Contre les fermetures de services hospitaliers les luttes sont gagnantes surtout quand les Maires (à l’inverse de la Maire d’Albi) sont partie prenante

Grâce aux mobilisations, le gouvernement remet en cause plusieurs plans de suppressions de lits d’hôpitaux

PAR  RACHEL KNAEBEL 22 AVRIL 2021

https://www.bastamag.net/carte-suppressions-lits-hopitaux-mobilisations-Covid-Copermo-suivi

Depuis des mois, citoyens et soignants dénoncent des plans de suppressions massives de lits dans les hôpitaux publics, qui se poursuivent malgré la crise sanitaire. Plusieurs de ces projets commencent à être abandonnés.

Plus de 76 000 lits d’hospitalisation ont été supprimés en France entre 2003 et 2019. Ces vagues de suppression et de « restructuration » répondent à des choix politiques confirmés depuis deux décennies par les gouvernements successifs : réduire au maximum les capacités d’hospitalisation – les lits, mais aussi les personnels et matériels nécessaires – pour une « gestion à flux tendu » des patients dans le but de réaliser des économies budgétaires, privilégier les grosses structures hospitalières en regroupant les établissements.

L’arrivée du Covid a révélé l’extrême vulnérabilité de ce modèle, déjà au bord de l’effondrement avant même la crise sanitaire. Pourtant, ces plans d’économies et de regroupements des structures se poursuivent, malgré les pics épidémiques successifs, la surcharge des hôpitaux et l’épuisement des soignants. De nouvelles fermetures de lits sont toujours en cours ou annoncées. Les soignants, les citoyens, les comités de défense des hôpitaux de proximité, des élus n’ont cesse de dénoncer ces plans de « modernisation de l’offre de soin » qui s’apparentent souvent à un rationnement. C’est pour ces raisons que Basta ! en avait dressé la carte à l’automne – carte que vous avez massivement partagée ! – et que nous réactualisons régulièrement.

À Nancy, Nantes, Bordeaux ou Reims, les suppressions de lits commencent à être remises en cause

Ces mobilisations commenceraient-elles à avoir des effets ? Au CHU de Nancy, comme Basta ! vous le racontait l’année dernière, le« Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins » (Copermo, qui réunit Bercy, le ministère de la Santé, les agences régionales de santé ou l’Assurance-maladie) prévoyait de supprimer 174 lits et 600 postes d’ici à 2024. Dénoncé depuis des mois par les soignants, ce projet l’était aussi par le maire socialiste de la ville. En mars, le ministre de la santé Olivier Véran a présenté un nouveau plan pour le CHU de Nancy. Celui-ci prévoit « le maintien des 300 postes qui devaient être initialement supprimés »et « le maintien de la capacité en lits », se félicite la ville.

https://framacarte.org/fr/map/suppressions-de-lits-dans-les-hopitaux-source-wwwb_85927?scaleControl=false&miniMap=false&scrollWheelZoom=false&zoomControl=true&allowEdit=false&moreControl=true&searchControl=null&tilelayersControl=null&embedControl=null&datalayersControl=true&onLoadPanel=undefined&captionBar=false

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Cliquer sur une étiquette pour lire les détails. En rouge, les suppressions de lits en cours ou maintenues. En vert, là où elles commencent à être remises en cause.

Reste que 300 postes seront tout de même supprimés. Selon les syndicats et le comité citoyen de défense de l’hôpital de Nancy, 81 lits ont déjà été fermés jusqu’au mois de mars. Dans un courrier aux élus, le comité de défense du CHRU de Nancy demande « l’annulation totale du plan de suppression de 598 postes et 174 lits », c’est-à-dire la réembauche immédiate de personnel pour « restituer les postes supprimés et recréer les lits supprimés depuis juillet 2019 », ainsi que « l’embauche immédiate des personnels, achat immédiat du matériel, création des lits, le tout défini par les personnels avec leurs organisations pour répondre aux besoins sanitaires ». Ce collectif a initié une pétition ***en ligne qui a récolté plus de 50 000 signatures.

