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Dominique Costagliola : « Je ne vois pas comment espérer une baisse massive des cas d’ici fin mai »
12 041 vues•19 avr. 20218187
https://www.youtube.com/watch?v=nuDEdJh10ZA
Dominique Costagliola, épidémiologiste, directrice de recherches à l’INSERM, est l’invitée de 7h50. Retrouvez les entretiens de 7h50 sur https://www.franceinter.fr/emissions/…
Publié le 20/04/2021
Quelle réouverture possible à la mi-mai ?
https://www.jim.fr/e-docs/quelle_reouverture_possible_a_la_mi_mai__187328/document_actu_pro.phtml

Paris, le mardi 20 avril 2021 – Sur Twitter depuis quelques jours, les messages de praticiens hospitaliers travaillant aux urgences ou dans les services de réanimation dédiés aux patients atteints de Covid ont souvent la même tonalité : la légère décrue du nombre de contaminations par le SARS-CoV-2 ne se traduit nullement à l’hôpital par une embellie de la situation. De fait, le taux d’occupation des lits de soins critiques par des patients atteints de Covid atteint 114,3 % actuellement. La pression dans les établissements se manifeste par des déprogrammations, qui suscitent une inquiétude croissante quant à leurs conséquences et qui atteignent dans certaines régions (Paris, Lyon, Marseille) jusqu’à 80 %. La préoccupation concerne également plus que jamais l’épuisement des personnels.
La hantise du plateau haut
Aussi, même si les cinq derniers jours semblent avoir été marqués par un recul du nombre de contaminations (avec des analyses complexes liées au Lundi de Pâques férié et aux problèmes techniques de Santé Public France) et que le niveau actuel est en moyenne de 33 000 contaminations par jour (contre 40 000 avant le confinement) pour beaucoup d’épidémiologistes, penser à une réouverture est plus que prématuré. Ils sont nombreux à plaider au contraire pour une prolongation des mesures pendant encore quelques semaines, y compris la fermeture des écoles. Leur crainte en effet en cas d’un desserrement trop rapide est d’être de nouveau confronté à un « plateau haut » comme celui qui s’est installé à l’hôpital depuis le mois de décembre (et qui semble se dessiner encore ces derniers jours) et qui n’offre que peu de marge de manœuvre aux équipes, notamment pour reprogrammer les interventions décalées. Olivier Véran, dont on perçoit qu’il est peut-être moins écouté aujourd’hui par Emmanuel Macron qu’au début de la pandémie, semble partager cette analyse en notant ce mardi dans Le Télégramme que la diminution constatée « reste fragile ».
Surfer sur la tendance positive
L’épidémiologiste Dominique Costagliola, interrogé hier sur France Inter est encore plus catégorique : « On n’a pas vu une baisse nette du nombre de cas, mais un plateau haut alors qu’on teste moins (le taux de positivité a effectivement augmenté, passant de 8,2 % fin mars à 9,8 % le 16 avril, ndrl). Je ne crois pas qu’on puisse extrapoler une baisse quelconque, d’autant moins que les écoles primaires vont reprendre à partir du 26, et les collèges et lycées la semaine suivante. Je ne vois pas comment on peut espérer une baisse massive d’ici fin mai, compte tenu de ce qu’on a vu jusque-là de l’effet des mesures ». Dans Le Parisien, l’épidémiologiste Antoine Flahault adopte une attitude plus positive : constatant que « les mesures prises font effet », il estime que pour des résultats plus solides encore il ne serait pas inutile de s’astreindre à « Deux semaines de fermeture supplémentaire, [qui] couplées aux interdictions actuelles, auraient un impact important pour retrouver une bonne dynamique ».
Des écoles pas vraiment prêtes à rouvrir
Pourtant, le calendrier scolaire annoncé par Emmanuel Macron fin mars semble immuable (sauf énième revirement). Plusieurs ministres ont d’ailleurs confirmé ces derniers jours que les écoles maternelles et primaires verront bien leurs portes rouvrir lundi 26 avril et celles des collèges le 3 mai. Cependant, l’incertitude demeure sur le protocole qui s’appliquera ainsi que sur la politique de dépistage, et certains, dont Dominique Costagliola s’inquiètent que les mesures soient insuffisantes à assurer une rentrée permettant une transmission limitée.
Opération prudence des ministres
Concernant la réouverture partielle en mai de certains établissements, les incertitudes sont bien plus fortes, y compris en ce qui concerne la levée de l’interdiction de se déplacer à plus de 10 kilomètres le 3 mai. Sur ce point, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement est demeuré évasif la semaine dernière : « A ce stade, il n’y a pas de calendrier prévu » a-t-il indiqué. A propos de la réouverture de certains lieux culturels et de quelques terrasses à la mi-mai, là encore, les ministres se montrent très prudents. « Rien ne serait pire que de dire à la mi-mai « on commence à tout rouvrir », et quinze jours ou trois semaines plus tard, parce que le virus revient, on serait obligé de tout refermer », a expliqué sur France 2 le ministre de l’économie Bruno Le Maire. « Nous ferons tout ce qui est possible d’abord pour nous débarrasser du virus, et ensuite pour engager à la mi-mai la réouverture progressive d’un certain nombre de commerces », a-t-il encore indiqué, qualifiant « d’hypothèse » la reprise de certaines activités en mai. Du côté du ministre de l’Intérieur, on signale en outre que les résultats des contrôles ne montreraient pas de relâchement, suggérant peut-être qu’une poursuite du confinement ne se heurterait pas à l’opinion publique.
