Le vaccin de Johnson & Johnson jugé sûr malgré les risques rares de caillots sanguins, selon l’Agence européenne des médicaments
Les bénéfices de ce vaccin contre le Covid-19 restent largement supérieurs aux risques éventuels, maintient l’AEM.
Le Monde avec AFP et ReutersPublié hier à 16h37, mis à jour hier à 19h54
Temps de Lecture 2 min.
L’Agence européenne des médicaments (AEM) a réaffirmé, mardi 20 avril, que le vaccin contre le Covid-19 de Janssen, filiale de Johnson & Johnson, était sûr et efficace.
Au vu de la probabilité élevée de contracter le Covid-19, les bénéfices de ce vaccin restent largement supérieurs aux risques éventuels, a estimé l’agence sanitaire européenne après avoir établi un possible lien entre le vaccin et les cas – très rares mais sévères – de caillots sanguins atypiques observés aux Etats-Unis chez des personnes ayant reçu ce vaccin
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L’AEM juge toutefois que les caillots sanguins devraient être ajoutés à la liste des effets secondaires rares de ce vaccin.
« Les cas examinés étaient très similaires aux cas survenus avec le vaccin contre le Covid-19 développé par AstraZeneca, Vaxzevria », a, par ailleurs, précisé l’agence européenne. « Sur la base des éléments actuellement disponibles, les facteurs de risque spécifiques n’ont pas été confirmés », a-t-elle déclaré.
Une décision attendue aux Etats-Unis
Les autorités sanitaires américaines avaient recommandé, la semaine dernière, de suspendre l’utilisation de ce vaccin, le temps d’analyser en détail huit cas de caillots sanguins atypiques et sévères, observés majoritairement chez des femmes de moins de 60 ans, dont une est morte. Ces thromboses sont survenues quelques jours après l’administration du vaccin.
Nos réponses à vos questions : A quel point les vaccins sont-ils efficaces ? Quels effets secondaires ont-ils été observés ?
Ces cas recensés sont à rapporter aux plus de sept millions de doses du vaccin de Johnson & Johnson déjà administrées aux Etats-Unis. Le conseiller médical de la Maison Blanche, le docteur Anthony Fauci, a fait savoir, dimanche, qu’une décision sur ce sujet devrait être rendue publique d’ici à vendredi.
Johnson & Johnson reste « entièrement confiant » concernant son vaccin contre le Covid-19 et espère trouver « très bientôt » une solution sur son utilisation, a affirmé mardi son directeur financier, Joseph Wolk, lors d’un entretien avec la chaîne américaine CNBC. « Nous travaillons avec les régulateurs pour nous assurer qu’ils disposent de toutes les informations dont ils ont besoin pour prendre leurs décisions », a-t-il souligné.
Prêt à reprendre les livraisons en Europe
Le PDG de l’entreprise, Alex Gorsky, a, lui, précisé lors d’une conférence téléphonique que le groupe se tenait prêt à reprendre les livraisons en Europe et comptait bien « respecter son engagement de fournir 200 millions de doses à l’Union européenne, la Norvège et l’Islande ».
Dans le sillage de la suspension américaine, le laboratoire avait reporté le déploiement de ce vaccin en Europe et le comité d’évaluation des risques en pharmacovigilance de l’AEM avait décidé d’accélérer son analyse.
La semaine dernière, le laboratoire américain, qui devait livrer 55 millions de doses à l’Union européenne au deuxième trimestre, avait annoncé qu’il allait « retarder le déploiement » de son vaccin unidose.
Lire aussi**: Johnson & Johnson retarde le déploiement de son vaccin en Europe après qu’il a été mis « en pause » aux Etats-Unis
En France, le ministère de la santé a déclaré mardi que les autorités étaient prêtes à déployer les doses du vaccin de Janssen en fonction de l’avis de l’AEM et des recommandations que pourra émettre la Haute Autorité de santé dans la semaine.