À Reims, le Copermo prévoyait la suppression d’au moins 184 lits au CHU d’ici 2027. En mai 2020, le maire LR de la ville s’y est opposé. Il y a quelques jours, le 14 avril 2021, Emmanuel Macron en visite sur place a annoncé que l’État engagerait 50 millions d’euros de plus que prévu pour le futur hôpital de Reims et a promis l’annulation des suppressions de lits dans le nouvel hôpital en construction. À Nantes, c’est aussi à l’occasion de la construction de nouveaux bâtiments pour l’hôpital que des lits devaient être supprimés. Selon Ouest-France, le plan de suppression de 230 lits et de 400 postes serait « en passe d’être gelé » [1]. Même chose au CHU de Bordeaux, en cours de rénovation : « Les 200 fermetures de lit prévues avant la Covid-19 ne sont plus à l’ordre du jour », assure le directeur du CHU à Rue89-Bordeaux.**

Ailleurs, de nombreuses suppressions de lits sont maintenues. À Villeneuve-sur-Yonne, entre Sens et Auxerre, un projet annoncé en mars 2021 prévoit de fermer 80 lits dans cet hôpital de ville moyenne : 54 à la maison de retraite long séjour et 26 au service de soins de suite et réadaptation. Raison invoquée : la vétusté des deux bâtiments. Dans le Sud-Ouest, un projet validé par le Copermo prévoit de fermer les hôpitaux de Tarbes et Lourdes pour en construire à nouveau d’ici 2029 entre les deux villes, à Lanne. Entre 150 et 200 lits fermeraient à la suite de ce regroupement.

Pour nous faire remonter des informations sur les fermetures de lits dans les hôpitaux publics, vous pouvez nous écrire à basta@bastamag.net ou via ce formulaire.

Nos articles sur le sujet : 
- Le gouvernement continue de supprimer des lits d’hospitalisation : la carte des hôpitaux concernés 
- Malgré les déclarations d’Olivier Véran, suppressions de lits et fermetures d’hôpitaux se poursuivent 
- « Notre action permet de ralentir les fermetures » : partout en France, des citoyens s’engagent pour leurs hôpitaux 
- Comment les soins en ambulatoire favorisent le secteur privé plutôt que l’hôpital public

Notes

[1] Voir l’article.*

*Futur CHU de Nantes : vers l’abandon des suppressions de lits ?

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/futur-chu-de-nantes-vers-l-abandon-des-suppressions-de-lits-f4d691c8-9b65-11eb-ad81-37cde232b8a1

Selon des sources gravitant au cœur du projet du nouvel hôpital de Nantes, la réduction du nombre de lits, prévue initialement par l’État, serait en passe d’être gelée. Le monde soignant reste vigilant.

Philippe El Saïr, directeur du CHU de Nantes depuis le 1er juillet 2020.

Philippe El Saïr Directeur du CHU de Nantes

Presse OcéanYan GauchardPublié le 14/04/2021 à 07h00

Sauf coup de Trafalgar improbable, le futur CHU de l’île de Nantes, projet contesté du fait de son emplacement mais surtout de la réduction annoncée de ses effectifs, est définitivement sur les rails. Pour tuer toute contestation, rien de tel qu’une bonne nouvelle. Celle qui se façonne en coulisses relève de l’aubaine, à en croire des proches du dossier. Elle concerne le sujet le plus important, à savoir le nombre de lits du futur hôpital, et donc, par ricochets, les emplois qui y seront dédiés.

Selon nos informations, le ministre de la Santé, Olivier Véran, pourrait bientôt annoncer que la dimension capacitaire du futur hôpital, sujet crucial à l’aune de la crise Covid, est revue à la hausse. Les objectifs drastiques initialement fixés par l’État, à savoir une diminution d’au moins 231 lits, doublée de la suppression de 400 postes (*) équivalent temps plein, devraient être balayés.

« Ce qui prime, c’est le capacitaire. De là, découlera le nombre de postes »…

**Un « nouveau CHU » de Bordeaux pour 1,2 milliard d’euros

https://rue89bordeaux.com/2021/04/un-nouveau-chu-de-bordeaux-pour-12-milliard-deuros/

Le CHU de Bordeaux a présenté ce mardi 6 avril le programme de rénovation de ses sites, représentant 1,2 milliard d’investissements sur 10 ans. Un temps promis à la fermeture complète, l’hôpital Saint-André à Bordeaux continuera à accueillir des patients. Si son service des urgences sera bien fermé, un autre sera créé à l’hôpital Haut-Lévêque à Pessac. L’établissement a tiré les leçons de la crise, en renonçant aux suppressions de lit un temps envisagées. 

