Pour une économie sans carbone
Le MondePublié aujourd’hui à 14h26
Temps de Lecture 1 min.
La loi « Climat et résilience », votée par les députés le 4 mai, vise une baisse de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Mais comment convaincre entreprises et ménages de participer à cet objectif ?
- « Les risques d’incompatibilité avec les engagements commerciaux de l’Europe vont compliquer l’élaboration de la future taxe carbone », par Sabrina Robert-Cuendet, professeure de droit international et européen à l’université du Mans
- « Il reste encore beaucoup à faire si l’on veut que la tarification du CO2 aboutisse à une réelle décarbonation », par Grace Perez-Navarro, directrice adjointe du Centre de politique et d’administration fiscales de l’OCDE
- « Si écologie punitive il doit y avoir, c’est à l’encontre des financements des énergies fossiles », par Gabrielle Siry, porte-parole du Parti socialiste, spécialiste de finance durable et de coopération européenne au sein d’une institution publique financière
- « Nous sommes convaincus qu’une “éco-détaxe” sera mieux vécue par les citoyens », par Emery Jacquillat, PDG de la Camif ; Baptiste Perrissin-Fabert, ancien directeur de cabinet de Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire (2017-2020) ; Hélène Peskine, présidente de PEPS (Progrès environnemental progrès social) ; Nathan Stern, fondateur de Biens communs, consultant en nouvelles technologies au service du lien social ; Philippe Zaouati, président du groupe de réflexion Osons le progrès, proche de la majorité présidentielle ; et Audrey Zermati, cofondatrice de Transition écologique en marche, réseau des adhérents d’En marche favorables au développement durable.
Les risques d’incompatibilité avec les engagements commerciaux de l’Europe vont compliquer l’élaboration de la future taxe carbone »
TRIBUNE
Sabrina Robert-Cuendet – Professeur de droit international et européen
L’Union européenne souhaite imposer une taxe sur les produits importés en fonction de leur « empreinte carbone ». Mais elle entrerait alors en contradiction avec ses propres engagements juridiques internationaux, souligne la juriste Sabrina Robert-Cuendet dans une tribune au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 13h00, mis à jour à 13h00 Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/23/les-risques-d-incompatibilite-avec-les-engagements-commerciaux-de-l-europe-vont-compliquer-l-elaboration-de-la-future-taxe-carbone_6077792_3232.html
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, mesure-phare du Pacte vert pour l’Europe, sera présenté par la Commission européenne le 21 juin. Ce projet, qui a déjà reçu le soutien des députés européens dans une résolution le 10 mars, ne pourra voir le jour qu’à la condition d’être compatible avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les autres obligations internationales de l’Union européenne.
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L’OMC administre une série de traités multilatéraux qui visent à garantir le libre jeu du marché et le démantèlement des entraves commerciales de toute nature. Or, ces traités reposent sur une logique purement mercantile où le facteur environnemental ne peut être déterminant dans la définition des règles du jeu commercial. Les accords de l’OMC ne permettent pas d’appréhender l’empreinte carbone des marchandises comme un critère de différenciation acceptable pour autoriser la taxation des produits les plus polluants. Ils ne considèrent pas l’avantage compétitif indu dont bénéficient les producteurs qui profitent de réglementations environnementales laxistes comme une mesure de dumping qui devrait être compensée par une taxe à l’importation.
Des accords « nouvelle génération » qui interrogent
De manière générale, ils appréhendent avec suspicion une mesure environnementale adoptée unilatéralement : la négociation avec les partenaires commerciaux vaut toujours mieux qu’une action isolée, peut-être écologiquement plus efficace mais économiquement moins acceptable. Autrement dit, quelle que soit la forme que prendra la mesure européenne – une restriction tarifaire aux frontières ou l’inclusion de certaines marchandises étrangères dans le marché européen de quotas d’émission de gaz à effet de serre, par exemple – le chemin pour adopter une mesure conforme au droit international du libre-échange est étroit.
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Que l’OMC puisse constituer un obstacle à l’adoption du mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières n’est pas surprenant : son instrument juridique principal, l’Accord général sur le commerce des marchandises (GATT) date de 1947, une époque où les enjeux climatiques étaient bien loin des préoccupations des Etats.
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En revanche, ce qui interroge davantage, c’est que les règles du commerce international auxquelles pourrait se heurter la future taxe carbone ont été purement et simplement reproduites dans les accords de libre-échange dits de « nouvelle génération » que l’Union européenne a récemment conclus avec le Canada, le Japon, Singapour ou encore le Vietnam. Aucun de ces traités ne prévoit en effet de véritable clause de sauvegarde climatique qui permettrait de faire primer une mesure de mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat sur la logique du libre-échange. Et pourtant, au moment où ils ont été négociés, l’ambition affichée était déjà de permettre une meilleure conciliation entre commerce et protection de l’environnement.
Paradoxe de la politique européenne
Concrètement, les risques d’incompatibilité avec les engagements commerciaux de l’Europe vont compliquer considérablement le processus d’élaboration de la future taxe carbone. Des discussions ont déjà cours à Genève avec de nombreux Etats qui s’inquiètent des risques de discrimination ou de restriction commerciale déguisée qui pourraient découler de la mesure. Si l’Union européenne n’en tient pas compte, les désaccords avec ses partenaires commerciaux pourraient aller jusqu’à un contentieux devant le juge de l’OMC.
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Plus fondamentalement, les difficultés qui entourent l’adoption de la taxe carbone reflètent un paradoxe de la politique européenne : alors que l’Europe entend endosser un rôle de leadership dans la lutte contre le réchauffement climatique, elle reproduit dans ses relations commerciales extérieures un modèle de libre-échange qui ne peut pas s’adapter aux enjeux environnementaux d’aujourd’hui. Est-ce la marque d’un manque d’ambition de la part de l’Union européenne ? Ou bien d’un déficit de pouvoir de négociation avec ses partenaires commerciaux, qui l’empêcherait de faire prévaloir un nouveau paradigme où le commerce serait mis au service de la protection de l’environnement et du climat ? Ou encore une incapacité structurelle à parler d’une voix unie pour concevoir des politiques publiques cohérentes ?
Lire la tribune : « L’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne » permettra de « redessiner l’Europe industrielle de demain »
La réponse ne relève pas uniquement de facteurs juridiques. La façon la plus simple de rendre la taxe carbone compatible avec le droit international du libre-échange serait… d’amender les accords de l’OMC. Cela n’a techniquement rien d’impossible. A Genève, l’Europe pourrait même être une force décisive de proposition en ce sens puisque le système commercial multilatéral a plus que jamais besoin d’être réformé, pour recouvrer un peu de légitimité et d’efficacité. Mais pour l’heure, rien de tel n’est annoncé ni dans l’agenda de l’OMC, ni dans celui de l’Union européenne.
Sabrina Robert-Cuendet est professeure de droit international et européen à l’université du Mans.Pour une économie sans carbone
La loi « Climat et résilience », votée par les députés le 4 mai, vise une baisse de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Mais comment convaincre entreprises et ménages de participer à cet objectif ?
Sabrina Robert-Cuendet (Professeur de droit international et européen)
Climat : « Si écologie punitive il doit y avoir, c’est à l’encontre des financements des énergies fossiles »
TRIBUNE
Gabrielle Siry – Chargée d’enseignement en économie européenne à l’université Paris-Dauphine, porte-parole du PS
Pour l’experte de la réglementation bancaire Gabrielle Siry, le nouveau règlement européen sur l’information financière devrait limiter les investissements dans les énergies fossiles.
Publié aujourd’hui à 13h00 Temps de Lecture 4 min.
Al’heure où l’on s’interroge sur l’utilisation des 130 milliards d’euros d’épargne accumulés par les Français durant la crise due au Covid-19, il faut souligner que cette épargne, aujourd’hui investie dans les portefeuilles des institutions financières, nourrit l’accélération du réchauffement climatique. En effet, le secteur financier de la zone euro continue d’augmenter ses actifs dans les énergies fossiles (111 milliards d’euros de plus entre fin 2013 et fin 2019 selon une étude de la Banque de France), alors même que 80 % des émissions de gaz à effet de serre sont issues de la combustion de ces énergies.
L’Union européenne a commencé à développer une série de réglementations, dont entre autres une « taxonomie » (classification) des activités durables, destinée à flécher les investissements en faveur de la transition vers une économie sans carbone. En France, le législateur a introduit une obligation de transparence pour les investisseurs institutionnels dès 2015. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers (AMF) ont publié fin 2020 un premier rapport sur les politiques de « sortie du charbon » annoncées par plusieurs institutions financières.
