Une expérience de démocratie participative inédite: la ville de Saillans

Conseil Municipal du 21/04/2021 – La consultation coutumière maquillée en Démocratie Participative

La piteuse démonstration d’une démocratie participative avec le Conseil consultatif albigeois, qui au final n’aura pas de pouvoir délibératif, se verra sélectionner ses thèmes de réflexion et dont les membres à n’en pas douter seront sélectionnés. Il y en a qui n’ont pas peur du ridicule !

Ci-dessous quelques données sur une démarche originale de démocratie participative qui a tenu 6 ans mais qui s’est terminée par une courte défaite électorale Cette émission de LCP et ces lectures, ne pourront que nourrir les réflexions de Madame la maire et de son adjointe, qui pour le moment font plutôt concurrence aux régimes autocratiques ou aux républiques bananière.

Dr Jean SCHEFFER

Quand les citoyens de Saillans se partagent le rôle de maire

Mouna El Mokhtari

Le Monde 24 Avril 2021

Ce trop court mais passionnant documentaire tire un bilan mitigé de cinq ans de l’inédite démocratie participative de ce village drômois

LCP LUNDI26-20H30 DOCUMENTAIRE

A partir d’aujourd’hui, dans la salle du conseil municipal, les habitants reviendront sur cinq ans de démocratie participative », annoncent, en mars 2019, Dorine Brun et Sarah Jacquet, au mégaphone, dans les rues de Saillans (Drôme). En 2014, ce bourg – 1 300 âmes – avait amorcé une expérience politique inédite en France : élire une équipe municipale composée d’habitants sans étiquette politique. La liste « Autrement pour Saillans… Tous ensemble » a géré la commune six ans durant en concertation permanente avec les citoyens-électeurs. Un essai qui ressemble, à première vue, à un échec en 2020, lorsqu’ils perdront les élections, pour 18 voix d’écart.

Fronde contre le Casino

Se mettre « à la place du maire »… Plus d’une dizaine d’habitants sont venus tirer publiquement, dans le – trop court – documentaire (qui doit devenir un long-métrage d’ici à lafin de l’année), un bilan de cette expérience inédite. Au départ, il y a la fronde d’un collectif face au projet de l’intercommunalité d’installer, près du village, un supermarché Casino – !nalement abandonné. Quelques-uns nourrissent alors l’idée d’une liste citoyenne pour remporter les municipales. Ils établissent un système collégial et participatif de gouvernance où les habitants sont concertés pour toutes les décisions : travaux de voirie, éclairage public, rythmes scolaires, accueil de migrants, ou encore des projets comme le centre aquatique de la communauté de commune.

Les réalisatrices, elles-mêmes saillansonnes et présentes à l’image, montrent ce travail
au téléspectateur en même temps qu’aux concitoyens de leur village. On perçoit la recherche du compromis, la concertation qui doit aboutir à une décision débattue collectivement. Voilà pour l’utopie, bien réelle. Les habitants, s’ils disent leur « chance de vivre ça », soulignent les limites de cette démocratie participative, moins partagée qu’on le croyait. « Nous avons voulu creuser les questions démocratiques : est-ce que tout le monde trouve sa place et arrive à se faire entendre ?, détaille la coréalisatrice Sarah Jacquet. Comment faire quand des personnes prennent le pouvoir en parlant plus fort ? Que change cette expérience à leur rapport à la politique locale ? »

Le duo de documentaristes a voulu répliquer le processus transparent de concertation locale, conviant le téléspectateur à vivre une part de l’expérience. Grâce à un cadrage attentif aux visages et à la parole non formatée de cette « classe politique » d’un autre genre, Dorine Brun et Sarah Jacquet captent l’essence de la politique en action. Loin de conclure à l’échec, elles exposent les questions passionnantes qui peuvent mûrir l’expérience. La République de Saillans a fait des émules : aujourd’hui, 66 municipalités sont gérées par des listes citoyennes, dont Annecy et Chambéry.

La République de Saillans, documentaire de Dorine Brun et Sarah Jacquet (Fr., 2020, 52 min).

Municipales 2020 : à Saillans, le pari réussi de la démocratie participative 

https://www.telerama.fr/monde/municipales-2020-a-saillans%2C-le-pari-reussi-de-la-democratie-participative%2Cn6596699.php

Mathieu Braunstein

Publié le 02/02/20 mis à jour le 07/12/20

Comité de pilotage public, avec des élus et des villageois.
Comité de pilotage public, avec des élus et des villageois.© Olivier Metzger pour Télérama

À Saillans, village de mille trois cents âmes au pied du Vercors, les conseils municipaux sont ouverts à tous et un tiers des habitants participent à la vie de la commune. Une démocratie citoyenne qui fait école. Jusque dans les rangs de l’opposition.