Les Français n’y croient plus
Pour l’exécutif et l’Elysée notamment, la situation est extrêmement périlleuse. Les pièges sont multiples : ne pas annoncer de date prive les Français de perspective. Mais après les démentis cinglants des déclarations en mars d’Emmanuel Macron exhortant les Français à « tenir quelques semaines de plus » ou de Gabriel Attal laissant miroiter la mi-avril, les promesses sont de plus en plus fragiles. L’Elysée en est conscient : « Les Français ont intégré le calendrier de réouverture mais ils n’y croient pas ; donc on doit leur montrer que ça marche » explique un proche du palais cité par les Echos.
Emmanuel Macron se garde l’espoir
Encore un pari, en somme, alors que les précédents restent sans doute dans la mémoire des Français comme des jeux politiques trop déconnectés des réalités épidémiques et de celles vécues par les Français. Ainsi, le choix de ne pas confiner fin janvier est sans doute apprécié avec une certaine amertume aujourd’hui, alors que beaucoup de pays européens connaissent enfin les prémices de la liberté. Il est peu probable qu’en dépit de toutes ces entraves, l’Elysée renonce totalement à son espoir de tenir son objectif. D’abord, encore et toujours, en s’appuyant sur les progrès de la vaccination. « L’idée est d’indexer le calendrier d’ouverture sur la stratégie vaccinale et non plus sur le nombre de contaminations » signale un proche d’Emmanuel Macron dans les Echos. Par ailleurs, le maître mot sera la progressivité. A l’occasion d’une réunion avec plusieurs maires, le Président de la République a ainsi laissé entendre que si la reprise des musées et de certaines terrasses était (presque) acquise à la mi-mai, il faudrait encore attendre pour les autres lieux culturels, les restaurants et les autres établissements fermés. De la même manière, la territorialité devrait s’imposer, comme Olivier Véran l’a encore confirmé dans le Télégramme de Brest.
Enfin, quel espoir pour l’été ? Là encore, le gouvernement semble vouloir éviter à tout prix les promesses non tenues : « Il est impossible de garantir que l’évolution de la situation sanitaire permettra à la France de connaître une saison touristique « normale » cet été » a déclaré dimanche Clément Beaune, secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes. En somme, aux ministres la tempérance et les mises en garde et à Emmanuel Macron l’élan et l’espoir. Comme un air de campagne.
Aurélie Haroche
Variant indien, réouverture des écoles, pic de la troisième vague… Le « 8h30 franceinfo » de Karine Lacombe
La cheffe du service des maladies infectieuses de l’Hôpital Saint-Antoine à Paris était l’invitée du « 8h30 franceinfo », mercredi 21 avril 2021.00’0007’00
franceinfoRadio France
Mis à jour le 21/04/2021 | 10:37
publié le 21/04/2021 | 10:37

Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l’Hôpital Saint-Antoine à Paris était l’invitée du « 8h30 franceinfo », mercredi 21 avril 2021. Variant indien, réouverture des écoles, pic de la 3e vague… Elle répond aux questions de Lorrain Sénéchal et Salhia Brakhlia.
Le variant indien « est probablement déjà en France »
Le variant indien n’a pas encore été détecté en France, mais quelques cas ont été repérés dans des pays voisins comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, ou encore en Guadeloupe. « C’est évident que ce variant va arriver » en France, « c’est une question de jours », estime Karine Lacombe. « Il est probablement déjà en France », ajoute-t-elle.
Si ce variant est détecté en France suffisamment tôt, « il est possible d’isoler les personnes et de faire en sorte de casser les chaînes de transmission. Les [tests] PCR que l’on a en France peuvent détecter ce type de variant-là », rassure la cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris.
« Rouvrir les écoles si les protocoles sanitaires sont réellement appliqués »
Les écoles et les crèches doivent rouvrir lundi 26 avril, les collèges et les lycées la semaine suivante. « On peut envisager de rouvrir les écoles si les protocoles sanitaires qui ont été discutés sont vraiment appliqués« , estime Karine Lacombe. Il y a les « tests salivaires, les enfants sont isolés à domicile, on essaie d’accélérer la vaccination des encadrants de ces enfants. Donc, cela peut être le compromis à trouver pour permettre une scolarisation qui est essentielle », juge la cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris.
Covid-19 : un « freinage de l’augmentation des cas »
« Depuis cinq jours, nous amorçons une décroissance de l’épidémie » en France, a déclaré le ministre de la Santé Olivier Véran dans une interview accordée au quotidien breton Le Télégramme et publiée lundi 19 avril. « Le terme est un peu trop enthousiaste. Ce que l’on voit, c’est un freinage de l’augmentation des cas« , réagit Karine Lacombe.
« On n’est pas du tout dans une diminution du nombre de personnes malades, hospitalisées, on est plutôt dans un ralentissement de l’augmentation [du nombre] des personnes qui arrivent à l’hôpital ou qui passent en réanimation », détaille la cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. En ce qui concerne le pic des contaminations, « on est de l’autre côté. En revanche, pour les personnes malades ou en réanimation on n’est pas encore au pic, on est dans un plateau très haut », affirme-t-elle.
Retrouvez l’intégralité du « 8h30 franceinfo » du mercredi 21 avril 2021 :
https://www.dailymotion.com/embed/video/x80rce8
Catherine Hill : « Le déconfinement prévu est extraordinairement déraisonnable »
Entretien
Propos recueillis par Lucas Person
Publié le 22/04/2021 à 18:33
Ce jeudi 22 avril, le Premier ministre Jean Castex a annoncé la réouverture des écoles dès la dernière semaine d’avril et la fin des restrictions de déplacement début mai. Pour l’épidémiologiste Catherine Hill, ces mesures ne sont pas raisonnables sur le plan sanitaire.