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Pour autant, des mesures doivent aujourd’hui être prises afin de faire baisser de manière rapide et drastique les financements de ces énergies, qui polluent et causent de plus en plus de morts prématurées – près de 100 000 morts par an en France. Si écologie punitive il doit y avoir, c’est à l’encontre de ces financements.
Effort inédit de transparence
Le 10 mars 2021 est entré en application le nouveau règlement européen sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (Sustainable Finance Disclosure Regulation – SFDR).
Ces obligations de publication se fondent sur l’idée qu’une transparence accrue en matière climatique incite les acteurs financiers, sous la pression de l’opinion, à faire évoluer leurs pratiques. Les institutions financières soumises à des obligations de transparence tendent à réduire fortement leurs financements aux énergies fossiles, comparativement aux organismes non soumis à cette réglementation. Pour la première fois, un effort inédit de transparence est ainsi demandé aux institutions financières dans toute l’Union européenne : le détail de l’impact néfaste en matière sociale et environnementale de leurs investissements devra être publié sur leur site web.
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Ces deux dernières années, des experts européens ont développé avec l’appui de l’Agence européenne de l’environnement une série d’indicateurs qui devront obligatoirement être inclus par les établissements financiers européens dans leurs publications, concernant les entreprises cibles de leurs investissements : émissions carbone, exposition aux énergies fossiles, impact sur la biodiversité, pollution de l’eau, déchets dangereux, mais aussi respect des droits humains et de l’égalité femmes-hommes. Il ne sera plus possible d’adopter une vision restrictive des émissions carbone, pratique que dénoncent régulièrement les ONG : les émissions indirectes (issues de l’utilisation des produits fabriqués, par exemple l’utilisation d’une voiture) seront obligatoirement comptabilisées, au même titre que les émissions directes (issues du processus de fabrication de la voiture).
« Tragédie des horizons »
Aussi « révolutionnaire » que soit cette nouvelle réglementation, selon le mot de l’ONG ShareAction, celle-ci devra être complétée par des mesures contraignantes sur la réduction des investissements dans les énergies fossiles si nous voulons avoir une chance d’atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris. La « tragédie des horizons » reste d’actualité : trop souvent encore, ces investissements sont maintenus à des fins de pure rentabilité, qui prend le pas sur les considérations environnementales ou les risques climatiques, qui pèsent à moyen terme sur l’investisseur lui-même
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Outre l’impact des événements climatiques sur les institutions financières (risques « physiques »), différents travaux démontrent l’existence de risques spécifiques pour ceux qui investissent dans les énergies fossiles : le risque de réputation d’abord, mais aussi le risque de chute du prix des actifs sous le coup de nouvelles réglementations environnementales ou de baisse de la demande (risques dits « de transition »). La chute des prix du pétrole en 2020 en a fourni un exemple : en un an, ExxonMobil a perdu 35 % de sa valeur boursière, Shell et BP 40 %, Total 20 %, ce qui a affecté du même coup les portefeuilles détenus par les institutions financières. Une étude de l’Autorité européenne des assurances a confirmé le caractère non négligeable des risques de transition pour ce secteur en cas de transition rapide.
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Mais ce sont d’abord les coûts sociaux et environnementaux qui doivent nous alarmer. Ceux-ci devraient désormais être intégrés dans les prix des actifs, afin que les énormes externalités négatives de ces investissements soient prises en compte : il doit coûter plus cher à une banque de réaliser un investissement nuisible pour le climat qu’un investissement bénéfique à la transition écologique. C’est le sens de la proposition de « facteur de pénalisation brun » : plus l’actif est nuisible pour le climat ou la biodiversité, plus le montant du capital immobilisé par la banque – destiné à couvrir le risque lié à cet investissement et à prévenir le risque de faillite – devrait être élevé. Il s’agirait d’un outil puissant de transition, qui inciterait les institutions financières à se désengager de ces investissements, tout en conduisant les entreprises concernées à faire baisser la part des activités très polluantes dans leur modèle d’affaires.
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N’attendons pas de savoir chiffrer à la virgule près les risques climatiques pour agir : leur ampleur précise est encore incertaine, mais leurs conséquences pour la société et le secteur financier ne font aucun doute.
Gabrielle Siry est chargée d’enseignement en économie européenne à l’université Paris-Dauphine et porte-parole du Parti socialiste. Spécialiste de finance durable et de coopération européenne au sein d’une institution publique financière, elle a participé aux négociations européennes sur la publication d’informations sur l’impact social et environnemental du secteur financier et a été rapporteuse du sous-groupe sur les indicateurs d’impact environnementaux.
Gabrielle Siry (Chargée d’enseignement en économie européenne à l’université Paris-Dauphine, porte-parole du PS)
Le sommet sur le climat organisé par Joe Biden, un test de crédibilité pour les Etats-Unis
Le président américain, qui doit annoncer de nouveaux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, a invité 40 dirigeants mondiaux (Chine, Japon, Brésil, Australie, etc.). Il les appelle à revoir également à la hausse leurs ambitions.

Par Audrey GarricPublié hier à 05h07, mis à jour hier à 10h18
Temps de Lecture 8 min.
La photo avait fait le tour du monde : le 22 avril 2016, John Kerry signait l’accord de Paris sur le climat au nom des Etats-Unis, sa petite-fille assise sur ses genoux, au siège de l’Organisation des Nations unies (ONU). Cinq ans plus tard jour pour jour, alors que la crise climatique s’est considérablement aggravée, la première puissance mondiale organise un sommet des dirigeants sur le climat afin de galvaniser les efforts des principales économies pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Le président américain, Joe Biden, démontre ainsi le retour de son pays dans l’arène climatique, après quatre ans d’absence durant le mandat de Donald Trump.
Quarante dirigeants mondiaux doivent s’exprimer lors de cette rencontre virtuelle organisée jeudi 22 avril – Jour de la Terre – et vendredi 23 avril. Les pays réunis comptent parmi les principaux pollueurs (la Chine, l’Union européenne [UE] et certains de ses Etats membres dont la France, l’Inde, la Russie, le Brésil, le Canada, l’Australie, etc.), ainsi que ceux qui ont une « voix-clé dans la lutte contre le changement climatique » parce qu’ils sont très vulnérables ou « tracent des voies particulièrement innovantes vers une économie nette zéro », selon le département d’Etat. C’est le cas des îles Marshall, du Bhoutan, du Chili ou du Gabon.
Le sommet, qui sera ouvert par une allocution de Joe Biden et de la vice-présidente Kamala Harris, se veut d’abord une tribune pour annoncer des efforts accrus en termes de réduction des émissions. Il abordera également les questions de financement, l’adaptation et la résilience, l’innovation ou encore les « opportunités économiques » liées à l’action climatique, notamment en termes de création d’emplois. Il constitue une étape-clé dans cette « année de l’action »,dont le point d’orgue sera la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP26) qui devrait se tenir en novembre à Glasgow (Ecosse).
Les Etats-Unis, qui ont réintégré l’accord de Paris en février, après quatre années d’une administration Trump dans le déni climatique, veulent marquer leur retour « de manière humble mais aussi agressive, car nous avons besoin que tous les pays se réengagent », a averti Gina McCarthy, la conseillère climat du président américain, lors d’un débat organisé par BloombergNEF, le 13 avril. « Le but n’est pas de limiter le réchauffement à 2 °C, mais à 1,5 °C. Pour cela, nous devons investir maintenant, sans quoi l’opportunité nous échappera », prévient-elle, alors que les Etats-Unis ont dévoilé début avril un plan de 2 000 milliards de dollars (1 662 milliards d’euros) pour moderniser les infrastructures du pays.
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« Seuil minimal de rattrapage »
Les pays sont pourtant encore loin du compte. Alors que l’année 2020 s’est classée parmi les trois années les plus chaudes jamais enregistrées, et que les événements extrêmes se multiplient, leurs engagements climatiques s’avèrent très insuffisants, et mènent la planète vers un réchauffement de 3 °C. Voire 4 °C, puisque ces plans ne sont pour l’instant pas tenus : après un repli historique du fait de la pandémie de Covid-19, les émissions de CO₂ liées à l’énergie devraient connaître cette année un rebond de 5 %, la deuxième plus forte hausse annuelle jamais enregistrée, selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie. Or, pour avoir une chance de maintenir le réchauffement à 1,5 °C, l’un des objectifs de l’accord de Paris, les Etats doivent diminuer les émissions mondiales de 45 % d’ici à 2030.