Jeudi 19 décembre au soir, les lumières des vitrines illuminent la Grande Rue, entre le Café des sports et l’église Saint-Géraud. La boulangerie, la boucherie, le magasin de producteurs tirent le rideau pour la nuit. Dans la rue perpendiculaire, débute à la mairie la dernière réunion de l’année, en présence des élus et d’une dizaine d’habitants, plutôt cheveux blancs. Sont abordés : le choix du futur mobilier urbain puis la question des locaux jeunesse. Les dossiers au menu de ce « comité de pilotage » ont été préalablement étudiés dans les « groupes action-projet », baptisés GAP. Mais quel jargon administratif parle-t-on donc dans ce village viticole de la Drôme ? !

Depuis six ans, au pied du Vercors, la municipalité de Saillans, mille trois cents habitants, expérimente. La liste citoyenne élue en 2014, en opposition au projet de supermarché défendu par l’ancien maire, a fait campagne sur des valeurs de participation, de collégialité et de transparence, vite traduites en actes et en assemblées à géométrie variable. « Le comité de pilotage ne remplace pas le conseil municipal,précise Fernand Karagiannis, notamment chargé à la Mairie des questions économiques. Il prend la place des conseils d’adjoints à guichets fermés que l’on trouve dans d’autres communes. Quant aux GAP, ce sont des groupes de travail ouverts à la population. »

À Saillans, les réunions sont publiques, et les interventions, largement sollicitées, comme le prouve ce soir-là le déroulé des échanges. Après la crèche intercommunale, la discussion porte sur l’interdiction des pesticides, sujet délicat dans cette « biovallée » très écolo, où subsiste une importante activité viticole — c’est la zone de production de la clairette de Die. Les élus ont été approchés par des représentants de l’association Nous voulons des coquelicots. Mais contre toute attente, alors que la commune voisine de Saoû s’était illustrée par un arrêté antipesticides (invalidé par le tribunal administratif de Grenoble), l’état d’esprit, de ce côté-ci du massif des Trois Becs, reste encore à la concertation. « Nous avons déjà fait deux réunions, dont une avec les agriculteurs. Nous attendons maintenant de pouvoir convoquer une réunion publique, poursuit Fernand Karagiannis. C’est notre façon de faire. »

Fernand Karagiannis, chargé à la mairie des questions économiques.
Fernand Karagiannis, chargé à la mairie des questions économiques.© Olivier Metzger pour Télérama

En 2014, les membres de la liste « Autrement pour Saillans… tous ensemble » imaginaient avoir tous une compétence égale. Mais parce qu’on ne bouscule pas comme ça les lois de la République, il a bien fallu désigner un maire. C’est ainsi que Vincent Beillard, animateur socioculturel et veilleur de nuit dans un centre pour handicapés, a appris sa nomination par texto ! Six ans plus tard, le quarantenaire anime sans fausse note le comité de pilotage en compagnie de la première adjointe, Annie Morin, ancienne directrice de l’école municipale ; un tandem que personne ici ne songerait à appeler autrement que « le binôme de tête ».

 Annie Morin, ancienne directrice de l’école municipale, en binôme avec le maire Vincent Beillard.
 Annie Morin, ancienne directrice de l’école municipale, en binôme avec le maire Vincent Beillard.© Olivier Metzger pour Télérama

Dans ce village de la Drôme, en effet, chaque grande fonction — travaux, finances, associations, jeunesse, etc. — est partagée par un duo ou un trio d’élus. Une innovation, qui affirme la dimension collégiale de l’équipe aux affaires. Fin décembre, malgré l’approche des élections, l’humeur paraît détendue dans la salle de réunion de la mairie, du côté des élus comme des habitants : Maguy, Mireille, Pascal… Pour la plupart habitués des commissions participatives et des groupes action-projet, dont la liste peut être consultée sur le site de la mairie (mairiedesaillans26.fr). On cite volontiers dans les conversations l’exemple du GAP « éclairage nocturne », qui a décidé de l’extinction des feux publics à minuit, avec une nuance selon les saisons et les quartiers. Originalité de ces ateliers : ils se montent sur un projet concret, et s’arrêtent une fois l’objectif atteint, ou du moins mieux cerné.

Depuis 2014, ce mode de fonctionnement participatif a fait couler beaucoup d’encre sous les ponts de la Drôme et du Rieussec, l’autre cours d’eau qui alimente le village. Le modèle saillanson a été observé, disséqué. Et largement subventionné, avec 42 000 euros obtenus de la Fondation de France et de la Caisse des dépôts et consignations (« sur simple envoi d’un formulaire », précise Fernand Karagiannis). Ces ressources ont notamment permis de financer à la mairie un poste de chargé de mission sur les questions de… démocratie participative.