Les vaccins contre le Covid-19 d’AstraZeneca et de Janssen sont « indispensables »pour atteindre les objectifs de la campagne de vaccination en France, a insisté le ministère. « Nous n’avons pas d’inquiétude sur notre capacité à atteindre nos objectifs » de 20 millions de personnes ayant reçu au moins une dose à la mi-mai, puis de 30 millions de personnes à la mi-juin, « et cela, en intégrant des hypothèses plutôt prudentes sur le niveau de consommation d’AstraZeneca et de Janssen », a-t-il précisé.
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Le Monde avec AFP et Reuters
Covid-19 : comment l’Europe se prépare à faire sans les vaccins d’AstraZeneca et de Janssen
L’Agence européenne des médicaments a estimé que les bénéfices du produit de Johnson & Johnson dépassaient les risques liés à l’apparition de thromboses. L’UE pourrait, à l’avenir, se passer des vaccins à adénovirus, grâce à la montée en puissance de ceux à ARN messager.
Par Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)Publié hier à 22h09, mis à jour à 15h53
Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/20/comment-l-europe-se-prepare-a-faire-sans-astrazeneca-et-johnson-amp-johnson_6077465_3244.html#xtor=AL-32280270

Les débuts en Europe du vaccin de Janssen (Johnson & Johnson) contre le Covid-19 sont pour le moins laborieux. Autorisé par l’Agence européenne des médicaments (AEM) le 11 mars, il aurait dû commencer à arriver chez les médecins et dans les pharmacies le 19 avril.
Mais l’apparition de huit cas sévères de troubles thromboemboliques (dont un mortel) aux Etats-Unis, où plus de sept millions de personnes ont déjà été immunisées avec le vaccin de Johnson & Johnson, en a retardé le déploiement.
Les experts de l’AEM ont évoqué, mardi 20 avril, un « lien possible » entre l’administration du Janssen et ces effets secondaires graves, apparus chez des personnes de moins de 60 ans, le plus souvent des femmes, dans les trois semaines suivant l’injection. Pour expliquer ces effets secondaires dangereux, ils n’ont, à ce stade, pas identifié de facteur de risque, comme le genre ou l’âge, et avancent comme « explication plausible » une « réponse immunitaire »de l’organisme au vaccin.
Toutefois, les « bénéfices de ce vaccin dépassent ses risques », martèle Emer Cooke, la directrice générale de l’AEM, qui rappelle que « le week-end dernier trois millions de nouveaux cas de Covid-19 ont été répertoriés dans le monde ». Dans ce contexte, le régulateur européen ne recommande pas que l’usage du Janssen soit restreint. Les autorités sanitaires nationales devront désormais faire leurs recommandations.
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Celle de la Haute Autorité de santé française est attendue en fin de semaine. Mais, au vu du précédent AstraZeneca – un vaccin à adénovirus, comme celui de Johnson & Johnson, qui a causé des événements thromboemboliques « très similaires », selon l’AEM – , il est probable que la plupart des pays européens en restreindront l’usage aux plus âgés.
Le 7 avril, l’AEM avait en effet, peu ou prou, tiré les mêmes conclusions concernant le vaccin développé par l’université d’Oxford, également à l’origine de quelques rares cas de caillots sanguins graves. Le vaccin d’AstraZeneca est désormais réservé aux plus de 55 ans en France, aux plus de 60 ans en Allemagne. Au Danemark, il est interdit…
Plus si indispensable
Cet enchaînement de mauvaises nouvelles pour les vaccins à adénovirus qui, dans certains pays, à commencer par la France et l’Allemagne, inspirent désormais une confiance toute relative, n’est pas une bonne nouvelle, alors que les variants se multiplient et que la pandémie continue à se propager.
Mais le vaccin de Johnson & Johnson, sur lequel les Européens comptaient il y a encore peu pour accélérer leur campagne de vaccination – puisqu’il ne nécessite qu’une injection, quand tous les autres en requièrent deux –, ne leur paraît plus si indispensable aujourd’hui.
