Les liaisons douteuses entre le gouvernement britannique et les milieux d’affaires s’accumulent à un rythme de plus en plus embarrassant pour Boris Johnson

La proximité entre le gouvernement Johnson et le secteur privé fait polémique

Après ses révélations sur l’ancien premier ministre David Cameron, Boris Johnson est désormais au centre de l’attention pour des proximités troublantes avec l’industriel James Dyson. 

Par Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)Publié hier à 20h41  

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https://www.lemonde.fr/international/article/2021/04/23/la-proximite-entre-le-gouvernement-johnson-et-le-secteur-prive-fait-polemique_6077865_3210.html

Les révélations sur les liaisons douteuses entre le gouvernement britannique et les milieux d’affaires s’accumulent à un rythme de plus en plus embarrassant pour Boris Johnson. A l’automne 2020, les soupçons de « copinage » dans l’attribution de contrats de fourniture de masques au début de la pandémie de Covid-19, avaient commencé à faire les gros titres des médias nationaux. Depuis un mois, le lobbying acharné de l’ex-premier ministre conservateur David Cameron auprès du Trésor britannique et de la Banque d’Angleterre pour sauver de la faillite la société Greensill Capital, dans laquelle il avait des parts, défraye la chronique. Désormais, ce sont des échanges privés entre le premier ministre lui-même et l’industriel James Dyson, qui confirment des proximités troublantes.

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Mardi 20 avril, la BBC a révélé le contenu d’échanges sur WhatsApp entre Boris Johnson et l’inventeur du fameux aspirateur sans sac, un fervent Brexiteur qui a pourtant délocalisé le siège de son entreprise à Singapour. « Je règle ça demain ! On a besoin de vous, ça a l’air fantastique ! », assure par texto le premier ministre à James Dyson après que ce dernier a écrit au Trésor britannique pour savoir si ses employés risquaient d’être imposés s’ils revenaient au Royaume-Uni pour participer à l’appel d’offres lancé par le gouvernement pour la fabrication en urgence de milliers de respirateurs. A l’époque – mars 2020, la première vague pandémique vient de déferler dans le pays –, c’est la panique au sommet de l’Etat et au NHS, l’hôpital public britannique, à qui manquent ces équipements.

« Rishi [Sunak, le chancelier de l’échiquier] dit que c’est réglé, on a besoin de vous ici ! », ajoute un peu plus tard M. Johnson au patron britannique. Et comme M. Dyson semble encore douter, le dirigeant insiste : « James, c’est moi le responsable du Trésor, donc vous pouvez prendre comme acquis que nous allons vous soutenir. » Deux semaines plus tard, le chancelier de l’échiquier confirme, lors d’une audition parlementaire, que le statut fiscal des personnes venues spécialement de l’étranger pour apporter leur aide durant la pandémie ne sera pas affecté.

Enquête interne

La divulgation de ces textos, à l’heure où le gouvernement répète aux Britanniques de se serrer les coudes, a aussitôt été exploitée par l’opposition travailliste, qui a réclamé une enquête parlementaire, les échanges entre MM. Johnson et Dyson montrant selon son chef, Keir Starmer, que le dirigeant était prêt à offrir « des dérogations fiscales à un copain ». « Je ne m’excuserai pas d’avoir remué ciel et terre » pour trouver des équipements médicaux afin d’aider les malades « et pour sauver des vies », a pesté Boris Johnson, mercredi 21 avril. Le premier ministre aurait-il violé le « code ministériel », le code de conduite des membres du gouvernement britannique, qui impose la présence d’une tierce personne et/ou d’un enregistrement quand il est en conversation de travail ?

Jeudi 22 avril, le gouvernement a annoncé qu’il lançait une enquête interne pour savoir qui est à l’origine de la fuite à la BBC. En parallèle, des sources à Downing Street citées par le Sun, le Times et le Daily Telegraph, insinuent que ces indiscrétions sont l’œuvre de Dominic Cummings, l’ex-conseiller préféré de M. Johnson, un personnage controversé dont le premier ministre a fini par se séparer fin 2020. Il s’agit d’une grossière manœuvre de diversion, accuse pour sa part M. Starmer, à la peine dans les sondages depuis le début de la campagne vaccinale que le premier ministre exploite à plein pour faire oublier ses ratés dans la gestion de la crise sanitaire.

« Les changements dans les règles fiscales étaient valables pour toutes les personnes venues de l’étranger afin d’aider à la crise du Covid [pas seulement aux salariés de l’inventeur]», explique encore Downing Street vendredi 23 avril, alors que Dominic Cummings réfute les insinuations à son encontre sur Twitter et contre-attaque en accusant Boris Johnson de conduite « possiblement illégale » en tentant « secrètement » de faire payer la rénovation de Downing Street par des donateurs du parti conservateur.

La pression monte

Au-delà des querelles partisanes, la crise sanitaire semble avoir fait sauter les rares barrières réglementaires encadrant la pratique du lobbying dans les allées du pouvoir britannique. « Que des sociétés privées soient consultées par Whitehall [les ministères], ce n’est pas nouveau et ces échanges entre le business et le secteur public ont même été encouragés et valorisés ces dernières années. Ce qui est différent, c’est par exemple qu’un ex-premier ministre [David Cameron] mène un lobbying à ce point assidu, non pas dans l’intérêt de concitoyens mais pour une entreprise dans laquelle il avait des intérêts propres », souligne Jill Rutter, ancienne haute fonctionnaire et experte du cabinet d’études londonien Institute for Government.

Quant à Boris Johnson, « on ne peut pas l’empêcher d’utiliser sa messagerie instantanée mais il devrait répondre en gardant la distance d’un premier ministre et non pas familièrement comme à un ami », ajoute Jill Rutter. La pression monte d’autant plus sur Downing Street que sur le front judiciaire, un collectif d’avocats – le Good Law Project – a entrepris d’attaquer systématiquement le gouvernement sur ses passations douteuses de marchés publics. Mardi 20 avril, l’association a de nouveau saisi les tribunaux à propos d’un contrat de 102 millions de livres sterling pour la fourniture de masques, signé mi-2020, sans mise en concurrence par l’intermédiaire, selon la BBC, d’un membre et donateur du parti conservateur.Lire aussi  Petit guide de lobbying dans les arènes de l’Union européenne

Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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