« Dans ce processus de relève de l’ambition, les Etats-Unis veulent retrouver un rôle de chef d’orchestre. Mais pour regagner les points perdus sous l’ère Trump et leur crédibilité, ils doivent d’abord montrer l’exemple », rappelle Lola Vallejo, la directrice climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales. L’annonce la plus attendue du sommet sera ainsi la contribution nationale américaine, c’est-à-dire les objectifs climatiques du deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre, et premier pollueur en termes d’émissions cumulées. Joe Biden, qui vise la neutralité carbone en 2050, devrait annoncer, selon les observateurs, une baisse des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 50 % d’ici à 2030 par rapport à 2005, soit près du double du précédent objectif américain. Lors de l’accord de Paris, les Etats-Unis s’étaient engagés à réduire leurs émissions de 26 % à 28 % d’ici à 2025 par rapport à 2005.
« Pour regagner les points perdus sous l’ère Trump, les Etats-Unis doivent d’abord montrer l’exemple », Lola Vallejo, directrice climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales
« Un nouvel objectif américain de 50 % par rapport à 2005 serait significatif et constituerait un seuil minimal de rattrapage pour les Etats-Unis. Cet objectif serait équivalent à celui de l’Union européenne, mais nettement inférieur à celui du Royaume-Uni, décrypte Rachel Cleetus, directrice du programme climat de l’Union of Concerned Scientists. Dans les années à venir, les Etats-Unis devront faire davantage pour s’aligner sur ce que la science et l’équité mondiale exigent. » A la veille du sommet convoqué par Joe Biden, l’UE a décidé d’adopter dans sa loi « climat » un objectif de réduction nette des émissions d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990 et le Royaume-Uni, qui présidera la COP26, a considérablement relevé son ambition, mardi, pour atteindre une baisse de 78 % d’ici à 2035 par rapport à 1990.
En mettant sur la table de nouveaux objectifs, les Etats-Unis pourraient entraîner d’autres pays dans leur sillage, notamment les trois gros émetteurs que sont le Japon, la Corée du Sud et le Canada. L’envoyé spécial pour le climat du président, John Kerry, a voyagé aux quatre coins du monde depuis trois mois et mené des dizaines d’entretiens par visioconférence afin de décrocher des engagements forts des autres puissances.
« Course au leadership climatique »
La situation est plus incertaine en ce qui concerne la Chine, premier émetteur mondial, en raison des vives tensions avec Washington. Les Américains et les Européens veulent pousser Pékin, qui s’est engagé, en septembre 2020, à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060 et un pic de ses émissions en 2030, à avancer cette dernière date à 2025 et à stopper les investissements dans de nouvelles centrales à charbon, sur son territoire comme à l’étranger.
La rencontre entre John Kerry et son homologue chinois, Xie Zhenhua, à Shanghaï, la semaine dernière, apporte une note d’espoir : les deux puissances se sont mises d’accord pour « coopérer » sur le climat et pour « augmenter [leur] ambition dans les années 2020 » afin de garder les objectifs de l’accord de Paris « à portée de main ». Mais, dans le même temps, le ministère des affaires étrangères chinois a plusieurs fois indiqué que la question du climat ne pouvait être séparée des autres sujets de discorde. « Il est quasi sûr que la Chine accroîtra ses efforts. La question est de savoir dans quelle mesure et quand », analyse Li Shuo, expert climat de Greepeace Chine, soulignant que Pékin ne veut « pas être perçu comme cédant aux autres grandes puissances ».
« Il y a clairement une course au leadership climatique entre les Etats-Unis, l’Europe et la Chine. C’est ce trio qui est crucial en termes d’entraînement des autres pays, avec Pékin qui se positionne comme un arbitre », analyse Lola Vallejo.
La volonté américaine d’imposer son agenda, après quatre ans d’absence et une inconsistance en matière climatique, fait également grincer en Inde. Un objectif de neutralité carbone ne semble pas d’actualité pour le troisième pays émetteur de gaz à effet de serre, New Delhi « hésitant à s’engager dans un objectif onéreux qui ne peut être atteint avec les technologies actuelles, indique Ulka Kelkar, directrice du World Resources Institute Inde. Mais ses plans en matière d’énergies renouvelables et de mobilité électrique sont très ambitieux ». Les pays les plus réfractaires, le Brésil, l’Australie, l’Afrique du Sud ou la Russie, ne devraient également pas venir avec des annonces concrètes de réductions d’émissions.
« Les nouveaux objectifs pour 2030 sont essentiels, mais sans articulation avec le présent, à savoir les plans de relance post-pandémie, cela risque d’être des annonces vides de contenu », prévient un spécialiste des négociations climatiques. Or, pour l’instant, seulement 18 % des investissements annoncés par les principales économies sont qualifiés de vertueux pour l’environnement, d’après une étude de l’université d’Oxford et de l’ONU, publiée mi-mars.
L’enjeu crucial d’une sortie des énergies fossiles
L’enjeu d’une sortie des énergies fossiles, responsables de la majorité des émissions, est également crucial. « Ce sommet ne sera pas une réussite si des grands producteurs comme les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni ou la Norvège ne s’engagent pas à immédiatement arrêter l’octroi de nouvelles licences pour la production de pétrole et de gaz et les subventions aux fossiles à l’étranger et sur leur territoire », appelle Laurie van der Burg, chargée de mission à l’ONG Oil Change International. Séoul pourrait annoncer qu’il arrête de financer le charbon à l’étranger.
Le succès du sommet se jouera, enfin, sur les financements climat, base de la confiance entre Etats et l’un des moteurs de l’action climatique. « Les Etats-Unis doivent s’engager à verser 8 milliards de dollars [6,6 milliards d’euros] dans les quatre prochaines années au Fonds vert pour le climat [principal instrument des flux financiers Nord-Sud], afin d’honorer leur dette et doubler leur engagement comme d’autres pays l’ont déjà fait », appelle Rachel Cleetus.
Ce n’est qu’à la condition que les pays du Nord honorent leur promesse de mobiliser 100 milliards de dollars par an pour aider les pays du Sud à faire face au dérèglement climatique que certains pays en développement pourraient accroître leurs objectifs climatiques. « La moitié des 100 milliards doit être consacrée à l’adaptation au changement climatique, en particulier pour les pays les plus vulnérables », appelle Saleemul Huq, directeur du Centre international pour le changement climatique et le développement au Bangladesh.
« Les 100 milliards sont fondamentaux pour la négociation, mais ne sont qu’une goutte d’eau, ce sont les quelque 20 000 milliards de dollars d’investissements annuels mondiaux qu’il faut orienter vers le climat et le développement durable », prévient Damien Navizet, responsable de la division climat à l’Agence française de développement.
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Au-delà du sommet de jeudi et vendredi, l’action climatique devra monter en puissance tout au long de l’année, et en particulier lors des G7 et G20, respectivement présidés par le Royaume-Uni et l’Italie. « Le fossé entre ce qui doit être fait et ce que nous faisons réellement se creuse de minute en minute, prévient la militante suédoise Greta Thunberg, dans une lettre publiée par Voguemercredi. Tant que nous ne parviendrons pas à combler ce fossé, aucun changement réel ne sera possible. »
Antonio Guterres : « D’ici à 2030, les plans d’action nationaux doivent réduire d’au moins 45 % la pollution mondiale »
TRIBUNE
António Guterres – Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies
A l’occasion de la Journée de la Terre, le secrétaire général de l’ONU lance un appel à tous les pays, toutes les villes, entreprises et institutions financières pour adopter des plans concrets et rapides, afin d’arriver à zéro émission de gaz à effet de serre.
Publié hier à 05h00, mis à jour hier à 19h33 Temps de Lecture 5 min.
Tribune. En cette année charnière pour l’humanité, l’heure est venue de prendre des mesures courageuses en faveur du climat. Les faits, sur le plan scientifique, sont sans appel et font l’objet d’un consensus à l’échelle mondiale : pour que la crise climatique ne se transforme pas en catastrophe permanente, nous devons limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius.
Pour ce faire, il nous faut, d’ici au milieu du siècle, ramener à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre. Un grand nombre de pays, correspondant aux deux tiers environ de l’économie mondiale, se sont déjà engagés à le faire. C’est encourageant, mais il est urgent que chaque pays, chaque ville, chaque entreprise et chaque institution financière rejoigne cette coalition et adopte des plans concrets pour arriver à zéro émission nette.