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De même, les Vingt-Sept, qui se désespéraient des problèmes de production d’AstraZeneca et de ses retards à répétition il y a trois mois, se sont mis en position de bientôt pouvoir se passer des services du laboratoire anglo-suédois. La capacité de production européenne de vaccins contre le Covid-19 a fortement augmenté : « Elle est passée de 15 millions à 150 millions de doses par mois, entre décembre 2020 et avril », rappelle-t-on dans l’entourage de Thierry Breton, le commissaire européen chargé du volet industriel de la stratégie vaccinale européenne.
Et cette montée en puissance a profité à Moderna et surtout à Pfizer-BioNTech, qui ont non seulement respecté leur contrat avec les Européens mais ont, en plus, pu s’engager sur de nouvelles livraisons. Ainsi, la Commission a doublé ses commandes à Pfizer-BioNTech, qui devrait, cette année, fournir 600 millions de vaccins aux Vingt-Sept. Moderna, à qui les Européens avaient commandé 160 millions de doses, devrait en livrer 150 millions de plus en 2021. Au total, donc, cette année, ces deux industriels devraient permettre aux Européens d’immuniser, à eux seuls, 455 millions de personnes, soit la totalité de la population.
« Pas de discussions amorcées »
Si nécessaire, « à partir du mois de juin, on pourra se contenter des vaccins à ARN messager [Pfizer-BioNTech et Moderna], qui sont plus efficaces contre le Covid-19 et ses variants que les vaccins à adénovirus », constate l’eurodéputée (Renew) Véronique Trillet-Lenoir, spécialiste des sujets de santé, qu’elle connaît bien pour avoir suivi une carrière de médecin. D’autant qu’un troisième vaccin à ARN messager, celui de la société allemande CureVac, devrait bientôt – sans doute en mai – être autorisé par l’AEM.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Vaccins contre le Covid-19 : pourquoi la France reste cantonnée à un rôle de sous-traitant
Dans ce contexte, quand il s’agit d’évoquer la deuxième vague d’achat de vaccins, celle qui permettra de booster les premières injections ou de combattre les variants, les Européens ne ménagent plus AstraZeneca. « On ne va pas se mettre entre les mains d’un laboratoire qui a eu des problèmes, qui n’a pas toujours fait la transparence sur ces problèmes, et qui en tout cas n’a pas pu honorer toutes ses commandes », a déclaré le secrétaire d’Etat français aux affaires européennes, Clément Beaune, mardi 20 avril, sur Franceinfo. L’industriel anglo-suédois ne devrait en effet livrer aux Européens que 100 millions de doses au premier semestre, contre 300 millions initialement prévues.
Quand il s’agit d’évoquer la deuxième vague d’achat de vaccins, les Européens ne ménagent plus AstraZeneca
La Commission européenne a d’ores et déjà annoncé discuter avec Pfizer-BioNTech pour l’achat de 1,8 milliard de nouvelles doses en 2022 et 2023. « Nous n’avons pas amorcé de discussions avec Johnson & Johnson et avec AstraZeneca pour un nouveau contrat, là où nous en avons d’ores et déjà amorcé avec Pfizer-BioNTech et Moderna », a souligné la ministre française de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, sur RMC, le 16 avril.
Cela étant dit, s’ils veulent immuniser 70 % de la population adulte d’ici à fin juin, les Européens ne peuvent encore pas totalement faire abstraction d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson. Au premier trimestre, 107 millions de vaccins leur ont été livrés. Ce chiffre devrait monter à 410 millions au deuxième trimestre, dont 70 millions d’AstraZeneca et 55 millions de Janssen. De quoi vacciner d’ici à la fin juin plus que la totalité de la population adulte. « Les vaccins d’AstraZeneca et de Janssen restent indispensables dans la stratégie vaccinale (…) dans les semaines à venir », lance-t-on au ministère de la santé. Mais ensuite…
Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)
*Ce que l’on sait du vaccin de Johnson & Johnson contre le Covid-19
Alors que les premières doses sont arrivées dans l’Union européenne, les Etats-Unis ont décidé de suspendre temporairement l’utilisation du vaccin du groupe pharmaceutique, à la suite de quelques rares cas d’effets secondaires graves.