Le maire Vincent Beillard, animateur socioculturel et veilleur de nuit dans un centre pour handicapés, passera le relais à un(e) autre, si la liste est réélue. 
Le maire Vincent Beillard, animateur socioculturel et veilleur de nuit dans un centre pour handicapés, passera le relais à un(e) autre, si la liste est réélue. © Olivier Metzger pour Télérama

Bien sûr, comme partout, il y a eu des réfractaires ou des indifférents ; tout le monde n’a pas envie de sacrifier sa vie familiale ou ses loisirs aux affaires de la commune. Mais en dépit du caractère chronophage de ces activités, un habitant sur trois s’est inscrit pour au moins un atelier ou une réunion, et une soixantaine de personnes ont constitué une sorte de noyau dur. « Les chiffres de la participation montrent une mobilisation significative des habitants, supérieure à ce qu’on peut observer dans les communes de même taille »,note le garant de la Commission nationale du débat public, Jacques Archimbaud, dans son rapport rendu public en novembre dernier.

Le comité de pilotage aborde maintenant la question de la nouvelle maison médicale, toujours à la recherche d’un généraliste. Mais la grande affaire de la mandature aura été la révision du plan local d’urbanisme, le PLU, un ensemble de documents contraignants qui définissent les zones à urbaniser et les espaces considérés comme inconstructibles dans les années à venir… Pour cette démarche légalement très encadrée, l’équipe municipale n’a pas lésiné sur la participation, en constituant un panel d’individus tirés au sort (cent quarante citoyens de Saillans ont d’abord été tirés au sort. Parmi ceux qui se sont déclarés intéressés, un second tirage public a désigné douze citoyens, qui ont siégé en compagnie de quatre élus), le « groupe de pilotage citoyen » (GPC), associés à l’ensemble de la démarche, soit pas moins de deux réunions publiques et trente-cinq ateliers participatifs en trois ans !

Vue du village viticole de Saillans, sis dans la “biovallée ” de la Drôme, qui produit la clairette de Die.
Vue du village viticole de Saillans, sis dans la “biovallée ” de la Drôme, qui produit la clairette de Die.© Olivier Metzger pour Télérama

Saillans est une commune attractive, à mi-chemin des Préalpes et de l’industrieuse vallée du Rhône. L’enjeu est de maîtriser sa croissance, en préservant les zones agricoles et naturelles. Et pour un gain de population de trois cents personnes à l’horizon 2031 — objectif ambitieux dans un village de mille trois cents habitants —, les espaces constructibles seront finalement très restreints : cinq zones seront à urbaniser, en dehors du centre-bourg. De quoi alimenter déceptions et rancœurs, parmi les Saillansons qui imaginaient investir dans la pierre. « Le PLU, ce sont toujours des choses très douloureuses », témoigne Agnès Hatton, adjointe aux finances. D’autant que sur ce point sensible les membres du groupe de pilotage citoyen sont tenus à une certaine confidentialité avant la conclusion des débats.

Les choses en étaient là, quand a éclaté l’affaire de l’habitat démontable. Le 13 novembre 2018, la Mairie de Saillans annonce la tenue d’un café-urbanisme en présence de trois professionnels, dont une représentante du bureau d’études missionné sur le chantier du PLU. Yourtes, tipis, camions et « tiny houses » (micro-maisons ne nécessitant pas de permis de construire) y sont montrés sous leur jour le plus écolo-compatible. L’exemple de l’Ardèche voisine enflamme les esprits. Certains Saillansons imaginent déjà leur commune livrée aux hippies ! « On n’avait rien vu venir », témoigne Fernand Karagiannis. Un groupement d’opposants se structure, le collectif Pluriels, qui deviendra bientôt la matrice d’une vraie liste d’opposition. En juillet 2019, lors de la présentation du nouveau PLU, l’option de l’habitat démontable sera définitivement enterrée. Pour certains, une décision au goût amer. « Ç’a été le seul débat pour lequel nous n’avons pas pu trouvé de consensus », confie Fernand Karagiannis.“Pour la transparence, je mets quiconque au défi de faire aussi bien [que nous].” Agnès Hatton, adjointe aux finances