C’est une annonce gouvernementale conforme au calendrier annoncé fin mars : dans sa conférence de presse de ce jeudi 22 avril, le Premier ministre Jean Castex a annoncé que les écoles rouvriront pour la dernière semaine d’avril et les collèges et lycées durant la première semaine de mai, avec une batterie de tests salivaires disponibles pour les élèves. Les restrictions de déplacement au-delà de 10 km du domicile seront levées le lundi 3 mai. Quant aux cafés et restaurants, le gouvernement a annoncé l’objectif de la mi-mai, sans donner de date précise et en affirmant que cela se fera de manière progressive et territorialisée s’il le faut.
Cette annonce se fonde sur les avancées de la campagne vaccinale mais, pour certains épidémiologistes, elle est bien trop précoce, alors que le taux d’admission en réanimation est encore comparable au pic de novembre. Catherine Hill, épidémiologiste à l’Institut Gustave Roussy, revient pour Marianne sur les choix du gouvernement.
Marianne : Les annonces de réouvertures sont très attendues par de nombreux Français. Pensez-vous qu’elles soient raisonnables sur le plan sanitaire ?
Catherine Hill : Absolument pas. On laisse le virus circuler : il y a en moyenne 300 morts par jour et presque 2 000 personnes qui arrivent tous les jours à l’hôpital… Et tout le monde s’en fiche. Si on s’organisait pour tester sérieusement et systématiquement, ce déconfinement aurait un sens, mais là pas du tout ! C’est extraordinairement déraisonnable, et même tout à fait ridicule. On en est aujourd’hui au niveau d’arrivées en réanimation du pic de novembre, on ne devrait donc absolument pas penser au déconfinement. On décide de lever le pied au moment où on devrait être en train d’appuyer sur le frein.
Quelle stratégie préconisez-vous donc pour éviter les erreurs déjà commises lors des deux premiers déconfinements ?
Il n’y a jamais eu de véritable stratégie, ni pour le déconfinement, ni pour les tests. Il faut confiner pour faire baisser drastiquement le nombre de nouvelles contaminations et, en même temps, il faut tester massivement et immédiatement isoler les cas nouveaux et leurs contacts pour que le reste de la population soit protégé. C’est ainsi que cela s’est passé à Taïwan, en Australie, en Nouvelle-Zélande, dans tous les pays qui ont adopté la stratégie Zéro Covid. Au contraire, on a regrettablement décidé de vivre avec le virus, ce qui veut dire aussi mourir avec le virus et flinguer l’économie au passage.
Qu’entendez-vous par une bonne stratégie de tests ?
Il faut une stratégie de tests systématiques : tester tout le monde le plus vite possible, et pas seulement les volontaires et les personnes symptomatiques. Il faut utiliser tous les moyens possibles, faire des tests PCR groupés à partir de prélèvements salivaires et des tests des eaux usées. On débat des tests à l’école sur les enfants, mais ce n’est qu’une fraction du problème : il faut tester tout le monde et le plus possible. Or, aujourd’hui, certains sont testés à tout bout de champ, d’autres ne le sont jamais, selon leur bon vouloir. Cette stratégie de tests systématique permettrait trouver ceux qui sont positifs et ne le savent pas car ils n’ont pas de symptômes (soit qu’ils soient asymptomatiques, soient qu’ils n’aient pas encore commencé à développer de symptômes mais soient déjà contagieux).
En effet, les cas décelés par la stratégie de tests actuelle ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. On estime que, à la date du premier mars, 17 % population a été en contact avec le Covid, soit 11 millions de personnes. Or, à cette date, on n’avait trouvé qu’un tiers de ce chiffre par des tests. L’application TousAntiCovid ne peut pas fonctionner si l’on ne décèle qu’un cas sur trois.
Que signifie le chiffre des 5 000 contaminations par jour, souvent invoqué comme une condition sine qua non pour pouvoir contrôler l’épidémie ?
Ce seuil n’a aucun sens car en multipliant par 3 cela donne 15 000 ! Tant qu’on n’aura pas trouvé un moyen de déceler tous les cas sans en laisser échapper les deux tiers, il ne nous dit pas grand-chose.
L’avancée de la vaccination ne change-t-elle pas la donne et ne légitime-t-elle pas de déconfiner malgré tout ?
Cette avancée ne suffit pas : aujourd’hui, seuls 18 % de la population française a reçu au moins une dose, cela laisse 82 % de la population à risque et donc cela ne gênera pas beaucoup le virus, qui continuera bien évidemment à circuler.
Au début, on pensait que chaque cas contaminait 3 personne, ce qui signifie qu’il faut deux tiers de la population pour que le virus s’arrête de circuler. Mais avec les variants plus contagieux, il faudrait une immunité bien supérieure à deux tiers.
Par Lucas Person
Covid-19 : pour le début du déconfinement prévu mi-mai, Olivier Véran défend » une approche territoire par territoire – Le calendrier reste inchangé «
Dans une interview au « Télégramme », le ministre de la santé a fait savoir que la levée des restrictions en question « ferait l’objet d’annonces en temps voulu ».
Le Monde avec AFP et Reuters – Publié hier à 09h21, mis à jour hier à 16h29
Temps de Lecture 3 min.