« Le CHU de Bordeaux est un des fleurons de France, régulièrement à la première place du classement des hôpitaux français d’un hebdomadaire pour la qualité des soins, mais il est aussi bon avant-dernier en vétusté, relève Olivier Véran, ministre de la Santé. Dans certains bâtiments des années 1970, il y a une douche pour 25 lits. Il était urgentissime de pouvoir transfomer le CHU pour lui donner les moyens de son ambition. »

Au titre du Ségur de la Santé, l’Etat va donc accorder 240 millions d’euros au programme « Nouveau CHU », un plan d’investissements de 800 millions d’euros (1,2 milliard en comptant les autres opérations en cours), présenté ce mardi 6 avril lors d’une conférence de presse. Le reste sera financé par de l’autofinancement, de l’endettement et des cessions d’actifs. 

Saint-André restera ouvert

L’établissement bordelais compte par exemple vendre une partie de l’hôpital Saint-André, une aile bâtie dans les années 60, « extrêmement vétuste et dont on ne peut plus rien faire », selon Yann Bubien, directeur du CHU. Si les urgences vont bien quitter l’hôpital du centre-ville de Bordeaux, il n’est en revanche plus question de fermer totalement ce site, poursuit-il :

« Nous allons garder le carré historique, l’ancien cloitre qui sera axé sur les besoins de la population du centre ville avec une maison de santé hospitalo-universitaire ouverte 7 jours sur 7 pour les petites urgences, avec la médecine libérale. Un espace de prévention, le Centre Jean-Abadie (pour les adolescents) et le service odontologie complèteront les activités hospitalières. Une pépinière de start-up accueillera des médecins qui travaillent sur des projets en santé. »

Les urgences vont bien quitter l’hôpital SAint-André de Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)

Maire de Bordeaux et président du conseil de surveillance du CHU, Pierre Hurmic salue cette rénovation : 

« Ce site historique auquel les Bordelais sont particulièrement attachés connaîtra bien sûr une grande évolution avec le départ des activités d’urgence, mais il verra s’installer de nouvelles activités avec une focale sur les soins ambulatoires, la prévention et la recherche. Sur ce site dont les locaux sont partiellement vides, les usages seront densifiés, diversifiés, et mutualisés avec l’arrivée d’une crèche et d’un amphithéâtre ouverts aux habitants. » 

Navire amiral

Un service des urgences va en revanche voir le jour dans le Groupe hospitalier Sud (Xavier-Arnozan et Haut-Lévêque), qui accueillera aussi un centre de cancérologie, un laboratoire de biologie des tumeurs, des activités de cardiologie… De quoi réjouir Franck Raynal, maire de Pessac (anciennement membre de la direction du CHU) :

« Pessac est la ville principale du sud-ouest de l’agglomération et un passage obligé vers le bassin d’Arcachon, dont l’évolution démographique conduit à revoir l’ensemble de l’offre de soin. Le Nouveau CHU vient à point nommé avec la création de nouvelles urgences polyvalentes adultes, qui serviront à la population d’un large cadran de l’agglomération et du département. »

La rénovation de l’Ehpad de Lormont est également au programme. Enfin, last but not least, un sérieux relifting est prévu pour le « navire amiral » du CHU, Pellegrin. L’extension de l’Hôpital des enfants et un nouveau bâtiment de 10000 m2 pour les services d’urgence, de réanimation et de blocs opératoires, sont déjà en cours de construction. Ils seront livrés à l’automne 2021 

Le Tripode de Pellegrin va être rénové (SB/Rue89 Bordeaux)

Site occupé

Le phasage reste à faire pour les autres volets du projet – la rénovation du Tripode, bâtiment construit en 1978, la reconstruction de la plus grande maternité de France (6000 accouchements par an), ou encore la construction des Nouvelles Barres Nord regroupant la médecine ambulatoire, les blocs opératoires et les soins intensifs. 