Aujourd’hui, alors que l’idée de listes participatives essaime partout en France, un certain réalisme se fait jour dans le discours de l’équipe municipale. « Pour la participation, nous sommes allés un peu vite, concède Agnès Hatton. Nous avons laissé un certain nombre de personnes sur le chemin. Mais pour la transparence, je mets quiconque au défi de faire aussi bien. » Comme trois autres membres de l’équipe, l’adjointe aux finances se dit prête à repartir pour un nouveau mandat, si les électeurs en décident ainsi. « Il faudra simplifier notre fonctionnement. Réfléchir au moyen de nous montrer plus disponibles, notamment le dimanche sur le marché. »

Agnès Hatton, adjointe aux finances.
Agnès Hatton, adjointe aux finances.© Olivier Metzger pour Télérama

Dans un contexte politique qui se tend à l’approche des élections, Annie Morin défend pour sa part aussi bien le bilan que la méthode. Les réunions « par petites tables »,l’apprentissage de la prise de parole, toutes ces méthodes issues de l’éducation populaire — « ou du management en entreprise », note ingénument l’ancienne institutrice — ont permis de faire éclore des propositions. Pour un peu, elle s’emporterait. « Les post-it, c’est bien utile, parfois, pour que tout le monde s’exprime… Nous avons fait notre travail, sur la forme comme sur le fond. » Au sein de l’équipe municipale, tous, à commencer par Vincent Beillard, disposé à se représenter (mais pas en tête de liste, il faut bien faire tourner les responsabilités), s’accordent pour saluer la formidable « montée en compétences » des élus et des citoyens sur les questions d’urbanisme, de droit public ou d’information.

Signe que les choses ont changé dans le village depuis six ans, le collectif d’opposition Saillans 2020 (dans lequel ne figure pas l’ancien maire battu en 2014) n’entend pas jeter à la rivière tout l’acquis de la participation. Les opposants déclarent vouloir assurer un débat public, « au moins chaque semestre ». Et ils cherchent une dénomination appropriée, pour le tandem que forment pour l’heure les deux têtes de liste pressenties — en évitant l’expression « binôme de tête », qui fait désormais florès dans la région. Il y a six ans, Saillans, singulier village méridional, était encore géré de façon très classique. La prochaine municipalité n’aura pas à cœur de trop rétrograder. Dans ces vallées de moyenne montagne, la marche arrière n’est pas la manœuvre la plus aisée.La semaine prochaine
À Saint-Grégoire, en banlieue rennaise, l’initiative citoyenne de Cécile Pellerin
pour former les jeunes migrants aux métiers du bâtiment.

À lire
La Petite République de Saillans, de Maud Dugrand, éd. du Rouergue, 180 p., 17 €, en librairie le 5 février.

Elections municipales 2020 : Saillans, village laboratoire de la démocratie participative

Après six ans d’expérience de gestion impliquant étroitement les habitants, la liste citoyenne élue en 2014 est de nouveau candidate au scrutin de mars, dans le village de 1 300 habitants de la Drôme. 

Par Angela BolisPublié le 07 février 2020 à 02h17 – Mis à jour le 07 février 2020 à 11h29  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/02/07/elections-municipales-2020-saillans-village-laboratoire-de-la-democratie-participative_6028712_823448.html

Séance de travail à la mairie de Saillans (Drôme), en décembre 2018.
Séance de travail à la mairie de Saillans (Drôme), en décembre 2018. ARNOLD JEROCKI / DIVERGENCE

A Saillans, dans la Drôme, le lancement de la campagne municipale ne pouvait être qu’à l’image de la mandature écoulée : participative, et singulière. Ce village de 1 300 âmes a acquis une petite renommée pour avoir porté au pouvoir une liste citoyenne, qui gère depuis 2014 les affaires en impliquant étroitement les habitants.

Après six ans d’expérience de démocratie participative, l’équipe municipale a décidé d’assumer son bilan, elle est de nouveau en lice pour les élections de mars 2020.

Dans la salle polyvalente du petit bourg, ce samedi glacé de janvier, une soixantaine d’habitants ont répondu à son appel pour lancer la campagne. « Il faut s’engager, on est là pour prendre des responsabilités ! On n’a pas forcément envie d’y aller, mais ça vaut le coup car on peut changer les choses », encourage Vincent Beillard, le maire officiel de la commune.

Pour les actions à mener, l’équipe propose un petit remue-méninges dont elle a le secret. Tout seuls, ensuite en binôme, puis par petits groupes, les participants cherchent des idées et les notent sur un grand tableau. Tour des quartiers à vélo, jeux de rôle dans la rue, soupes et vins chauds sur le marché… Dans un joyeux brouhaha, chacun vient ensuite accoler des notes adhésives à ces actions : vert quand on aime, bleu quand on s’engage à les animer.