Au début de la deuxième semaine de vacances unifiée, la situation sur le front épidémique présente quelques signes d’amélioration mais reste « fragile ». Le ministre de la santé, Olivier Véran, estime que « nous amorçons une décroissance de l’épidémie » depuis cinq jours, mais que « nous sommes toujours à un niveau très élevé de l’épidémie ».
« Il y a moins de nouveaux cas au quotidien : on était monté à 40 000, on est aujourd’hui aux alentours de 33 000 cas chaque jour en moyenne », déclare le ministre de la santé, dans une interview au quotidien régional Le Télégramme, publiée mardi 20 avril.
Lire aussi Covid-19 : Emmanuel Macron réaffirme l’objectif de « lever les restrictions début mai »
- Le calendrier reste inchangé
Interrogé sur une levée des restrictions à la mi-mai, le ministre a répondu que le calendrier restait le même : « le 26 avril, la réouverture des écoles en présentiel ; le 3 mai, la réouverture des collèges et lycées en présentiel ; et nous pourrons envisager ensuite un certain nombre d’allégements des mesures à partir de la mi-mai », a-t-il déclaré. « Je suis ouvert à l’idée d’une approche territoire par territoire dans la levée des mesures de freinage, comme j’y étais favorable lors de leur mise en place », a-t-il ajouté.
Emmanuel Macron a fixé pour la mi-mai la réouverture des premières terrasses de bar et de restaurant et de lieux culturels, en promettant un protocole sanitaire strict, mais sans fixer de condition sanitaire, ni de chiffre maximal de contaminations comme il l’avait fait à l’automne. « Cela fera l’objet d’annonces en temps voulu », a précisé le ministre de la santé.
Covid-19 : peut-on alléger les restrictions tout en reprenant le contrôle de l’épidémie ?
L’exécutif s’est engagé à mettre en place un calendrier de réouverture progressive dans les semaines à venir, sans pour autant fixer d’objectifs épidémiologiques.
Par Delphine Roucaute et Elisabeth Pineau
Publié aujourd’hui à 04h08, mis à jour à 09h53
Temps de Lecture 12 min.

Près de trois semaines après l’élargissement des mesures de freinage à l’ensemble du territoire métropolitain, peut-on envisager un « déconfinement » et selon quelles modalités ?
Le président de la République, Emmanuel Macron, avait fixé cet horizon de quatre semaines d’« efforts » au bout duquel il reviendrait vers les Français pour « bâtir (…) un calendrier de réouverture progressive » dès la mi-mai. Au-delà de ces éléments, aucun objectif épidémiologique ou sanitaire n’a été fixé, alors que l’épidémie de Covid-19 semble aujourd’hui se stabiliser à un niveau élevé de circulation et refluer dans les quelques territoires où les mesures avaient été instaurées plus tôt.
Lire aussi Covid-19 : Emmanuel Macron réaffirme l’objectif de « lever les restrictions début mai »
Pour beaucoup d’épidémiologistes et de professionnels de la santé, un déconfinement prématuré aurait des conséquences négatives sur la circulation du coronavirus, alors qu’il faudrait capitaliser sur l’inertie du confinement pour reprendre le contrôle de l’épidémie. « Il ne faut pas rater cette opportunité qu’on a laissé échapper à l’été [2020] », avance Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier.
L’enjeu pour les prochaines semaines va être de construire un calendrier progressif et adapté aux indicateurs d’évolution de l’épidémie afin de donner rapidement un cap à une population épuisée par une année de restrictions. « Il va falloir trouver le bon équilibre entre l’envie de retrouver des activités et la nécessité de minimiser l’impact sanitaire », ajoute l’épidémiologiste. Et s’appuyer sur l’expérience des confinements passés ainsi que sur les connaissances sur le coronavirus acquises depuis un an.
- Faut-il atteindre un seuil d’incidence précis pour envisager un déconfinement sans rebond épidémique ?
Fin octobre 2020, en annonçant un deuxième confinement, Emmanuel Macron s’était fixé pour préalable, avant d’envisager de le lever, de passer de 40 000 cas de contamination par jour à moins de 5 000. Mais cette barre n’a pas été atteinte, et le gouvernement ne semble plus vouloir se risquer à avancer de chiffre.
« Le plus important, c’est d’avoir des objectifs, que ce soit de pression hospitalière ou du nombre de cas. Or là on pilote sans visibilité et on décorrèle les indicateurs sanitaires des mesures prises, observe Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines. On sait simplement qu’il y aura mi-mai un peu plus de gens vaccinés, mais leur nombre restera très inférieur aux cibles, ce n’est pas ça qui va changer la donne radicalement. »
« Le but, poursuit-il, c’est de vacciner massivement et de réduire la circulation du virus pour arriver à un plateau bas aux alentours de 5 000 cas ou moins par jour », seuil à partir duquel les épidémiologistes estiment qu’il est possible d’identifier exhaustivement toutes les chaînes de transmission, et donc de pouvoir les casser.
Lire aussi Covid-19 : le calendrier du déconfinement à la mi-mai en question
L’enjeu est de réussir à sortir d’un plateau élevé tel qu’on l’observe actuellement, oscillant entre 30 000 et 40 000 nouveaux cas quotidiens. « Cela n’a rien d’irréaliste, mais, pour ça, il faut être strict pendant trois semaines », insiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève).
Au niveau national, le taux de reproduction du virus (R), établi à partir des données virologiques, vient de passer sous le seuil de 1. Dans l’hypothèse où le R fléchirait à 0,7, « il faut qu’il reste à cette valeur trois semaines de suite, ce qui permettrait de diviser par deux le nombre de cas toutes les semaines et ainsi de passer de 40 000 cas par jour à 20 000, puis à 10 000 et, enfin, à moins de 5 000 ». En revanche, si le R = 0,9, ce n’est plus toutes les semaines que le nombre de cas se trouve divisé par deux, mais tous les mois.