« Toute la difficulté est de réaliser ces travaux en site occupé, où travaillent 14200 personnes et qui reçoit un million de patients par an, plus les visiteurs et ceux qui travaillent, souligne Yann Bubien. Nous aurons avant l’été un programme précis. »

Le directeur du CHU se réjouit de voir enfin aboutir, en partie grâce aux fonds du Ségur de la Santé, un projet dans les cartons depuis des années, mais qui a aussi évolué avec la crise sanitaire : « Les 200 fermetures de lit prévues avant la Covid-19 ne sont plus à l’ordre du jour. »

« Nous constatons aujourd’hui qu’il nous manque des lits de post-urgence, et que nous avons des difficultés à placer des patients en particulier en gériatrie, souligne Nicolas Grenier, président de la commission médicale d’établissement du CHU de Bordeaux. C’est déjà un fort soulagement de savoir qu’il n’y a pas de réduction capacitaire. »

Du moins tant que les considérations budgétaires ne reprennent pas le pas sur les impératifs sanitaires.

***Annulation de la suppression de 598 postes et 174 lits au CHRUN

Jean DUBESSY a lancé cette pétition adressée à ministre de la santé et à 1 autre

https://www.change.org/p/ministre-de-la-santé-annulation-de-la-suppression-de-598-postes-et-174-lits-au-chrun?recruiter=1076581409&recruited_by_id=64014c40-7fbb-11ea-8508-2f082e08898d&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=petition_dashboard

Alors que nous sommes en pleine crise sanitaire, l’ex-directeur de l’ARS Grand Est, Christian Lannelongue,  a affirmé (Est Républicain, Samedi le 04 Avril 2020) qu’il poursuivra la mise en œuvre du plan du Copermo* du 16 juillet 2019, en parfaite continuité de la politique des gouvernements successifs : « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même … c’est une vision très exigeante », reconnaît Christophe Lannelongue. Le Copermo prévoit la suppression de 598 postes dans les cinq ans et la fermeture de 174 lits. ».

En réponse au tollé des déclarations du directeur de l’ARS, le Ministre de la Santé a démissionné le directeur de l’ARS et s’est prononcé pour la « suspension » de « tous les plans de réorganisation » en attendant « la grande consultation qui suivra ».

« Suspension », « plans de réorganisation », « grande consultation » ne veulent pas dire abandon et annulation des suppressions de lits et de postes.

Alors que les personnels hospitaliers ont depuis plus d’un an alerté direction ARS, bien avant l’éclatement de la pandémie, alors que les hôpitaux manquent de tout, personnel, lits, matériel, le gouvernement ose maintenant déclarer qu’il n’abandonnerait pas ce plan ?

Qui peut comprendre dans la situation de pandémie que nous vivons et contre laquelle contaminés et personnels soignants luttent ? Où nous mènerait une telle orientation, sinon à toujours plus de drames, à la négation du droit à pouvoir être soigné correctement par des personnels non épuisés par leur charge de travail ?

Nous ne pouvons pas accepter ! C’est une question de vie, une question de civilisation et aussi de respect pour tous ceux qui ont déjà tiré les sonnettes d’alarmes depuis des années de contre-réformes par les gouvernements successifs.

De nombreuses voix se sont fait entendre contre cette destruction programmée du CHRUN. Le moment est venu de s’unir sur une base claire pour imposer :

  1. ·         L’annulation tout de suite du plan COPERMO, c’est-à-dire le maintien les 598 postes et 174 lits au CHRU de Nancy
  2. ·         La création dès maintenant de lits et services nécessaires avec le matériel correspondant, le recrutement des personnels soignants en nombre, pour répondre aux besoins actuels liés à la pandémie tout en permettant de poursuivre tous les soins programmés avant la pandémie, et pour répondre aux pandémies éventuelles futures,
  3. ·         L’annulation de la dette de l’hôpital créée par les réformes passées

Il faut stopper cette politique de destruction de la santé publique.

Dans cette situation difficile, l’isolement dans lequel nous sommes suite au confinement ne doit pas être un obstacle à l’unité pour obtenir ces demandes de bons sens, de civilisation, car le jour d’après c’est dès maintenant.

Travailleurs, personnels soignants, mères de famille, jeunes, retraités, chômeurs, précaires, citoyens confrontés à l’épidémie, nous affirmons : ces mesures sont l’urgence. Signez, faites signer cette pétition.

Prenez soin de vous et organisons-nous !

* Copermo : Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins.

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/04/17/comment-expliquer-que-pendant-si-longtemps-le-corps-medical-et-les-maires-pourtant-prompts-a-critiquer-les-reformes-hospitalieres-aient-ete-si-peu-diserts-a-lencontre-du-copermo-dispo/?preview_id=13416&preview_nonce=ce4a1ce3fa&preview=true

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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