Un signal d’alarme maximal
Il est encore plus urgent que les gouvernements assortissent cette ambition à long terme d’actions concrètes dès maintenant, alors que des milliards de dollars sont mobilisés pour vaincre la pandémie de Covid-19. La relance de l’économie est l’occasion ou jamais de repenser notre avenir.
Pour cela, le monde s’est doté d’un solide cadre d’action : l’accord de Paris, dans lequel tous les pays se sont engagés à établir leurs propres plans d’action nationaux pour le climat et à les renforcer tous les cinq ans. Plus de cinq ans plus tard, munis de la preuve accablante que, si nous n’agissons pas, nous allons détruire notre planète, nous savons qu’il est temps de prendre des mesures décisives et efficaces, alors que l’ONU convie tous les pays à Glasgow (Ecosse) en novembre 2021 pour la COP26.
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D’ici à 2030, les nouveaux plans d’action nationaux doivent réduire d’au moins 45 % la pollution mondiale générée par les gaz à effet de serre, par rapport aux niveaux de 2010. Nombre de ces plans ont déjà été présentés, qui énoncent des politiques plus claires en matière d’adaptation aux effets des changements climatiques et d’accélération de l’accès aux énergies renouvelables.
Mais, jusqu’à présent, ils ne permettent de réduire les émissions que de moins de 1 %. C’est là, véritablement, un signal d’alarme maximal pour la planète et pour ses habitants.
Eliminer le charbon
Dans les mois qui viennent, à commencer par le prochain sommet des dirigeants organisé par les Etats-Unis, les gouvernements doivent revoir leurs ambitions très nettement à la hausse, en particulier les pays les plus émetteurs, qui sont à l’origine d’une grande partie de cette crise.
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Eliminer progressivement le charbon dans la production d’électricité est la mesure la plus importante à prendre pour atteindre l’objectif de 1,5 degré. Prendre immédiatement des mesures en vue de bannir le combustible fossile le plus sale et le plus polluant des secteurs de la production d’énergie donnera au monde une chance réelle de relever le défi.
L’utilisation du charbon pour la production d’électricité doit diminuer, au niveau mondial, de 80 % d’ici à 2030, par rapport aux niveaux de 2010. Cela signifie que les économies développées doivent s’engager à avoir éliminé le charbon d’ici à 2030, et les autres pays d’ici à 2040.
Il n’y a tout simplement aucune raison de construire de nouvelles centrales à charbon, où que ce soit. Un tiers des centrales à charbon du parc mondial sont déjà plus coûteuses à exploiter qu’il n’en coûte de développer de nouvelles énergies renouvelables et d’assurer le stockage. La COP26 doit marquer l’arrêt de mort du charbon.
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Alors que le monde évolue vers la dépollution de l’air et les énergies renouvelables, il est essentiel que nous assurions une transition équitable. Les travailleurs des industries concernées et du secteur non structuré de l’économie doivent être accompagnés dans leur changement d’emploi ou leur reconversion. Nous devons également tirer pleinement parti du potentiel considérable que représentent les femmes et les filles dans ce mouvement de transformation, notamment en leur confiant à parts égales le gouvernail et les décisions.
100 milliards de dollars par an
Les pays qui ont le moins contribué aux changements climatiques sont ceux qui en pâtissent le plus, et le plus durement. Bien des petits pays insulaires cesseront tout simplement d’exister si nous n’intensifions pas notre action. Les pays développés doivent tenir les engagements qu’ils ont pris de verser et de mobiliser 100 milliards de dollars (environ 83 milliards d’euros) par an :
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• En doublant les financements consacrés actuellement à l’action climatique ;
• En consacrant la moitié de ce financement aux mesures d’adaptation ;
• En cessant de financer le charbon à l’échelle internationale ;
• En subventionnant non plus les combustibles fossiles mais les énergies renouvelables.
Le sommet du G7 en juin est l’occasion pour les pays les plus riches du monde de s’impliquer et de prendre les engagements financiers nécessaires pour assurer le succès de la COP26. Si les gouvernements doivent prendre l’initiative, les décideurs du monde entier ont un rôle essentiel à jouer.
Je demande à toutes les banques de développement multilatérales et nationales de mettre en place, d’ici à la COP26, des politiques claires pour financer la reprise post-Covid et la transition des pays en développement vers une économie plus résiliente, en tenant compte des niveaux d’endettement écrasants et des pressions énormes qui pèsent sur les budgets nationaux.
Appel aux jeunes
De nombreuses collectivités locales et entreprises privées se sont engagées à réduire à zéro leurs émissions nettes d’ici à 2050 et ont entrepris de revoir en profondeur leurs modèles économiques. Je demande instamment à toutes et à tous d’être ambitieux dans les politiques et les objectifs fixés.
J’encourage les jeunes du monde entier à continuer à faire entendre leur voix pour que des mesures soient prises afin de lutter contre les changements climatiques, de protéger la biodiversité, de mettre fin à la guerre de l’humanité contre la nature et d’accélérer les efforts pour atteindre les objectifs de développement durable.
Le temps presse et la tâche qui nous attend est très importante, mais ce n’est pas le moment de hisser le drapeau blanc. A l’ONU, le drapeau bleu de la solidarité et de l’espoir continuera de flotter. En cette Journée de la Terre et au cours des mois déterminants qui suivront, je demande instamment à toutes les nations et à tous les peuples de se montrer à la hauteur de ce moment.
António Guterres (Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies)
Climat : « Il reste encore beaucoup à faire si l’on veut que la tarification du CO2 aboutisse à une réelle décarbonation »
TRIBUNE
Grace Perez-Navarro – Directrice adjointe du Centre de politique et d’administration fiscales de l’OCDE
La juriste Grace Perez-Navarro décrit, dans une tribune au « Monde », les mécanismes de taxation et de marché qui peuvent inciter entreprises et ménages à choisir la transition énergétique.
Publié aujourd’hui à 13h00, mis à jour à 13h00 Temps de Lecture 5 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/23/climat-il-reste-encore-beaucoup-a-faire-si-l-on-veut-que-la-tarification-du-co2-aboutisse-a-une-reelle-decarbonation_6077791_3232.html
Alors que les effets du réchauffement climatique deviennent chaque jour plus visibles, un nombre croissant de pays et d’entreprises cherchent à « décarboner » − autrement dit à réduire leurs émissions de carbone (le CO2représente les trois quarts des émissions de gaz à effet de serre) pour les ramener, d’ici à 2050, à un niveau proche de zéro.
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Décarboner nos économies et nos sociétés est un défi majeur du fait que tout dans notre monde, qu’il s’agisse des usines, des fermes, de nos foyers ou de nos vacances, est programmé pour fonctionner au pétrole, au diesel, au gaz naturel et au charbon. Les alternatives à ces combustibles fossiles riches en carbone ne sont ni disponibles partout ni financièrement accessibles pour tous.
Couplée à des subventions et à des réglementations, la tarification du carbone est un excellent moyen d’encourager l’adoption d’alternatives moins polluantes en faisant payer aux pollueurs les dégâts qu’ils provoquent. Fixée par les gouvernements ou par les marchés, cette tarification s’applique au travers de taxes ou de droits que les émetteurs doivent payer pour chaque tonne de CO2émise. Comme avec le tabac, l’augmentation des prix incite les utilisateurs à réduire leur consommation. C’est un moyen d’utiliser les forces du marché pour combattre le changement climatique.
Taxes et quotas
La tarification du carbone rend ainsi beaucoup plus attrayantes les alternatives à faible intensité carbone telles que les véhicules électriques, l’énergie éolienne et l’acier recyclé. A mesure que les prix du carbone augmenteront, les technologies vertes seront de plus en plus utilisées. Une énergie plus coûteuse incite à renoncer aux comportements les plus énergivores. Les recettes générées par les taxes et droits perçus peuvent aussi être utilisées pour dédommager les entreprises et les ménages qui seraient pénalisés.
Il existe deux façons principales de donner un prix au carbone : par des taxes sur les combustibles fossiles et par des systèmes d’échange de quotas d’émission (SEQE).
Dans le cadre d’un SEQE, les autorités fixent un plafond au volume total des émissions. Le système de l’Union européenne (SEQE-UE), par exemple, plafonne les émissions de plus d’une dizaine de milliers de sites industriels et de centrales électriques fortement consommateurs d’énergie. L’UE émet des permis – c’est-à-dire l’autorisation d’émettre une tonne de CO2 – en fonction du plafond fixé, et ces permis peuvent être échangés. Le prix de ces permis sur le marché exprime le prix du carbone. Début avril 2021, le prix d’un permis était à peu près de 44 euros la tonne de CO2. Le SEQE-UE est actuellement le principal système d’échange de quotas, mais il en existe aussi en Californie, en Chine, en Corée du Sud et dans plusieurs provinces canadiennes.