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A l’heure où, partout en France, des listes citoyennes et participatives se lancent à la conquête des mairies, celle de Saillans fait figure de pionnière. Il y a six ans, échauffé par sa bataille victorieuse contre l’implantation d’un supermarché, un groupe d’habitants propose une liste sans programme ni candidat, avec comme seul engagement celui de faire de la politique autrement. Pari gagné.

Débuts foisonnants

Rapidement, le village est érigé en laboratoire de la démocratie participative. Et se retrouve scruté. « On a reçu plus de 750 demandes, de médias, de communes, de collectifs… », note Fernand Karagiannis, élu à la commission transparence-informations. L’expérience s’exporte.

L’un de ses instigateurs, Tristan Rechid, a accompagné « près de deux cents collectifs citoyens à travers la France, qui souhaitaient monter des listes »« C’est à l’échelon municipal qu’on doit construire le politique et redonner du pouvoir d’agir aux gens. Les élus ne décident pas, ils accompagnent ce processus », estime-t-il.

Pour donner corps à cette vision, Saillans a bricolé sa propre gouvernance, associant élus et habitants : des commissions thématiques, des groupes d’action portant sur des projets précis, un observatoire de la participation, ou encore un comité de pilotage, principale instance de décision, qui se réunit deux fois par mois en public. Le maire, sa première adjointe et les conseillers municipaux se sont aussi partagé les compétences en binômes, et les indemnités.

Après des débuts foisonnants, la seconde partie du mandat s’est concentrée sur l’élaboration d’un plan local d’urbanisme (PLU) participatif – une gageure, qui a mobilisé quatre élus et douze habitants tirés au sort pendant trente-quatre réunions.

C’est autour de ce PLU – et notamment après un débat crispé sur l’habitat démontable – que l’opposition s’est peu à peu cristallisée, d’abord autour d’un collectif d’habitants… puis d’une liste. Car tous les Saillansons ne se retrouvent pas dans le jeu participatif de leur mairie. « On ne veut plus d’une participation de façade », assène ainsi Marie-Christine Casals, à la tête de la liste d’opposition. « Il n’y a pas de place pour la parole contradictoire dans ces réunions. On est vampirisés par la méthode, avec des outils formatés, les gommettes, les petits groupes de travail… », complète son binôme, François Brocart. A ces méthodes peu familières, inspirées de l’éducation populaire pour favoriser l’expression de tous, les opposants préféreraient les outils « qui existent déjà, à disposition des élus » : commissions extra-municipales, budgets participatifs, référendums locaux…

Les « néoruraux » surreprésentés

Au-delà de ces divergences, l’implication semble être devenue une évidence à Saillans. Reste à savoir comment élargir le cercle. Selon la mairie, quelque 250 habitants, soit un quart de la population adulte, ont participé de près ou de loin à la gestion de la commune.

Dans ces instances, les « néoruraux », nombreux dans le village et appartenant souvent aux catégories sociales supérieures, sont surreprésentés. « Le fonctionnement communal tel qu’il a été pensé privilégie le capital culturel sur d’autres types de ressources, notamment le capital d’autochtonie qui est souvent une ressource compensatoire chez les classes populaires. Cela génère une opposition virulente, qui ne s’exprime pas ou peu dans les dispositifs mais surtout en dehors », note Mario Bilella, qui a étudié l’expérience de Saillans pour sa thèse de sociologie, dans le tout récent livre de Maud Dugrand, La Petite République de Saillans (Rouergue, 160 pages, 17 euros).

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Autre frein pour participer : l’agenda. « Dans notre société, on n’est pas incités à prendre du temps pour s’engager en politique, dans la vie associative… », regrette Gabriel Smadja, habitant de Saillans et urbaniste, qui observe une plus forte implication des retraités dans cette aventure chronophage.

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Consciente de ces écueils, l’équipe sortante a promis d’autres formats de participation, comme des assemblées de villages, avec débats et votations sur les grandes orientations de la municipalité. Rendez-vous est donné à l’automne 2021. D’ici là, c’est le programme, « issu d’une large concertation », qui définit les priorités : solidarités, économie locale, transition écologique… A l’heure du bilan, la mairie de Saillans veut prouver qu’elle ne se limite pas à des questions de méthode, mais qu’elle porte aussi un projet politique.