Même en cas de baisse, le risque serait de déconfiner trop vite. « Il faudrait que nos gouvernants suivent la feuille de route des Britanniques et admettent que son étalement va peut-être durer un peu plus longtemps », relève Antoine Flahault. Le Royaume-Uni a choisi un calendrier de déconfinement étalé sur quatre mois.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Des mesures très strictes, avec l’espoir de reprendre vite une vie normale : la stratégie « zéro Covid » est-elle possible en France ?
- Comment organiser au mieux le dépistage ?
A ce jour, l’arsenal de dépistage en France comprend le test PCR nasopharyngé effectué en laboratoire ; le test PCR sur prélèvement salivaire (ciblé notamment en milieu scolaire) ; le test antigénique nasopharyngé effectué en pharmacie et, depuis le 12 avril, le test antigénique sur autoprélèvement nasal (ou « autotest ») vendu en pharmacie. Sans oublier les tests sérologiques pour détecter une infection passée. « Depuis octobre [2020], il y a entre 2 millions et 3 millions de tests par semaine. La seule stratégie actuelle, c’est de tester à tout va, mais sans réelle évaluation de leur efficacité derrière », pointe Mahmoud Zureik, pour qui il est urgent de définir « une vraie politique de dépistage ».
Quels tests privilégier, les uns par rapport aux autres ? « Les recommandations de la Haute Autorité de santé [HAS] se suivent et ne se ressemblent pas, c’est franchement déroutant, même pour nous, les biologistes », abonde Lionel Barrand, président du Syndicat national des jeunes biologistes médicaux, qui préconise la diffusion d’une infographie simple pour expliquer quand effectuer quel test.
Selon lui, le test PCR nasopharyngé, à la sensibilité la plus forte, doit rester celui de référence en cas de risque avéré, de symptômes ou quand la personne est cas contact. Toutefois, son prélèvement invasif n’est pas adapté à toutes les situations, particulièrement lorsque le test doit être répété, ou en cas de dépistage de masse. « Par exemple, pour les transfrontaliers ou pour prendre des vols intérieurs, on peut imaginer faire des tests un peu moins sensibles mais plus facilement et rapidement réalisables : soit des PCR salivaires, soit des autotests »,avance-t-il. Surveiller de près les performances des tests par rapport aux variants s’avère capital : « Tous nos tests PCR détectent les différents variants », assure Lionel Barrand, qui émet une réserve au sujet du variant breton, dans la mesure où, dans son cas, le virus se loge quasiment directement dans le poumon.
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« Il faut par ailleurs faire beaucoup de séquençages et procéder au rétro-tracing [remonter à la source de la contamination] mais, là encore, impossible avec un nombre de cas de contamination très élevé », insiste Mahmoud Zureik. Un traçage rétrospectif qui a notamment fait ses preuves en Asie et pour lequel plaident depuis longtemps les épidémiologistes. Après un an d’épidémie, la Caisse nationale de l’assurance-maladie (CNAM) a démarré seulement le 29 mars une expérimentation de ce dispositif dans deux départements : la Loire-Atlantique et la Côte-d’Or. Une fois l’événement contaminateur déterminé, ses agents tentent d’identifier les personnes coexposées avec le « patient zéro » : « C’est une modalité complémentaire du tracing prospectif qui permettra à l’avenir de maîtriser encore plus la circulation épidémique », assure-t-on à la CNAM, sans avancer de date de généralisation à l’ensemble du territoire.
- Comment se protéger des nouveaux variants ?
Pour les épidémiologistes, plus d’un an après le début de la pandémie, il importe de sortir de la logique qui prévalait jusqu’à présent partout en Europe : croire qu’il est possible de vivre avec le virus, à l’instar de la grippe. « A cause de la surdispersion du SARS-CoV-2, on ne peut plus considérer qu’on peut laisser des gens circuler sur le territoire avec le virus », résume Antoine Flahault.
Pour son confrère Mahmoud Zureik, « il faut raisonner en matière de risque d’arrivée de nouveaux variants quelle que soit l’échelle, nationale ou internationale, pour en réduire drastiquement l’arrivée et les tuer dans l’œuf ». Cela passe pour lui par « une coordination européenne pour fermer les frontières quand c’est nécessaire et l’adoption d’une politique de quarantaine. En théorie, il faudrait isoler systématiquement les gens à l’hôtel ou à domicile, mais est-ce faisable ? »,interroge-t-il.
Des pays comme l’Australie, le Japon ou l’Angleterre ont choisi d’imposer un confinement à l’hôtel pour leurs résidents en provenance de pays à risque. Jusqu’à présent, la France n’a pas choisi cette option radicale et se contente d’instaurer à compter du 24 avril une quarantaine obligatoire de dix jours pour les voyageurs en provenance du Brésil, d’Argentine, du Chili et d’Afrique du Sud, une mesure qui s’appliquera également à ceux en provenance de Guyane. « Des contrôles du respect de la quarantaine seront effectués au domicile par la police ou la gendarmerie nationale, accompagnés d’un renforcement des amendes en cas de non-respect de l’isolement », a précisé Matignon. Lire aussi Covid-19 : la suspension des vols venant du Brésil, une mesure jugée tardive et insuffisante
En amont de cette surveillance des variants, la France commence à rattraper son retard dans le séquençage du génome, qui permet de surveiller avec plus de précision leur émergence. Quatre grandes plates-formes nationales traitent désormais de 1 000 à 2 000 génomes par semaine chacune.