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Les taxes, pour leur part, constituent un moyen simple de tarifer le carbone. Une taxe carbone de 44 euros par tonne de CO2 se traduit par une taxe de 12 centimes sur le litre de diesel et de 9 centimes par kilo de charbon. Ce qui fait grimper le prix du diesel à la pompe de 9 % et le prix au détail du charbon de plus de 100 %. De nombreux pays prélèvent déjà des droits d’accise sur la consommation des différents types de carburants (essence, gazole, gaz naturel, fioul domestique). Même si en général ces droits ne sont pas destinés au départ à tarifer le carbone, ils n’en ont pas moins pour résultat de fixer un prix à son utilisation. Un droit de 37 centimes par litre de diesel (c’est la moyenne dans l’OCDE pour le transport routier) équivaut à un prix du carbone de 140 euros la tonne de CO2 émise par la combustion du diesel. Aujourd’hui, ces droits s’appliquent à environ un tiers des émissions de CO2 provenant de la combustion des carburants.
Aides publiques nécessaires
Il reste encore beaucoup à faire si l’on veut que la tarification du CO2 aboutisse à une réelle décarbonation. Dans les pays de l’OCDE et du G20, les droits d’accise, les taxes sur le carbone et les SEQE couvrent environ 40 % des émissions – ce qui signifie que 60 % des émissions ne sont pas du tout tarifées. De plus, la couverture et les taux varient considérablement d’un pays à l’autre.
Pour être efficace, la tarification du carbone devrait augmenter dans la majorité des secteurs et des pays et s’appliquer de manière plus uniforme – atteindre rapidement les 60 euros par tonne est jugé nécessaire par les experts. Certains signes attestent une prise de conscience. Les prix fixés par le SEQE-UE ont récemment augmenté, le Canada a annoncé qu’il porterait le prix du carbone à 170 dollars canadiens (114 euros) la tonne d’ici à 2030, la Corée du Sud dispose d’ores et déjà d’un vaste système de tarification, l’Allemagne et la Chine ont mis en place leurs propres mécanismes cette année.Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Allemagne, une sortie du charbon toute en contradictions
Pour que l’opinion et les acteurs économiques consentent à la tarification du carbone, il importe de ne pas compromettre l’accessibilité à l’énergie, ni la compétitivité des entreprises. Lorsque les ménages vulnérables disposent d’options pour réduire leur intensité carbone, par exemple en utilisant moins leur voiture ou en achetant un véhicule électrique, transférer directement à ces ménages une partie des taxes perçues permet d’éviter la précarité énergétique. Là où de telles alternatives ne sont pas disponibles ou moins utiles, par exemple dans les zones rurales, il est nécessaire de mettre en place des aides publiques pour les améliorer. Les recettes générées par la tarification du carbone peuvent financer des politiques d’accompagnement et améliorer le consentement de l’opinion à une politique climatique exigeante.
Réduire les risques de fuite
Si un pays augmente le prix du carbone sans que les autres le fassent, les entreprises soumises à la tarification seront moins compétitives à l’international. Elles pourraient alors déplacer leur production et leurs émissions là où la tarification est moins élevée – ce que l’on appelle les fuites de carbone. Pour éviter cela, les SEQE distribuent des permis d’émissions gratuits aux industries les plus exposées à la concurrence internationale et les plus consommatrices d’énergie. Les ajustements carbone aux frontières, que l’UE envisage de mettre en place à partir de 2023, visent également à réduire le risque de fuite. Cependant, même s’ils sont conçus de façon à répondre aux principes de l’Organisation mondiale du commerce et de l’accord de Paris, ils comportent des risques administratifs et politiques.
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Pour parvenir à décarboner nos économies, nous devons adopter des politiques associant subventions aux technologies et aux infrastructures vertes, normes de limitation des émissions et tarification réaliste du carbone, mais aussi une plus grande responsabilité des entreprises et… des citoyens dans leurs choix de mode de vie.
Grace Perez-Navarro est directrice adjointe du Centre de politique et d’administration fiscales de l’OCDE, qui a récemment publié l’analyse « Taux effectifs sur le carbone 2021 ».
(Traduit de l’anglais par Gilles Berton)Pour une économie sans carbone
Grace Perez-Navarro(Directrice adjointe du Centre de politique et d’administration fiscales de l’OCDE)
Pour préserver le climat, « une “éco-détaxe” sera mieux vécue par les citoyens »
TRIBUNE
Collectif
Six défenseurs de la transition énergétique suggèrent, dans une tribune au « Monde », de remplacer l’écotaxe, souvent jugée punitive et inégalitaire, par une baisse des taxes sur les produits les moins polluants.
Publié aujourd’hui à 14h16, mis à jour à 15h25 Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/23/nous-sommes-convaincus-qu-une-eco-detaxe-sera-mieux-vecue-par-les-citoyens_6077800_3232.html
Pour respecter l’accord de Paris, la mise en place d’une fiscalité environnementale est nécessaire et urgente, mais terriblement impopulaire. Comment sortir de cette impasse ?
La France, pays des « gilets jaunes » et des « bonnets rouges », pourrait paradoxalement être la mieux placée pour apporter une solution universellement applicable à ce problème, et en finir avec le choix tragique entre « fin du mois » et « fin du monde ».
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Aujourd’hui, les produits qui ont l’impact le plus négatif sur l’environnement sont, bien souvent, les moins chers de leur catégorie. Ainsi, le système actuel donne un avantage concurrentiel aux productions les moins vertueuses. Dans ces conditions, difficile pour le consommateur de résister. Mais si demain, c’était les produits les plus responsables qui bénéficiaient d’un tel avantage ? Si consommer mieux coûtait moins cher ?
L’étiquetage environnemental, simple et efficace
Une fiscalité environnementale bien pensée pourrait devenir le catalyseur de ce réalignement entre l’intérêt personnel – payer moins – et l’intérêt général – préserver la planète. En somme, puisqu’il est si difficile de taxer les produits les plus carbonés, faisons l’inverse : détaxons les produits les plus décarbonés !
Premier volet : instituer un devoir d’information sur les impacts environnementaux pour tout bien ou service mis sur le marché, et généraliser rapidement l’étiquetage environnemental (évalué de A à E), dans le sillage de l’étiquetage envisagé dans le cadre de la loi Climat et résilience en discussion à l’Assemblée nationale.
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On pourrait penser qu’il s’agit d’une mesure symbolique. On aurait tort. Une des innovations les plus simples et les plus efficaces pour infléchir les comportements de consommation a été inventée par l’Europe en 1992 : l’étiquetage énergétique. Cette obligation d’information, très simple à déployer, a durablement réorienté l’offre et la demande dans le sens de la sobriété énergétique. Toute l’offre s’est améliorée pour tendre vers la note A, au point qu’il a fallu sans cesse ajouter de nouveaux grades pour discriminer entre les différents « A » ! En 2018, 75 % des lave-vaisselle achetés en France étaient évalués A +++ et A ++, malgré un coût supérieur aux équivalents de catégorie A + ; parallèlement, les modèles les moins disants étaient déréférencés, faute de clients. Une innovation d’étiquetage peut ainsi, à elle seule, faire évoluer les attentes et les normes de production sur un marché.
Baisse de recettes fiscales compensée
Second volet : accorder une baisse variable de TVA aux biens et services qui peuvent démontrer qu’ils font partie des 10 ou 15 % les mieux-disants au sein de leur catégorie sur le plan environnemental (note A ou B).
Les mesures d’impact seraient financées par les entreprises elles-mêmes ; les premières à se lancer seront celles qui anticiperont leur avantage à faire partie des mieux-disantes de leur marché. Afin de garantir l’indépendance des évaluations, les mesures et analyses des chaînes de production seront assurées par des laboratoires certifiés. La baisse de recettes fiscales liée à cette TVA réduite serait compensée par un prélèvement sur les entreprises qui se dérobent à leur devoir d’information
Cette réforme devrait être bien accueillie par les citoyens car elle n’augmenterait pas la pression fiscale sur les ménages, améliorerait directement leur pouvoir d’achat en induisant une baisse de prix sur les produits et services mieux-disants ; elle ferait progresser la connaissance des impacts et la sensibilité des consommateurs ; elle contribuerait à restaurer la disposition à payer un impôt perçu comme porteur de sens ; enfin, elle serait autofinancée, sans coût pour la collectivité.