Lire aussi : nos articles sur la campagne pour les municipales de mars

Angela Bolis

La petite République de Saillans au scanner

Publié le 04/03/2020 • Par Brigitte Menguy • dans : France

A la mairie de Saillans (26) de gauche à droite : Agnès Hatton (élue communautaire) , Vincent Beillard (maire), Annie Morin (première adjointe) et Fernand Karagiannis (conseiller)
A la mairie de Saillans (26) de gauche à droite : Agnès Hatton (élue communautaire) , Vincent Beillard (maire), Annie Morin (première adjointe) et Fernand Karagiannis (conseiller)Jean Delmarty / Alpaca / Andia

https://www.lagazettedescommunes.com/666707/la-petite-republique-de-saillans-au-scanner/

Dans son livre, « La petite République de Saillans », la journaliste Maud Dugrand dresse un bilan objectif de l’expérience de démocratie citoyenne que vit, depuis maintenant un mandat, ce village de la Drôme. A l’approche du scrutin municipal, la Gazette l’a rencontrée pour tenter de comprendre si toutes les décisions publiques locales peuvent être prises avec et par les citoyens. 

Originaire de Saillans, village de 1300 âmes dans la Drôme, la journaliste Maud Dugrand a suivi depuis son commencement, en 2014, l’expérience de démocratie participative que vivent au quotidien les habitants de cette municipalité, montrée désormais en exemple de la « gouvernance collective locale ». Dans son livre « La petite République de Saillans » paru aux Editions du Rouergue, la journaliste tire un bilan objectif de ce premier mandat pas comme les autres.

Pourquoi ce mode de gouvernance participatif a été possible à Saillans plus qu’ailleurs ?

Je dirais que la mayonnaise a pris à Saillans pour plusieurs raisons. Tout d’abord, depuis dix ans, de nouveaux habitants sont arrivés en nombre dans la région. Ils sont plutôt jeunes au capital économique et culturel important. L’arrivée de ces personnes – que les sociologues appellent « les néo-ruraux » – a été bien accueillie dans le village par les anciens.

Ensuite, il y a comme point de départ, un projet de supermarché qui a suscité la colère des habitants de Saillans. La mobilisation de ces derniers a réussi à faire reculer la grande distribution. Cette histoire a mis le doigt sur les décisions prises sans transparence et sans concertation. On était en 2013, à un an des élections municipales et très vite s’est formé un projet de société commun. Progressivement, un groupe de citoyens s’est constitué avec la volonté commune de vouloir administrer la commune autrement. Ils ont organisé des réunions publiques afin d’affiner leur projet selon des dispositifs issus de l’éducation populaire. Ce dispositif a plu aux habitants car il ne s’agit plus d’une organisation verticale du pouvoir. La liste « Autrement pour Saillans… tous ensemble » est née ainsi.

Enfin, je dirais que la présence d’un café associatif dans le village a été un facteur facilitateur de cette mise en commun, il était le point de rencontre des habitants qui souhaitaient faire de la politique autrement.

Vous mettez en lumière dans votre livre que la loi n’est pas nécessairement adaptée à ceux qui veulent une organisation horizontale du pouvoir. Que voulez-vous dire par là ?

Dès leur élection le 23 mars 2014, les élus de cette liste citoyenne ont été confrontés à l’obligation légale de choisir un seul maire. Ils ont donc choisi Vincent Beillard pour des raisons pratiques : cette personne pouvait aménager son temps travail et avait démontré durant les différentes réunions publiques, ses talents de médiateur. De plus, il représentait les néo-ruraux.

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Vincent Beillard, le maire citoyen de Saillans

Mais le groupe a également voulu que soit mise en avant la première adjointe, originaire du village depuis plusieurs générations, afin de garder l’idée de la collégialité. Cette organisation a d’ailleurs été mise en place pour l’ensemble des conseillers tant pour lutter contre leur isolement que pour partager les indemnités d’élus.

Et je dirais même qu’au-delà des obligations légales, la figure du maire reste importante : c’est lui que l’on va voir quand on a une requête. Si on ne passe pas par cette personnalisation du pouvoir, les citoyens sont perdus et donc inquiets. Ce qui démontre qu’il s’agit pour nous tous d’un nouveau chemin à emprunter dans notre rapport au pouvoir.

En 2017, la mairie décide de réviser le plan local d’urbanisme de la commune avec toujours cette volonté de décider avec les citoyens. Pouvez-vous nous expliquer comment, sur un sujet très technique pour ne pas dire repoussoir, ils ont réussi à mobiliser les habitants ?

Leurs trois piliers, sur toutes les décisions publiques, sont : transparence, collégialité et participation. Il fallait donc aussi l’appliquer pour la révision du PLU communal.

Sur ce projet, ils se sont heurtés à la réglementation du PLU qui avait changée notamment en termes de densification urbaine. Il a donc fallu d’abord expliquer aux citoyens quelles étaient ces nouvelles règles mais aussi que ces dernières ne provenaient pas d’eux mais de l’Etat. Ce travail de pédagogie a nécessité beaucoup de réunions publiques et a pris beaucoup de temps.

