-souris, ou qu’il ait « fuité » d’un laboratoire, la conclusion n’est pas si différente : se faire maître et possesseur de la nature implique des responsabilités, qu’il convient d’endosser pleinement – qu’il s’agisse de climat, de biodiversité, ou d’un agent microscopique.
Arrogance et « génie français »
Souligner que 100 000 personnes sont mortes en France, c’est se demander s’il aurait pu en être autrement. Au 12 avril, selon les données de l’université Johns Hopkins, rapportée à la population, la mortalité cumulée par Covid-19 dans notre pays est 8 % supérieure à celle de la Suède, tandis que celles du Brésil, des Etats-Unis et du Royaume-Uni sont respectivement, 14 %, 16 % et 28 % plus élevées. Mais elle est chez nous 55 % plus forte qu’en Allemagne, les Australiens sont proportionnellement quarante fois moins décédés du Covid-19 que les Français, et les Néo-Zélandais 270 fois moins…
L’arrogance que d’aucuns nous prêtent aurait-elle quelque fondement ? Quand le « génie français » regardait l’Italie se débattre avec le virus, début 2020, comme s’il s’agissait d’un pays sanitairement arriéré. Quand nous avons fait de même un an plus tard, face au Royaume-Uni confronté à son variant, sans en tirer plus de leçons pour nous-mêmes.
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Dire que 100 000 personnes sont mortes, c’est questionner la place de la science en France. Suffit-il d’avoir quelques champions pharmaceutiques guidés en partie par une logique de profit, des instituts comme celui légué par Pasteur où l’on cultive les « esprits bien préparés », pour être à l’abri ? La preuve est faite que non.
Que la recherche fondamentale – avec parfois un soupçon de chance – est le pilier des découvertes, et que ne pas miser sur elle, comme les gouvernements et les entreprises ont oublié de le faire depuis des années, a été une erreur majeure. Les vaccins, si précieux aujourd’hui, n’ont pas été développés en un an, un record inimaginable hier, mais sont le fruit de décennies de recherche, a rappelé Anthony Fauci, le « M. Covid » américain.
Déplorer la mort de 100 000 personnes, c’est constater une nouvelle fois que la santé publique est le parent pauvre de la médecine. Prévenir plutôt que guérir : chacun connaît la sagesse du propos, mais qu’était-il advenu de nos stocks de masques ? Pourquoi tant de lits hospitaliers ont-ils été fermés ces dernières années – quand bien même, face à une marée épidémique, les places en réanimation finissent toujours par être insuffisantes ? Pourquoi ne dispose-t-on toujours pas d’une stratégie « tester-tracer-isoler » et d’un contrôle des voyageurs dignes de ce nom ? Pourquoi ignore-t-on les avis des épidémiologistes quand ils énoncent une réalité toute bête : on combat plus efficacement un phénomène exponentiel à ses débuts, quand la courbe est plate ou presque.
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Un chiffrage déjà dépassé
Constater que 100 000 de nos concitoyens sont décédés, c’est aussi ouvrir les yeux sur une réalité cruelle : nous ne sommes pas égaux face au Covid-19. Il tue plus dans les quartiers défavorisés, dans les habitats petits et surchargés, parmi les travailleurs de première et de seconde lignes, là où les comorbidités sont prévalentes, où la médecine peinait déjà à atteindre et à protéger les plus fragiles.
Faire ce bilan, c’est se demander aussi si le « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron n’a pas touché ses limites quand l’économique et le sanitaire ont été opposés – alors qu’« ils se complètent », a plaidé le conseil scientifique –, et si la valeur conférée à la vie humaine a pu alors en pâtir.
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Se retourner sur ces 100 000 morts « officiels », c’est avoir conscience que ce chiffrage est déjà dépassé, et néglige les victimes invisibles du Covid-19, engendrées par les déprogrammations, les retards au diagnostic et à la prise en charge, notamment pour les cancers ou les maladies cardiaques et circulatoires – représentant respectivement 30 % et 25 % des quelque 600 000 décès enregistrés chaque année en France.
C’est ne pas oublier non plus le cortège de drames causés par ailleurs par cette épidémie. Les survivants affaiblis, les infectés souffrant de Covid-19 long, les victimes de la crise économique et sociale, tous ceux dont la santé mentale vacille, les soignants marqués par ces vagues sans fin.
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Rendre hommage à ces 100 000 morts, c’est aussi s’interroger sur nos responsabilités individuelles, sur nos postures. Le respect des mesures de distanciation et de confinement, le renoncement à certaines libertés fondamentales, l’amputation de notre vie sociale, ont sauvé des centaines de milliers de vies, si on se réfère aux bilans dessinés par les modélisations en cas d’inaction.
Mais avons-nous fait assez, chacun à sa place, pour respecter des consignes qui se résument à des préceptes simples : réduire les contacts interindividuels diminue mécaniquement la circulation du coronavirus.
Doit-on attendre des injonctions venues d’en haut pour s’y conformer ? Peut-on tergiverser face à la protection vaccinale, dès lors que la supériorité du rapport bénéfice/risque de celle-ci est assurée – surtout en tant que soignant ? Constater les carences du politique (et elles n’ont pas manqué) nous dédouane-t-il de renouer avec le sens du collectif ?
Saluer la mémoire de ces 100 000 personnes disparues, tout en redoutant les morts encore à venir, c’est enfin se demander ce que nous ferons, en tant que société, dans quelques mois, quand la tempête sera passée, et que nous aurons touché l’autre rive de cet océan démonté. Les oublierons-nous ? Ou ferons-nous en sorte que le monde d’après ne permette plus une telle tragédie ?