Un fonds d’urgence de 10 millions d’euros pour les petites associations des quartiers populaires
La ministre déléguée en charge de la ville, Nadia Hai, entend soutenir les initiatives consacrées aux moins de 25 ans, en priorité les filles et les jeunes femmes.
Par Louise CouvelairePublié aujourd’hui à 09h07, mis à jour à 09h14
Temps de Lecture 3 min.
En déplacement à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), mardi 20 avril, Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la ville, a annoncé la création d’un fonds d’urgence de 10 millions d’euros. Baptisée « Quartiers solidaires jeunes », cette opération est destinée à soutenir les initiatives pour les moins de 25 ans, habitants des quartiers populaires. La priorité sera accordée aux projets s’adressant aux filles et aux jeunes femmes qui investiront les champs de la continuité éducative, du sport, de la culture, de la santé mentale, du lien intergénérationnel, de l’insertion sociale et professionnelle, et du soutien à la parentalité, a précisé Mme Hai dans un communiqué.
Une « goutte d’eau », commente Alessandra Machado. A 48 ans, cette éducatrice sportive, à la tête de l’association Passer’Elles, une structure réservée aux femmes (activités sportives et groupes de parole) qui opère dans le Nord, à Lille et à Roubaix, en a vu passer, au fil des ans, des politiques publiques « petit bras » et des dispositifs « à côté de la plaque », « en décalage avec la réalité du terrain ».
Lire aussi Dans les quartiers populaires, des initiatives « pour éviter le crash social »
Si elle salue le geste – 10 millions d’euros –, elle pointe le montant, qu’elle juge « ridicule », et la cible : les moins de 25 ans uniquement. Ils seraient 2,1 millions, répartis dans les 1 514 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), soit 15 % de la jeunesse française, selon le ministère de la ville. « Des programmes pour la jeunesse, c’est bien. En revanche, il n’y a jamais rien pour les femmes de plus de 25 ans, aucune politique publique globale, regrette Alessandra Machado. Ce sont pourtant elles qui tiennent l’équilibre social, qui résistent à tout. »
Mme Machado a écrit à Brigitte Macron il y a quatre mois pour alerter la première dame de « l’invisibilisation des femmes des quartiers » dans le débat public – « sauf lorsqu’il s’agit de les blâmer, pour le voile qu’elles portent, pour ce que font leurs enfants… » –, et sur les politiques publiques. Sans réponse pour l’instant.
« Actions très ciblées, efficaces et rapides »
Du côté du ministère de la ville, on insiste sur le caractère exceptionnel de cette aide, « qui vient s’ajouter aux 3,3 milliards d’euros du plan de relance – dont une partie bénéficiera aux grandes associations structurantes, et pas aux petites – et aux financements habituels », qui a pour but de « répondre à la crise due au Covid-19 » en subventionnant « des actions très ciblées, efficaces et rapides » envers les jeunes, un public parmi « les plus touchés » par les conséquences économiques et sociales de la pandémie. « Dix millions d’euros, ça peut paraître dérisoire mais pour une petite association, 5 000 euros, c’est beaucoup », remarque-t-on au ministère de la ville.
Lire aussi Le gouvernement dévoile un plan de 3,3 milliards d’euros en faveur des quartiers populaires
Dressant le constat d’une crise sanitaire affectant plus durement et durablement les habitants des quartiers populaires, Nadia Hai avait déjà annoncé, en septembre 2020, le lancement d’un premier fonds d’urgence de 20 millions d’euros à destination des associations de proximité appelé « Quartiers solidaires ». Six mois plus tard, le ministère de la ville fait le bilan : l’enveloppe a bénéficié à 2 600 associations (des subventions allant de 2 000 euros à 100 000 euros), dont un tiers mène une action en faveur des femmes et 600 étaient jusque-là inconnues du ministère de la ville.
Travail fastidieux et technique
Le nouveau fonds, destiné aux initiatives visant les jeunes de 0 à 25 ans, soutiendra les associations « de grande proximité » par le biais des préfets, chargés de distribuer l’enveloppe. Sauf que la plupart de ces associations « de grande proximité », de petite taille, n’ont ni les troupes ni les ressources financières pour répondre aux appels à projets. Un angle mort des politiques publiques.
« Je sais faire plein de choses, mais ça, je ne sais pas faire, témoigne Alessandra Machado. En revanche, il y a beaucoup d’associations qui ne font pas grand-chose sur le terrain et qui déclarent soudain œuvrer pour les filles, pour la mixité, pour la laïcité… Et elles, elles savent très bien répondre aux appels à projets. » Constituer les dossiers, fournir des bilans, s’assurer de rentrer dans les bonnes cases… Un travail fastidieux et technique, souvent impossible à effectuer pour une petite structure. Passer’Elles n’emploie qu’une seule salariée à plein temps – Mme Machado – et une autre à mi-temps.
Financée très ponctuellement par des subventions publiques, l’association fonctionne principalement grâce aux adhésions – entre 60 euros et 400 euros l’année, le tarif varie en fonction des revenus et de la situation familiale. Elle comptait 200 adhérentes en 2020, elles sont 60 en 2021. Avec la pandémie et les difficultés financières qu’elle entraîne pour les ménages précaires, les inscriptions dans les associations, sportives notamment, ont considérablement chuté.
« Les petites associations manquent toutes d’ingénierie, plaide Mohamed Mechmache, fondateur du collectif Aclefeu et coprésident de la coordination nationale Pas sans Nous. Soit il est prévu, parallèlement à cette enveloppe, de les accompagner, soit il sera impossible pour nombre d’entre elles de monter leur dossier afin d’obtenir des fonds. »