Leur démarche de co-construction a ensuite commencé par un tirage au sort d’un panel de douze citoyens mobilisés pendant 2 ans. Ils ont externalisé cette démarche à une association d’éducation populaire afin de faire preuve de créativité dans le but d’intéresser les personnes élues au PLU. Cette externalisation a été permise grâce à une subvention de la Fondation de France car il ne faut pas oublier que pour faire de la démocratie participative, il faut aussi de l’argent.

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Commercialiser la citoyenneté n’est pas sans danger

A quels autres freins inhérents aux démarches de démocratie participative ont-ils été confrontés ?

Je ne suis pas spécialiste de la démocratie participative mais je peux dire, en suivant les différentes concertations, que la question de la parole est un vrai sujet. Tout le monde n’est pas égal pour parler, argumenter et en plus, en public. Or, en démocratie participative, la parole est centrale.

La question du temps disponible à consacrer à la démocratie participative est aussi à prendre en compte. Comment demander à des citoyens d’y consacrer du temps alors qu’ils sont déjà bien pris par le travail, la vie familiale, l’engagement associatif…

Et puis il faut accepter le conflit en démocratie participative : certaines personnes ont besoin d’exprimer leur colère. Il faut donc souvent commencer par écouter cette colère puis vient le temps du débat constructif.

Mais je conclurai en notant que les femmes se sont emparées de ce processus et y ont trouvé un intérêt. La démocratie participative est donc peut-être une voie pour l’entrée des femmes en politique.

Albi : l’opposition de gauche demande du respect et des réponses à ses questions

Les deux élus communistes étaient absents pour cause de réunion mais avaient envoyé une déclaration.Les deux élus communistes étaient absents pour cause de réunion mais avaient envoyé une déclaration.

Politique,  Albi,  TarnPublié le 21/04/2021 à 05:10 , mis à jour à 07:33

https://www.ladepeche.fr/2021/04/21/lopposition-de-gauche-demande-du-respect-et-des-reponses-a-ses-questions-9500711.php

l’essentielÀ la suite de son coup d’éclat de lundi soir, l’opposition de gauche demande un fonctionnement plus serein au sein du conseil municipal. Et espère que cet incident va faire changer les choses.

« On a voulu dire stop. Les agressions étaient répétées et de plus en plus violente. Il a fallu choisir, à un moment ». 24 heures plus tard, les propos de Michel Franques, le 1er adjoint, ne passent toujours pas dans les rangs de l’opposition de gauche (voir la Dépêche d’hier). « La réaction a été unanime. On s’est dit il faut faire quelque chose pour marquer le coup ». Et ils ont claqué la porte quitte à ne pas s’exprimer sur des dossiers qui leur tient à cœur comme sur la démocratie participative.

Outre celle de Michel Franques, les conseillers dénoncent aussi l’attitude de la maire, Stéphanie Guiraud-Chaumeil. « Elle n’apaise pas les débats. Normalement, elle doit être la garante de débats sereins et respectueux. Là elle fait preuve d’un silence complice. Elle laisse faire le boulot à Michel Franques et personne ne s’indigne de tels propos ».

S’ils admettent ne pas toujours être tendres avec la majorité, « jamais on ne s’est permis de descendre au niveau du caniveau. Eux, ils se le permettent. Ils ont l’impunité. Tout leur est permis ».

Plus que cet incident, l’opposition dénonce un ensemble. Pour elle, il est impossible de travailler sereinement. On ne répond pas à leurs questions écrites, en conseil « ils répondent par des invectives à des questions politiques ».

Et les conseillers de faire remarquer qu’ils ne s’opposent pas tant que ça. « On a voté énormément de délibérations. En vérité, il y a beaucoup de sujets consensuels ». Mais il y a des points sur lesquels, ils ne seront jamais d’accord.

Pour les deux élus communistes, absents hier, « ces règlements de compte » favorisent le vote pour l’extrême droite et l’abstention. « La séance du conseil municipal après les propos de M. Franques, a atteint le degré zéro et a eu pour conséquence de laisser le débat se poursuivre entre la Majorité de droite et le RN, ce que nous regrettons », écrivent-ils dans une déclaration lue par leurs colistiers.

Voilà, l’opposition de gauche a marqué le coup. Elle espère que ce coup de théâtre va être une prise de conscience et que la majorité va comprendre que Michel Franques a été trop loin. « On croit à l’amélioration de l’être humain. On demande du respect tout simplement ». C’est notamment avoir des réponses à leurs questions, à leurs propositions. « Qu’on en débatte ».