La transition doit être juste
Pour réussir, cette réforme doit être aussi simple et lisible que l’étiquetage énergétique. La France a bien assez d’usines à gaz fiscales et réglementaires à déconstruire pour ne pas en construire de nouvelles. Pour commencer, on privilégierait les catégories de produits pour lesquelles les différences sont majeures et sur lesquelles la sensibilité aux enjeux environnementaux est la plus vive. Dans un second temps, on enrichirait graduellement le dispositif pour y intégrer les aspects sociaux, car la transition doit être juste et pas seulement verte.
Nous sommes convaincus que le choix de critères de détaxe sera mieux vécu que celui de critères de taxation, qui semblent toujours léser injustement une catégorie de citoyens. Et les critères de performance seraient revus périodiquement pour augmenter le niveau d’exigence.
C’est la France qui, en 1954, a inventé, expérimenté et déployé la TVA, une innovation si simple et élégante que 153 pays l’ont adoptée. Nous avons l’opportunité, aujourd’hui, de créer et mettre en œuvre la fiscalité environnementale que tout le monde attend.
Emery Jacquillat, PDG de la Camif ; Baptiste Perrissin-Fabert,ancien directeur de cabinet de Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire (2017-2020) ; Hélène Peskine, présidente de PEPS (Progrès environnemental progrès social), plate-forme participative de propositions, ancienne directrice adjointe du cabinet de la ministre de l’Environnement Ségolène Royal (2016-2017) ; Nathan Stern, fondateur de Biens communs, consultant en nouvelles technologies au service du lien social ; Philippe Zaouati, président du groupe de réflexion Osons le progrès, proche de la majorité présidentielle ; Audrey Zermati,cofondatrice de Transition écologique en marche, réseau des adhérents d’En marche favorables au développement durable.Pour une économie sans carbone
Collectif
Climat : l’UE adopte l’objectif de réduire ses émissions carbone d’« au moins » 55 % d’ici à 2030
Cet accord, qui faisait l’objet d’âpres négociations et qui sera formellement intégré dans une « loi climat » en préparation, intervient à la veille d’un sommet sur le sujet, initié par le président des Etats-Unis, Joe Biden.
Le MondePublié le 21 avril 2021 à 08h36, mis à jour hier à 18h41 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/21/climat-l-ue-adopte-l-objectif-de-reduire-ses-emissions-carbone-d-au-moins-55-d-ici-a-2030_6077506_3244.html
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L’accord a été trouvé après d’âpres négociations. Eurodéputés et Etats de l’Union européenne se sont mis d’accord, mercredi 21 avril, pour adopter l’objectif d’une réduction nette d’« au moins 55 % » des émissions de gaz à effet de serre de l’UE d’ici à 2030, par rapport au niveau de 1990, ont annoncé la Commission européenne et des parlementaires. Les dirigeants des Vingt-Sept s’étaient entendus sur ce point en novembre, alors que le Parlement européen, réclamait, lui, une baisse d’« au moins 60 % ».
« C’est un moment historique pour l’UE. (…) L’accord renforce notre position dans le monde comme un leader du combat contre la crise climatique », s’est félicité Frans Timmermans, vice-président de la Commission chargé du « Pacte vert » européen, cité dans un communiqué.
L’accord, qui sera formellement intégré dans une « loi climat » en préparation, intervient à la veille d’un sommet sur le climat initié par le président américain, Joe Biden, lors duquel Washington doit justement dévoiler son propre objectif révisé pour 2030.Lire aussi Xi Jinping participera au sommet virtuel sur le climat organisé par Joe Biden
Compromis
Le ministre portugais de l’environnement, Joao Pedro Matos Fernandes, dont le pays occupe la présidence tournante de l’UE, a salué « un signal fort au monde entier » et un objectif « aujourd’hui gravé dans le marbre ». Les pourparlers entre Etats et eurodéputés, dans l’impasse depuis des mois, avaient repris mardi en début d’après-midi et se sont prolongés après 5 heures du matin, soit quatorze heures de négociations.
« Le Parlement était évidemment prêt à aller encore plus loin, mais le compromis trouvé est ambitieux : nous allons faire deux fois et demi plus en neuf ans que ce que nous avons fait au cours des dix dernières années en Europe », a observé l’eurodéputé Pascal Canfin (Renew, libéraux), président de la commission environnement au Parlement européen.
Désormais, « l’objectif d’une neutralité carbone pour 2050 deviendra juridiquement contraignant », a abondé l’eurodéputé allemand Peter Liese (PPE, droite pro-UE) dans un tweet. En revanche, a-t-il regretté, cet objectif de neutralité carbone s’appliquera collectivement à l’ensemble des Vingt-Sept, mais ne s’imposera pas à chaque Etat individuellement, contrairement à ce que souhaitait le Parlement. La Pologne en revanche, encore très dépendante du charbon, s’y opposait farouchement.
« Pas à la hauteur »
Dans l’accord trouvé, l’objectif est une baisse « nette » des émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire qui inclut la compensation des émissions de CO2 par des « puits de carbone » naturels, via la reforestation, par exemple. La réduction totale des émissions pourrait même « atteindre près de 57 % par rapport à 1990 », calcule Pascal Canfin.
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De leur côté, ONG environnementales et eurodéputés verts dénoncent farouchement une cible « nette » qui tient notamment compte du CO2 capté par les forêts – au risque de réduire ainsi mécaniquement la baisse réelle exigée des secteurs polluants.
« La loi climat n’est pas à la hauteur de ses ambitions. En termes réels, ce n’est qu’une réduction de 52,8 %, ce n’est pas le “Pacte vert” qu’il nous faut (…) et c’est insuffisant au regard de l’accord de Paris », a cinglé sur Twitter Michael Bloss, eurodéputé vert allemand.
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Le Monde
Le Royaume-Uni relève à nouveau ses ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre
Boris Johnson promet d’inscrire dans la loi britannique l’objectif de 78 % de diminution.
Par Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)Publié hier à 12h00, mis à jour hier à 15h43
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Londres a annoncé, mardi 20 avril, un relèvement substantiel de ses ambitions climatiques et devait les réitérer jeudi 22 avril, lors du sommet climat organisé par le président américain, Joe Biden. Le gouvernement de Boris Johnson s’engage à inscrire dans la loi britannique l’objectif d’une réduction de 78 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2035 par rapport au niveau d’émissions de 1990, pour atteindre plus rapidement un bilan carbone nul au plus tard en 2050. « De cette manière, le Royaume-Uni assurera son engagement, pris dans le cadre de l’accord de Paris, de contribuer à limiter à 1,5 °C le réchauffement global », a précisé le 10 Downing Street.
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Par ailleurs, et pour la première fois, le bilan carbone britannique prendra en compte les émissions des secteurs du transport aérien et maritime, une revendication de longue date des associations de lutte contre le réchauffement climatique. Déjà, en décembre 2020, Londres avait fait figure de pionnier, en s’engageant à réduire les émissions nationales de 68 % dès 2030 par rapport au niveau de 1990.
« Si nous voulons vraiment enrayer le changement climatique, alors cette année doit être celle où nous prenons ce combat vraiment au sérieux. On se souviendra plus tard de ces années 2020 comme celles durant lesquelles les dirigeants mondiaux ont réussi à s’unir pour renverser la vapeur, ou au contraire comme une occasion ratée », devait déclarer M. Johnson jeudi, lors de son intervention au sommet climat.
Motivations politiques évidentes
Boris Johnson veut être le plus « vert » des dirigeants du G7. Arrivé au 10 Downing Street à l’été 2019, il a hérité d’un contexte déjà porteur : juste avant lui, la première ministre Theresa May avait imposé l’objectif de neutralité carbone pour le Royaume-Uni en 2050, faisant du Royaume-Uni le premier pays occidental à inscrire cet objectif dans la loi. Le conservateur britannique, jusqu’alors peu connu pour ses convictions pro-environnementales, a repris le flambeau et mis depuis l’an dernier la lutte contre le réchauffement climatique au premier rang de ses préoccupations.
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Ses motivations politiques sont évidentes. La Conférence des Nations unies sur le climat (COP26) devrait se tenir à Glasgow en novembre – Londres et les autorités écossaises espèrent bien maintenir un rendez-vous « physique » malgré la pandémie de Covid-19. M. Johnson veut saisir l’occasion de ce rendez-vous crucial pour montrer que le Royaume-Uni pèse encore dans le concert des nations, malgré le Brexit. Accessoirement, un succès diplomatique dans la capitale économique écossaise lui donnerait des arguments en faveur de l’union du Royaume-Uni, pour contrer le discours des indépendantistes écossais, qui ont le vent en poupe dans les sondages.