Par Le Monde.frPublié le 16 avril 2021 à 17h06 – Mis à jour le 17 avril 2021 à 10h19
Temps de Lecture 5 min.
https://wordpress.com/post/jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/14464

« On élargit la vaccination. » Le 11 avril, dans les colonnes du Journal du dimanche, le ministre de la santé, Olivier Véran, annonçait que, dès le lendemain, tous les Français de plus de 55 ans pourraient recevoir une dose de vaccin contre le Covid-19.
Une situation notamment rendue possible grâce à la livraison, « avec une semaine d’avance », de quelque « 200 000 doses » du vaccin Janssen. Celui-ci, développé par une filiale belge du groupe pharmaceutique américain Johnson & Johnson (J & J), avait reçu un mois auparavant l’autorisation de mise sur le marché de la Commission européenne et de l’Agence européenne des médicaments (AEM), devenant ainsi le quatrième vaccin homologué dans l’Union.
A peine deux jours plus tard, mardi 13 avril, J & J décidait de « retarder le déploiement » de son vaccin en Europe. En cause : la suspension de son utilisation par les autorités sanitaires américaines, le temps d’analyser des cas potentiels d’effets secondaires graves chez des personnes l’ayant reçu.
- Comment fonctionne le vaccin Janssen ?
Comme le vaccin de la firme suédo-britannique AstraZeneca, celui de Janssen repose sur la technologie dite du « vecteur viral ». Cela signifie que l’on utilise un virus vivant mais rendu inoffensif pour l’homme, pour véhiculer une partie précise du génome du SARS-CoV-2 dans les cellules afin de déclencher une réponse immunitaire.
Cette méthode, qui est désormais bien maîtrisée, a l’avantage d’offrir un large choix de virus « véhicules ». Le vaccin du groupe J & J, à l’instar de celui d’AstraZeneca, a ainsi recours à un type bien précis : un adénovirus. Dans le cas du laboratoire suédo-britannique, il s’agit d’un adénovirus de chimpanzé ; dans le cas du vaccin belgo-américain, c’est un adénovirus humain.Lire aussi : Comment fonctionnent les futurs vaccins contre le Covid-19
J & J a déjà recouru à cette technologie − qui porte le nom commercial AdVac − contre Ebola, et l’utilise comme base de possibles vaccins contre le VIH ou le Zika.
- Quels sont les effets graves observés ?
Les soupçons des autorités sanitaires américaines sont nés après plusieurs signalements de thromboses (ou formation de caillots sanguins) très inhabituelles chez des personnes ayant reçu une dose du vaccin de J & J. Sept cas graves de problèmes de coagulation ont été rapportés chez des femmes, âgées de 18 à 48 ans, ayant reçu l’injection six à treize jours plus tôt. L’une d’elles est morte ; une autre est dans un état critique.
« Les effets indésirables recensés pour le vaccin de Johnson & Johnson sont très similaires à ceux d’AstraZeneca », expliquait au Monde le professeur Milou-Daniel Drici, responsable du Centre régional de pharmacovigilance de Nice.
Nos réponses à vos questions : A quel point les vaccins sont-ils efficaces ? Quels effets secondaires ont-ils été observés ?
Ces thromboses sont atypiques dans la mesure où elles touchent des veines du cerveau et, dans une moindre mesure, de l’abdomen, détaillait le 7 avril l’AEM au sujet du produit d’AstraZeneca. Les autorités sanitaires américaines – la Food and Drug Administration et les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) – ont elles aussi fait état de « thromboses des sinus veineux cérébraux » dans le cas du vaccin de J & J.
Outre leur localisation, elles intriguent les scientifiques car elles s’accompagnent d’une chute du niveau de plaquettes sanguines, lesquelles aident le sang à coaguler. Paradoxalement, cela peut donc provoquer des hémorragies en plus de caillots sanguins. « Nous sommes tout à fait conscients qu’il s’agit d’un événement très rare », a reconnu le conseiller de la Maison Blanche sur la pandémie de Covid-19, Anthony Fauci. A la mi-avril, près de 7,5 millions d’Américains ont reçu une dose de vaccin de J & J.