Et pour le vérifier, l’opposition va procéder à un premier test. « On va poser les questions qu’on avait préparées par écrit aux différents élus. On verra bien. Ce sera une bonne indication pour la suite ».

« Le conseil n’est pas une scène »

Du côté de la majorité municipale, on ne souhaite pas donner suite à cette polémique. La maire, Stéphanie Guiraud-Chaumeil, avait fait connaître sa position après le départ de l’opposition lors du conseil municipal. Elle avait ainsi glissé : « Pour certains, le conseil municipal devient une sorte de théâtre. Ce n’est pas une scène, nous devons du respect à nos concitoyens ».

Albi : l’opposition de gauche claque la porte du conseil municipal

ABONNÉSL’opposition de gauche a quitté le conseil après les propos de Michel Franques à son encontre.L’opposition de gauche a quitté le conseil après les propos de Michel Franques à son encontre. Photo DDM, archives.

Politique,  Albi,  TarnPublié le 20/04/2021 à 05:09 , mis à jour à 07:07

https://www.ladepeche.fr/2021/04/20/lopposition-de-gauche-claque-la-porte-du-conseil-municipal-9498543.php

l’essentielHier, à la suite des propos du 1er adjoint, Michel Franques, l’opposition a décidé de quitter le conseil municipal. Pour elle, les bornes du débat démocratique avaient été dépassées.

Est-ce l’allusion au dicton sur les arracheurs de dents ? Ou d’être comparé au « symbole d’un naufrage politique » ? Ou l’ensemble du propos de Michel Franques. Toujour est-il qu’hier l’opposition de gauche a décidé de quitter la séance du conseil municipal au point n° 7 (il en comptait une quarantaine). « La nature des propos de monsieur Franques est inadmissible. Nous avons décidé de marquer le coup et de quitter ce conseil municipal », a indiqué Nathalie Ferrand-Lefranc, qui rappelons-le est chirurgien-dentiste.

La soirée avait démarré de manière électrique. Dès le premier point, pourtant sur des modifications budgétaires mineures, les débats s’étaient enflammés. L’opposition (de droite comme de gauche) insistait sur le fait que les impôts des Albigeois allaient augmenter quand la majorité assurait qu’il n’y aurait aucune hausse de la part communale en 2021. En fait, la hausse, qui devrait être légère voire négative selon la maire, est liée aux ordures ménagères et donc imputable à la communauté d’agglo. Le ton montait rapidement entre l’opposition de gauche et la majorité. Chacun accusant l’autre de mentir et demandant à l’autre de mesurer ses paroles. Un vrai dialogue de sourd qui a duré une bonne demi-heure ! Et ce n’était que le point numéro 1. Niveau sérénité, les choses étaient plutôt mal engagées.

Contre toute attente, le calme revenait. On assistait même à une belle unanimité sur le besoin de réindustrialisation du bassin albigeois à travers la filière de l’hydrogène. Tout allait donc bien jusqu’à ce fameux point n° 7, qui portait sur l’adhésion de la ville d’Albi au réseau français des villes – santé OMS. Réseau, dont les adhérents doivent entre autres œuvrer pour la paix dans le monde !

De paix il n’y allait bien avoir. Pascal Pragnère profitait du sujet pour rappeler que l’OMS lutte contre le bruit. Et qui dit bruit dit circuit ! Sa marotte. Il demandait donc pour la énième fois à la ville de supprimer la délégation de service public au circuit, « qui porte atteinte à la santé des Albigeois ».

Nathalie Ferrand-Lefranc se félicitait que la majorité se soit inspirée de leur programme et plantait quelques banderilles comme avec « le sketch de l’autonomie alimentaire ».

C’est à l’arme lourde que Michel Franques leur a répondu. À Pascal Pragnère tout d‘abord qualifié de « chef-d’œuvre d‘un élu en péril, en déroute », qui « alimente la peur du futur », « à la posture affligeante ». À Nathalie Ferrand-Lefranc ensuite : « la liberté d’expression ne doit pas se nourrir de suspicion, de remarques malsaines et de contre-vérités ». Pour lui, « c’est une posture d’opposant déplorable, d’un autre temps ».

Gilbert Hangard essayait bien de calmer le jeu en prenant une posture loin de la politique politicienne et en invitant l’opposition à « avoir une exigence démocratique » sur ce dossier. Mais le mal était fait. Elle décidait de partir. « Nous n’avons pas le droit de vous répondre », demandait la maire, Stéphanie Guiraud-Chaumeil. Le débat se réengageait quelques minutes. Il portait sur les tribunes des uns et des autres dans le journal municipal. Chacun accusant l’autre de transformer la vérité.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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