Quelle stratégie industrielle, fiscale et sociale le gouvernement compte-t-il déployer pour tenir ces objectifs climatiques renouvelés ? Un plan « en dix points pour une révolution verte » a bien été rendu public en novembre 2020, avec des mesures-phares comme l’interdiction des ventes de voitures et de camionnettes neuves à essence et au diesel dès 2030, un quadruplement de la production d’électricité provenant de l’éolien offshore ou le replantage de 30 000 hectares de bois chaque année. Mais les modalités pratiques de son déploiement restent floues.
Mesures incohérentes
« Des cibles de réduction des émissions sont importantes, mais sans les bonnes politiques, elles seront ratées », a ainsi réagi Connor Schwartz, un des activistes de l’association britannique Friends of the Earth. Il est vrai que le gouvernement conservateur s’est montré incohérent ces derniers mois. Il a certes confirmé un énorme investissement (environ 100 milliards de livres sterling, soit 115 milliards d’euros) dans le projet de train à grande vitesse High Speed 2 (HS2) afin de mieux relier Londres aux Midlands et au nord de l’Angleterre.
Mais près de 30 milliards de livres sterling ont également été annoncés, dans le cadre du budget 2020, pour construire de nouvelles routes. Le gouvernement n’a toujours pas fermement dénoncé les projets (pourtant compromis) d’agrandissement de l’aéroport d’Heathrow. Et il a mis des mois avant de suspendre, en mars, l’autorisation d’un projet d’ouverture d’une mine de charbon en Cumbria, dans le nord-ouest de l’Angleterre – la première ouverture du genre en trente ans.
Si de gros progrès restent à faire dans l’efficacité énergétique des bâtiments et la transition vers une agriculture plus verte, le pays n’est pas si mal placé en matière d’énergies renouvelables. Notamment l’Ecosse. Encore très dépendante de l’exploitation du gaz et du pétrole en mer du Nord il y a quelques années, elle a déjà bien entamé sa transition énergétique, alors qu’en 2020, 97 % de sa demande en électricité était pourvue par les énergies renouvelables (éolien et hydroélectricité) – son agriculture et ses transports restant cependant tributaires des énergies fossiles. « Je suis un optimiste de la technologie, je suis persuadé que l’on peut concilier croissance économique et réduction des émissions de CO2 », a lancé Boris Johnson, lors d’une conférence de presse mardi.
La Chine signe la fin des HFC, des gaz à effet de serre très puissants

C’est une annonce passée relativement inaperçue mais qui s’avère pourtant cruciale pour le climat. Vendredi 16 avril, la Chine s’est engagée à éliminer les hydrofluorocarbures (HFC), des gaz à effet de serre jusqu’à 15 000 fois plus puissant que le CO2. L’annonce, faite par le président Xi Jinping à l’issue d’un entretien avec le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, signe le début de la fin de ces super polluants.
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Les HFC, principalement utilisés comme réfrigérants dans les climatiseurs et les réfrigérateurs, sont un problème qui en remplace un autre. Ils ont massivement été utilisés pour se substituer à d’autres gaz – chlorofluorocarbures (CFC) et hydrochlorofluorocarbures (HCFC) –, responsables de la destruction de la couche d’ozone et à ce titre interdits par le protocole de Montréal, un traité international signé en 1987.
Mais les HFC se sont révélés de redoutables contributeurs au réchauffement climatique. En octobre 2016, un accord mondial, l’amendement de Kigali au protocole de Montréal, prévoit une diminution de la production et consommation de HFC de 85 % d’ici à 2047. Ratifié par 119 pays, il ne l’était pas encore par la Chine, qui produit 70 % des climatiseurs dans le monde et émet la majorité des gaz HFC.
« Effet d’entraînement »
L’annonce de Xi Jinping de la ratification de l’amendement de Kigali « va changer la donne pour le climat », se félicite Maxime Beaugrand, directrice du bureau de Paris de l’Institut pour la gouvernance et le développement durable. « Cela devrait avoir un effet d’entraînement : on espère désormais que l’Inde, le plus gros consommateur de climatiseurs, s’engage à faire de même, avant une ratification universelle. »
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Les Etats-Unis, deuxième émetteur de gaz HFC, ont également annoncé en janvier qu’ils souhaitent ratifier l’amendement, mais la décision doit encore être votée par le Congrès. Une éradication des HFC permettrait d’éviter 0,5 °C de réchauffement climatique à l’échelle mondiale d’ici à 2100, soit entre un tiers et un quart des objectifs de l’accord de Paris sur le climat de 2015.
« Si l’on améliore l’efficacité énergétique des équipements réfrigérants au moment où l’on remplace les gaz HFC par d’autres technologies, on pourrait au moins doubler les effets pour le climat de l’amendement de Kigali », poursuit l’experte. Et d’ajouter : « L’action sur les super polluants, les HFC mais aussi le méthane, au fort pouvoir de réchauffement mais à courte durée de vie dans l’atmosphère, est une stratégie indispensable pour limiter à temps le réchauffement climatique à 1,5 °C. »
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Le sommet de Joe Biden, un « tournant dans l’action climatique » avant la COP26
Le retour des Etats-Unis dans l’arène climatique a eu l’effet d’entraînement escompté sur d’autres gros pays émetteurs de gaz à effet de serre (Japon, Canada, Corée du Sud, etc.). La question des financements constitue en revanche une occasion manquée.
Par Audrey GarricPublié aujourd’hui à 10h47
Temps de Lecture 5 min.

La lutte contre la crise climatique est souvent comparée à un sprint. Les principaux coureurs sont désormais sur la ligne de départ, jeudi 22 avril, à l’issue de la première des deux journées du sommet des dirigeants sur le climat. L’événement virtuel, qui rassemble 40 chefs d’Etat et de gouvernement, invités par le président américain Joe Biden, a donné lieu à des annonces importantes en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Un coup de feu d’une course qui mènera à la conférence mondiale sur le climat (COP26), en novembre à Glasgow, lors de laquelle les Etats doivent accroître leurs efforts.Lire aussi notre édito : Climat : une compétition vertueuse
Le retour des Etats-Unis dans l’arène climatique, et leur nouvel objectif de réduction de 50 % à 52 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 2005, a bel et bien eu l’effet d’entraînement escompté sur d’autres pays pollueurs. Le premier ministre japonais, Yoshihide Suga, a relevé l’objectif du Japon, promettant de réduire les émissions de 46 % à l’horizon 2030 par rapport à 2013, contre une cible précédente de 26 %, tout en « essayant » d’atteindre une baisse de 50 %. Son homologue canadien, Justin Trudeau, a quant à lui annoncé une réduction de 40 % à 45 % des émissions d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005, au lieu d’un objectif précédent de 30 %. Quant à la Corée du Sud, dont les observateurs espéraient qu’elle rejoindrait le « club des 50 % », elle a assuré qu’elle augmenterait ses efforts d’ici à la COP26, tout en donnant un premier gage majeur : la fin du financement des centrales à charbon à l’étranger.
Si ces promesses ne sont encore pas alignées avec une limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C – l’un des objectifs de l’accord de Paris sur le climat de 2015 –, elles « constituent une avancée substantielle », observe Niklas Höhne, climatologue allemand au NewClimate Institute. « Il y a un glissement sémantique qui témoigne d’un regain d’ambition : tous les chefs d’Etat parlent désormais de ne pas dépasser 1,5 °C de réchauffement, et non plus 2 °C », note Lola Vallejo, la directrice climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales. Elle estime en outre que le « système de pression par les pairsfonctionne », puisque le Japon, qui avait déjà déposé des objectifs auprès de l’ONU en 2020, les a revus à la hausse sous la pression internationale
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« Eventuel adieu au charbon »
L’Union européenne, qui souhaite conserver un leadership climatique malgré le retour américain, a confirmé une réduction nette d’au moins 55 % de ses émissions d’ici à 2030, par rapport à 1990 – un accord trouvé entre le Parlement et les Etats membres mercredi. Le Royaume-Uni, qui présidera la COP26, a de son côté considérablement renforcé ses efforts : les rejets carbonés devront baisser de 78 % d’ici à 2035 comparé à 1990.