- Une suspension « sans impact important » aux Etats-Unis ?
Un groupe d’experts américains, réuni le 15 avril à la demande des CDC, a choisi de prolonger pour au moins une semaine la suspension de l’utilisation du vaccin, estimant avoir besoin de plus de temps pour évaluer ses possibles liens avec la formation de caillots.
Selon les autorités américaines, cette interruption n’aurait « pas d’impact important » sur la campagne de vaccination outre-Atlantique, où les doses de ce vaccin représentent moins de 5 % de celles administrées jusqu’à présent.
Des membres du groupe d’experts du CDC s’étaient cependant prononcés contre le maintien de cette « pause », estimant qu’elle risquait de retarder l’accès au vaccin de publics parmi les plus vulnérables. En effet, ce vaccin ne nécessite qu’une seule injection et il a l’avantage de se conserver longtemps à des températures comprises entre + 2 °C et + 8 °C, facilitant à la fois son déploiement et son stockage.
Lire aussi : Avec le vaccin Johnson & Johnson, le pari de la dose unique
- Quelle conséquence potentielle sur la vaccination dans l’UE ?
Les déboires du vaccin de Johnson & Johnson pourraient en tout cas avoir des répercussions sur les campagnes vaccinales des Vingt-Sept, où l’usage du vaccin d’AstraZeneca a déjà été drastiquement restreint dans la plupart des pays en raison de possibles cas de thrombose − le Danemark a même annoncé le 14 avril y renoncer définitivement.
L’Agence européenne des médicaments a fait savoir qu’elle publierait une recommandation concernant le produit de J & J au cours de la semaine du 19 avril et qu’elle restait pour l’instant d’avis que les bénéfices de celui-ci l’emportaient sur les risques.
L’UE a déjà signé pour une commande ferme de 200 millions de doses du vaccin de J & J, à laquelle s’ajoute une option pour 200 millions supplémentaires. Toutefois, les autorités européennes, confrontées à la fois à des difficultés d’approvisionnement et aux inquiétudes liées aux effets secondaires des vaccins d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson, pourraient décider de ne pas renouveler leurs contrats avec ces groupes pharmaceutiques.
Aucune décision n’a été prise à ce jour, a déclaré, vendredi 16 avril, la ministre chargée de l’industrie française, Agnès Pannier-Runacher, sur BFM-TV-RMC. Mais, « c’est la plus grande probabilité », a-t-elle glissé.
- Quelle est la position de la France ?
Le gouvernement français a néanmoins assuré conserver sa « confiance » en ce vaccin. Il « va évidemment être distribué et administré dans les mêmes conditions que ce qui est prévu aujourd’hui pour le vaccin d’AstraZeneca, c’est-à-dire pour les personnes âgées de plus de 55 ans, a ainsi déclaré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à l’issue du conseil des ministres, le 14 avril. Nous avons reçu la première livraison de vaccins [de Johnson & Johnson], c’est-à-dire 200 000 doses qui sont arrivées en début de semaine sur notre territoire et qui sont en train d’être acheminées auprès de la médecine de ville et des officines de pharmacie. »
Lire aussi : « Pour la stratégie vaccinale, c’est râpé »… Les pharmaciens réclament plus de doses
La décision des autorités américaines « ne remet pas en cause le calendrier vaccinal », avait également balayé Mme Pannier-Runacher. « La prochaine livraison attendue est le 26 avril », avait-elle rappelé, insistant sur le fait qu’entre-temps l’Agence européenne du médicament aurait rendu son avis sur le sujet.
**Covid-19 : Johnson & Johnson retarde le déploiement de son vaccin en Europe après qu’il a été mis « en pause » aux Etats-Unis
Le vaccin a été mis « en pause » par les autorités américaines. Six cas rares et graves de troubles de la coagulation ont été signalés, évoquant des effets indésirables également observés avec le vaccin d’AstraZeneca.
Par Delphine Roucaute et Pascale SantiPublié le 14 avril 2021 à 12h03 – Mis à jour le 14 avril 2021 à 12h24
Temps de Lecture 5 min.

