Suicides d’internes et conditions de travail

Suicide des internes en médecine : « Un hommage silencieux » prévu samedi à 14h30 devant le ministère de la Santé à Paris

Un interne s’est suicidé tous les 18 jours depuis janvier, alerte l’Intersyndicale nationale des internes en médecine. En cause, les conditions de travail et la cadence infernale imposée par la crise du Covid-19.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/suicide-des-internes-en-medecine-un-hommage-silencieux-prevu-samedi-a-14h30-devant-le-ministere-de-la-sante-a-paris_4375137.html

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franceinfoRadio FrancePublié le 17/04/2021 06:18 Temps de lecture :  1 min.

Un rassemblement silencieux est organisé samedi 17 avril devant le ministère de la Santé en hommage aux internes qui se sont donné la mort à cause de leurs conditions de travail. (ROMAIN LONGIERAS / HANS LUCAS)
Un rassemblement silencieux est organisé samedi 17 avril devant le ministère de la Santé en hommage aux internes qui se sont donné la mort à cause de leurs conditions de travail. (ROMAIN LONGIERAS / HANS LUCAS)

Un rassemblement silencieux est organisé samedi 17 avril à 14h30 devant le ministère de la Santé, organisé par l’Intersyndicale nationale des internes en médecine (Isni), en hommage aux internes qui se sont donné la mort à cause de leurs conditions de travail.

#ProtegeTonInterne – Hommage silencieux | Ensemble, rendons hommage à tous ces internes victimes d’un système hospitalier violent, pour ne jamais les oublier.
Rendez-vous demain à 14H30 devant le Ministère de la Santé et des Solidarités. pic.twitter.com/Ec0XUk8zhx— ISNI – InterSyndicale Nationale des Internes (@ISNItwit) April 16, 2021

« C’est un hommage silencieux à tous les internes tués par l’hôpital public », a expliqué samedi 17 avril sur franceinfo Alexandra De Sousa Dantas, la vice-présidente de l’Isni, alors que cinq internes se sont suicidés en France depuis début janvier, soit un tous les 18 jours. « Les internes ont trois fois plus de risque de se suicider » que le reste de la population du même âge », précise Alexandra De Sousa Dantas.

Jusqu’à « 90 heures par semaine » avec le Covid-19

« La situation était déjà alarmante avant la crise sanitaire », rappelle l’interne. Et la crise a « aggravé le mal-être ». Une campagne « protège ton interne » a été lancée fin mars par l’Isni, souligne Alexandra De Sousa Dantas, pour « dénoncer les conditions de travail des internes » qui travaillent « plus de 60 heures par semaines » en temps normal, un temps de travail « qui peut aller jusqu’à 90 heures à cause de la crise sanitaire ».

Lors de ce « moment de recueillement », seront présentes « trois familles d’internes décédés qui feront une allocution ». Des fleurs seront déposées « au pied du ministère de la Santé » ainsi que « des blouses des internes décédés » et des « affiches avec leur prénom et la date des décès ». « Notre seule revendication est d’être reçus uniquement avec les familles par le cabinet d’Olivier Véran », ajoute la représentante de l’intersyndicale.


Si vous avez besoin d’aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d’un membre de votre entourage, il existe des services d’écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D’autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

« On cumule tous les travers de l’hôpital » : le cri d’alarme de William, interne en neurochirurgie

L’Intersyndicale nationale des internes en médecine (ISNI) organise un hommage, ce samedi 17 avril à Paris, aux étudiants qui se sont suicidés depuis le début de l’année. L’occasion également de dénoncer leurs conditions de travail au sein de l’hôpital public.

Publié le 17/04/2021 à 12h47 •  

https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/on-cumule-tous-les-travers-de-l-hopital-apres-les-suicides-d-internes-en-medecine-le-cri-d-alarme-d-un-2049637.html

Un précédent rassemblement d'internes en médecine devant le ministère de la Santé et des Solidarités, en décembre 2020 à Paris.
Un précédent rassemblement d’internes en médecine devant le ministère de la Santé et des Solidarités, en décembre 2020 à Paris. • © Luc Nobout / IP3

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Des idées suicidaires déjà expérimentées par 23% des internes en médecine, cinq d’entre eux qui se sont donné la mort depuis janvier : les chiffres avancés par l’ISNI entendent alerter sur le malaise de ces étudiants, qui pratiquent également à l’hôpital. L’intersyndicale organise ce samedi 17 avril un hommage aux « victimes d’un système hospitalier violent » devant le ministère de la Santé et des Solidarités à Paris. L’événement rassemble des familles et des étudiants, dont William Haynes, interne en neurochirugie et président de syndicat pour le Languedoc-Roussillon.