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L’enjeu de taille restait de pousser la Chine, premier émetteur mondial, à aller plus loin, alors que Washington et Pékin s’affrontent sur de multiples sujets. Le président chinois, Xi Jinping, s’en est tenu aux objectifs déjà annoncés en septembre 2020 : atteindre la neutralité carbone en 2060 et un pic des émissions avant 2030. Mais il a évoqué, pour la première fois, un pic de la consommation de charbon en 2025. « Nous allons strictement limiter l’augmentation de la consommation de charbon sur la période 2021-2025, et nous la réduirons progressivement entre 2026 et 2030 », a-t-il déclaré. « Ce discours permet de se rapprocher d’un éventuel adieu au charbon. Mais d’autres actions sont nécessaires. Il est dans l’intérêt de la Chine d’annoncer d’autres plans avant la fin de l’année »,décrypte Li Shuo, expert climat de Greenpeace Chine.
L’Inde a également campé sur son objectif de 450 gigawatts d’énergie renouvelable d’ici à 2030. Le premier ministre, Narendra Modi, a fait savoir qu’il lançait avec Joe Biden un partenariat sur le climat et l’énergie propre. Même le président brésilien, Jair Bolsonaro, proche de Donald Trump mais moins de Joe Biden, s’est engagé à mettre fin à la déforestation illégale en Amazonie d’ici à 2030 et à avancer la neutralité carbone du pays de dix ans, en 2050 – malgré le scepticisme des observateurs. Parmi les autres grands émetteurs, l’Australie, l’Afrique du Sud, la Russie ou l’Arabie saoudite restent à la traîne.
« Au bord du précipice »
« Ce sommet montre qu’un tournant est en cours dans l’action climatique, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir », s’est félicité le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dans un communiqué. Alors que la température mondiale s’est déjà élevée de 1,2 °C depuis l’ère préindustrielle, « nous mettant au bord du précipice », les engagements doivent être rehaussés mais aussi « traduits en action immédiate et concrète », a rappelé M. Guterres.
Les pays ont pour l’instant échoué à mettre en place des plans de relance verts.
Le sommet constitue un rendez-vous manqué sur la question des financements climat. De nombreux pays en développement, comme le Bangladesh, les îles Marshall ou la Jamaïque, ont appelé les pays développés à honorer leurs promesses, à augmenter les fonds face à une crise climatique qui s’aggrave, et à accroître la part consacrée à l’adaptation (construction de digues, plantation de mangroves, etc.). Les pays du Nord se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars (plus de 83 milliards d’euros) par an pour aider les pays du Sud à faire face au dérèglement climatique. Mais cet objectif, base de la confiance entre les Etats et l’un des moteurs de l’action climatique, risque de ne pas avoir été atteint – les données pour le confirmer ne seront disponibles qu’en 2022. Par ailleurs, la majorité des financements sont sous forme de prêts et non de dons, et seule une faible partie est allouée à l’adaptation et aux pays les moins avancés.
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Les Etats-Unis se sont engagés à doubler leurs financements publics d’ici à 2024, ce qui revient à verser près de 6 milliards de dollars et à tripler la part consacrée à l’adaptation (1,5 milliard). « C’est un pas dans la bonne direction, mais qui reste insuffisant. Surtout, il est très inquiétant qu’à six mois de la COP26 aucun autre Etat n’ait répondu à l’appel des pays en développement, alors que l’enjeu financier reste toujours le point d’achoppement des négociations », réagit Armelle Le Comte, responsable climat d’Oxfam France. La France a confirmé qu’elle consacrerait 6 milliards d’euros par an au climat jusqu’en 2025. « Elle se contente de ce qu’elle fait aujourd’hui alors que les impacts s’aggravent », regrette l’experte.
Les prochaines échéances, notamment le G7 ou le G20, pourraient permettre d’accélérer avant la COP26. « Les six mois à venir seront cruciaux », a mis en garde John Kerry, l’envoyé spécial du président américain pour le climat.
La reprise économique favorise les énergies fossiles et va entraîner une forte hausse des émissions de CO2
Selon l’AIE, l’année 2021 devrait connaître une hausse importante des émissions de gaz à effet de serre, notamment à cause de l’utilisation croissante du charbon en Asie.
Par Nabil WakimPublié le 20 avril 2021 à 06h57 – Mis à jour le 21 avril 2021 à 11h42

Une série de mauvaises nouvelles. Certains espéraient que le monde d’après la pandémie serait mieux préparé pour faire face à l’urgence climatique. Le nouveau rapport mondial de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient y apporter un démenti cinglant.
Selon le rapport annuel « Global Energy Review », publié mardi 20 avril, l’année 2021 devrait être l’une des pires en matière d’émissions de gaz à effet de serre, avec plus 33 milliards de tonnes équivalent CO2 rejetées dans l’atmosphère. « Cela serait la plus forte hausse d’émissions depuis 2010, au moment de la reprise très carbonée qui avait suivi la crise financière [de 2008] », souligne l’agence, qui s’intéresse ici aux émissions liées à l’énergie. Il s’agirait également de la deuxième augmentation la plus forte de l’histoire, autour de 4,8 %.
La première cause de cette hausse est la rapide reprise économique chinoise : en sortant de la crise sanitaire, la Chine a relancé fortement son industrie et sa production électrique, particulièrement à base de charbon. « King Coal », que l’on donnait pour moribond, effectue un retour en grâce dans toute l’Asie.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Pourquoi le monde est toujours accro au charbon
La demande augmente de 4,5 %, au-delà de ce qu’elle était en 2019, et proche de son niveau record de 2014. « Cela montre que la reprise économique mondiale sera particulièrement carbonée et cela met en danger les objectifs mondiaux de réduction des émissions », s’inquiète auprès du Monde Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE.
« Une occasion cruciale »
La production électrique à partir de charbon est l’une des manières les plus polluantes de produire de l’électricité. Ce rebond s’observe dans la plupart des pays émergents, où la demande en énergie est très forte. A lui seul, le parc de centrales chinoises compte pour un tiers de la consommation mondiale. Mais le charbon est également, dans une moindre mesure, en croissance aux Etats-Unis, où la hausse des prix du gaz lui a bénéficié.
Ces données sont publiées alors que le nouveau président américain, Joe Biden, a convié plusieurs dirigeants mondiaux − dont Emmanuel Macron − à un sommet sur le climat les 22 et 23 avril
Pour M. Birol, « ce sommet est une occasion cruciale pour s’engager à une action claire et immédiate avant la COP26 à Glasgow [Ecosse] », qui doit se tenir en novembre. Il alerte sur le « décalage grandissant » entre la rhétorique sur le sujet climatique « et les données que l’on constate dans la vie réelle ».
Cette hausse ne doit pourtant pas faire oublier la croissance historique des énergies renouvelables
Plus généralement, la demande d’énergie devrait croître de 4,6 % en 2021, selon les prévisions de l’AIE. Le gaz naturel devrait, comme le charbon, dépasser la consommation de 2019. Le pétrole connaîtrait également un rebond, mais resterait sous son pic de 100 millions de barils quotidiens de 2019.
Cette hausse ne doit pourtant pas faire oublier la croissance historique des énergies renouvelables. Elles devraient compter pour 30 % de la production d’électricité au niveau mondial en 2021, la plus grosse part depuis la révolution industrielle, indique également l’AIE.
Là aussi, Pékin joue un rôle prédominant, puisque la moitié de cette augmentation est due aux nouvelles installations en Chine. L’éolien devrait croître de 17 % et le solaire de 18 % au niveau global. Mais si ces deux sources d’énergie connaissent une croissance fulgurante, elles ne représentent qu’un tiers de la production d’électricité renouvelable, loin derrière d’autres sources, comme l’hydroélectricité ou la biomasse.
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« L’une des leçons est que le seul développement des énergies renouvelables ne suffit pas. On le voit : elles augmentent considérablement, mais les émissions de CO2aussi », relève Fatih Birol, qui plaide pour une stratégie de fermeture des vieilles centrales à charbon, le développement du véhicule électrique et un recours accru à l’hydrogène. « Le monde doit prendre sérieusement le sujet des centrales à charbon », insiste M. Birol, qui rappelle que de très nombreuses unités doivent encore démarrer dans les pays émergents dès 2022.
Le directeur exécutif de l’AIE est aussi pessimiste pour l’année prochaine : « Si les gouvernements n’agissent pas rapidement pour réduire les émissions, nous aurons probablement une situation plus grave en 2022 », précise-t-il, en expliquant que « le secteur aérien n’est pas encore revenu à son niveau d’avant la crise ».