Mauvaise nouvelle, le vaccin Janssen a été mis « en pause » aux Etats-Unis, mardi 13 avril. Cette décision a été prise par les autorités sanitaires, la Food and Drug administration (FDA) et les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), qui devaient se réunir mercredi 14 avril. Six cas rares mais graves de problèmes de coagulation ont été signalés chez des femmes, âgées de 18 à 48 ans, ayant reçu le vaccin développé par le laboratoire américain Johnson & Johnson, administré en une seule dose. Une femme est décédée, et une autre est dans un état critique. L’Afrique du Sud a elle aussi annoncé la suspension de ce vaccin unidose.
« Pause par excès de prudence »
Ces effets indésirables concernent des patientes ayant reçu le vaccin six à treize jours plus tôt, et qui ont développé des thromboses veineuses cérébrales, associées à un faible taux de plaquettes dans le sang (thrombopénie). Ils semblent « extrêmement rares », avec 6 cas sur 6,8 millions d’injections de ce vaccin administrées aux Etats-Unis. Dans ce contexte, la FDA recommande « une pause par excès de prudence », indique-t-elle dans son communiqué du 13 avril. La Johns Hopkins School of Medicine estime que cinq thromboses veineuses cérébrales surviennent par million de personnes chaque année. En attendant, les autorités sanitaires américaines invitent les personnes vaccinées avec Janssen à appeler leur médecin en cas de symptômes tels que : maux de tête sévères, douleurs abdominales, douleurs dans les jambes ou essoufflement.
Lire aussi : Vaccin Johnson & Johnson : le pari de la dose unique
Mais le gouvernement rassure. « Cette annonce n’aura pas d’impact important sur notre campagne de vaccination : le vaccin de Johnson & Johnson représente moins de 5 % des doses administrées aux Etats-Unis jusqu’à présent », a assuré Jeff Zients, coordinateur de la lutte contre le Covid-19 pour la Maison Blanche, interrogé par l’AFP. « Cette pause devrait renforcer la confiance dans le fait que le gouvernement accorde la priorité à la sécurité », a aussi déclaré Joe Biden lors d’un point de presse, selon l’agence Associated Press. Le vaccin du laboratoire suédo-britannique AstraZeneca, un autre vaccin à vecteur adénovirus, n’a, lui, toujours pas été validé par la FDA.
La mise en garde américaine arrive au pire moment pour le groupe pharmaceutique Johnson & Johnson, qui a indiqué mardi qu’il avait « pris la décision de retarder le déploiement » de son vaccin Janssen en Europe, alors que les premières livraisons ont commencé lundi. Pour l’heure, le groupe américain« est en train d’étudier ces cas avec les autorités européennes de santé », a-t-il fait savoir dans un message mardi. Depuis le 9 avril, l’Agence européenne des médicaments (AEM) a en effet lancé une enquête destinée à évaluer des informations issues de la pharmacovigilance américaine. Elle a indiqué dans un communiqué mardi que « le comité de sécurité de l’AEM étudie tous les cas signalés et décidera si une action réglementaire est nécessaire ».
Le vaccin était très attendu en France
En France, cela faisait un mois que le vaccin était attendu, depuis l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS) recommandant, le 12 mars, son utilisation dans le cadre de la stratégie vaccinale contre le Covid-19. 206 400 doses devaient être livrées la semaine du 12 avril, avec une semaine d’avance par rapport au calendrier initial, selon le ministre de la santé, Olivier Véran.
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Les premières injections devaient commencer dès la semaine prochaine par le biais du circuit de distribution des pharmacies et des cabinets médicaux et infirmiers, dont les commandes se sont closes mardi soir. Une deuxième livraison de 358 000 doses était attendue pour la semaine du 26 avril. Selon le calendrier prévisionnel du ministère de la santé, le laboratoire doit ensuite lentement monter en puissance, avec des livraisons de 1,7 million de doses en mai, puis 5,8 millions en juin.