Reste encore à définir plus précisément le rôle des laboratoires privés dans cette surveillance nationale pour gagner en réactivité. Actuellement, seulement 5 % des tests positifs sont étudiés pour repérer l’éventuelle émergence de nouveaux variants, ce qui a permis notamment de mettre un nom sur le « A.27 » (séquencé pour la première fois par l’hôpital Henri-Mondor), le troisième variant qui circule le plus en France. « Cela permet de voir un signal suffisant, surtout en se basant sur un bon échantillonnage aléatoire et en surveillant de près les populations à risque de développer des variants, comme les infections après vaccin ou les immunodéprimés », explique Laurence Josset, professeure aux Hospices civils de Lyon.
- Comment assurer la réouverture des lieux publics ?
Le seul objectif fixé par l’exécutif est, dès la mi-mai, de recommencer « à ouvrir avec des règles strictes certains lieux de culture » et autoriser « sous conditions l’ouverture des terrasses », avait annoncé Emmanuel Macron lors de son allocution du 31 mars – un engagement renouvelé plusieurs fois par son entourage. Cette promesse de rouvrir certains lieux publics pose nécessairement la question de la manière dont le virus se transmet et des solutions pour en limiter la diffusion.
Depuis le premier confinement, au printemps 2020, les connaissances ont beaucoup évolué sur le sujet. La plupart des scientifiques s’accordent désormais sur le fait que la transmission se fait essentiellement par les aérosols, ces microgouttelettes émises en permanence par la respiration. « La voie la plus fréquente de transmission, et peut-être exclusive, ce sont les aérosols, et cette voie n’existe pas vraiment en extérieur. Les surfaces infectées n’ont, elles, pas suffisamment de charge virale même si, en théorie, une contamination par ce biais est possible. Quant à la voie directe, elle est théoriquement possible mais probablement plus rare qu’on ne le croit car cela implique de postillonner sur la personne devant vous à très faible distance », explique ainsi Antoine Flahault.
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Au vu de ces éléments, et à condition que les protocoles mis en place limitent la transmission et soient respectés par les clients, une réouverture rapide des terrasses à l‘air libre, où les aérosols se dissipent, pourrait être envisagée. Mieux vaut en effet encadrer les rencontres à l’extérieur que laisser les gens se contaminer dans des espaces clos. L’étude ComCor publiée par l’Institut Pasteur le 1er mars soulignait ainsi « que les clusters et épisodes de transmission bien caractérisés sont très majoritairement identifiés en espaces intérieurs comparé à extérieur ».
Pourtant, met en garde Mircea Sofonea, « l’effet de dilution des particules virales à l’air libre ne joue pas toujours son rôle, notamment s’il y a trop de brassage et si la densité est forte. Il est difficile d’associer un risque à une situation », insiste le chercheur. C’est pourquoi les protocoles adoptés doivent permettre d’éviter au maximum les brassages en intérieur (par exemple au niveau des toilettes ou au moment de payer l’addition) et d’instituer un traçage des contacts efficace, par le biais des applications ou des registres. Pour ce qui est des lieux accueillant du public en intérieur, difficile d’imaginer une ouverture sans dispositifs de jauge, et le port du masque sera nécessairement obligatoire, car c’est seulement quand tout le monde en porte un que l’on se protège soi et les autres du risque d’aérosol.
Par ailleurs, des déconfinements territorialisés mis en place plus tôt dans des départements à faible circulation virale « auraient permis de tester des dispositifs et d’évaluer quelles jauges n’affectent pas l’incidence à la hausse », analyse Mircea Sofonea. Une mesure qui va peut-être finir par s’imposer. Olivier Véran, le ministre de la santé, s’est dit lundi 19 avril favorable à une approche « territoire par territoire dans la levée des mesures de freinage ».
- La stratégie vaccinale suffira-t-elle à sortir de l’épidémie ?
L’exécutif mise sur l’avancée de la campagne de vaccination pour vaincre l’épidémie, et la plupart des scientifiques comme des soignants s’accordent sur le fait que c’est l’immunité vaccinale qui permettra de sortir la tête de l’eau. Pour autant, vacciner à tour de bras ne suffit pas à stopper une dynamique épidémique, surtout quand le niveau de circulation du virus est aussi haut que celui observé actuellement en France. L’exemple chilien peut servir d’avertissement : 37 % de la population a reçu une première dose, mais a relâché les mesures barrières, entraînant une flambée de l’épidémie.
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« On ne pourra pas se passer complètement des mesures non pharmaceutiques [comme le confinement, les gestes barrières, le port du masque] tant qu’on n’aura pas atteint une couverture vaccinale suffisante », alerte Mircea Sofonea. Selon les modélisations de l’Institut Pasteur, il faudrait que plus de 90 % des adultes soient vaccinés pour qu’un relâchement complet des mesures de contrôle soit envisageable à l’automne.
Un tel seuil est-il atteignable, alors que les dernières enquêtes montrent que seuls de 60 % à 70 % de la population française ont l’intention de se faire vacciner ? D’autant plus qu’il y a toujours un écart entre l’intention déclarée et le passage à l’acte. « A mesure qu’on avance dans la vaccination, on va toucher les populations les plus réticentes, et notamment les plus jeunes, que le rapport bénéfice/risque individuel moins clairement favorable va rendre plus hésitants », analyse Mircea Sofonea.