Selon vous, être interne est-il devenu un facteur de risque de suicide ? 

Oui. On se suicide trois fois plus que les gens du même âge, donc c’est un facteur de risque. Évidemment, tout le monde a une situation personnelle. Ça arrive toujours sur un contexte autre, c’est évident. Mais le problème, c’est que quand il y a un suicide, on va dire : « Il était fragile, il avait des problèmes à la maison, ça n’a rien à voir avec l’hôpital. » Sauf que quand vous avez des problèmes à la maison et qu’en plus vous passez 100h à vous faire taper sur la tronche à l’hôpital, ça pousse à passer à l’acte. 

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Suite au décès de Tristan à Reims [qui s’est donné la mort le 19 février, NDLR], on a reçu une avalanche de témoignages. De gens qui disent par exemple : « Un jour, je me suis retrouvé sur le quai à attendre mon métro et je me suis dit : « Si je me prenais le métro, ce serait quand même beaucoup plus simple » » ou : « En allant à l’hôpital le matin, je me posais la question de mettre un coup de volant pour finir dans le mur. »

Qu’est-ce qui est en cause, d’après vous ? 

D’une part, le temps de travail qui est excessif. Nos statistiques, c’est qu’on est à 58h en moyenne par semaine, 70 en chirurgie, jusqu’à des pics à 100, 120h par semaine. La fatigue physique que ça engendre a des conséquences psychologiques de surmenage, etc.  Les gens ont beaucoup moins de marge pour résister à un problème d’environnement de travail néfaste en termes de relations interpersonnelles, avec un très grand nombre de situations de harcèlement, essentiellement moral. C’est un système qui fonctionne beaucoup à l’humiliation publique et répétée : chantage, insultes, brimades voire agressions physiques. Moi, je me souviens très bien d’avoir été à la fac de médecine et d’avoir vu un des internes se prendre le foie d’un patient dans la tronche par sa cheffe. C’est très trash, mais ça existe. 


L’hommage qui a lieu ce samedi est dédié aux « internes tués par l’hôpital public »… Pourquoi cette formulation ? 

Le problème est connu. Il est connu depuis des années. Il est remonté. Rien ne change et les directions, les responsables autant administratifs que médicaux, couvrent les agissements de certains, les situations de harcèlement. Ils n’ont peut-être pas l’impression de couvrir en faisant leur enquête interne et en disant au bonhomme : « Ce n’est pas bien, il faut que tu arrêtes. » Mais en pratique, ils couvrent. […] Nous, on ne connaît aucune traduction judiciaire de ces enquêtes. Il y a aussi la propension des médecins à vouloir laver leur linge sale en famille, ce qui est vrai de toutes les corporations. Les rares fois où il y a des plaintes, ce sont des plaintes au conseil de l’ordre pour non-déontologie. 

#ProtegeTonInterne – Hommage silencieux | Ensemble, rendons hommage à tous ces internes victimes d’un système hospitalier violent, pour ne jamais les oublier.
Rendez-vous demain à 14H30 devant le Ministère de la Santé et des Solidarités. pic.twitter.com/Ec0XUk8zhx— ISNI – InterSyndicale Nationale des Internes (@ISNItwit) April 16, 2021


Est-ce que ce malaise des internes découle aussi du malaise plus global au sein de l’hôpital public ? 

Nécessairement, ça a une influence. Après, demandez à l’hôpital : la personne que personne ne veut être, c’est l’interne. On cumule tous les travers de l’hôpital en termes de conditions matérielles de travail, en termes d’ambiance de travail aussi. Les ambiances de travail impactent tout le monde. Mais c’est vrai que quand vous êtes infirmier aux 35h, ou à peu près, par semaine, il est plus facile d’avoir son sas pour se retrouver soi-même à la maison que quand vous êtes tout le temps à l’hôpital. 

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Quelles mesures réclamez-vous aujourd’hui ? 

L’application de la loi. L’application de la durée maximale du travail. D’un point de vue pratique, on demande la mise en place du décompte horaire. Tant qu’on ne comptera pas nos heures, ça va être difficile de vérifier que le temps maximal de 48h est appliqué. Et l’application de la loi au sens où toutes les situations susceptibles de relever d’une qualification de harcèlement, notamment, soient systématiquement envoyées aux autorités judiciaires. Ça, ce sont nos deux axes principaux. 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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