La HAS a ouvert l’utilisation du vaccin Janssen à toutes les personnes de plus de 18 ans, y compris celles de plus de 65 ans et/ou présentant des comorbidités, du fait de « son efficacité vaccinale et de son profil de tolérance satisfaisant ». Mais l’exécutif a décidé, dimanche 11 avril, d’ouvrir son accès de manière plus limitée « par cohérence et souci d’efficacité, à tous les plus de 55 ans, sans conditions », selon les mots de M. Véran, sur le modèle des recommandations faites pour le Vaxzevria d’AstraZeneca, le seul autre vaccin injecté par la médecine de ville. S’il est pour l’instant « centré sur les plus de 55 ans », il est trop tôt pour dire s’il restera interdit aux plus jeunes, a toutefois fait savoir mardi le ministère de la santé.
Du fait de son injection en une seule dose, contre deux pour tous les autres vaccins actuellement sur le marché, le Janssen était attendu pour accélérer la campagne vaccinale en France et permettre, notamment, d’atteindre les publics précaires et éloignés des circuits de santé. La HAS l’a aussi jugé « particulièrement adapté » aux « personnes en situation de handicap ou éprouvant des difficultés pour se déplacer ». Des livraisons vers les collectivités d’outre-mer étaient également envisagées, notamment pour l’île de Saint-Martin, dans les Antilles françaises.
Ce revirement bouscule une fois de plus le calendrier vaccinal et évoque les déboires essuyés par AstraZeneca depuis début mars, et les suspensions en chaîne de son vaccin un peu partout dans le monde. Au 4 avril, 169 thrombophlébites cérébrales avaient été signalées pour ce vaccin et 53 thromboses veineuses splanchniques, pour 34 millions d’injections en Europe et au Royaume-Uni. Au 22 mars, 18 décès étaient à déplorer.
« Un cas sur un million »
« Les effets indésirables recensés pour le vaccin de Johnson & Johnson sont très similaires à ceux d’AstraZeneca, constate le professeur Milou-Daniel Drici, responsable du Centre régional de pharmacovigilance de Nice. C’est cette caractéristique d’association peu commune qui a motivé la pause vaccinale de masse demandée par la FDA et le CDC. » « Si ces cas restent rares, ils sont quelque peu préoccupants car ces thromboses se produisent dans des secteurs vasculaires atypiques, et sont associés à des thrombopénies », poursuit Milou-Daniel Drici.
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« Cela laisse à penser que ces cas pourraient être liés au vecteur adénovirus », à l’instar des vaccins AstraZeneca et Spoutnik V (du laboratoire de recherche russe Gamaleya), souligne le professeur Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie clinique au CHU de Bordeaux. Le vaccin à vecteur viral adénovirus utilise un virus vivant mais rendu inoffensif pour l’homme, pour véhiculer une partie précise du génome du SARS-CoV-2 dans les cellules afin de déclencher une réponse immunitaire contre le virus. « C’est probablement un effet lié au vecteur viral, qui génère des anticorps contre les plaquettes, de façon exceptionnelle, suggère la professeure Odile Launay, directrice du centre de vaccinologie Cochin-Pasteur, ce ne sont pas des bonnes nouvelles. »
« Ces vaccins sont efficaces, et ces accidents sont excessivement rares, un cas sur un million, tempère le professeur Molimard. Tant qu’on n’a pas le choix car on n’a pas assez de doses de vaccin ARN, le bénéfice-risque est bien supérieur. »
Mauvaise nouvelle ! 😟 Le CDC et FDA suspendent le vaccin Janssen pour des cas de thrombose atypique (1 cas/million)… https://t.co/Fh5uI6XBMl— MathieuMolimard (@Mathieu Molimard)
Cette annonce risque en tout cas de chambouler un peu plus la stratégie vaccinale européenne qui a déjà subi de nombreux revers. Les Etats membres, nombreux à faire face à un nouveau rebond épidémique, comptent beaucoup sur les vaccins pour freiner la dynamique de l’épidémie. Ces nouveaux soupçons risquent d’amplifier la méfiance, déjà très présente parmi la population.