Pour Jeremy Ward, sociologue à l’Inserm, « il faut déployer un ensemble d’initiatives pour aller chercher le plus de monde possible et mobiliser les forces sur le terrain ». Cela passe par des dispositifs tels que le bus de vaccination déployé en Seine-Saint-Denis pour aller à la rencontre des habitants du département le moins vacciné de France, mais aussi par un recours aux médecins généralistes, plus proches des patients et donc plus à même de leur présenter les intérêts individuels et collectifs de la vaccination.
« Les avis sont volatils et changent en fonction des polémiques », insiste Jeremy Ward, comme la défiance envers le vaccin AstraZeneca, qui s’éteindra peut-être avec le temps. « Mais ce qui prolonge cette hésitation, ce sont les mauvaises décisions politiques et la perte de confiance dans les autorités », met en garde le sociologue.
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A ce rythme, quand pourra-t-on enfin envisager de revenir à une vie normale ? Le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, voit « une sortie de crise définitive plutôt sur 2022 » et anticipe une circulation virale encore importante à l’automne. De son côté, Mahmoud Zureik la situe « probablement au dernier trimestre 2021, s’il n’y a pas de retournement de situation à cause de nouveaux variants d’ici là ».
Car tel est le risque de choisir la stratégie du « vivre avec » le coronavirus : une incidence trop élevée le laisse poursuivre ses mutations et contribue à l’émergence de variants. « Chaque nouveau variant peut perturber une stratégie qui ne se base que sur la vaccination », avertit Mircea Sofonea.
Delphine Roucaute et Elisabeth Pineau
Covid-19 : la tentation du relâchement »

Anaïs Moran observe dans Libération que « depuis le début de la crise du Covid-19, le langage des épidémiologistes n’est jamais trop prudent lorsqu’une énième tendance d’amélioration pointe le bout de son nez. Ces derniers jours, positifs mais très fragiles, ne font pas exception ».
« En revanche, du côté d’Olivier Véran, le ministre de la Santé, le sens de la retenue peut tout à fait se conjuguer avec l’engagement de mesures d’assouplissements. Un mariage quelque peu déconcertant », remarque la journaliste.
Le ministre a ainsi déclaré : « Depuis cinq jours, nous amorçons une décroissance de l’épidémie […] Mais cette diminution reste fragile : nous sommes toujours à un niveau très élevé de l’épidémie et la descente n’est pas encore suffisamment rapide et tranchée. Il nous faut continuer nos efforts ».
« Avant d’annoncer […] qu’un certain nombre d’allégements seraient envisagés à partir de la mi-mai », relève Anaïs Moran, qui souligne que« pour certains épidémiologistes, le gouvernement ne prend plus le temps d’atteindre un faible niveau de contamination pour envisager de relâcher les restrictions. Un pari qui peut s’avérer «très dangereux» ».
Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique de Rennes, remarque ainsi : « Dès qu’on voit les premiers effets des mesures, on n’a qu’une idée en tête, c’est d’annoncer un futur proche de relâchement avant même de savoir ce qu’il en est réellement. C’est contre-productif ».
Anaïs Moran s’interroge : « Où en sommes-nous précisément, à moins d’une semaine de la rentrée des petites classes ? Au niveau des contaminations, la courbe semble avoir enclenché son affaissement. Début avril, la moyenne quotidienne d’individus testés positifs au Sars-CoV-2 effleurait les 40.000. Quinze jours plus tard, elle tourne autour des 33.000 ».
« Rien n’est pourtant évident, car dans le même temps, le nombre de dépistages a lui aussi fortement diminué. Dans son dernier bulletin épidémiologique, daté du 15 avril, Santé publique France faisait état d’une diminution de 18,6% entre le nombre de tests réalisés la semaine du 5 avril au 11 avril (première semaine avec les établissements scolaires fermés) et la précédente », précise la journaliste.
Pascal Crépey note toutefois que « cet indicateur du nombre de cas est clairement brouillé par les jours d’école à la maison et les vacances scolaires, car les Français n’ont pas forcément toujours pris le temps d’aller se faire tester durant cette période compliquée. […] C’est difficile de connaître le rôle exact de la baisse des tests réalisés vis-à-vis de la diminution totale des positifs détectés. Elle ne fait pas tout. On peut raisonnablement dire que le pic des contaminations est désormais passé. Mais nous devons encore attendre pour connaître le réel effet des mesures ».
Anaïs Moran continue : « Cette descente apparaît pour les spécialistes trop peu prononcée pour envisager le mois prochain avec sérénité ».
Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef du service de parasitologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, relève ainsi qu’« on est loin d’être sur une pente fantastique. A priori, toutes les raisons laissent à penser que cette dynamique de baisse ne nous permettra pas d’atteindre mi-mai les 10.000 cas par jour, comme c’était à la sortie de la seconde vague ».
Le spécialiste ajoute : « J’ai l’impression que le gouvernement a radicalement modifié sa doctrine. Il ne prend plus le temps d’atteindre un faible niveau de contamination. C’est très dangereux. En relâchant les mesures trop tôt, le risque c’est que la descente ralentisse ou même s’interrompe et que tous ces efforts aient été faits inutilement ».
Anaïs Moran relève que selon Pascal Crépey, « relâcher les mesures trop tôt pourrait aussi entraîner un «effet délétère» sur les capacités de contrôle face aux nouveaux variants, brésilien et indien en tête ».
Le chercheur remarque : « On sait que le contact-tracing et l’investigation des clusters sont les plus efficaces lorsque la circulation du virus est faible. Avec des dizaines de milliers de cas par jour, ce dispositif se grippe. Si on ne prend pas le temps de baisser drastiquement le nombre de cas, on laisse l’opportunité aux variants d’avancer masqués, comme en ce début d’année. Or ils représentent un risque réel dont il faut se prémunir ».
La journaliste souligne que « surtout, pour le Pr Renaud Piarroux, il ne faudrait envisager de «lâcher la bride» qu’à partir du moment où l’hôpital serait en mesure de «fonctionner normalement». Autrement dit, loin du mode dégradé et des déprogrammations massives aujourd’hui subis par les malades ».Date de publication : 21 avril 2021
« Un déconfinement région après région ? Le « oui mais » des médecins »


Le Parisien note en effet qu’« Olivier Véran, le ministre de la Santé, n’exclut pas un allègement des restrictions par zone géographique, avec plus de libertés là où le virus circule le moins. Pas idiot, selon des médecins et épidémiologistes qui préviennent toutefois : cela n’a de sens que si l’exode vers ces territoires est interdit ».
Le journal relaie la proposition du président PS de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, qui « plaide pour que [le département du Finistère], le moins touché de métropole, devienne un «laboratoire du déconfinement» ».
Le quotidien évoque ainsi « la réouverture dès début mai des cinémas, des théâtres, des tribunes de stade avec une jauge de 8000 spectateurs, des bars et restaurants, uniquement en terrasse. Et même l’organisation de «concerts tests». Le Finistère pourrait ouvrir le bal ».
« C’est en tout cas ce que souhaite Loïg Chesnais-Girard […], qui […] a écrit au Premier ministre Jean Castex pour faire de ce département le moins touché de métropole, un «laboratoire du déconfinement». Le Covid-19 y contamine 90 personnes pour 100.000 habitants, quand la moyenne nationale flirte avec la barre des 340. En somme, «un déconfinement territorialisé» », explique Le Parisien.
Le journal note qu’« Olivier Véran a lui-même plaidé en faveur de la mesure ce mardi. […] Mais le ministre de la Santé n’en a pas défini le calendrier, pas plus qu’il en a précisé les contours (retardement ou suppression du couvre-feu, réouverture des commerces, liberté de circulation… ?). Reste qu’après avoir mis en place les restrictions département par département, avant de les homogénéiser dans toute la France, l’idée de les lever zone par zone fait son chemin ».
Christian Rabaud, professeur d’infectiologie au CHU de Nancy, remarque que « cette approche a clairement du sens. Finalement, c’est faire la même chose qu’à l’échelle des pays, mais en plus petit. Des zones paient très cher leur confinement alors qu’elles ne le méritent pas forcément sur un plan sanitaire ».
Philippe Amouyel, épidémiologiste au CHU de Lille, relève quant à lui que « l’épidémie en France est hétérogène, le virus ne circule pas partout de la même manière. Sortir de manière graduée du confinement, plutôt que décréter hop, tout le monde dehors en même temps, est assez logique ».
Le Parisien observe ainsi que « déconfiner par territoire, c’est oui… mais pas à n’importe quel prix, nuancent néanmoins les experts ».
Le Pr Amouyel précise que « cela ne peut pas être fait trop tôt, car si certains territoires sont moins touchés, aucun ne se situe au-dessous du seuil d’alerte initialement fixé, et que l’on a tendance à oublier ! Ensuite, si une circulation est possible vers les zones libérées, la mesure risque vite de ne plus avoir d’effet ».
Et le Pr Rabaud observe : « Il est clair que si la Bretagne se déconfine mais que, dans le même temps, 17 trains partent de Montparnasse pour un exode local, cela n’a plus aucun intérêt ».
Le journal conclut qu’« en attendant les précisions, qui devraient être données ce jeudi soir lors d’une grande conférence de presse du gouvernement, le médecin s’accorde un temps de baume au cœur : dans son hôpital, à défaut de baisser, la courbe se stabilise ». Le Pr Rabaud déclare ainsi que « pour le moral, je vous assure que c’est toujours ça de pris ! ».
De son côté, Le Monde souligne que « si le nombre de patients atteints du Covid-19 en réanimation semble se stabiliser à un niveau très élevé, les médecins attendent une confirmation de la décrue ».
Le journal explique que « la situation à l’hôpital – particulièrement dans les réanimations, qui accueillent les malades atteints du Covid-19 dans un état grave – reste tendue, avec près de 6000 patients en soins critiques. Depuis quelques jours, le nombre de ces patients a cessé de croître, mais la tendance est encore fragile. Est-ce suffisant pour envisager un déconfinement à l’horizon de la mi-mai ? ».
Le quotidien indique notamment que « selon les modélisations de l’Institut Pasteur, mises à jour lundi 19 avril, qui s’appuient sur des données épidémiologiques, météorologiques et de mobilité, «une baisse des admissions à l’hôpital et des besoins en lits dans les jours qui viennent» se dessine bien «au niveau national». Cela pourrait néanmoins prendre la forme, dans certaines régions métropolitaines, de «plateaux» ».
« Dans les hôpitaux, on reste prudent face à cet horizon de la mi-mai, au vu de la diversité des situations entre les différentes régions », poursuit Le Monde. Olivier Claris, président de la commission médicale d’établissement des Hospices civils de Lyon (HCL), souligne ainsi : « De la même manière que certains départements ont été ciblés très tôt avec des mesures restrictives, l’allègement des mesures doit être examiné selon les situations de chaque territoire ».Date de publication : 22 avril 2021